La piste pavée de mauvaises intentions

 surtouLa voie ferrée reliant la gare de Bordeaux Orléans à Eymet fut ouverte en 1873 au trafic voyageurs et marchandises. Elle a traversé la totalité du canton de Créon durant près d’un siècle pour être administrativement fermée en 1994 en raison de l’arrêt de la cimenterie d’Espiet dernière cliente. Depuis 1953 le trafic voyageurs a été arrêté. En 1984 fut créé à mon initiative le « comité de liaison et de promotion de la voie ferrée Bordeaux-Eymet » présidé par Roger Caumont (1) le Maire de Créon. Il regroupa élus, anciens cheminots et citoyen.ne.s pour demander la relance d’un moyen de transport en site propre sur la voie ferrée non-utilisée et une activité constante pour améliorer l’accés à la communauté urbaine de Bordeaux d’alors. 

Des études sérieuses furent menées, des pétitions furent signées, de multiples manifestations ou rencontres furent organisées. Une volonté de construire l’avenir présida à toutes les initiatives. L’écologie (partisane) n’existait pas mais nous en étions avec conviction et passion.  La remise en service des gares avec plates-formes libres d’embarquement fut présentée. Bref un projet de tram-train très élaboré fut soumis au Conseil régional d’Aquitaine susceptible avec la SNCF de redonner du sens à un espace public desservant l’Entre-Deux-Mers qui se dégardait très vite. La Communauté urbaine, le Conseil général et les associations d’usagers furent associés au projet et le soutinrent. La SNCF préssée de récupérer des fonds  regarda l’initiative du Créonnais avec dédain et indifférence. Elle fit le maximum pour qu’elle n’existe pas.

Elle fut grandement aidée par le refus de la CUB et de son Vice-Président en charge des Transports (Me Boissièeras) de soutenir la reconversaion car le choix de cette collectivité était celui du fameux métro… Les défenseurs du tram nous aidèrent mais ils n’avaient pas encore de pois poliique suffisant. Le refus de la région (M. Yves Pettetin assurait alors le lien région SNCF) en raison d’un trafic supposée trop faible. Les arrivées successives des projets de la rocade rive-droite et du Pont François Mitterrand achevèrent les espoirs de réouverture car la traversée de cette infrastructure au niveau de Bouliac était impossible sans un ouvrage d’art très onéreux… 

Les militants et les élus locaux très engagés furent dont déboutés et même raillés (je fus séquestré avec le Président dans la salle du conseil municipal de Créon le 5 juin 1985 par les chasseurs mécontents de notre initiative et on m’offrit une casquette de chef de gare). J’ai ensuite proposé dès 1987 que la cimenterie d’Espiet soit transformée en incinérateur de déchets ménagers avec transport de ceux-ci par train afin d’éviter la multiplication des transports routiers. Nouvel échec car le grand groupe propriétaire obtint de tout raser sans financer une reconversion du site pourtant obligatoire. La voie ferrée était morte enterrée par des décideurs aveuglées par la tout bagnole ou le tout métropolitain. L’Entre-Deux-Mers situé justement nulle part sur la rive-droite en plus n’avait que peu d’intérêt.

La filiale immobilière de la SNCF mit alors en vente l’emprise et les bâtiments de la ligne comme elle l’avait fait dans l’indifférence entre Sauveterre et la sauvetat (47) Ce fut une vraie lutte militante menée avec peu de monde pour empêcher ce qui aurait été une catastrophe. Avec Guy Trupin conseiller général et les élus locaux dont Roger Caumont nous avons mené une seconde bataille très difficile pour bloquer les ventes aux riverains… ravis de l’aubaine ! Je suis allé personnllement arracher els panneaux de proposition à la vente. Objectif : protéger à tout prix une possibilité de reconversion quelle qu’elle soi. J’ai vite créé un syndicat intercommunal (le Syndicat Intercommunal du Tourisme en Entre Deux Mers Bordelais dit SITEMB) dont j’ai assumé la présidence durant 7 ans avec comme objectif premier de préserver l’avenir. Toutes les communes riveraines entre Latresne et Espiet y ont adhéré ce qui constitua une grande première.

Grâce au soutien de Philippe Madrelle et Guy Trupin le conseil général racheta alors la TOTALITE des biens en vente (pour les gares déjà cédées ce fut malheureusement trop tard) entre Latresne et Sauveterre de Guyenne. CE FUT UNE DECISISON COURAGEUSE ET DECISIVE. Un projet commun à toutes les communes fut élaboré par le SITEMB et l’agence AVEC et proposé au Conseil général qui en fit une initiative pilote. La piste cyclable aurait une double vocation (desserte locale comme à Créon) ou touristique (tout le long de son tracé) fut construite et prolongée par tranches sur tout le linéaire PUBLIC disponible… On sait combien elle est devenue un support de développement économique capital (environ 400 000 € de retombées directes ou indirectes annuelles) grâce à la coordination du SITEMB qui fut dissous pour laisser la place au syndicat du pays Cœur Entre Deux Mers. Un vrao office de tourismes fut ouvert sur Créon et durant des années les élus.e.s locaux s’impliuèrent fortement dans el développement de la filière vélo.

Toutes les gares cédées par la conseil général furent PROGRESSIVEMENT rénovées pour un usage d’intérêt général selon un accord entre tous les maires parfaitement respecté : Citon Cénac (gîte collectif d’hébergement), Lignan (consolidation des commerces de proximité) ; Sadirac (maison du patrimoine naturel). Créon (premier point relais vélo d’intérêt européen en France) ; Espiet (lieu d’animation et de restauration), Sauveterre (un point relais vélo secondaire). Latresne fut louée par la Mairie pour des activités diverses et La Sauve longtemps abandonnée va renâitre avec un projet de qualité autour du ferroviaire.

Lorsque j’étais président du Comité Départemental du tourisme le classement de la route départementale (ce n’est pas qu’une piste cyclable mais un lieu ouvert aux déplacement doux non-motorisés) comme « voie verte » a été obtenu. J’ai porté son classement parmi le réseau européen et j’ai contribué comme coordonnateur interdépartemental à la création de la véloroute du « Canal des Deux Mers » entre Royan et Sète… Oublié ce travail incessant pour valoriser l’espace public !  La ligne que certains s’attribuent…avec aplomb n’est que une traduction différente fin du programme car elle vise à se substituer à la première étape de cette aventure initiée il y a belle lurette.  

Près de 40 ans de propositions, de concertations, de réalisations et d’animations pour apprendre sur le marché de Créon mercredi dernier qu’il faudrait tout « détruire » avec des « y-avait-qu’à… », des « il aurait fallu que .. »  ou des « on aurait pu… ». Dans la vie et en campagne électorale on n’invente rien… on redécouvre  mais on exploite surtout sans vergogne d’autant plus facilement que l’on ne connaît rien au seujet dont on parle et surtout aux réalités du terrain. 

(1) Roland Jaubert adjoint au Maire de Lignan de Boreaux et M; Delpech de Latresne furent des moteurs essentiel du projet. Ils étaoent tous deux cadres à la SNCF

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8 réponses à La piste pavée de mauvaises intentions

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    Magnifique leçon d’histoire d’un terroir que tu connais bien…! Je prolongerai ton histoire avec La Fontaine et sa fable « Le rat de ville et le rat des champs »… :
    – C’est assez, dit le rustique ;
    Demain vous viendrez chez moi :
    Ce n’est pas que je me pique
    De tous vos festins de Roi ;
    Mais rien ne vient m’interrompre :
    Je mange tout à loisir.
    Adieu donc ; fi du plaisir
    Que la crainte peut corrompre.

  2. Bravo Jean-Marie
    C’est avec nostalgie que je crie souvent : <>
    Avec cette Pub : https://www.dailymotion.com/video/xwvcw
    Bon week-end,
    Gilbert

    • Bernie dit :

      @ bonsoir gilbert,
      Je partage tout à fait votre point de vue. Ces petites gares tout au long de la ligne st André de cubzac – Bordeaux St Jean faisait mon admiration. Le seul désagrément était des passages à niveau automatiques où les voitures passaient en chicane ou des des autocars ne s’arrêtaient pas dû à un système de freins défaillants ou autre. Donc les autorités ont décidé de faire des passerelles ou dévier les véhicules routiers par un autre itinéraire. La sécurité est à privilégier.
      Bonne soirée

  3. Puyo martine dit :

    Bjour , cette voie verte serait bien utile actuellement vu le nombre de voitures qui se rendent sur Bordeaux. Heureusement le 407 a été mis en service. Un moyen de transport écologique ne peut-il être mis en place sur cette voie aux heures de pointe ?

    • Bernie dit :

      @ bonsoir Martine,
      Les écologistes ne se sont jamais occupés de la densité routière des voies d’accès sur Bordeaux.
      Je pense que la difficulté vient de la concentration structurelle des entreprises sur la ville. Il y a 20 ans, certains avaient prévu des lignes de bus vers la ville et son agglomération. A ce jour rien n’a été fait.

  4. Thomas dit :

    Dans tes reflexions quotidiennes, outre leur pertinence, j’appréciais la qualité de l’écriture. Aujourd’hui tu m’apportes en plus un historique intéressant…et bien révélateur. Et pas seulement parce que la ligne partait d’Eymet! Merci.

  5. Denise Greslard Nédélec dit :

    Ne pas apprendre l’histoire ou en faire fi montre l’incapacité à envisager l’avenir, c’est bien connu ! Etre « en responsabilité », c’est appréhender l’avenir en s’appuyant sur les expériences,, et celles « des autres » ne sont pas les moindres. Et puis c’est aussi être capable de regarder plus loin que le bout de son propre nez et de son propre intérêt. Dans cette aventure, vous avez eu tous une vision pour votre territoire, basée sur les valeurs du bien commun. Il apparaît que certain-es prétendan-es actuellement à de hautes fonctions sur le Créonnais l’oublient trop souvent .
    Moi, j’dis ça, ……

    • Bernie dit :

      @ Bonjour Denise Greslard Nedelec,
      Oui je comprends mais le transport ferroviaire montre trop souvent sa faiblesse vers la capitale régionale quelle que soit le lieu de vie de celui ou celle qui l’emprunte. Le transport pour toutes et tous est le bus et le TER et bien sûr la bagnole.
      L’augmentation du carburant devient un facteur préoccupant pour le salarié pauvre, l’étudiant ou les sans-dents. Il serait bien de reconfigurer ces modes de transport au service des populations. La SNCF est seulement une société de service qui a besoin de se développer.

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