Voter deviendrai-il un acte désuet ou en voie de disparition ? Une sorte de manière d’exercer son pouvoir de citoyen.ne appartenant au passé, une manière de se comporter qui serait préhistorique…C’est vrai qu’il existe des personnes qui, par conviction ou par rejet de l’acte, refuse de choisir entre des personnes qui ne sont pas selon eux aptes à les représenter. Ces « réfractaires » conscients du suffrage universel ont des arguments très louables mais sont malheureusement très minoritaires. En fait de plus en plus souvent le refus d’exprimer son soutien à un.e candidat.e repose de plus en plus sur l’indifférence.

Faute de culture citoyenne suffisante, les cohortes de ceux que l’on appellent les abstentionnistes grossit à chaque scrutin. Jusqu’au début des années 1980, ils se faisaient plutôt discrets et représentaient rarement plus de 20 % des citoyens inscrits sur les listes électorales on en est rendu à 60 % . Mais ce que politologues et sociologues appellent la «crise de la représentation» est passée par là. La défiance des Français envers les hommes politiques n’a cessé de grandir depuis cette époque. Lentement la défiance croissante génère un retrait non justifié du jeu démocratique.

Depuis des années, la mythe consistant à associer la citoyenneté à l’amélioration du niveau d’éducation ou de compréhension dans les institutions prend de son sens. Au contraire les pratiques pédagogiques actuelles détruisent totalement l’envie de participer et de trouver des repères sur la place que donnait le vote das la vie sociale. Dans les années 70 , la pédagogie Freinet ou le mouvement des la coopération à l’école donnaient une illustration parfaite de ce « pouvoir ».

J’ai en mémoire des moments exceptionnels de la vie scolaire durant lesquels je suis certain d’avoir inculqué des repères essentiels pour la formation de citoyen.ne.s responsables. Des élections à la présidence de la coopérative de classe auraient mérité d’être filmé pour un documentaire. Des débats autour des responsabilités déléguées à certains élèves d’une dizaine d’années auraient permis de démontrer que la « pratique » démocratique n’est pas innée mais se cultive patiemment avec une éthique et une véritable mise en situation.

Cette époque de construction patiente et positive de la capacité à décider, à choisir, à jauger et à soutenir n’existe quasiment plus. Les mouvements qui la faisait vivre s’étiole et relève de la résistance individuelle. Des générations ne possèdent plus les bases de ce rôle essentiel qu’est celui d’électrice ou d’électeur. Il n’y a aucune arrière-pensée politicienne dans ce constat mais sûrement et simplement un constat légèrement désespéré. Les initiatives visant à créer des « conseils municipaux d’enfants ou de jeunes » ne comblent pas vraiment ne compensent pas la véritable éducation portée par les initiatives libres portées par ces tranches d’âge.

Les fameux « foyers de jeunes » auxquels j’ai appartenu en milieu rural m’ont toujours paru bien plus essentiels à la République que les association du Troisième âge. Le fameux mouvement des maisons des jeunes et de la culture (MJC) est créé en 1948 à l’initiative d’André Philip à la suite de la « République des jeunes », mouvement issu de la Résistance de 1944. le gouvernement de Vichy avait repris et adapté les idées de Léo Lagrange dans ce même secteur. Tout sera fait pour le détruire sous le mandat d’un certain François Missoffe qui tentait de l’étouffer car supposée être trop de gauche. Il est en perdition depuis une bonne décennie.

Voter n’est donc pas un acte ne nécessitant pas une vraie réflexion et des critères de choix. Bien des dictateurs et des régimes fascistes de tous poils sont arrivés, par les urnes au pouvoir. Les coups d’État basés sur l’ignorance, la facilité, la revanche, la répulsion renforcée par la propagande deviennent les plus nombreux sur la planète. On peut craindre qu’à terme la situation empire. On ne vote plus on rejette un tel ou une telle en glissant un bulletin dans l’urne. La non prise en compte du vote blanc contribue d’ailleurs à cette perversion du système. Il en va de même sur l’appréciation en pourcentages des résultats calculés sur les exprimes et non pas sur les inscrits !

Le devoir de voter a été sacralisé alors qu’il existe bien d’autre lanière d’exercer sa citoyenneté de manière constructive et tout aussi utile. Pierre Mendés-France a écrit : « La démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire; c’est un code moral » Attendons encore quelques jours et je me permettrai de la rappeler à des donneur.neuses.s de leçons.