Les régionales : toutes proportions gardées

Pour le second tour des régionales l’amour fusionnel prend le dessus sur les rivalités parfois féroces des semaines antérieures. La loi électorale permettant que les listes soient malaxées pour que les électrices et les électeurs aient la sensation d’une unité rassurante, les « arrangeurs » s’en pourlèchent les babines. Un peu comme en une époque où les entremetteuses s’activaient pour conclure des mariages de raison ou d’intérêt, la période est aux marchandages. Selon ce que l’on apporte dans la corbeille de la fusion les accords peuvent se faire ou se défaire.

La calculette devient dès le soir du premier tour, et les résultats presque définitifs l’instrument politique indispensable. Il est en effet indispensable de savoir combien de places peuvent être revendiquées parmi celles et ceux qui vous accueillent. En fait le principe de la proportionnelle dans la proportionnelle devient le repère essentiel. La France est l’un des rares pays démocratiques dans lequel sur un scrutin de liste, ce type d’arrangement reste possible.

Il faut rappeler qu’aux régionales la clé du scrutin réside dans le fait d’être en tête. En effet, dans ce cas, la liste majoritaire reçoit un quart des sièges à pourvoir, arrondi à l’entier supérieur. Les autres sièges sont répartis entre toutes les listes qui ont obtenu au moins 5% des suffrages exprimés (les listes qui obtiennent moins de 5% n’ont aucun siège). La répartition des sièges se fait à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne.

Le calcul est pour le moins compliqué. Pour la répartition on calcule le quotient électoral (nombre de suffrages obtenus par les listes admises à la répartition des sièges divisé par nombre de sièges à pourvoir). Chaque liste reçoit autant de sièges que le total de ses voix contient le quotient électoral. Par exemple, si le quotient électoral est égal à 2 000, une liste qui a obtenu 4 000 voix (soit 2 fois 2 000) recevra deux sièges. Après cette répartition, les sièges restants sont attribués selon la plus forte moyenne.

Pour cela, on calcule la moyenne pour chaque liste en divisant le nombre de suffrages recueillis par le nombre de sièges reçus plus 1 (dans le cas de la liste ayant obtenu 2 sièges, on divise le nombre de suffrages, soit 4 000, par 2+1). Les sièges restants sont successivement attribués aux listes ayant la moyenne la plus élevée jusqu’à épuisement des sièges à attribuer et des répartiteurs.

Les sièges attribués à chaque liste sont ensuite répartis entre les sections départementales au prorata des voix obtenues par la liste dans chaque département. Les sièges sont attribués aux candidats dans l’ordre de présentation dans chaque section départementale. En outre, la loi du 16 janvier 2015 a instauré un nombre minimal de sièges par département (au moins deux sièges pour les départements de moins de 100 000 habitants, au moins quatre pour les départements d’au moins 100 000 habitants).Bref quand vous glissez votre bulletin dans l’urne vous êtes loin de savoir la suite alambiquée qui attend la prise en compte de votre vote.

C’est ainsi que le maintien ou le retrait d’une liste prend une importance capitale. On le constate dans la région parisienne avec l’annonce du rassemblement général de la Gauche qui va peser sur l’issue du scrutin car les candidats de la majorité présidentielle actuelle se maintiennent. Bien évidemment même si l’amour n’est pas au rendez-vous il faut se faire une raison et de part et d’autre on abandonne une bonne part de celles et ceux qui pensaient avoir une place éligible assurée dans l’ancienne configuration. C’est un moment très douloureux ! Plus il y a de rapprochements et plus la les « victimes » sont nombreuses dans chaque camp.

Entre aussi en jeu la capacité à créer des « groupes » politiques disposant de personnels et de moyens financiers ou une répartition par anticipation des poses de responsabilité. Ces négociations partent d’hypothèses électorales qui ne seront vérifiées qu’au soir du second tour. Le dépôt des listes, la collecte des éléments obligatoires de candidatures, l’impression des bulletins de vote et des professions de foi… constituent alors les étapes d’une course contre la montre éprouvante.

La « proportionnelle » a ses avantages et ses inconvénients mais elle ne favorise pas nécessairement l’exercice réel de la citoyenneté puisque le système est bloqué. L’ordre des places est en effet déterminant et peut garantir une élection sans grand effort ! Plus on complique les règles d’une élection et moins on favorise la compréhension du scrutin par les électrices et les électeurs… D’ailleurs en connaissent-ils vraiment les arcanes ?

Ce contenu a été publié dans PARLER POLITIQUE, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

17 réponses à Les régionales : toutes proportions gardées

  1. Philippe Conchou dit :

    Merci JM de nous éclairer sur les subtilités des régionales.
    De toute façon, à part le président qui est le seul médiatisé, on ne connaît pas les conseillers régionaux.
    On vote donc sur le nom de la tête de liste régionale.
    Par curiosité je lis toutes les listes au cas où l’un des noms me serait connu, mais c’est rare.

  2. Bernie dit :

    Bonjour,
    Le président de Nouvelle Aquitaine est assigné devant le PNF suite à une perquisition au Conseil Régional d’Aquitaine. La presse en a parlé. Pourquoi avoir retiré du blog de JMD cette vérité ?

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Offrir ce casse–tête chinois de bon matin ne va pas nous simplifier la journée !
    Combien a-t-il fallu d’énarques pour pondre semblable galimatias régional ? !

  4. Bernie dit :

    La corruption en France est importante. Qu’en est il en dans notre nouvelle Région Aquitaine ?

  5. J.J. dit :

    « Le président de Nouvelle Aquitaine est assigné devant le PNF suite à une perquisition au Conseil Régional d’Aquitaine. La presse en a parlé. »
    Voilà une assignation et une information qui sont tombées juste au bon moment ! Quel curieux hasard !
    Il semble que ce « régime » aime bien perquisitionner les gens qui risquent de lui faire de l’ombre(regardez du côté de Mont de Marsan), et trouve toujours une raison plus ou moins fumeuse de le faire, la plupart du temps sans grands résultats. Mais comme conseille don Basile : « Calomniez, calomniez, il en restera quelque chose ! »
    « En même temps »(sic), des personnages qui occupent de hautes fonctions gouvernementales et en délicatesse avec la justice bénéficient d’un curieux et exemplaire silence médiatique.

    À propos du système d’élection de l’assemblée régionale (et celui de la départementale n’est pas mal n on plus), je le disais hier, j’avais l’impression que l’esprit shadock avait fortement inspiré les auteurs de ce monument de simplicité. Je ne m’étais guère trompé.
    Comme on dit(sait) « chez nous « : une treu n’y retrouverait pas ses gorets.

  6. Grene christian dit :

    Voilà pourquoi en mai 68, dans le brouhaha des pavés dans la mare et des lacrymaux de tête, notre slogan n’a pas été entendu. Nous disions tout simplement: « Elections, piège à com… ptables! »

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Christian
      Salut l’ami de Mai 68 ! Le slogan que j’y ai entendu était :  » piège à cons !  » Mais comme dirait l’ami J.J, c’était évidemment moins distingué !

  7. Bernie dit :

    Je m’interesse à l’information sur la campagne de 2015 du président sortant de Nouvelle Aquitaine.
    C’est logique non ?

    • J.J. dit :

      Non seulement c’est logique mais encore parfaitement légitime.
      « En même temps »(resic) il ne faut pas prêter une oreille trop complaisante à certains médias, qui ,comme on le sait, sont plutôt plus que moins aux ordres, bien contraints d’accepter certaines compromissions pour ne pas voir fondre leurs subventions. Ce genre de pression porte un nom d’ailleurs dans le code de procédure pénale.
      À propos de corruption, l’exemple vient de haut : nous avons de fameux champions avec certains hauts fonctionnaires, de Bercy en particulier(tiens donc) aux émoluments quelque peu pharaoniques, qui n’hésitent pas à pantoufler, puis retro pantoufler pour se faire attribuer un pactole encore plus important, et qui s’opposent évidemment à toute promulgation par le parlement de lois qui mettraient fin à ces privilèges qui nous coûtent cher.
      Et il y a aussi d’anciens présidents de la République qui ont donné des exemples édifiants.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Bernie… Non seulement c’est logique, mais c’est également très bien, et comme dit J.J ci dessous, « parfaitement légitime ».

  8. Alain. e dit :

    Bonjour , en tant que citoyen lambda un peu béta , j’ avoue ne pas comprendre grand chose à l’ alpha et l’ oméga de ces modes de calculs un peu tordus .
    Le variant delta joue t’ il un rôle ?
    un psy est’ il nécessaire à la compréhension du problème ?
    je ne souhaite sigma tiser personne en tout cas , car je ne serais sans doute pas kappa ble de faire mieux.
    je ne suis mu par aucunes pensées négatives en tout cas , mais omicron est’ il de la famille du président actuel ???
    Je ne change pas un iota de ce que j’ ai écris ……

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      Comme je l’ai déjà écrit, pour aboutir à pareille ratatouille il a dû falloir beaucoup de temps, et comme le temps, c’est de l’argent, je ne vous explique pas le prix de cette tambouille !
      Malgré cela, j’ai exercé mon droit de citoyenne, car je suis bien placée pour savoir ce que « le droit de vote accordé aux femmes » NOUS a coûté en temps et en batailles! ! !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.