Celle ou celui qui pense qu’une campagne électorale constitue un moment serein d’un engagement dans la vie publique doivent rester chez eux. J’en ai connu quelques dizaines avec des événements pour le moins peu glorieux mais considérés comme « normaux » puisque tous les coups seraient permis. A chacune d’entre elles se rattache une anecdote ou des comportements peu en phase avec ce que l’on appelle la démocratie. Les réseaux sociaux n’ont pas arrangé les choses mais les comportements ne sont pas les mêmes car sans valeur humaine.

Lors des six campagnes municipales dans lesquels j’ai été directement ou indirectement embarqué la tension a parfois conduit à des événements amènes. A Créon la grande spécialité consistait par exemple à écrire des pamphlets, des poèmes, des articles satiriques sur certains candidats dont j’ai été. Les campagnes étaient longues avec des publications alimentant les conversations. Les lectrices et lecteurs avant de devenir électrices ou électeurs, se régalaient de ces « poulets » assassins dont il fallait identifier la victime et… l’auteur(e). J’en conserve quelques-uns de la plus belle facture dirigés contre moi dont un assez réussi en 1983 intulé « gens marris ».

En 1977 un bulletin « Lumières sur Créon » fit aussi des ravages. J’en ai assuré la mise en page avec des lettres transférées Letraset puisque j’étais arrêté en raison d’une jambe cassée lors d’un match de football. Le contenu incisif portait sur les agissements du maire sortant qui répliqua par un autre journal créé au dernier moment mais en pure perte. La distribution de ces feuillets s’effectuait de nuit et au cours de l’une d’entre elles alors que j’étais encore plâtré je suis tombé dans un fossé en pleine campagne en raison d’une béquille qui s’était dérobée. Impossible d’appeler au secours et il fallut que j’attende que les « complices » inquiets reviennent sur leurs pas pour me sortir d’une position peu confortable.  En 1983 lors d’un exercice similaire nous avions essuyé un coup de fusil tiré depuis son domicile par un supporter du camp adverse. Là encore nous avions plongé au sol en attendant que l’ire de cet habitant se calme. Heureusement il ya avait eu plus de peur que de mal.

Le summum des confrontations résidait dans l’affichage sauvage. Tous les supports étaient pris et repris dans des nuits très courtes et très intenses. Celle du vendredi précédant le premier tour restait la plus agitée. Il existait à Créon un « poids publics » pour les camions ou les remorques des agriculteurs. Une sorte de cabane en tôle couvrant l’appareillage constituait le fortin à défendre avant minuit. Il suffisait de s’absenter pour coller ailleurs pour que les concurrents s’en emparent. Une féroce bataille symbolique qui… ne rapportait pas une voix! 

Une nuit de 1981 alors que notre équipe s’était séparée dans Créon pour une question stratégique d’efficacité, les adversaires tentèrent une approche pédestre discrète avec affiches et pinceaux en mains. Ils avaient commis une vraie imprudence en laissant à une centaine de mètres, leur véhicule haillon grand ouvert avec les stocks d’affiches et de colle. L’une de nos « estafettes » qui veillait s’en approcha récupéra absolument tout le matériel abandonné et se réfugia au domicile d’un ami où il déposa son butin. De retour de leur coup de pinceau les « voltigeurs » joyeux d’avoir reconquis le coeur de la bataille, s’aperçurent trop tard de leur imprudence. Un moment jubilatoire pour nous car il nous suffit de décoller le portrait de leur candidat à 23 h 50 pour déposer le nôtre. J’avoue une certaine fierté quand le samedi matin nous le poids public, lieu hautement stratégique, était définitivement couvert par les affiches de notre camp.

Pierre Garmendia avait quand à lui une passion our les « chandelles », ces affichettes avec son nom inscrit dans la verticalité. Il exigeait que tous les poteaux électriques en béton en soient recouverts sur les axes routiers essentiels du canton de Créon alors dans sa circonscription. Chaque matin de campagne il prenait sa voiture ou envoyait un « vérificateur » et téléphonait au secrétaire de la section n’ayant pas assuré la sauvegarde des acquis. Nous avions donc fini par nous trimballer avec une échelle légère en aluminium vous permettant de coller le plus haut possible sur les poteaux afin d’éviter d’être recouverts.

L’une de ses soirées de « colle » tourna mal pour l’un des participants, joueur émérite de rugby puisqu’il chuta en raison d’un pied d’échelle mal assurée avec un seau d’un dizaine de litres de colle. Transformé en statue gluante il lui fut interdit de monter dans le véhicule… et il tenta de s’essuyer avec les chandelles qui avaient causé sa perte. Il termina l’expédition assis dans la malle sur un matelas d’affiches. Nous eb parlons encore ! Jamais les réseaux sociaux ne permettront de construire de tels carnets de campagne !