L’Euro de ce qu’il reste du football met en évidence deux vraies tendances de la société européenne, celle de la peur et de la frilosité. N’osant plus imaginer un avenir l’Europe du ballon rond se contente de jouer pour ne pas perdre. Toutes les équipes qui passent sur l’écran des télévision table sur la possession de la balle pour trouver la victoire. On tourne. On retourne, On se fait plaisir avec un à toi… à moi qui ne produit rien si ce n’est se donner l’impression que l’on maîtrise ainsi son destin. Une illusion qui conduit souvent à des rencontres insipides où seulement ceux qui s’affranchissent de cette stratégie parviennent à créer la surprise.

Cette tendance à ne plus prendre de responsabilités ou de risques traverse les compétitions de toute nature. Il faut « assurer » et ne pas démontrer une audace novatrice pouvant valoir une désillusion. La créativité ou même seulement un enthousiasme débridé n’ont plus leur place. La tristesse de ce football basé sur des tours de passe-passe devient problématique. Elle conduit en effet à des matchs d’un ennui destructeur.

L’invention des statistiques a renforcé cette tendance à la médiocrité. Nombre de fois qu’un joueur touche le ballon alors que l’essentiel demeure ce qu’il en fait. Il suffit qu’il en maîtrise un seul pour un exploit victorieux et ce ratio n’a plus aucuns sens. Les tirs cadrés ou non-cadrés stérilisent la prise d’initiatives puisque le recensement d’une situation ou d’une autre finit par stériliser les canonniers jugés sur le rapport entre leurs échecs et leurs rares réussites !

Tout n’est devenu que gestion avec chiffres et pourcentages comme si le jeu que doit rester le foot reposait sur des méthodes rationnelles. Les dribbles tentés, les passes assurées, les arrêts effectués, les fautes commises, les ballons récupérés ou concédés : les matchs sont venus des cours de maths. En fait l’individu devient redevable de son action à des comptables totalement étrangers à la technique, la stratégie, la finesse ou l’audace.

La notion dite d’équipe tient simplement au fait qu’il est primordial de chercher à ne pas perdre. D’ailleurs dès qu’un adversaire effectue du rentre dedans ou à perturber par un système décomplexé des adversaires cherchant une solution à pas comptés, les « vedettes » se sentant flouées par tant d’audace. Dès que les rencontres sont décisives, les formations au comportement stéréotypées perdent pied ! Leur crédo : « tant qu’on a la balle les autres ne l’ont pas » vole en éclats sur des coups de boutoir imprévus.

Si on ajoute une dose de VAR qui scrute au centième de millimètre les éventuelles mises hors-jeu durant de longues minutes ou transforme des jeux de mains en penalty de vilains la glorieuse incertitude du sport n’a plus aucun sens. La demi-finale de Séville ne serait jamais entrée dans la légende des chevaliers de la balle ronde à l’époque actuelle et il serait absurde d’en connaître les statistiques. Ce football qui prend aux tripes et qui réveille les envies de moments exceptionnels a disparu depuis une décennies.

On ne pratique même plus le gagne terrain comme on le voit dans le Top 14 mais on a plongé dans le gagne-petit. Les Bleus ont ressassé que l’important avait été de se qualifier pour les huitièmes de finale grâce à leurs deux non-victoires sans se rendre compte qu’ils avaient été incapables de s’imposer par une absence de volonté collective de créer et de bousculer leurs certitudes.

Face à des affamés de gloire les « grandes » équipes cherchent à tourner (en) rond pour calmer les ardeurs d’adversaires seulement soucieux de leur montrer que cette forme de mépris n’avait aucun impact sur leur mental. Leurs défenses se trouvent désarmées face à des francs-tireurs fracassants ou d’infatigables dévoreurs d’espace. Elles s’effondrent étonnées par un acte improbable ou audacieux perturbant leurs habitudes d’empêcheurs de tourner en rond.

Rien d’étonnant à ce que les équipes nourries au « rond-rond  petit patapon » se soient donc faites sortir ou inquiétées par des adversaires bien moins cotés. L’Espagne a eu chaud, très chaud hier soir. Les Pays-Bas ont sombré. L’Allemagne est passée à la trappe. La France a été renvoyée au pays des têtes à dégonfler. Les Belges ont écrit une mauvaise blague. Les favoris tombent les uns après les autres et il est probable que le vainqueur appartiendra à la catégorie des équipes qui ne tournent pas en rond mais qui auront le plus envie, le plus d’énergie et de volonté d’agir plutôt que de subir. Et pour moi le Danemar ou l’Ukraine et à un degré moindre l’Italie de l’autre sont de celles-là !