Le 12 mars 2020 dans une allocution télévisée ayant battu des records d’audience le Président de la République effectuait des annonces fracassantes destinées à rassurer le pays pris dans l’étau de la pandémie. « La santé n’a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies. Quoi qu’il en coûte » Cette dernière expression servira de référence pour les mois suivants avec des indemnisations à tout-va des entreprises frappées par la crise.

Au total le secteur économique aura reçu 206 milliards d’euros de fonds publics pour financer quatre dispositifs : activité partielle, fonds de solidarité, prêts garantis par l’État (le fameux PGE qui ne sera remboursable qu’en 2025) et le report des cotisations sociales. Ces aides ont été distribuées à hauteur de 58 % pour le secteur de l’hôtellerie et de la restauration qui a souffert des fermetures décidées par le gouvernement.

Quand il est possible de discuter franchement et librement avec les patrons de ces établissements il est possible d’en trouver qui ne se plaignent pas des subsides versés leur ayant permis d’avoir des marges plus fortes qu’en activité normale. Certains en cumulant les quatre dispositifs ont pu rénover leurs locaux ou leur matériel durant la suspension de leur activité. Dans d’autres secteurs ce constat qui reste confidentiel s’accompagne d’un espoir de non-remboursement à terme du PGE obtenu de banques qui sans la caution de l’État n’auraient jamais accepté de prêter.

La France vit sur ce nuage sans trop se soucier des conséquences du « coûte que coûte ». La perspective d’une quatrième vague mettrait le pays face à cette réalité : nous vivons à crédit et tout le monde économique espère que nous vivrons encore longtemps sur la base d’emprunts à taux négatifs ou faibles. Avant la fin 2021 il faut espérer que la Cour des Comptes prompte à se pencher sur les politiques menées par les collectivités locales effectuera un bilan exhaustif de l’impact des mesures dites d’accompagnement contre la crise.

Il faut cependant rappeler que tout le monde n’a pas forcément souffert des conséquences de la pandémie. Les entreprises possédant de solides stratèges financiers ont su « exploiter » le « coûte que coûte » sans le lier à l’augmentation réel de leurs profits. Ce travail complexe mais rentable entre acceptation ou refus des soutiens de l’État, défiscalisation adroite sur les bénéfices réalisés, choix de marchés porteurs a produit des retombées pour les dirigeants.

Le patrimoine professionnel global des 500 premières fortunes de France se situerait, selon les magazines spécialisés, autour des 1.000 milliards d’euros, soit un bond de 30%. Alors qu’en 18 mois le Produit intérieur brut (PIB) a reculé de 8 % les plus riches sont devenus encore plus riches. Fin juin 2021 la fortune des 10 Français les plus riches est supérieure de presque 100 milliards à celle des 490 autres grandes fortunes françaises. Un record en matière de « croissance » pour ces « grands patrons » parmi lesquels on trouve le flamboyant Bernard Arnault, pape du luxe. Son patrimoine a progressé de plus de 55 milliards en seulement une année et atteint près de 160 milliards !

Les principales hausses durant la crise se trouvent dans le secteur de la grande distribution selon Challenges qui a établi ce palmarès. Tous les grands noms cités ont connu une amélioration de leurs positions. Selon ce magazine « Emmanuel  Besnier et sa famille, qui sont à la tête du géant des produits laitiers Lactalis, ont par exemple enregistré une hausse de leur fortune de 20% environ, dans le sillage d’une année marquée par une forte hausse des ventes de produits de grande consommation. »

Les articles ajoutent que « les propriétaires d’Andros ou de Savencia (anciennement Bongrain) ont aussi connu cette embellie, qui n’a pas concerné les groupes comme Le Duff ou Holder, qui en plus de leur activité de fabrication, exploitent aussi des… enseignes de restauration, un secteur frappé par la pandémie. » Un exemple particulièrement intéressant. Il serait en effet très intéressant de connaître la part du « coûte que coûte » dans ses résultats exceptionnels. Il faudrait aussi vérifier combien de licenciements ou de fermeture pure et simple de structures ont été « financées » indirectement par le PGE et les aides étatiques. Bien évidemment un bilan sera dressé… et la chasse aux fraudeurs va battre son plein avec la même vigueur que contre les allocataires du RSA !