La commission européenne des faux-culs

Chaque jour qui passe la commission européenne discrédite l’Union en pratiquant la fermeté sur le respect du libéralisme mais se défilant à chaque atteinte par quelques-uns de ses pays membres aux valeurs démocratiques essentielles. Cette attitude sélective fait s’évaporer le soutien populaire à ce qui ressemble de plus en plus à une mosaïque disparate totalement illisible sur les valeurs devant la consolider. Quand le Parlement tonne la CE étouffe le bruit de la contestation.

L’arrivée à la présidence tournante du populiste premier ministre slovène Janez Jansa inquiète mais ne provoque que des molles réprimandes sur les atteintes graves à la liberté de la presse appliquées dans son pays. Il n’est pas le seul et donc les regards se tournent vers ailleurs. Ursula Von der Leyen a souligné devant le nouveau maître des sujets à discuter l’importance de « médias libres, critiques, qui jouent un rôle de surveillance des activités gouvernementales ou de la Commission par exemple ; C’est l’essence de la démocratie ». Aucun émoi. Aucun acte.

Le même jour le plan de relance de 2,5 milliards d’euros, dont 1,8 milliard sous forme de subventions et 705 millions en prêts a été validé. Il n’a jamais été question de conditionner ces aides au respect de l’État de droit, comme évoqué il y a quelques mois lors du vote du budget 2021-2027 et du plan de relance européen. Le fric, la croissance, la commission ne connaît que ça. Donner des fonds à des pays voisins pour qu’ils achètent allemand, français ou italien reste la seule vraie priorité.

Les Polonais se moquent pas mal des réprimandes effectuées dans la même lignée par l’UE. Les plus récentes portent sur l’indépendance de la justice. La Commission européenne il y a 3 mois la Cour de justice européenne contre une loi polonaise jugée attentatoire à l’indépendance des juges.

Cette saisine de la justice européenne entre dans le cadre d’une procédure d’infraction déclenchée en avril 2020 contre une loi polonaise entrée en vigueur en février de la même année, permettant de sanctionner les juges qui remettent en question les réformes de la justice, taxée de « loi muselière » par ses détracteurs.

Rien n’a perturber le cheminement de ce pays vers des entraves permanentes aux références démocratiques essentielles. Il aura suffi que la Pologne avec la Hongrie et la Slovénie s’oppose au plan de relance économique européen pour qu’aussitôt cette solution soit trouvée pour remettre aux calendes grecques une condamnation éventuelle. Pressés par la nécessités de recevoir ce pactole pour arroser leurs entreprises les autres pays se sont inclinés après des négociations formelles et des promesses qui n’engagent que ceux qui ne les écoutent même pas.

Il y a un peu plus de 15 jours lors du conseil européen certains chefs d’Etat et de gouvernement avaient pris à partie le premier ministre hongrois, Viktor Orban, pour essayer de le convaincre de retirer un texte anti-LGBT qui relevait de la haine, de l’exclusion et de la stigmatisation. Rien n’y a fait et quelques heures avant ces entrevues houleuses la Hongrie annonçait que le texte serait promulgué. Là encore le blocage du plan de relance a joué en faveur du populiste extrémiste de Budapest. L’UE lui a ouvert la source de 7,2 milliards d’euros de subventions.

Le Parlement européen, lors de sa dernière session, a une nouvelle fois exhorté la Commission à appliquer sans délai les règles conditionnant l’attribution de fonds européens au respect de l’Etat de droit. Les eurodéputés ont adopté un texte appelant de nouveau la Commission à agir « dès que possible » face aux entorses à l’État de droit en frappant au portefeuille les pays fautifs. Cette résolution a été validée par 529 voix, tandis que 150 eurodéputés, essentiellement de l’extrême droite et de la droite conservatrice eurosceptique, ont voté contre.

Il faut dire que les mesures auraient dû être mises en œuvre depuis le 1° janvier 2021 et seules des décisions de la cour de justice ont été sollicitées et interviendront dans plusieurs mois voire plusieurs années. La Commission a une stratégie que l’on connaît bien : «  retenez-moi où je vais faire un malheur ! ». Elle valide les uns après les autres l’attribution des milliards devant sauver les peuples de la récession mais les plongeant souvent dans la dépendance totale à des régimes passant leur temps à les asservir.

L’espoir d’une Europe indépendante, démocratique, solidaire et respectueuse des valeurs démocratiques essentielles se réduit sans cesse. En repoussant sans cesse aux calendes grecques les décisions sur ces orientations la commission européenne démontrer sa vraie nature.

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9 réponses à La commission européenne des faux-culs

  1. Philippe Labansat dit :

    En rentrant dans l’union Européenne, les britanniques ont dicté leur loi : l’Europe ne serait jamais qu’un grand marché!
    Les grands-bretons sont partis, il y a 26 pays, d’autres sont en passe de rentrer, le grand marché est bien là, mais le chat Europe est bien maigre. Il se traîne ses moutons noirs qui violent allègrement tous les principes démocratiques, qui sont parfois des taupes des États-Unis (la Pologne), quand ils ne jouent pas carrément contre leurs partenaires européens.
    La commission (non élue) gouverne, et le Parlement européen est une potiche.
    Allez vendre le rêve européen, avec tout ça !…

  2. J.J. dit :

    « retenez-moi où je vais faire un malheur ! ».
    Malheureusement il y a toujours quelqu’un pour retenir cette commission croquemitaine.
    Il n’y a personne pour dire « chiche », qu’on voie au moins ce qu’ils ont dans le ventre ?

    Mais que ne ferait -on pour que s’accomplisse sans encombre le culte de saint Pognon ?

    Je citerai encore un fois Churchill à propos des accords de Munich :
    « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre »(économique et morale).
    Cela s’applique également aux décisions honteuses prises par les États Unis en Afghanistan, matamores qui donnent une fois de plus la preuve de leur impéritie et le cas échéant de leur lâcheté.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      à J . J … à qui était destinée cette citation apocryphe ?

      • J.J. dit :

        Aux signataires de accords de Munich (Daladier, Chamberlain, accédant aux conditions de Mussolini et le comte Ciano, et « monsieur » Hitler, comme on disait à l’époque ) qui ont laissé la voie libre aux nazis pour envahir la Tchécoslovaquie.
        Dans le cas présent elle s’adresse au parlement européen qui « s’écrase  » devant les décisions de la commission européenne, et à monsieur Biden Ponce Pilate, qui, entérinant la défaite des troupes des USA et de ses alliés, abandonne le peuple afghan à son sinistre sort.

  3. facon jf dit :

    Bonjour
    on peut dire beaucoup de choses au sujet de l’Europe, pour ma part je m’en tiendrai à prophétie de Pierre Mendès France à propos de la construction européenne.
    « Le projet (…..) tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du XX ème siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens large du mot, nationale et internationale.» (Assemblée nationale- 18 janvier 1957).
    Pierre Mendès France n’était pas précisément un eurosceptique. C’est même tout le contraire. « J’ai toujours été partisan d’une construction organique de l’Europe », lance-t-il dès le début de son intervention. Mendès croit ainsi « que nos vieux pays européens sont devenus trop petits, trop étroits pour que puissent s’y développer les grandes activités du XXe siècle ». Il martèle donc qu’il faut « faire l’Europe ». Mais pas comme ça. Pas à la manière de ce marché commun qui doit instaurer la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux.
    Bien avant le sinistre ballet des travailleurs détachés et des routiers Polonais ou Bulgares contraints à camper des week-end entiers loin de leurs familles. Dès 1957, Mendès cherche d’ailleurs à éviter cet écueil en réclamant « l’égalisation des charges et la généralisation rapide des avantages sociaux à l’intérieur de tous les pays du marché commun ». Car pour lui, « l’harmonisation doit se faire dans le sens du progrès social ». Pierre Mendès France redoute aussi l’ouverture du marché européen aux produits étrangers à travers l’adoption d’un « tarif commun le plus bas possible ». « Nous risquons donc de voir sacrifiées, totalement privées de protection, certaines productions essentielles pour nous et pour notre main-d’œuvre », s’alarme-t-il. « Notre industrie se trouvera alors découverte contre toutes les concurrences du dehors, celle des États-Unis comme celle du Japon. » 60 ans et beaucoup de délocalisations plus tard, on regarde navré le désastre des ruptures d’approvisionnement et le massacre de notre industrie.
    PMF reviens nous avons besoin de tes lumières.
    bonne journée

    • J.J. dit :

      C’était l’Europe que nous espérions, une Europe pour la paix, une Europe sociale. Mais le président Mendès France avait selon quelques imbéciles « bradé » l’Indochine, où la corruption faisait rage et où nous dépensions des fortunes en argent et en hommes (on n’avait pas osé envoyer les appelés).

      Alors quand la guerre d’Algérie a commencé, on l’a viré de peur qu’il négocie la paix et le retrait de la France. Ce que l’on a fait, quelques dépenses militaires plus tard, des attentats, 25 000 soldats morts, 65 000 blessés, des exactions et la haine entretenue entre les deux peuples .
      Beaux résultats

      • Laure Garralaga Lataste dit :

        En 1957, pour certains hommes de la classe politique française, Pierre Mendès France avait deux défauts :
        * celui de ne pas être un euro sceptique…
        * celui d’être Juif !
        Et ceux des Français « rescapés de la collaboration qui avaient été blanchis » lui vouaient une haine féroce.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à J . F
      Traité de Rome : il y a 60 ans, Pierre Mendès France prédisait les tares de l’Union européenne…
      « Personne n’est plus détesté que celui qui dit la vérité. » Platon

  4. facon jf dit :

    le discours intégral de PMF contre le traité de Rome
    https://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article526
    Chaque mois, la Commission européenne adresse des avis motivés aux pays ayant commis des infractions. Au mois d’octobre 2020, dix avis ont été lancés. La Commission demande à la BULGARIE de supprimer les mesures discriminatoires obligeant les détaillants à privilégier les produits alimentaires nationaux. Cet exemple de mise en demeure de la Bulgarie signifie qu’il est interdit aux pays d’organiser le commerce en circuit court et donc d’être, non seulement, autonomes en alimentation mais surtout d’avoir une action efficace contre le réchauffement climatique.
    Si les premières intentions d’une union des États européens au lendemain de la seconde guerre mondiale était de consolider la paix sur le continent, on voit désormais qu’elles ont largement évolué pour un système économique dont on voit depuis des années les méfaits sociaux, écologiques et politiques mettant à mal l’exercice de la démocratie par des peuples ne sachant plus très bien s’ils sont encore souverains.
    source https://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article1882

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