Le premier passage du Tour de France à Créon a eu lieu en une période très inquiétante de l’Histoire. Nous sommes en effet le mardi 18 juillet 1939. Seuleument79 coureurs cyclistes prennent le départ au Vésinet pour la première étape du 33e Tour de France, Paris-Caen. Ces forçats de la route se doutent-ils que cette édition 1939 sera suivie d’une longue interruption de sept ans? Les signes sont pourtant là. Cette année, les cyclistes allemands, italiens et espagnols ne sont pas sur la ligne de départ. L’Italie de Mussolini la première a fait défection.

Ils ne sont plus que coureurs arrivent de Royan où ils ont eu le privilège d’avoir une journée de repos. Le 33e Tour de France a eu lieu du 10 juillet au 30 juillet sur 18 étapes pour 4 224 km. Celle qui va voir, entre 16 h et 17h, le peloton traverser la ville bastide pour rejoindre Langoiran puis Portets est assez courte puisqu’elle ne fait que 196 km.

Pour la première fois Créon, va voir toute la caravane et surtout le peloton entrer par la rue de Libourne (actuelle rue Jean Baspeyras) longer la place et sortir par la rue de Saint Genés (actuelle rue du Dr Fauché). La foule s’était massée le long de ce parcours avec la petite Gironde en mains pour tenter de reconnaître la grande vedette française d’alors, René Vietto qui n’appartient qu’à la formation régionale du Sud-Est.

Hormis quelques chutes (déjà), il ne s’est rien passé avant la traversée de Libourne Raymond  Louviot (France) qui justifie son surnom de « La Ripette »  et le Hollandais André  De Korver lancent la course. Ils vont être immédiatement contrôlés par les troupes de René Vietto. En fait la course va se décider entre Saint Germain du Puch… et Créon.

Un quatuor de fuyards constitué par  Raymond Passat (Sud-Ouest),,Jules Lowie (Belgique), le Hollandais André  De Korver, et Cyriel Vanoverberghe (Belgique B) se détache et entre dans la ville bastide avec très peu d’avance sur un peloton qui préférerait un sprint massif sur le vélodrome.

Avec plus de succès que la tentative de Louviot les échappés ne seront jamais rejoints. Une nouvelle chute met au sol Fréchaut et Le Moal (8ème du général)). Le quatuor en profite et monte son avance à plus de 2 minutes lors de l’entrée dans Bordeaux.

Au Stade Vélodrome, le Belge Vanoverberghe semble un temps l’emporter mais De Korver et Passat reviennent très fort. Poussé par près de 20 000 supporters tout acquis à sa cause,Raymond  Passat s’impose pour la seconde fois sur la Grande Boucle puisqu’il l’avait fait le 24 juillet 1937 à Vire. Le maillot jaune René Vietto termine à seulement 1 mn 30 s.
Né en 1913 à Doyet dans l’Allier, l’Auvergnat a rapidement quitté son métier de… forgeron pour se fixer dans la capitale. Licencié chez les « Bretons de Paris », on le retrouve, vêtu du maillot gris à bande horizontale bleue des gars du Sud-Ouest. La guerre qui éclatera quelques semaines plus tard le privera d’une belle carrière.

Ce Tour 1939 aura été celui d’un certain progrès technique avec l’apparition du dérailleur. Ce changement de vitesse a été imposé aux coureurs à qui on n’a pas trop demandé leur avis. Il rend la course plus nerveuse. Alors qu’auparavant, les coureurs devaient connaître à fond la gamme des  développements qu’ils utilisaient en course, cette fois ils n’avaient plus à chercher. Ils disposaient de quatre vitesses qui leur permettaient d’être toujours sur le bon développement.

La course sera remportée par le coureur belge Sylvère Maes, dont c’est la deuxième victoire. Il devance au classement général le Français René Vietto, porteur du maillot jaune pendant onze jours. Maes s’impose également au Grand prix de la montagne.

La photo du titre est un vrai document : le passage des 4 échappés sur la route de Camblanes (à la hauteur du croisement avec la route de Régano à gauche et de Montuard à droite) Au fond à gauche la silhouette du château du cabinet médical. (Archives personnelles)