Lorsque la carte du Tour 1996 est dévoilée je suis maire de Créon depuis quelques mois. J’ai conservé quelques contacts avec le monde du sport après avoir travaillé pour le service concerné de Sud-Ouest. Le responsable du tracé des étapes de la Grande Boucle n’est autre que Jean-François Pescheux, un ancien sprinter qui appartient ) l’équipe de Félix Lévitan et Jacques Godet. Un jour je reçois un coup de fil de sa part pour m’informer que l’étape contre la montre entre Bordeaux et Saint Emilion, du samedi 20 juillet. Créon verra donc passer pour la quatrième fois le Tour mais dans les meilleures conditions puisque le spectacle durera toute la journée.

Sur une distance extrêmement longue (63,5 Km) qui n’existe plus actuellement et sur un parcours varié au cœur de l’Entre-Deux-Mers les leaders s’expliqueront à 24 heures de l’arrivée. Le podium final de l’épreuve peut se jouer ce jour-là selon le résultat du passage dans les Pyrénées. Pescheux viendra à Créon début 1996 pour finaliser le passage. Il me propose d’installer à la hauteur de la Gendarmerie (le carrefour giratoire actuel n’existe pas) un premier point de chronométrage intermédiaire.

La ville bastide sera ainsi citée durant le direct télévisé des milliers de fois et des caméras fixes étant installées on aura la possibilité de diffuser des images promotionnelles. Un accord est trouvé : Créon sera portée sur le carnet officiel du Tour et la télé viendra en repérage. La mairie fera le maximum pour dégager la vue et mettre les plate-formes pour la télé et les officiels.

Les coureurs arriveront, un par un, par la route de Camblanes, emprunteront au carrefour de l’école maternelle le boulevard de Verdun pour filer vers La Sauve par l’avenue de l’Entre-Deux-Mers pas encore restructurée. Une belle opportunité de valoriser la bastide.

Un dossier de presse est préparé avec des partenaires. Le syndicat des vins de l’Entre-Deux-Mers sera un partenaire actif. Il possède un verre géant de dégustation en fer (il sera installé ensuite d’un commun accord au giratoire de La Ferrière) qui sera dressé sur l’espace actuel du jardin public derrière le monument aux morts. Un point accueil est préparé par le comité des fêtes avec un repas et un panier de produits locaux pour les journalistes qui s’arrêteront. Une invitation a été distribuée la veille su soir dans la salle de presse sur Bordeaux. Ce sera un joli succès… pour le vin blanc de l’Entre-Deux-Mers !

Des milliers de spectatrices et de spectateurs se pressèrent toute la journée le long des barrières sur le parcours créonnais. Il y eut un seul problème : 48 heures avant Jean-François Pescheux me prévint qu’il ne serait pas nécessaire d’installer les structures support pour la télévision au point intermédiaire de chronométrage. Il était supprimé pour faire des économies et les équipes partaient pour Paris dès le samedi matin. Le Tour étant joué puisque le danois Barjne Riis avait près de 4 minutes d’avance sur…son jeune équipier allemand Jan Ullrich le suspens était mort.

Tout le monde était venu pour voir passer un maillot à pois rouges. La notoriété d’un certain… Richard Virenque est à son summum. Dans la traversée de Créon il est largement le coureur le plus ovationné ! Porté par cette foule qui l’idolâtre le coureur de chez… Festina terminera septième de l’étape avec seulement 11′ de retard sur son équipier suisse  Laurent Dufaux (cinquième). Le lendemain, il prendra place sur la troisième marche du podium. Un événement que le public français attendait depuis sept ans

Jan Ullrich l’emportera aisément devant Miguel Indurain (56 s de retard). A 32 ans l’Espagnol espérait finir sa carrière en beauté sur une victoire. Il ne reviendra plus dans le Tour et arrêtera en janvier 1997. Le jeune prodige venu de l’ex-RDA devient le premier Allemand à accéder à une seconde place du Tour depuis 1932. Le maillot jaune danois perd 2′ 18 » sur son équipier et s’est tout de même fait une belle frayeur. Ullrich remportera la Grande Boucle (1997) et finira ensuite à de nombreuses reprises sur le podium.

Créon a réussi son Tour et sera félicitée par la société organisatrice. La ville bastide avait pourtant participé à l’une des étapes la plus honteuse de cette période. Bjorn Riis avoua s’être dopé  et fut déchu de ses victoires; Ullrich perdit quelques unes de ses places d’honneur obtenues dans le sillage de Lance Armstrong sur la Grande Boucle pour avoir été lui-aussi adepte de l’EPO. Richard Virenque et les Festina furent aussi convaincus de prise de produits illicites… et une bonne part des premiers du classement général en 1996 défraya la chronique dopage. Le « contre la montre » de 1996 pour éradiquer l’un des fléaux du sport cycliste continue toujours.