Les ventes de produits protecteurs, plus ou moins bios,  ne cessent de progresser. Les chercheurs font preuve d’une imagination débordante puisque le danger est partout. Désormais le « tigre » est sorti, non pas de la jungle, mais des marais mal entretenus ou des restes d’eau au fond de banals récipients de jardin. Il devient le monstre de l’été qui fait la une des quotidiens régionaux. Il pique à tout va, en solo, en rafale ou en escadrille, transmettant en cette occasion des maladies au nom déjà angoissant : des arboviroses dont les plus connues que sont le chikungunya, la dengue et zika. Ce ne sont pas des noms de danses tropicales mais bel et bien des atteintes graves au système nerveux. D’ici à ce que l’on découvre qu’il transmets le virus il n’ya qu’un pas sur les réseaux sociaux! 

Plus de la moitié  des départements métropolitains est touchée par cette invasion insidieuse gâchant les nuits estivales. L’ennemi ordinaire mais aussi sanguinaire que le « tigre » rôde partout et attaque toujours subrepticement ou traîtreusement. La moindre partie apparente du corps constitue parait-il un menu de choix pour ce « prédateur » avide de chair fraîche bronzée ou non. Peu importe d’ailleurs qu’il soit affublé de la parure angoissante d’un fauve, les moustiques « ordinaires » sur toute la terre, deviennent les cauchemars des hommes comme moi, qui bien qu’ayant l’âme sensible se croient protégés par leur peau tannée ! 

J’ai toujours eu la sensation que je constitue un mets de choix, une sorte de caviar dont le convive vampire  ne saurait se priver. Harcelé par les attaques en piqué ou perturbé par les fins vrombissements de ces minuscules drones miniatures je n’ai aucun moyen réel de me défendre lors des affrontements nocturnes. Je suis leur proie favorite. Le fameux moulinet destiné à éloigner le danger peut avoir un effet provisoire sur un mâle dont le bruit strident ne fait que préparer les attaques de sa compagne muette (est-ce vraiment un bonheur dont il a conscience?) mais beaucoup plus incisive dans ses offensives. Il n’y a rien de plus agaçant, de plus déstabilisant que de ne pas voir ses ennemis mais de les entendre quand en plus ses moyens défensifs sont très limités ou muselés. L’impuissance à combattre des agresseurs invisibles devient douloureuse d’autant que tous les efforts accomplis sont voués à l’échec. Diable pour quelles raisons ce duo aérien s’installe dans la moiteur de la nuit et me contraint à rester sous le drap ?

 On en vient à souhaiter un coup de froid ou une pluie aux bienfaits immédiats pour diminuer leur agressivité. Mais il ne vient pas. Le dilemme est que celui qui constitue la victime expiatoire éprouve le tentation d’allumer la lumière pour traquer les adversaires en les aspergeant d’une bombe salvatrice au « napalm » plus ou moins chimique. Rien de plus agaçant que ce réveil « vaporeux » pour celle ou celui qui dort paisiblement sans avoir eu la moindre perception du danger de la situation.

N’empêche que la femelle intrépide, ayant pris on peut le supposer son plaisir dans la fécondation, veut toujours vous « dévorer », en tentant d’absorber le sang dont elle a absolument besoin pour se ravitailler en protéines nécessaires à sa progéniture. S’en prendre à un homme désarmé dans ce but, constitue en temps de guerre, une entorse grave aux conventions de Genève. Elle ne vient pas directement boire à la source pour colporter ses défauts éventuels mais la « salive » qu’elle  injecte sous ma peau pour fluidifier sa boisson favorite, provoquera le pire des tourments : les démangeaisons ! Le pire réside justement dans « l’après piqûre » puisque sur le moment aucun signe ne permet de savoir que l’on a été atteint.

« Dame moustique » insensible à la faiblesse d’une défense, à peine est-elle éloignée par un mouvement imprévu ou agacé, revient à l’assaut des parties les plus exposées du corps qu’elle convoite. Mon lard l’attire davantage que le cochon qui sommeille en moi. La bataille peut durer une bonne partie de la nuit sans que l’on parvienne malgré les claques- flagellations que je m’inflige, à détruire cette femelle infernale. Il faut me résoudre à m’enduire d’une brume à la citronnelle ou à lâcher la bombe « atomique » dite insecticide, réputée efficace contre tous les insectes volants. Elle constitue l’arme ultime, celle que l’on emploie en désespoir de cause.

Il existe des pays où l’armée des piqueurs ne permet pas d’autre solution que le refuge dans des abris appelés  moustiquaires. Les « maringouins » du nord canadien ont par exemple de sérieux rivaux avec la « mouche des chevreuils », les « brûlots ». Ils constituent pourtant j’en atteste pas expérience, pour l’homme des bois le pire des fléaux quand l’été est venu. Ces lâches se précipitent  sur les moindres interstices dans les vêtements, dans l’obscurité, en silence, comme les commandos des services secrets.

On peut s’interroger pour savoir s’il n’y a pas un kamikaze ou des auteurs potentiels d’attentats suicide enfouis dans le microscopique cerveau de ces insectes lamentables. Ils deviennent de redoutables tueurs puisque ce sont eux qui causent le plus grand nombre de morts sur la planète parmi tous les animaux. Et dans le fond les tigres ne sont pas où on le pense !