Nous aurions pu échanger à une terrasse puisque elle existera bientôt à La Sauve où ont débuté les travaux de réhabilitation de la gare face au site où des wagons appartenant à la légende du rail retrouvent vie. Pour le moment il faut nous contenter d’un échange sur la piste à quelques encablures du fameux tunnel où disparaissent et apparaissent les cyclotouristes comme les cyclo-sportifs, avalés par ce magnifique boyau courbe construit avec des ajustements millimétrés de pierres grises.

C’est Jean-Paul qui s’arrête et m’interpelle. Il rentre sur Bouliac après son escapade matinale sur ce ruban noir qui draine quotidiennement des centaines de pédaleurs aux objectifs divers. En me croisant il m’a reconnu et a eu envie de s’offrir un brin de causette. « J’adore cette piste. Elle est parfaitement entretenue et je voulais vous le dire. Je la connais par cœur puisque j’effectue quatre fois par semaine l’aller retour entre le parking d’Auchan et Sauveterre de Guyenne. Une centaine de kilomètres chaque fois ! » Ce passionné de vélo appartient à la catégorie des abonnés de la Lapébie qui, à force de la parcourir en toutes saisons, en connaissent toutes les qualités mais aussi tous les défauts.

« Au total sur une année je ne dois pas être loin des 20 000 kilomètres avec quelques infidélités du coté de Labrède mais pas souvent. Je suis un fidèle. C’est pour ça que je voudrai partager avec vous quelques problèmes qu’il faudrait signaler au conseil départemental. J’en ai parlé aux personnes qui sont parfois sur le terrain mais même s’ils sont d’accord mais ils n’ont pas de pouvoir de décision » m’explique le paisonné de vélo.

« Par exemple il faudrait renforcer la signalétique au carrefour du Génestat dans le sens vers La Sauve. Les gens louent au Point relais vélo de Créon et ils filent dans la partie descendante et se croient les rois de la piste. J’en vois souvent qui ne s’arrête pas et traverse en groupe ou seul la route départementale qui est très dangereuse car les véhicules filent à vive allure. Un jour il y aura un drame. » Sa remarque paraît justifiée puisque deux inconsciences se rejoignent : la vitesse excessive dans la descente des automobiles et la négligence des cyclistes. Jean-Paul craint le pire en raison de l’irresponsabilité générale.

Son autre point noir se situe au giratoire de Latresne avant la voie rapide. « Il faut que je traverse la voie rapide et malgré tous les aménagements c’est assez compliqué et dangereux. La direction Bordeaux est très mal signalée mais ce n’est pas le plus grave. Malgré le petit couloir et le muret de protection, le passage vers la piste longeant la Garonne n’est pas rassurant tellement il y a de voitures pressées de se rendre à Bordeaux. Comme ce n’est pas un passage protégé puisque ce n’est pas en agglomération, personne ne s’arrête ! » Jean-Paul appartient à la catégorie que je ne cesse de vanter les mérites auprès des élus et des techniciens : le « citoyen sachant » grâce à son expérience concrète. Deux panneaux d’agglomération avec réduction de la vitesse à 50 permettrait en quelques minutes d’effacer ces difficultés. C’est théoriquement simple mais dans les faits c’est une affaire de près d’un an de démarches, de vérifications, de débats, de procédures.

S’il a beaucoup de connaissances et même d’amis sur le ruban noir devenu son terrain de jeu favori. Les ennemis existent aussi ! Pour lui « les chiens » arrivent en tête. « C’est le plus grand danger car ils ne sont pas tenus par leurs maîtres surtout ceux qui ont des laisses extensibles qui marchent à droite avec leur animal non pas vers le bas-coté mais le centre de la piste. » L’expérience parle. Là encore difficile de lui donner tort. Il ajoute que vers Saint-Brice il y a parfois des chiens agressifs et menaçants en liberté. « Ils n’aiment pas les cyclistes. Comme j’ai été attaqué je ne pars jamais sans mes deux bombes de répulsif dans mon sac à dos. Je me méfie chaque fois que je passe ! »

Jean-Paul ne s’est pas arrêté pour rien. « C’est parce que j’aime beaucoup cette piste qui est magnifique que je me permets ces remarques. » ajoute-t-il pensant peut-être que cette rencontre inopinée me perturbe alors que je ne demande pas mieux que de partager les éléments pouvant améliorer un espace qui me tient à cœur. En fait l’amoureux de la Lapébie met en évidence le mal de notre époque : les utilisateurs des équipements collectifs, pourtant les plus concernés et motivés, ne sont guère écoutés ! On décide pour eux et quand il faut justifier des défaillances les décideurs se réfugient derrière les textes officiels !