Mario d’origine italienne n’a évidemment aucun lien de parenté avec Tartarin de Tarascon. Il aime à rappeler qu’il fut une époque où les domestiques agricoles recherchaient toutes les opportunités d’améliorer l’ordinaire essentiellement basé sur les élevages familiaux. Sa famille installée d’abord sur les terres de l’actuel château Camiac migra vers La Sauve et le délicat site de celui « des Demoiselles » durant la dernière guerre. «  A l’époque quelle que soit la période de l’année explique-t-il nous partions aux champs, dans les vignes ou les prés avec le fusil de chasse au cas où ! ». Il continuera à parcourir la campagne durant les décennies suivantes sans jamais de son propre aveu figurer au palmarès des « grands chasseurs ».

Toujours installé à sa fenêtre d’où il aperçoit juste le ciel par-dessus le toit il n’hésite pas à me conter la plus belle de ses réussites de Nimrod débutant. Il suffit de s’accouder au rebord de son ouverture vers les autres, pour apprécier un récit épique venu du temps de son adolescence. « Un jour d’octobre après les vendanges, je surveillais le troupeau quand est arrivé un immense vol de palombes comme on en voyait alors. » Il joint le geste à la parole en décrivant avec ce principe du parler italien cette profusion d’oiseaux dans le ciel. « Il tourne au-dessus du pré voisin bordé de chênes situé en contre-bas d’un talus pour finir par se poser. J’étais tellement impressionné que je ne bougeais pas. »

Mario n’est pas au bout de son étonnement puisqu’un second vol encore plus impressionnant effectue la même manœuvre et rejoint le précédent. « Là je prends le fusil et doucement je vais vers le talus. Je passe la tête sans trop montrer. Des centaines et des centaines d’oiseaux sont au sol formant un véritable tapis bleu et les chênes sont de la même couleur. Je ne vois plus une branche et une feuille. Certaines palombes installées sur un terrain encore un peu humide dodelinent de la tête dans ma direction. Aucune d’elles ne semblent inquiètes. Je ne savais pas où regarder tellement le spectacle était étonnant. » Son regard s’illumine. Je l’aime ainsi : vivant, heureux, passionné.

« Je me cache pour glisser deux cartouches dans le fusil que je passe par-dessus le talus avant de tirer deux coups dans le tas, sans trop viser ! » Il épaule. « J’ai encore en mémoire le bruit des milliers d’ailes qui reprennent leur vol ! » Mario en conteur expérimenté attend pour faire son effet. « Je me précipite en bas du talus pour récupérer les oiseaux qui restent au sol. » Il lui faut quitter sa chemise pour les emporter. « Je les entasse en vitesse. Il y en avait neuf mortes d’un seul coup ! » Fier de son exploit le chasseur file avec son butin vers la maison en abandonnant le troupeau.

« Ma mère ne m’a pas accueilli à bras ouverts car le sang avait taché ma chemise et ça elle n’aimait pas ». Elle finit pas dénouer les manches pour étaler sur la table de la cuisine le tableau de chasse de son fils. En comptant l’une après l’autre les palombes ramenées elle en trouve… onze et pas neuf ! « Et encore onze je suis sûr que c’est pas le vrai nombre explique l’auteur de ce coup du roi car il y en avait probablement d’autres blessées qui étaient peut-être pas allées très loin ! Les Lacoste arrivés en voisins avec leurs fusils s’en sonr chargés. Tu sais Jean-Marie j’en rêve parfois la nuit. Je revois le tapis sur le sol et les chênes tout bleu ! » Les mots se bousculent tellement son émotion est réelle !

Toujours avides de délivrer une anecdote Mario ajoute le récit du jour où son oncle, chasseur très occasionnel avait décidé de traquer le gibier dans les environs de la ferme. « Il est revenu avec l’une de nos poules. En la tendant à ma mère il lui a annoncé : c’est une poule sauvage ! » Le cadet des quatre fils Rigo se souvient de la réplique en italien de la mama : «  je crois que le sauvage c’est toi ! » Je l’écoute aussi avec jubilation me raconter l’histoire de la « chasse à la chauve-souris » décrétée par son frère Guérino. «C’était pas très malin. Il a gaspillé des dizaines de cartouches et à la fin la chauve-souris était toujours vivante ! » Je resterai des heures avec lui à l’écouter mais Mario se fatigue vite. Sa voix est couverte par le bruit de la file continuelle des automobiles qui passent à quelques mètres de sa fenêtre… comme si les temps modernes se moquaient pas mal de ces éclats d’une mémoire encore vive. Je repasserai !