Nicolas, le maréchal qui croise le fer à cheval

Nicolas n’a absolument pas rêvé de trouver une part de sa fortune potentielle sous le sabot d’un cheval. Et pourtant chaque jour il s’efforce de scruter cette part beaucoup plus fragile qu’on le pense, des équidés qui lui sont confiés. « Mon père m’avait vanté le métier de maréchal-ferrant et de forgeron annonce-t-il de suite. J’ai suivi son conseil et je ne changerai pour rien au monde. Il m’a fallu beaucoup de temps pour parvenir à me mettre à mon compte mais maintenant que c’est fait je suis pleinement heureux. »

Le parcours pour acquérir les diplômes nécessaires à l’exercice autonome de cette profession nécessite en effet un moral en fer forgé. « J’ai commencé en allant en 4° et 3°, sur la base d’un contrat en alternance, à la Maison familiale te Rurale de La Sauve. J’allais déjà chez M. Puyo un maréchal-ferrant expérimenté à Le Pout. J’ai pu découvrir le métier et le comprendre concrètement. Il m’a fallu ensuite me perfectionner au Lycée agricole de Mirande dans le Gers où j’ai obtenu mon CAP en deux ans. »

Nicolas marqué par la disparition brutale de son père, au caractère bien trempé mais très motivé, a accepté l’éloignement de Créon pour intégrer les techniques de ferrage de tous les animaux en ayant besoin, et celle du  parage des sabots durant des séjours de 6 semaines. Ce n’était pourtant pas suffisant car la forge reste un art qui nécessite encore bien des apprentissages. Durant cinq ans toujours en alternance il a ajouté à ces bases acquises sur le ferrage celles de la forge par laquelle passe l’adaptation des protections toutes individualisées des animaux confiés.

« A Gaudran-Polignan en haute-Garonne dans un autre centre d’apprentissage j’ai encore passé deux années supplémentaires pour obtenir un brevet technique de maîtrise (BTM) certification de l’enseignement professionnel, créée et délivrée par la chambre de métiers et de l’artisanat. Il donne une qualification d’ouvrier ou d’employé qualifié de niveau 4 dans un métier ! Au total avec une période supplémentaire chez Monsieur Puyo pour me perfectionner et apprendre la gestion j’aurai passé près de huit ans à vraiment apprendre le métier » Nicolas n’hésite pas à affirmer que « sa profession de métier de maréchal-ferrant forgeron demande autant de temps d’apprentissage car sa simplicité est apparente. C’est un métier de précision exercé sur du vivant.».

Depuis son installation le Créonnais s’est constitué une belle clientèle qu’il visite régulièrement. « Un cheval ayant une activité normale doit être ferré toutes les six semaines et paré au minimum tous les deux mois si l’on veut ne pas avoir d’accident ! Je finis pas bien connaître le caractère de chaque animal et c’est indispensable. Je les aborde le plus calmement possible mais avec une vigilance particulière puisqu’un équidé peut déployer une force égale à plus de deux fois sa masse ce qui risque de faire très mal ! » Nicolas ajoute que pour lui « un cheval est une éponge qui absorbe tous les signes de son environnement. Si je l’aborde stressé, énervé, inquiet, agressif ou craintif il le ressent. » Ce rapport de confiance réciproque à créer ou à maintenir constitue le secret d’un ferrage réussi. Ensuite l’adresse, la précision et la délicatesse dans l’action ajoutent à la qualité de l’action.

Le maréchal ferrant s’occupe majoritairement de montures pratiquant les concours de sauts d’obstacles mais intervient aussi auprès d’une demi-douzaine de chevaux de trait. Il faut une époque où ses derniers auraient constitué l’essentiel de la patientèle. J’ai encore en mémoire, avec une envie réelle de revivre ce spectacle, l’activité de M. Maraillac l’artisan du bourg qui entretenait les sabots de dizaines de ces « forçats de l’activité agricole ». Dans mes narines l’odeur de la corne brûlée à l’ajustement du fer a encore sa place et dans mes oreilles le tintement des frappes sur l’enclume; Il paraît que le travail avec ces magnifiques bêtes revient à la mode et que mes souvenirs d’enfance existent.

S’il n’intervient pas sur les bœufs de labour ou les vaches tirantes en voie de disparition, il doit affronter les ânes ! « Il y en a de plus en plus. Je nettoie leurs ‘ongles’, je les taille, je les pare pour éviter les blessures. Seuls les ânes bâtés qui effectuent des randonnées doivent porter des fers. Cet entretien s’effectue toutes huit semaines en moyenne. Je confirme que les ânes têtus et pas faciles à maîtriser existent. D’autant que la plupart d’entre eux évoluent dans des prés ou des parcs sans aucune contrainte  » En fait en la circonstance davantage « podologue » que « maréchal-ferrant » Nicolas déploie la patience et compréhension d’un instituteur rejetant l’usage du bonnet.

Passionné et passionnant ce garçon que j’ai vu grandir, n’hésite pas à annoncer que le fait de manier des fers à chevaux ne porte pas nécessairement bonheur. « Le soir j’en ai plein le dos au sens propre et la tension nerveuse use mais je suis toujours heureux. Je gère mon emploi du temps en exerçant un métier que j’aime. »

Ce contenu a été publié dans RENCONTRES, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Nicolas, le maréchal qui croise le fer à cheval

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    Si tu es fier de ton travail, tu es un homme heureux…

  2. MARTINE PONTOIZEAU-PUYO dit :

    Monsieur Guillaume PUYO, le Maréchal Ferrant de Le Pout est mon Fils. il a fait ce métier par vocation, personne dans la famille n’appartenait au milieu rural. Il a fait sa formation de 3 ans en Seine Maritime. Maintenant il travaille avec son fils Timothée qui a voulu lui aussi faire ce métier. Mon fils est maître artisan et son fils a tous les diplômes de la maréchalerie. je suis fière d’eux.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.