Le Coquelicot qui a poussé au Mali

Porter un maillot de football : un rêve que seuls quelques privilégiés pouvaient envisager au cours de leur adolescence au siècle dernier. Il faudra par exemple attendre 1962 pour qu’un équipe de juniors soit créée au sein du Club Athlétique Créonnais surtout préoccupé par le recyclage de quelques vieilles gloires pour le prestige de la bastide, en Division d’Honneur. Comme ce fut souvent le cas en ces temps désormais lointains, là aussi les instituteurs jouèrent un rôle décisif dans le développement de leur sport favori.

Tous étaient mythiques dans leur engagement : le « père » Pometan à Aillas pour le foot et l’athlétisme ; le « père » Perpère et le « père » Peynaud » à Rauzan et à Lignan de Bordeaux pour le basket, le « père » Meynier à Sadirac pour le foot, plus près de nous le « père » Buguet à Créon pour le Hand… et tant d’autres eurent des « fils » devenus des sportifs accomplis. Pour bon nombre de Créonnais Camille Gourdon fut de cette lignée au début des années 1960. « Il aimait le rugby car ses origines landaises le voulaient » explique Jean-Claude devant un rosé aussi frais que ce premier matin d’automne.

Comme ce n’était pas dans la culture locale le Directeur du collège d’enseignement général se contentait en cours d’éducation physique, « de poser un ballon ovale sur la pelouse en expliquant que le geste fondamental de sa discipline favorite consistait à courir, s’incliner pour le ramasser d’une main sans le laisser tomber, sans tomber et sans commettre un en-avant. » Sa motivation pour créer un quinze (seule possibilité à l’époque) avec la classe de troisième s’effaça très vite devant les dures réalités locale.

« Camille ajoute celui qui appartint au premier duo d’entrants à l’École normale de la Gironde issu du CEG de Créon, se résigna à aligner en sport scolaire la première équipe de football de l’histoire locale. « Elles étaient rares et nous étions les ‘bouseux’ dans un championnat essentiellement urbain avec des formations constituées par les Lycées sanctuaires de la réussite dans tous les domaines. Je ne sais pourquoi il acheta un jeu de maillots rouges avec un scapulaire blanc et nous affubla du nom de ‘coquelicots créonnais’. » Enfin j’ai mon idée : le rouge allait bien à ses idées ! » s’amuse Jean-Claude.

« A toutes les récréations nous traversions la route pour nous rendre sur le pré en face. Il dirigeait l’entraînement ou des empoignades sévères. Son exigence allait de pair avec son envie de nous voir gagner. Comme en classe il nous poussait à donner le meilleur de nous-mêmes. Pratiquement personne n’avait évolué dans une équipe mais rapidement le maillot rouge avec un scapulaire était tellement beau et nous étions tellement fiers de le porter que la cohésion est vite venu.l Les campagnards n’étaient pas si mauvais que ça. » En énumérant les joueurs d’alors ( Les Dulhoste, Castaing, Terraza, Dubos, Araguas, Dizier , Sarraut, ..) Jean-Claude revit ces moments passés exceptionnels pour lui mais qui paraissent maintenant tellement banals.

« Camille détestait perdre et n’aimait pas les arbitres en oubliant parfois qu’il était enseignant. Sur le bord de la touche c’était parfois bouillant. J’ai encore le souvenir d’un match en finale du championnat contre Floirac ! Ce fut sanglant ! » Une autre époque ? Pas certain. En tous cas Créon avait tenu son rang et l’équipe perdurera avec les générations suivantes. Le hasard voulu même qu’en 1963 j’eus le plaisir de jouer avec l’équipe de l’école normale contre celle des Coquelicots que j’avais quittée l’année scolaire suivante. Jean-Claude lui partit quelques temps aprèss as sortie de l’EN vers d’autres horizons tout aussi extraordinaires.

« Après avoir épuisé les avantages du sursis, il me fallait partir à l’armée en 1970. Il n’était pas question pour moi de filer sous les drapeaux. J’ai donc demandé la coopération. Avec un coup de pouce d’un notable je devais être affecté en Côte d’Ivoire. En définitive je me suis retrouvé au Mali pour enseigner dans un collège raconte l’ancien collégien créonnais. J’ai vite regardé la carte sur le dictionnaire. Je me voyais avec inquiétude déjà à Tombouctou puis à Gao ! Arrivé sur place je rejoignis l’établissement de l’Alliance française dans la capitale. » Le Coquelicot allait essaimer en Afrique.

Installés dans un superbe villa avec un train de vie inconnu en France, les coopérants connurent des fortunes diverses. « Très rapidement le ministre des sports, frère du président d’alors, ayant su que je jouais au football m’a demandé de prendre en mains l’équipe de l’Alliance jouant dans le nouveau championnat national. Je me suis retrouvé entraîneur sans avoir d’autre expérience que celles des équipes du collège et de l’école normale ! J’y suis resté plus de deux ans avec un régime avantageux. C’était folklorique ! Presque tous les matchs se déroulaient à Bamako sauf un qui nous obligeait à nous rendre à Ségou aux confins du Sahel. Nous n’y sommes pas allés… » Jean-Claude a été démis de ses fonctions à quelques mois de la fin de son contrat… en raison d’aléas politiques. Comme quoi rien n’a là encore vraiment changé !

La photo du bandeau est celle des coquelicots créonnais de 62-63 

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4 réponses à Le Coquelicot qui a poussé au Mali

  1. GRENE CHRISTIAN dit :

    Entraineur au Mali? Et pourquoi pas à Lima? Je connais plus d’inca qui y sont partis parce qu’on leur avait dit que là-bas c’était le Pérou. Le foot et l’argent…

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    Le coquelicot, fleur préférée des Révolutionnaires. Et quand « le coquelicot » essaime, il emmenne avec lui … « Liberté, Égalité, Fraternité. »

  3. Lascourrèges dit :

    Sacré Jean Claude. Une espèce en voie de disparition . Le coquelicot est devenu une espèce protégée

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