Le panache du mousquetaire Alaphilippe !

La raison disait que les retrouvailles de Julian Alaphilippe avec une tunique arc-en-ciel était impossible mais le cœur l’espérait sur chaque image d’un peloton fondant au fil des kilomètres comme neige au soleil. Mais qu’y-a-t-il de rationnel dans l’épopée cycliste d’un championnat du monde ? Pas grand chose puisque la tête semble avoir en pareilles circonstances tout pouvoir sur les jambes. Dans la victoire du porteur du maillot bleu sur les routes belges elle a joué un rôle considérable. Une mentalité de « Tignous » gascon, de « roquet » ne lachant jamais les mollets des autres, une force de « David » jouant avec la force supposé des autres : des attitudes récompensées par un exploit entré au sprint dans les mémoires. 

Sorte de Zébulon sur deux roues, Julian Alaphilippe a en effet enfreint parait-il toutes les consignes reçues du sélectionneur ayant enfanté un plan de campagne à plusieurs options. Le seul qu’il avait écarté a pourtant fonctionné ce qui donne un regain de valeur à la glorieuse incertitude du sport, celle que plus personne n’évoque. Le « renouveau » champion du monde du cyclisme a démontré que rien ne remplace l’intuition et plus encore l’envie. A force de tenter de rationaliser l’improbable et de bâtir des stratégies réputées efficaces, les responsables des équipes de tous genres finissant par «étouffer » l’audace et l’initiative personnelles.

En franchissant la ligne d’arrivée, le lutin aux mollets d’acier, a redonné son sens à la compétition. Certes il aura bénéficié du dévouement indéniable de ses équipiers mais il aura su à merveille lui offrir la récompense qu’ils méritaient. Doté d’une barbichette mesurée de Mousquetaire, le « d’Artagnan du vélo » a ainsi bonifié la fameuse devise « Tous pour un et un pour tous ! ». Dans le fond il devrait être vite invité dans les vestiaires des footballeurs Deschamps ou venir dialoguer avec les « melonisés » du Paris-Saint-Germain. Ces serait une œuvre salutaire pour ces vedettes dont la passion s’arrête au montant de leur carnet de chèques.

Le rôle de Cyrano de Bergerac lui irait également  fort bien. Sa déclinaison des attaques pour décrocher les impudents souhaitant s’accrocher à ses basques ressemble étrangement à l’opiniâtreté que met le héros de Rostand à donner la leçon au vicomte de Valvert. Virevolta, incisif, agile, Julian a mis avec un « Aert » consommé de l’offensive, un « Van » au favori de tout un pays. « Élégant comme Céladon, Agile comme Scaramouche, je vous préviens, cher Mirmydon, qu’à la fin de l’envoi je touche ! » : il a trouvé les forces nécessaires pour conjuguer l’efficacité et le panache ! 

Ayant prévu de laisser à son Sénéchal le soin de mener l’ultime combat au cas où il aurait succombé au cours de sa guérilla contre les autres chevaliers des cycles, le « petit » Prince aussi rusé qu’un renard, a résisté à la meute lancé à ses trousses. Dix-sept kilomètres qui demeureront comme les plus difficiles de sa carrière! En grignotant seconde après seconde le délai nécessaire pour ne plus être rejoint par les collectionneurs de médailles, Julian a forcé l’admiration. D’ailleurs bien des vaincus du jour n’ont pas tardé à le féliciter comme s’ils s’étaient résignés à ce que leur « bourreau » leur tienne tête une saison supplémentaire.

Si l’on en croit les phrases toutes faites que les analystes des exploits sportifs utilisent en pareille circonstances,, le plus dur serait de confirmer. En revêtant deux années de suite la tunique arc-en-ciel, le Français au cœur vaillant a démontré que rien n’était impossible dans ce domaine. Sa réussite réhabilite l’audace des rêves et donne un sens aux objectifs personnels que l’on se fixe. Être aux rendez-vous de ses propres défis sans trop se soucier de ce que les autres imaginent pour vous, constitue la principale force d’Alaphilippe. Terminer une épreuve quelle qu’elle soit en ayant le sentiment d’avoir tout tenté pour la réussir l’anime en permanence. Avec lui on retrouve l’amour du sport.

Bien plus que le titre c’est la manière dont il a été obtenu qui enthousiasme celles et ceux qui savent que la légende des cycles chère à Antoine Blondin ne compte pas que des chapitres aussi glorieux. Julian a par exmple déjà donné une explication révélatrice de notre temps, à la farouche motivation qui l’a animée jusqu’à l’arrivée. « Les derniers kilomètres, c’était horrible. Je me suis vraiment fait violence (…). J’avais la rage, j’ai tout lâché. Les Belges étaient pour Wout Van Aert donc dans le dernier tour, ils me disaient d’aller moins vite. Ils n’avaient pas des mots très sympas. Je les en remercie, ça m’a servi ! » Comme quoi toutes les formes exacerbées de nationalisme font souvent le malheur de ceux qui les profèrent !

Exceptionnel « Julian la Tulipe » du cyclisme, le vainqueur de ce jour de kermesse géante à Louvain, entre dans l’Histoire de son sport. Les laudateurs passeront sur le grand braquet des titres ou des qualificatifs pour louer ses mérites alors qu’il serait assez simple de vanter sa simplicité, sa générosité dans l’effort et sa détermination à être à la hauteur des espérances qu’il fait naître chez les autres. Peu courant ! 

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7 réponses à Le panache du mousquetaire Alaphilippe !

  1. De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! 

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    Ce qui manque le plus ! Nos politiques feraient bien de s’en inspirer…

  3. GRENE CHRISTIAN dit :

    Zemmour doit être content. Un Français champion du monde qui s’appelle Allah et Philippe!

  4. Philippe Conchou dit :

    Woecler président!!!
    Alaphilippe premier ministre!!!
    De l’audace, de l’imagination, du courage, de la jeunesse, tout ce qui manque à nos politiques en costumés et naphtalinés comme des premiers communiants.

  5. GRENE CHRISTIAN dit :

    @ Chère Laure
    Après une longue conversation téléphonique avec m’Agnès, hier soir, j’ai appris que nous avions un autre ami commun qui s’amusait d’autant plus de mes hollandaises blagounettes qu’il était secrétaire de rédaction au journal. Qui me rappelle le grand Brel chantant l’hombre de la Mancha. « Même si je leur chante « mi corazon »/Avec la voix bandonéante/ ma chanson de naguère ». Celle du temps où il s’appelait Inaki – j’arrive pas à mettre le tilde sur le « n » – el senior Sanudo. Un amigo verdadero. S’il y a des fautes dans mon espagnol, elles incombent à mes profs au lycée qui s’appelaient Labansat, comme notre Philippe à nous. On les surnommait Pepito et Pepita. La verdad si yo mento!

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