L’alimentation un vrai enjeu décisif pour l’avenir

Plus de 3,5 millions de personnes résidant en France ont recours aux structures de distribution de nourriture. Cette statistique cache des situations véritablement différentes mais toutes ne correspondent pas à la notion de « besoin fondamental » de tout humain. Plus de 150 000 attributaires d’une aide alimentaire se présentent en plus chaque année mettant en évidence que l’essentiel reste l’accessibilité à la nourriture. Le secours populaire indique que selon un sondage un quart de la population française est contrainte de réduire les quantités de les assiettes et un Français sur cinq saute même des repas. 

Je raconte toujours sur ce sujet le conseil que nous avait donné le directeur de l’École Normale d’Instituteurs lors des cours de morale professionnelle. « Si vous constatez qu’un enfant à la cantine (NDLR : on ne parlait pas encore de restaurant scolaire) stocke des tartines de pain à coté de son assiette en début de repas vous pouvez-être certain qu’il ne mange pas chez lui à sa faim ! » Un conseil qui n’était valable qu’à cette époque où les instituteurs surveillaient le repas et mangeaient avec eux. A l’heure actuelle avec la mise en place des self-service et le changement des habitudes alimentaires l’observation aurait moins d’intérêt.

La crise sanitaire a mis en évidence les difficultés que rencontrent les jeunes mais aussi les personnes âgées pour s’inscrire dans la norme de trois repas par jour. Le budget consacré par les ménages à l’achat de nourriture se situe en France en moyenne à 21 % des ressources globales : c’était le premier poste des dépenses. Il faut considérer la récente évolution du coût de l’énergie et l’inflation sur les produits essentiels ne va pas arranger la situation des plus précaires et des classes moyennes.

Même si je vais à contre-courant des débats actuels, j’ose affirmer que ce sont ces populations dont il faudrait s’occuper en priorité. Le bio sur 120 repas pris par un enfant, un jeune en milieu scolaire sur une année devient vraiment accessoire quand pour certain l’essentiel réside dans un menu équilibré lui permettant de compenser un tant soit peu les carences familiales. Malheureusement pour une grande majorité des convives c’est le gaspillage qui s’impose en raison du décalage entre les habitudes de la maison et les efforts accomplis pour diversifier la restauration.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu à la fin des années 1950 et durant celles de 1960 des assiettes entières jetées à la poubelle. Haricots, lentilles, pâtes, brandade de morue, gras double, choux-fleurs béchamel… étaient engloutis sans aucune contestation sur leur provenance. Désormais 30 % des repas des structures collectives partent à la poubelle ou vers les bio-déchets. 

Certes il ne s agit pas d’ignorer la dangerosité de certains produits pour la santé de celles et ceux qui les consomment mais de trouver des priorités en la matière. Un énorme effort d’éducation à l’alimentation reste à mettre en œuvre pour lutter contre la pression publicitaire et l’incitation à la sur-consommation. Bien évidemment l’amélioration du pouvoir d’achat pour les classes (oui ça existe encore!) les plus précarisées devient essentielle d’autant que pour masquer l’inflation l’industrie agro-alimentaire diminue discrètement les quantités des produits vendus.

Un travail sur le développement d’une production locale de qualité avec des circuits de distribution ayant des prix accessibles au plus grand nombre. Depuis toujours je milite pour que les marchés réglementés offrent gratuitement au minimum 30 % de leur place à de la vente en direct de producteurs. C’est un premier pas vers un vrai changement des habitudes de consommation comme pourrait l’être la mise en place de formes diverses de coopératives de distribution ou de régies de production. Une forte incitation à la création de réseaux d’épiceries solidaires ou de jardins collectifs, individuels ou partagés est à développer au plan national.

La fracture sociale sur l’alimentation s’élargit surtout autour des divers concepts maximalistes sur sa nature. Une petite histoire me permet de l’illustrer. Autant vous la conter. Dans une grande collectivité territoriale entre deux réunions des plateaux repas froids et gratuits sont proposés aux élu.e.s.. Certaines d’entre elles ont exigé auprès du personnel que l’on enlève l’œuf et dans un autre cas la crème… et bien entendu le poulet ! Ces exigences sont-elles différentes de revendications alimentant les polémique sur le porc en restauration collective ? Ces élus pensent-ils vraiment à celles et ceux qui manquent de presque tout !

L’alimentation, je le crains va devenir un enjeu extrémiste avec des préoccupations déconnectées de la réalité :un nouveau rapport d’Oxfam indique que, si aucune mesure n’est prise, 11 personnes pourraient mourir de faim et de malnutrition chaque minute dans le monde. C’est plus que le taux de mortalité mondial actuel du COVID-19, qui est d’environ sept personnes par minute. On en parlera certainement moins.

Ce contenu a été publié dans PARLER SOCIETE, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

11 réponses à L’alimentation un vrai enjeu décisif pour l’avenir

  1. J.J. dit :

    Avec le lobby de l’agroalimentaire, ce n’est pas demain la veille que la situation s’arrangera.
    Le mot d’ordre « Profit à tout prix ! » est leur credo , leur confiteor, comme aurait dit notre grand George, dont on va fêter le centenaire de la naissance.
    Actuellement, la lubie de ces lobbys est le Nutriscore, indication portée sur les emballages de certains produits alimentaires, et dont le but est d’indiquer aux consommateurs la teneur plus en moins importante des aliments en corps gras et sel, de façon à en surveiller leur consommation. L’équivalent du « À consommer avec modération » pour l’alcool.
    https://etude-nutrinet-sante.fr/

    Et évidemment ça ne plaît pas. On assiste à une campagne anti Nutriscore, sous le fallacieux prétexte que le Roquefort, comme pratiquement tous les fromages, est classé D ou E, le plus mauvais score en matière de substances à consommer modérément. Cela ne signifie pas que l’on ne doit pas manger de fromage, mais qu’il faut le faire « avec modération ».

    En détournant le sens de ce classement, les producteurs de Roquefort, utilisés comme sous marins, se plaignent de cette soi disant relégation, alors qu’ils proposent un produit naturel, et patati et patata…, bref on essaie de monter les consommateurs contre cet étiquetage qui est proposé dans leur intérêt.

    Un des nombreux exemple des attaques dont sont victimes les organismes ou associations militant pour la promotion d’une alimentation de qualité.

    • Laure+Garralaga+Lataste dit :

      @ à J.J.
      Moi, le Roquefort… J’adore ! Mais comme pour tout autre aliment et boisson, « à consommer avec modération ».
      Modération…! Voilà bien un mot désuet qui, dans ce monde de violence, va trépasser dans les oubliettes du passé !

  2. GRENE CHRISTIAN dit :

    M’sieur Darmian, j’ai surpris J.J. qui mettait son doigt dans le pot de confiteor. C’est pas bio tout ça!

  3. facon jf dit :

    bonjour,
    15 millions de chats et 8 millions de chiens en France qui coûtent à leurs heureux propriétaires 3 milliards d’€ en alimentation animale. Les consultations chez le vétérinaire coûtent en moyenne 560 euros par an. j’ai rien contre les animaux de compagnie, mais quelques questions doivent se poser. Il est loin le temps de la gamelle du chien avec du pain agrémentée avec les restes alimentaires et la niche en extérieur. le bien être animal et le nutriscore la délicate musique du tiroir-caisse des multinationales résonne à mes oreilles.
    bonne journée

  4. facon jf dit :

    Le nutriscore
    Comment est-il attribué ?
    Le logo est attribué sur la base d’un score prenant en compte pour 100 gr ou 100 mL de produit, la teneur :
    en nutriments et aliments à favoriser (fibres, protéines, fruits, légumes, légumineuses, fruits à coques, huile de colza, de noix et d’olive),
    et en nutriments à limiter (énergie, acides gras saturés, sucres, sel).
    Après calcul, le score obtenu par un produit permet de lui attribuer une lettre et une couleur.
    Oups, il me semble que Nutri-score a oublié de prendre en compte quelques critères qui ont leur petite importance dans la santé du consommateur, mine de rien !
    Ah! Mais oui les conservateurs, les colorants, les édulcorants, les émulsifiants, les nitrites qui font la jolie couleur du jambon, les traitements industriels (hydrogénation des huiles, raffinage des sucres, des farines, des huiles) qui rendent les calories vides de tous bénéfices nutritionnels et j’en passe….
    Mince, ça veut dire qu’un biscuit bourré d’édulcorant et d’émulsifiants pourra avoir un joli A-Vert parce qu’il ne contiendra que très peu de sucre et de gras, alors qu’un biscuit avec des ingrédients simples et inoffensifs pour la santé, pourra être affublé d’un terrible E rouge ?

  5. J.J dit :

    facon jf @ Le Nutriscore est fait pour indiquer uniquement la teneur en éléments naturels favorables et défavorables (en gros, sucre, sel et matières grasses).
    Il n’a jamais été question dans l’attribution du Nutriscore de prendre en compte d’autres éléments, tels les colorants, les additifs etc. Ça fait partie du cahier des charges proposé pour le choix d’un étiquetage qui avait été mis en compétition. Et c’est le Nutriscore qui a été choisi à la suite d’un scrutin ouvert aux scientifiques, industriels, sociétés de défense des consommateurs et particuliers.
    L’huile, le sucre, le beurre, le miel, un paquet de sel, seront classés D ou E, si naturels soient -ils, de même qu’une boisson alcoolisée portera la mention « À consommer avec modération ».

    Mais évidemment, les médias ont « oublié » d’expliquer ça aux consommateurs, et les producteurs jouent aux martyrs, alors qu’ils sont parfaitement au courant.
    L’autre soir sur la « 2 », le professeur Hercberg, qui a mis au point le Nutriscore était interviouvé, mais on a pris soin de lui couper la parole avant qu’il ne donne des explications cohérentes et utiles.
    Pour le reste des produits entrant dans la composition des aliments, on postule sur le fait que le consommateur lira la composition sur l’emballage (si c’est écrit assez gros).

    Le Nutriscore, très simple, n’est certainement pas parfait mais il est toujours mieux que les autres systèmes d’étiquetage proposés par la grande distribution, et qui auraient nécessité une machine à calculer et un diplôme d’études supérieures pour être lus.
    C’est bien ce que le lobby des industries alimentaires lui reproche, ne pouvant l’interdire, ils tentent de le saboter en répandant ce que certains non francophones appellent des « fake news », ce qui peut se traduire en français par désinformation, par exemple.
    Amicalement

    • faconjf dit :

      @JJ personnellement je vois pas l’intérêt de ce machin, qui mange 100gr d’huile ou de beurre par repas? L’objectif est-il de nous amener à consommer des produits standardisés sans huile sans beurre sans fromage? Et remplacés par quel produits? J’ai bien peur que l’avenir soit encore plus anxiogène que ce que je craignais.

      • J.J dit :

        La création et la mise en place de ce logo doit être une initiative de l’union européenne ; en faisant adopter le Nutriscore pour éviter un « machin » encore plus débile proposé par les multinationales et autres entreprises de l’agro alimentaire, on les a fortement contrariées.
        Une bonne explication du système (sabotée par ses adversaires) aurait permis justement de ne pas paniquer : il ne s’agit pas de ne plus consommer ces produits mais d’en surveiller et réguler la consommation.
        Mais c’est aussi un problème de société, car cela implique des moyens qui ne sont pas à la portée de toutes les bourses.
        La malbouffe a de beaux jours devant elle.

        « J’ai bien peur que l’avenir soit encore plus anxiogène que ce que je craignais. »
        C’est bien le but des adversaires du Nutriscore.

        • facon jf dit :

          @JJ merci de bien vouloir jouer avec moi avec nutriscore utile ou pas ?
          dans notre couple nous pratiquons l’alternance en cuisine 1 semaine mon épouse une semaine ma pomme. Prenons, si vous le voulez bien, l’exemple de ce que j’ai cuisiné dimanche. Cuisine Milanaise osso bucco de veau accompagné de risotto au safran et en dessert poire kiwi rôtis sous copeaux de chocolat blanc. Comment calculer le nutriscore du repas ? Un vrai casse tête de trouver le nutriscore et la quantité de chaque composant de la recette … J’ai donc besoin de vos lumières si c’est nécessaire je peux vous fournir la liste et la quantité des ingrédients que j’ai utilisé
          Merci encore de cette discussion qui pour moi démontre que ce machin est inutilisable pour ceux qui comme moi ne consomment aucun plat industriel.
          bonne journée

          • J.J. dit :

            faconjf@ Ayant commencé à faire la cuisine dès mon enfance, je continue et m’efforce de confectionner des repas relativement équilibrés. Le plat industriel, je ne connais pas.
            Le Nutriscore, pour lequel j’ai très, très, très modestement contribué à la mise en place(je participe depuis de longues années aux études et sondages de l’organisation Nutrinet)m’est cependant utile pour évaluer ou conforter ma connaissance des denrées que j’utilise, et m’indique si je puis les consommer avec plus ou moins de « modération ».
            Préparer un repas équilibré ne demande pas non plus des analyses de laboratoire !
            Bonne journée

  6. facon jf dit :

    à@JJ pour éviter de se chamailler inutilement sur un sujet où nous ne sommes pas d’accord, je vous engage à visionner cette vidéo https://youtu.be/BKnL47GzOho
    L’ argent des trafics sur la nourriture est plus lucratif que sur la drogue.
    bonne journée

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.