Les ogres des forêts sont toujours à l’affût

J’ai été un enfant des bois ou des sous-bois. L’environnement de la Mairie de Sadirac où j’ai passé le début de ma vie était constitué de « forêts » historiques dans lesquelles les potiers allaient puiser durant quelques siècles le combustible de leur four. Qu’y-a-t-il de plus agréable que d’arpenter ces endroits secrets dont la diversité constituait une source permanente d’étonnement. Désormais je n’ai plus l’occasion d’emprunter ces grandes allées bordées d’arbres dont on ne mesure l’âge vénérable que quand ils sont abattus et tronçonnés. Je connaissais les plus majestueux car il me servait de repères pour retourner vers ces pénates que mes parents me laissaient quitter sans angoisse. Tous rivalisaient en taille et en hauteur comme ces puissants soucieux d’afficher leur réussite par les apparences. ils m’impressionnaient.

La forêt reste un lieu particulier car chargé de mystères. D’ailleurs les auteurs de contes destinés à façonner le comportement ultérieur des chères petites têtes blondes, placent souvent les drames dans ces espaces sombres ou touffus. Les loups, garous ou pas, y dévoraient des vies innocentes. Les bandits de grands chemins y détroussaient le bourgeois égaré. Les bruits ou les odeurs perturbaient les habitudes renforçant pour beaucoup l’appréhension de celui qui a perdu l’habitude des réalités naturelles. Aucune escapade ne saurait ressembler à une autre.

Les puissants d’un monde viennent dans un élan d’une lucidité ponctuelle de renoncer à la « déforestation ». Ils viennent de repousser de dix ans le droit de détruire les espaces qu’ils prétendent protéger à chacun de leur rendez-vous. En effet le nouvel engagement contre la déforestation fait écho à la Déclaration de New York sur les forêts de… 2014. A l’époque, de nombreux pays dont la France s’étaient engagés à diviser par deux la déforestation en… 2020 et d’y mettre fin en 2030. L’objectif n’ayant jamais été atteint bien au contraire, il a été décalé d’une décennie supplémentaire. Il faut craindre que les exploiteurs des richesses naturelles accentuent les massacres à la tronçonneuse avant que les mesures soient prises pour tenter de juguler le désastre en cours.

Immédiatement l’exemple du Brésil permet aux autres nations de se satisfaire de leur inaction. Des experts crédibles estiment que le rythme de cette déforestation s’est accru de 88% depuis l’arrivée au pouvoir du dirigeant populiste, Jair Bolsonaro, soit une perte de quelque 4 000 km2 de forêt amazonienne chaque année. Une vraie interrogation existe sur la République démocratique du Congo qui lèverait prochainement le moratoire sur une exploitation forestière d’une surface équivalente à celle de la France dans le second massif de forêt tropicale de la planète. il faut aller vite. Bien évidemment ces concessions d’exploitation n’ont rien à voir avec le pourvoir économique des Chinois qui au cours des dernières années manquent de bois. Ils ont tout acheté de manière licite ou détournée.

Chez nous ce ne sera guère plus facile dans la mesure où la pénurie de tous les types de bois ne constitue plus une menace mais un fait quotidien. Alors que bien des décideurs imposent des constructions avec ce matériau les entreprises rament pour s’approvisionner. Les prix flambent ! La demande en bois de chauffage explose (+25%), à tel point que les professionnels du secteur craignent d’en manquer et commencent à ne pas honorer l’intégralité des volumes demandés.

On estime par ailleurs qu’environ 7 millions de logements utilisent le bois pour se chauffer et l’objectif des pouvoirs publics est qu’il y en ait près de 10 millions en 2023. Près de la moitié utilisent des inserts ou foyers fermés. Comme tout est contradictoire si la combustion de cette matière naturelle évite celle des énergies fossiles elle commence à inquiéter sur la pollution qu’elle génère. Les cheminées à foyer ouvert ne pourront bientôt plus être installées dans des maisons neuves. Les préfets devraient aussi prochainement annoncer des interdictions d’utiliser des vieux appareils, cheminées et/ou poêles, dans les zones les plus polluées. C’est d’ores et déjà prévu pour la vallée de l’Arve en Haute-Savoie.

Les « bois » de mon enfance dans lesquelles j’entrais avec plus de respect que dans une cathédrale, viennent de perdre une part de leur charme. Des « dévoreuses » macanisées de tout ce qu’elles portaient sur leur sol ont été lâchées pour récupérer les taillis, les plus jeunes arbres et les transformer en pellets ou en granulés. Des lambeaux de nature dédaignés, des branches mutilées et des débris comme les restes de corps désarticulés s’entremêlent sous quelques fûts de chênes dénudés, exposés, épargnés par l’ogre des temps modernes. J’ai bien du mal à croire que la COP ne soit pas vide !

Ce contenu a été publié dans ACTUALITE, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

9 réponses à Les ogres des forêts sont toujours à l’affût

  1. J.J. dit :

    La Cop 26, comme les autres se résume à des déclarations que Greta Thunberg, dont je considère les actions avec circonspection habituellement, a fort bien résumé avec Bla bla bla.
    C’est tout ce qui en ressort de positif.
    Nous sommes partis dans uns spirale infernale, où chacun plein de bonnes intentions mais pratiquant une procrastination effrénée, attend que le voisin mette ces réformes en œuvre. Je crains que cela ne se termine tragiquement.
    Je comprends l’inquiétude des jeunes générations conscientes de l’incertitude de leur avenir.
    Quant aux arbres, j’estime dommage que l’on sacrifie nos plus beaux chênes à la reconstruction d’un monument chargé d’histoire peut être, mais qui a fait son temps, et qui ne sera d’aucune utilité aux gens qui couchent dehors ou vivent encore dans des taudis.

    Il faut des habits brodés d’or
    Pour chanter « veni creator »…
    …Sous une charpente en chêne…

    • Bernie dit :

      J’ai une charpente en chêne et n’ai pas pas des habits brodés d’or. Ce que JMD expose dans ce biĺlet est vrai.
      Quant à la forêt landaise elle a vécu avec sa résine. Les fûts de chêne pour le vin sont tjs d’actualité avec la fabrication
      de duelles de barriques qui servent à vieillir le vin.

  2. Philippe Labansat dit :

    Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir (Dante « La divine comédie »).
    L’auteur parlait de l’enfer, mais on peut aisément transposer en parlant de la Terre…

  3. JEAN-PAUL FERMOT dit :

    Et pourquoi ne pas aborder le problème de la sylviculture intensive et des « coupes rases ».
    Nos forêts landaises sont en train de disparaître et les sols et sous-sols avec.
    https://reporterre.net/La-coupe-rase-une-aberration-ecologique-qui-menace-nos-forets

    • Bernie dit :

      Bonjour Jean-Paul,
      La forêt landaise est un ensemble de parcelles appartenant à des sylviculteurs. C’est grâce à Napoléon que ce massif a vu le jour

      • J.J. dit :

        La création de la forêt Landaise a commencé bien avant Brémontier, et à plus forte raison Napoléon !
        https://www.persee.fr/doc/geo_0003-4010_1925_num_34_189_8190

        • Bernie dit :

          Oui merci
          Le gros soucis avec la forêt landaise est qu’il y a que des pins (résineux). Cette forêt a eu un intérêt industriel avec le gemmage et la résine.
          Pourquoi n’y a t’il pas d’autres variétés d’arbres, y a t’il une cause ?

          • J.J. dit :

            Au départ le peuplement en pins était sans doute le mieux adapté à la situation : croissance rapide, facilité de plantation et de semis, capacité à absorber l’eau.
            Au fil du temps l’intérêt industriel a été privilégié, en particulier à cause de la rapidité de croissance et la production de la résine.
            Le pin est devenu aussi l’emblème de la région déjà évoqué par Théophile Gautier (España)
            « On ne voit en passant par les Landes désertes,
            Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,
            Surgir de l’herbe sèche et des flaques d’eaux vertes
            D’autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc ; »

            Évidement d’autres essences d’arbres poussent dans les Landes, en particulier le long des rivières et courants.

  4. Sa dit :

    Bonjour,
    Je suis désemparée de ne pas trouver d’articles de journaux locaux ou d’associations de défense de la nature pour dénoncer cette déforestation monstrueuse qui se tient ces derniers mois et qui ne cessent de progresser en toute impunité sur notre CdC…
    Y aurait-il des photos par drone pour témoigner des dégâts provoqués par la déforestation de nos belles forêts du Créonnais/Sadiracais/Madiracais ?
    Savez-vous si les terrains en coupe-rase sont le fait de particuliers ? Vont-il continuer jusqu’à tout raser jusqu’à nous faire perdre cette magnifique ceinture verte de notre rive droite ?
    Merci pour ce billet qui mériterait un peu plus d’explications sur les faits locaux.
    Bien cordialement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.