Avancer autrement sur les chemins de la citoyenneté

Impossible de persuader les « habitués » des sentiers que vous avez empruntés depuis des décennies, de votre ferme résolution de ne plus y cheminer de la même manière que par le passé. Mes derniers pas dans la vie publique n’ont pas été les plus faciles et les plus intéressants. Juste le besoin de terminer de la même manière que j’avais débuté il y a plus de 50 ans auparavant m’animait, à la fois par souci de respecter les tâches qui m’avaient été confiées et celui de tourner la page aussi rapidement que possible. Cette période est close avec un seul principe qui demeure : «  je pardonne volontiers à ceux qui  m’ont offensé mais j’en conserve la liste ». Elle a été longue et confinée au premier semestre 2021 mais elle est gravée dans ma mémoire avec des mots, des déclarations, des écrits qui resteront comme des cicatrices douloureuses.

Dans mon nouveau quotidien, j’ai pris de nouveaux repères. J’ai recherché dans la proximité les raisons de toujours croire dans les valeurs qui m’ont animé. J’ai construit un monde beaucoup plus restreint avec plus aucun espace dédié à ce jeu politique de plus en plus malsain. Je n’ai vraiment plus aucune appétence et même souvent du dégoût quand je suis, en citoyen attentif, les positions des un(e)s et des autres. Péremptoires, agressifs, provocateurs, détachés de la réalité, accusateurs, dégoulinants de revanche ou d’aigreurs, strictement politiciens ou aguicheurs les propos que je lis ou que j’entends, m’éloignent toujours plus du mal qui ronge la vie sociale : le mépris pour tout ce qui ne correspond pas à votre intérêt matériel ou idéologique. Il y a des silences plus lourds que les mots et des absences plus fortes que les reproches. 

Ayant quitté il y a maintenant presque six ans le PS pour un désaccord sur l’inscription dans la constitution de la déchéance de la nationalité je n’en ai pas pour autant changer de référentiel et de camp. Jusqu’au dernier jour je n’ai pas varié dans le cap même si qouvent l’envie a été forte de poser la besace avant de franchir la ligne et de prendre les sentiers de traverse. Parfois déchiré entre l’amitié et la fidélité j’ai retrouvé ma liberté avec une certaine jouissance de la posséder sans avoir envie de l’exercer. J’ai renoncé à mes mandats chaque fois que j’avais annoncé que je le ferai. 

Plus jamais je ne reviendrai sur des postures strictement partisanes malgré les sollicitations qui se multiplient. C’est fini depuis 30 juin et l’élection des conseillers départementaux qui m’ont succédé. Je laisse vraiment et le plus sincèrement à une autre génération de construire un avenir qui pour moi s’avère des plus limité. J’ai confiance en instituteur dans le blé qui lève.

«La » politique ne me concerne plus. « Le » politique continue à me passionner. Les supports de cette envie de d’agir seront les livres que j’ai écrits. Ce sont eux qui me serviront pour tenter de ramener le débat citoyen sur les valeurs essentielles et pour mener le combat auquel je ne renoncerai jamais : développer la citoyenneté. Un vrai bonheur que celui de se retrouver chaque jour ou presque face à des élus locaux, des personnes de tous les horizons, des jeunes ou des moins jeunes, des convaincus et des « à convaincre » sans le filtre d’une fonction ou d’une mission. Je me sens léger.

Lorsque j’entends qu’un parti se réjouit d’avoir retrouvé des milliers d’adhérents qui ne viennent qu’en supporteurs d’un(e) candidat(e) mais surtout pas pour un projet je me dis que nous continuons à aller vers le précipice. L’idolâtrerie devient le fléau de notre époque à cause de cette élection présidentielle ressemblant davantage à un concours de Madame de Fontenay qu’à une confrontation sur les solutions aux problèmes de la société. Je sais : il me sera reproché de me réveiller tardivement et d’accomplir un acte de contrition inconnu de mes pratiques. Mieux vaut tard que jamais.

Je ne pense pourtant pas qu’en ayant choisi de suivre Michel Rocard en son temps on puisse me reprocher que mon adhésion reposait sur sa seule personne. Il en fut de même sur le plan local. La facilité eut été souvent de pencher pour le camp le mieux armé et de se glisser dans les fantassins à récompenser. J’ai essayé de ne pas y céder ou tout au moins de le faire le moins souvent possible sans me considérer comme un héros ou un résistant inflexible. Je ne cracherai pas sur les tombes  pas plus que je ne jugerai pas ce que je ne veux plus faire et que font les autres sauf s’ils dérogent aux valeurs essentielles qui restent les miennes.

J’ai encore en mémoire une soirée à la maison d’école où je logeais où j’entendis l’un des mentors que je servais fidèlement s’épancher sur ma personne sans savoir que j’étais dans le couloir. « Il n’est pas très brillant mais il réussira car c’est un bosseur ! » ou j’ai quelque part dans mes souvenirs cette réflexion d’un vieux Créonnais qui m’avait lancé quelque temps après mon élection à la mairie de Créon : « vous réussirez car vous êtes un bâtard » et qui devant mon regard interloqué avait ajouté : «  oui un fils d’un immigré italien et d’une Française a faim de réussir et vous en êtes un ! » Dans le fond tous deux avaient pleinement raison. 

Je n’ai « hérité » de rien, on ne m’a jamais rien « offert », on ne m’a même pas souvent fait de « cadeaux » et c’est ce qui fait ma force. Alors autant profiter de cette légèreté pour ne pas alourdir le reste de ma vie avec des obligations qui ont lesté mon quotidien depuis trop longtemps.

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22 réponses à Avancer autrement sur les chemins de la citoyenneté

  1. Gilbert SOULET dit :

    Bonjour à tous
    Pour Gilbert de Pertuis, effectuer un service national obligatoire – pour filles et garçons pour une durée de 6 mois au plus – permettrait d’avancer autrement sur un des chemins de la citoyenneté…

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    Cet épanchement « d’un mentor du parti socialiste » sur ta personne m’en rappelle d’autres… Voilà pourquoi, toi le Rital, et moi l’Espadre, ne pouvons nous étonner que ce parti soit tombé de Charybde en Scylla… Et je crains que Ana Hidalgo , née le 19 juin 1959 à San Fernando – España – , n’aggrave notre cas…

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      et j’ajoute… « Mais qu’allait-elle donc faire dans cette galère… » comme aurait dit Molière ! Car ne se met-elle pas dans une véritable « fourberie » ?

  3. facon jf dit :

    Bonjour,
    une petite vidéo pour illustrer le propos de JMD
    https://youtu.be/tAGp5dvxX1s

    Salomon Asch est aussi connu pour avoir été le professeur du célèbre Stanley Milgram. Les travaux de Asch ont inspiré en grande partie les travaux de Milgram, notamment du fait d’avoir été son directeur de thèse à l’université Harvard.
    Dans les années 60 un chercheur américain en psychologie sociale, Stanley Milgram, marqué par les atrocités de l’holocauste, a voulu comprendre les processus psychologiques sous-jacents ayant permis à des hommes d’en torturer d’autres. Il décide alors de tester la soumission à l’autorité. Cette dernière peut-elle nous faire renoncer à nos propres valeurs morales ?
    Tout rapport avec la situation actuelle ne serait que purement fortuit. Le battage merdiatique peut-il continuer à nous faire renoncer à nos valeurs? la trouille de la covid justifie-t-elle le renoncement à la liberté ( passe-sanitaire) et à l’égalité ( vaccinés et non vaccinés) ?
    bonne journée

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à façon jf

      Merci pour cette petite video… pas si petite que çà… ! Heureusement qu’il y en eut, pas assez, certes, pour « résister » et refuser de devenir des « moutons de Panurge » ! Une chose qui ne cesse de m’interpeler… « comment ce peuple allemand » si féru de littérature, de musique et de sciences a-t-il pu se laisser entraîner dans cette barbare folie…!

      • Ménière Jean-Marie dit :

        Merci pour la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=tAGp5dvxX1s

        « Vivant la même apathie que des millions d’autres individus, je laissais venir les choses. Elles vinrent. » Sebastian Haffner « Histoires d’un Allemand, Souvenirs 1914-1933 ».

        ou encore :
        « Le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ». Albert Einstein.

        enfin Jean-Marie Darmian a ajouté dans « Roue libre » du 03/02/2021 « … relativiser les emmerdements et ne s’intéresser qu’à ceux qui en valent la peine : autant de trouvailles du confinement qui vous rendent heureux et plus actif. Vivement qu’il disparaisse et que je continue sur ma lancée égoïste
        …  » de retraité (ndlr).

        Encouragements distingués.

        • Laure Garralaga Lataste dit :

          @ à ce retraité bi-nommé J.M…
          … Toute chose vient à qui sait attendre…
          … Et ils sont nombreux à regarder faire …
          Un conseil d’amie… « ne continue pas sur ta lancée égoïste… » Reste avec nous !

  4. christian grené dit :

    Jean-Marie, pour te connaitre un peu, beaucoup, et même à l’ailloli, je comprends ce que tu ressens aujourd’hui. Ma chance – et n’en suis pas fier – c’est de ne m’être pas engagé en politique même si mon coeur a toujours battu à gauche. Tu sais quoi? Je préfère toujours casser un oeuf dur sur le zinc au Bistrot des Copains que casser la graine au Salon Rouge.
    – « Monsieur voudra peut-être une tête de veau ravigote? »
    – Non merci, pas dans ce marigot!

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      Alors là Christian… Tu m’épates, tu m’épates, tu m’épates. Merci pour l’ailloli… Une question cependant : comment ne peux-tu pas être fier de ta chance ! ? Moi, j’ai toujours été et suis encore fière d’être née en France ! Bon, la vie est faite de hauts et de bas, mais les retours dans ma famille en Espagne m’ont tous permis de mesurer la chance qui était la mienne… « être née au pays des droits de l’Homme » !

  5. J.J. dit :

    Être né au pays des Droits de l’Homme, à considérer la façon dont ils sont respectés, je n’en suis pas tellement fier.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      Si tu n’es pour rien dans l’égoïsme individuel français , comment peux-tu accepter d’être responsable de  » toute la misère du monde » ! STOP ! Un conseil d’amie… Protège-toi !

  6. Bernie dit :

    Bonjour tout le monde,
    JMD a besoin d’une psychanalyse pour lui faire accepter son environnement

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