La crise sanitaire a fait exploser un système ne reposant que sur la gestion

Durant tout un mandat de conseiller départemental j’ai tenté de suivre au plus près la vie du Centre Hospitalier Spécialisé du Sud Gironde. Certes la présence au conseil de surveillance (ne pas confondre avec un conseil d’administration) ne procure pas de pouvoir réel face aux injonctions de l’Agence Régionale de Santé qui est plus ou moins souvent représentée par des fonctionnaires dans cette instance. En fait un COS, examine, enregistre et attend le verdict de cette administration de tutelle totalement indépendante et dont le fonctionnement lent, dicté par des contingences financières est très éloignée des réalités des besoins.

Placée sous l’unique tutelle du Ministère de la santé, cherchant par tous les moyens à se mettre à distance des élus locaux et des professionnels les ARS ont démontré depuis des années que leur fonctionnement opaque méritait une réforme de fond. Le seul souci c’est de réduire par tous les moyens les budgets de fonctionnement des structures dépendant de sa compétence. La crise sanitaire aura accentué ce sentiment que tout le système a atteint ses limites d’adaptabilité et que désormais les principes appliquées aux gestions antérieures ont créé une véritable insécurité sociale.

Le grand débat actuel porte sur les fermetures de lits dans le service public de santé. Les statistiques citées par le Député FI Ruffin sont le fruit d’une lecture rapide mais intéressante d’un rapport officiel de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) organisme étatique n’ayant pas d’intérêt particulier à noircir le tableau .

Dans cet ouvrage, l’ensemble des établissements de santé français (publics, privés à but non lucratif, et privés à but lucratif) sont sollicités pour fournir des informations sur leur activité, leurs capacités, leurs équipements, et leurs personnels médicaux et non médicaux. Après vérification il est possible d’y dénicher les évolutions suivantes  du nombre de lits d’hospitalisation complète, ou hospitalisation à temps complet (lorsque le patient passe au minimum une nuit à l’hôpital), s’élevait en 2017 à 399 866 lits, en 2018 à 395 701, et en 2019 à 392 593. Les chiffres 2020 n’ayant pas encore été révisés, on ne dispose à ce jour que d’une estimation, à hauteur de 386 835 lits.

Quand on effectue des calculs rapides il est indiscutable que sur cette période les suppressions constatées s’élèvent à environ 17 900 lits en moins en 2020 par rapport au total d’il y a quatre ans soit une diminution d’environ 4,4% sur cette période. L’obsession de la diminution des contributions sociales ont donc enclenché une régression inexorable des moyens matériels et humains des hôpitaux de tous ordres. Certes les nouvelles techniques médicales, le développement des soins ambulatoires, la fermeture pure et simple de services sous-utilisés ont partiellement épongé cette saignée mais la crise actuelle a démontré que ce fut catastrophique.

Ayant soutenu au départ le rôle des ARS comme autant de relais locaux des stratégies sanitaires et sociales de l’État, et appuyant les établissements dans leurs choix de gouvernance, la Fédération hospitalière de France s’est régulièrement alarmée de l’étatisation et de la dérive bureaucratique des ARS. Elles imposent aux établissements des choix parfois uniquement guidés par des impératifs économiques et de rentabilité. Depuis 2010, la FHF demande que le rôle et les prérogatives des ARS soient revus, et souligne régulièrement les dialogues difficiles entre les directions des établissements et les ARS. Je peux en témoigner.

Maintenant tout mettre sur le dos de la gouvernance actuelle relève de la malhonnêteté intellectuelle puisque le rythme des dernières années n’a été que celui antérieurement constatée. En effet sous les mandats des 4 présidents successifs la suppression cumulée aura été d’environ 75 000 lits soit 16 % entre 2003 et 2019 (chiffres définitifs). L’idée générale qui aura été le fil conducteur de tous les ministres successifs repose sur la primauté de la chirurgie ambulatoire, l’hospitalisation de moins de douze heures sans hébergement de nuit.

La Covid-19 aura fait voler en éclat ces options et aura démontré que notre système de santé était dépassé par l’ampleur d’une crise soudaine dont nul ne connaît vraiment l’issue. Mieux il s’est révélé inadapté comme un « hôpital militaire » sur le front durant la première guerre mondiale. La prévention (vaccination, gestes barrières) est devenue essentielle. Depuis très longtemps elle a été négligée sous l’influence de lobbies (alcool, tabac, pesticides, pollution, médicaments ou produits dangereux, agroalimentaire…) et il faudra un véritable projet politique de santé pour changer le cap. Pas certain pourtant que ce soit le sujet essentiel des présidentielles !

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12 réponses à La crise sanitaire a fait exploser un système ne reposant que sur la gestion

  1. Philippe Labansat dit :

    On est désormais dans « l’économie de la santé » (le double sens devrait interroger) et plus dans une « politique de santé ».
    Et comme pour le TGV, les infrastructures publiques sont mises à disposition pour fabriquer du gras, bien privé.
    Mais comme disait César dans je ne sais plus quel Astérix : « Le peuple est content j’aime que le peuple soit content »…

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    « … étatisation et dérive bureaucratique… » quel nom vous vient à l’esprit ?

  3. J.J. dit :

    Les agents comptables de la « Défense nationale » tiennent ce que l’on appelle en réalité de « comptes d’épicier », réduits au minimum : gérer les dépense, les recettes étant assurées par les attributions du budget, pas à se soucier des rentrées d’argent, ni de calculer un improbable « bénéfice ».
    En résumé, la Sécurité Nationale, celle du pays et des citoyens n’a pas de prix, et à raison, la notion de profit n’existe pas.

    Il devrait en être de même avec la santé des citoyens qui elle, semble t-il a un prix, surtout pour les voraces qui en tirent profit .
    Par exemple les praticiens qui exercent en hôpital public, utilisant les équipements financés par des deniers publics, et qui ont l’indécence de pratiquer des dépassements d’honoraires.
    Hippocrate, ton serment a foutu le camp.

  4. facon jf dit :

    Bonjour,
    La France a perdu 19% de ses lits depuis 2000, mais 25% proportionnellement à l’augmentation de sa population. Il y a eu 63 demandes de l’Union européenne dans les dernières années pour supprimer des dépenses de santé dans tous les pays d’Europe. Pour elle, tout ce qui est privatisé devient un marché privé européen. C’est une vision ultralibérale des choses, selon laquelle le privé est toujours mieux que le public.
    Au bout du bout des centaines de millions d’ € chaque année d’économies pour la sécurité sociale et 400 Milliards de dépenses en 2 années de pandémie.
    Aujourd’hui une gabegie de tests demandée par une population apeurée ne se contentant pas d’un test antigénique négatif à 22€ et qui se précipite sur un test PCR à 45€ pour confirmer parce que on ne sait jamais!!! (témoignage hier à la tv)
    Selon la cour des comptes en 2020 1,9 Md€ de tests de dépistage de la covid 19 par les laboratoires de ville, auxquels s’ajoutent 0,3 Md€ au titre des tests antigéniques et des prélèvements effectués par les pharmaciens d’officine et les infirmiers ; soit 2.2 Md€ rien qu’en tests pour 2020 ! En 2021 l’industrie du cotton in the nose va se faire des golden balls ou des bolas doradas. Heureusement la grande distribution aura elle aussi droit à sa galette !
    Toujours selon la cour des comptes « Au regard notamment des analyses qui précèdent sur les dépenses relatives aux différents secteurs de prise en charge sanitaire (ville, établissements de santé et établissements médico-sociaux), il peut être estimé que les régimes d’assurance maladie ont supporté en 2020 24,4 Md€ de charges du fait de la crise sanitaire. »
    Pas de soucis tout cela sera financé par des emprunts plombant encore plus notre dette et nous mettant dans une situation de dépendance accrue vis à vis de la BCE et donc de l’EU (rss).
    Je n’ai pas mentionné la situation plus que préoccupante de l’Unédic qui plonge de 14.6 Md€.  » Les comptes 2020 de l’Unédic font apparaître des charges techniques de 55,7 Md€, en hausse de 14,6 Md€ (+ 35,4 %) par rapport à 2019 (41,1 Md€). Cette hausse est due, pour l’essentiel, au recours massif à l’activité partielle, à la hausse des dépenses d’indemnisation du chômage et aux mesures prises dans le champ de l’emploi pour faire face aux conséquences de l’épidémie de covid 19, qu’elles aient pris la forme de mesures générales de soutien, comme le dispositif exceptionnel d’activité partielle, ou de soutien au revenu des demandeurs d’emploi. »
    Les amortisseurs sociaux sont dans la seringue les actifs vont pleurer.
    Pour régler l’ardoise pas de soucis la CSG va copieusement augmenter ; les retraités dont les pensions ne suivent plus l’inflation depuis longtemps vont pouvoir sortir leurs mouchoirs.
    source https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2021-09/20210909-depenses-publiques-pendant-crise-bilan-op-utilisation.pdf
    Bonne année et surtout bonne santé, c’est pas le moment d’aller aux urgences l’institution du forfait urgence vous coûtera 19.61€ à partir du 1er janvier si vous ne passez pas par la case hospitalisation!!

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à facon jf
      « Selon la cour des comptes en 2020 1,9 Md€ de tests de dépistage de la covid 19 par les laboratoires de ville, auxquels s’ajoutent 0,3 Md€ au titre des tests antigéniques et des prélèvements effectués par les pharmaciens d’officine… »
      Dépenses auxquelles s’ajoute la pagaille – pour rester correcte – qui règne sur le parking de la pharmacie que je fréquente… Et c’est ainsi que l’on peut mesurer combien « Solidarité » est devenue une valeur bien obsolète !

  5. Bernie dit :

    @ facon jf,
    Est-ce que une directrice l’ephad peut se faire prévaloir comme une policière ?. Hier j’avais rendez-vous à l’ehpad de St André de Cubzac à 14h30 et suis arrivée à 14h. L’agent d’accueil m’a fait remarquer qu’il fallait respecter les horaires puis suis allée vers la chambre de ma maman.
    J’ai ausculté son dos parce qu’elle se plaignait de grosses démangeaisons qui faisaient apparaître de gros boutons ressemblant à une grosse allergie.
    Ma maman en phase primaire ne connaît pas le fonctionnement de l’alarme. Je pense que personne l’en a informé. J’ai donc contacté l’infirmière par téléphone. Aujourd’hui un médecin devait venir.
    2000 euros pour le mois ça fait cher!
    Est-il possible de faire expertiser cette maison de retraite quant aux diagnostics face aux soins que les résidents sont en droits de recevoir.

    • facon jf dit :

      @ bernie je ne suis pas juriste mais les Ehpad exercent sous l’autorité de l’ARS donc la règle juridique est la suivante:
      Si vous avez un parent ou un proche dans une maison de retraite et constatez des défauts plus ou moins graves dans l’exécution par l’établissement de ses obligations, vous pouvez écrire en LRAR au directeur de l’établissement pour demander des explications et le prier de remédier à cette situation.
      Si vous n’obtenez pas satisfaction, vous pourrez alors contacter l’Agence régionale de santé de votre département pour lui expliquer la situation, voire saisir les tribunaux.
      Le courrier pourrait être sous cette forme
      Recommandée avec avis de réception

      (Nom)

      (Adresse)

      Monsieur (ou Madame) le directeur de (nom de l’établissement)

      (Adresse)

      Lettre recommandée avec avis de réception

      Objet : réclamation auprès d’une maison de retraite

      Ville, date

      Monsieur (ou Madame) le directeur,

      Je vous écris au sujet de mon (ou ma) (lien de parenté avec la personne concernée), (nom et prénom de la personne concernée), pensionnaire dans votre maison de retraite depuis le (date de placement de la personne dans la maison de retraite).

      Depuis quelques jours (ou semaines), mon (ou ma) (lien de parenté avec la personne concernée) se plaint à chacune de mes visites (ou j’ai remarqué que) (objet de votre plainte : mauvais traitement, négligence, soins inappropriés ou insuffisants, attention insuffisante, etc.).
      En raison de la gravité de la situation, je souhaite m’entretenir avec vous afin d’en discuter. Vous comprendrez certainement mon inquiétude en apprenant ces événements et je souhaite par conséquent avoir votre version des faits.

      Je tiens également à vous avertir que si ces faits devaient s’avérer véridiques, et à défaut de mesures immédiates prises par vous pour y remédier, je n’hésiterai pas, d’une part, à retirer mon (ou ma) (lien de parenté avec la personne concernée) de votre maison de retraite et, d’autre part, à informer l’Agence régionale de santé des méthodes utilisées par votre personnel, voire à engager des poursuites judiciaires.

      Je vous prie d’agréer, Monsieur (ou Madame) le directeur, l’expression de mes salutations distinguées.

      Signature

      source http://www.longuevieetautonomie.fr/sites/default/files/editor/files/Traitement%20judiciaire%20des%20plaintes%20en%20EHPAD%20-%20Dr%20PEREZ.pdf
      et aussi
      https://www.ascelliance-retraite.fr/fr/placement-maison-retraite/litige-conflit-ehpad.html
      bonne année

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Bernie
      Attention… avec la Covid, c’est comme à l’armée… « l’heure, c’est l’heure ! »
      S’agissant de l’expertise… bon courage… !
      Après un retour à la normale… il sera peut-être possible de suggérer la création « d’un cahier de suggestions »…

  6. Bernie dit :

    @ Laure garralaga Lataste,
    Il devient donc nécessaire d’interdire
    les visites aux résidents.
    Chaque semaine est envoyé aux familles un suivi de l’épidémie de la Covid dans l’établissement.
    Aucun problème de communication avec les personnels soignants, seule l’administration pose problème

  7. Bernie dit :

    Bonsoir,
    Il paraîtrait que l’hôpital est au bord de l’implosion. Pourquoi les politiques arment l’information d’aussi mauvaises nouvelles ?

  8. Bernie dit :

    179807 cas positifs. Est-ce que c’est beaucoup ?.
    La politique du chiffre, il y en a assez

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