2021 : cultiver mon jardin d’acclimatation

L’année touche à sa fin. Elle n’aura pas été ordinaire (d’ailleurs y-a-t-il une année « ordinaire » dans une vie?) loin s’en faut, mais elle n’a surtout pas été « extraordinaire ». Quand je regarde dans le rétroviseur des jours passés je constate justement un grand vide. Une sensation d’avoir eu à revenir à la « maternelle » pour retrouver des fondamentaux, des plaisirs et des joies que j’avais oubliés depuis belle lurette. Une cure volontaire de désintoxication à l’action pour les autres n’est jamais une période facile. J’ai retrouvé, j’en suis certain les sensations des personnes se lançant dans l’abandon de la cigarette, de l’alcool ou toutes proportions gardées d’une addiction particulière.

Il faut s’habituer à d’autres repères temporels et paradoxalement à construire son emploi du temps ce qui paraît évident mais qui ne l’est pas lorsque depuis un demi-siècle l’agenda ne comportait que des obligations inscrites par d’autres. Elles se sont ajoutées à l’activité professionnelle pour ensuite envahir ce qui n’a jamais été une retraite réelle. Bien au contraire depuis presque vingt ans la fin du rythme scolaire a accentué la pression des activités de service public pour occuper les journées. Alors, quand lentement s’effacent comme les traces sur la sable à marée basse ces cases sur l’emploi du temps il faut se construire d’autres obligations. C’est primordial.

Ayant défendu l’autogestion j’avoue qu’elle n’est pourtant pas évidente à mettre en œuvre quand on a été livré aux vicissitudes tyranniques de l’emploi du temps contraint. Il est facile de prétendre que cette transition « énergétique » est naturelle quand on sait que la nature humaine comme celle qui lui est supérieure, a horreur du vide. En un an ma tâche a été grandement facilitée par les contraintes posées par la crise sanitaire. La vie publique a tourné au ralenti durant toute la première moitié de 2021 constituant ainsi une vraie période d’acclimatation.

Le mandat départemental qui me restait s’est éteint lentement puisque toutes les réunions ou rencontres furent soient annulées soit transférées en visio-conférences. Laisser tous les dossiers en ordre et tenter de les clore avant l’échéance malgré les difficultés inhérentes à la pandémie auront été les objectifs du premier semestre. Rester fidèle aux personnes qui m’avaient accordé leur confiance, ne pas trahir les valeurs qui avaient été les miennes jusqu’au bout et surtout ne pas imposer quoique ce soit à celles et ceux ayant en charge d’assurer la relève. Ayant annoncé comme pour la fonction de maire, clairement mon intention de mettre un terme à mon mandat électif je m’y suis tenu jusqu’au dernier jour. J’en suis fier. 

Au cours de l’année écoulée j’ai traversé des moments très éprouvants en doutant de moi-même et en étant secoué par des moments surprenants. La décompression conduit parfois à la dépression. Je vous l’assure surtout quand le silence accompagne le doute. Le vrai espoir repose alors sur la liberté retrouvée qui approche et surtout la possibilité réelle de tourner le dos à tout ce qui vous a pesé depuis quelques années. Finie cette vie politique voulant que tout soit noir ou blanc, rouge ou bleu, vert ou brun… Apprécier le comportement humain sur la conformité entre les valeurs prônées et les actes constatés devient alors un privilège savoureux. J’observe avec mais je me garderai bien de me prononcer ou de dénoncer.

Choisir ses engagements constitue une richesse intellectuelle qui efface bien des blessures. Peu à peu je me suis construit une autre logique, une autre approche de l’action sociale. Mes propres racines familiales m’ont poussé à agir en faveur de la lutte contre toutes les formes d’exclusions. Et désormais j’ai renoué avec un objectif « politique » convenant à des valeurs dont je m’étais concrètement éloigné. Elleq se résument maintenant dans un verbe simple : transmettre ! C’est parce que bien des personnes ont renoncé à écrire, à dire, à débattre que nous en sommes rendus à l’irrationnel triomphant. L’expérience, le passé vécu, le travail effectué constituent des richesses à partager sans forfanterie mais son honte. 

Ne pas se replier face à des phénomènes, des discours épouvantables mais au contraire rechercher tous les moyens (formation, rencontres, conférences, écrits multiples…) pour au minimum porter une autre parole : c’est prioritaire. L’impact est faible face au rouleau compresseur des certitudes et des outrances mais franchement on se sent bien quand on essaye. C’est même jubilatoire que de pouvoir discuter partout et tout le temps sans avoir le poids d’une fonction sur le bout de la langue. Certes la période ne facilite pas cette action concrète mais je sais que dans les prochains mois ce sera à nouveau possible.

Le militantisme ne passe plus pour moi depuis maintenant six ans par l’appartenance à un parti quel qu’il soit, par une soutien à une « personnalité » quelle qu’elle soit, par la signature de pétitions ou d’appels mais par l’échange direct, le dialogue, l’explication ou la motivation dans tous les milieux et en toutes circonstances. Cet air vivifiant du partage de multiples moments citoyens parfois très simples et spontanés ou organisés a regonflé les voiles de la barque qui est resté quelques mois à quai en 2021. Pourvu qu’il revienne vite…

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13 réponses à 2021 : cultiver mon jardin d’acclimatation

  1. FLORÈS dit :

    Toujours du plaisir à vous lire, beau passage de cap, et bon vent vers ce nouvel azimut, Robert FLORÈS.

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    Cher Jean-Marie,
    … Bienvenu au club des sages !
    Ce matin, je m’interroge : qu’est-ce qu’une drogue ? C’est une substance dont on ne peut se passer ! Alors, j’ose l’avouer… « Roue Libre » est devenue ma drogue matinale quotidienne ! Et n’oublie pas que tes « Roue Libre » qui ne sont une corvée ni pour toi à les écrire ni pour nous à les partager, sont attendues avec impatience !
    L’écriture sauvera-t-elle l’humanité ?

  3. christian grené dit :

    Cher Jean-Marie, puisque tu ne cesses ces temps-ci de dresser le bilan de tes actions successives et si souvent insatisfaites – ce n’est là qu’une allitération sans le style de Balzac et ce serpent réchauffé en son sein ou de Racine avec ses serpents sifflant sur les têtes d’Andromaque et consorts – j’ai un projet pour toi. Pensant à ces Italiens qui ont maçonné la France, que ne fais tu prolonger la piste Lapébie jusqu’en Lombardie? Se dressera face à toi le tracé du Bilan-San Remo.
    Bon, ça suffit comme ça! Tous à Andernos.

  4. Goga Christian dit :

    Il est vrai que l’activité retraite est une grande expérience de vie non encadré. Elle est la simple concrétisation de l’envie de vivre pour l’ensemble de notre entourage, familial ou communal.
    Amitié
    Christian Goga

  5. Lascourrèges dit :

    Hey Kiki Grené, qu’est ce qu’on fait alors du tronçon de voie ferrée Blaye-Saint-Mariens? Notes qu’il est toujours la propriété de la SNCF

  6. Bernie dit :

    Au vu du nombre croissants d’habitants hors métropole, les lieux de test covid ne sont pas équitables et c’est très dommageable.
    Je pense que cette pandémie n’est pas terminée.
    S’il vous plaît ouvrez des lieux où pour pemettre à des citoyens lambda de se faire tester.

  7. J.J. dit :

    Tous ces gens qui se précipitent sur des tests pour des raison plus ou moins discutables et parfois fantaisistes, à la longue, je trouve ça gros test …

  8. Bernie dit :

    Il n’y a pas suffisamment de pharmacies qui pratiquent les tests »positif, négatif ».
    J’ai découvert qu’ils existaient des autotests. C’est une bonne chose.

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