Citoyenneté : la responsabilité individuelle dans le cadre collectif

Enfin dans le débat surgit d’une manière très peu conventionnelle le mot « citoyen ». Parfois c’est un événement imprévu qui enclenche les réflexions les plus utiles. Malheureusement ce ne sera que l’un de ces feux de paille humide allumé pour faire disparaître derrière un rideau de fumée acre ce que l’on ne parvient plus à maîtriser. Alors qu’une campagne électorale s’enfonce peu à peu dans le marigot des idées toutes faites et des polémiques sans intérêt il y a fort à craindre que la citoyenneté tellement défaillante dans tous les domaines, ne figure pas dans les programmes. Inutile de cultiver ce qui risque de causer votre perte.

Régis Debray dans son livre « La République expliquée à ma fille » propose une définition correspondant à ce que recouvre réellement ce statut que les grecs ont inventé, que les Romains ont nommé et que la Révolution française a institué. « Le citoyen, c’est celui qui participe de son plein gré à la vie de la cité. Il partage avec ses concitoyens le pouvoir de faire la loi. le pouvoir d’élire et, le cas échéant, d’être élu. Si tu fais la loi, il est normal que tu lui obéisses. Ça s’appelle le civisme. » Impossible de ne pas se référer à ces constats lors que le marasme actuel semble les avoir totalement abolis. Nous payons collectivement l’absence croissante d’intérêt pour une participation consciente à la gestion de la planète à travers le quotidien et le local.

Il faudrait ajouter cependant que l’on ne naît pas citoyenne ou citoyen, mais qu’il appartient à l’éducation globale qui entoure tout arrivant en ce monde, de fournir les éléments nécessaires à l’exercice de ce pouvoir tellement fragile. Tout concourt depuis quelques décennies à ce que la participation libre à la vie de la cité ne soit plus au centre de notre société. La « consommation » sous toutes ses formes l’a supplantée peut-être définitivement. Des spasmes agitent parfois un corps de moins en moins électoral mais il n’y a plus d’action durable pour préserver le droit de critiquer, de partager, d’admettre et de créer.

En France, le principe de citoyenneté a été instauré par la Révolution française après le renversement de l’Ancien Régime dans lequel les Français n’étaient que des « sujets » de la Couronne, n’ayant aucun pouvoir sur les lois auxquelles ils étaient soumis. Il ne faut jamais oublier que si l’ouverture de droits était acquise, elle s’accompagnait de devoirs comme celui d’obéir (pas de se soumettre) aux règles collectives fixées par la majorité soit directement soit à travers des représentants élus.

Il n’y a donc pas de catégorie défaillante dans la population en matière de citoyenneté mais une non prise en compte de la réalité de ce qu’elle exige de chaque individu. La contestation figure à cet égard dans les revendications les plus courantes du statut accordé par le système démocratique. Elle doit s’exercer et se traduire par une opportunité récurrente qui est celle du vote. Bien des Françaises et des Français ont perdu une part de leurs illusions sur ce pouvoir qui serait le leur, lors du référendum sur le Traité Constitutionnel européen du 29 mai 2005 ! Depuis tous les scrutins ont été marqués par une indifférence croissante. Ne pas exercer cette possibilité de transformer ses critiques en acte concret conduit à une déshérence de la République. Nous y sommes.

Par ailleurs dans absolument tous les actes du quotidien il y a matière à mettre en œuvre sa conscience citoyenne (1) si l’éducation nous en a donné une. Le fondement de ces comportements est toujours le même : la responsabilité individuelle dans le cadre collectif. Plus les jours passent et plus la vie de la cité (politique) nécessite une autre approche que celle du « chacun pour soi » sans se soucier des autres.  Pas une seule minute sans que nous ayons un choix citoyen responsable à effectuer vis à vis des autres ou de soi-même.

Qui peut assurer qu’il n’emmerde pas directement ou indirectement une part de la « cité » dans laquelle il évolue ? Un chauffard inconscient, un utilisateur effronté  de trottinette, un cycliste irrespectueux, un jeteur de mégots, un consommateur abusif d’eau potable, un diffuseur de musique incontrôlée, un pollueur avec des déchets ordinaires, un épandeur de pesticides, un motocycliste sur un engin bruyant dans la nature, … Dans beaucoup de situations, sommes nous certains de ne pas être des « citoyens irresponsables » ?  Un citoyen devient en effet respectable quand il assume ses actes et qu’il en mesure les conséquences. Ce n’est pas le cas et la tendance est plutôt de les faire assumer par les autres. 

Les élus par contre, quels que soient leurs mandats, se doivent de travailler en permanence pour justement convaincre et rassembler. A aucun moment la véhémence et l’outrance n’ont été des outils démocratiques sauf s’ils les utilisent pour renforcer les fractures et les animosités. Écouter, former informer,expliquer, encourager, oser, partager exigent beaucoup plus d’efforts qu’insulter ou stigmatiser.

Défendre ses décisions, les assumer, accepter qu’elles soient combattues appartient à l’exercice pratique de la citoyenneté.  Ne pas l’admettre c’est se comporter en dictateur.  Le lit du populisme a toujours été consolidé par le mépris des autres quels qu’il soient. Or nous avons franchi une étape machiavélique dont les conséquences à moyen terme sont inconnues.

(1) « Le partage du pouvoir » Editions Le Bord de L’Eau 

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23 réponses à Citoyenneté : la responsabilité individuelle dans le cadre collectif

  1. christian grené dit :

    Aux larmes, citoyens!

    • laure Garralaga Lataste dit :

      @ à christian
      Ne les dépense pas toutes !… Car ce n’est pas fini et tu en auras, hélas, encore besoin… J’espère me « trumper » !

  2. J.J. dit :

    Toute une Éducation et une Révolution à refaire.

  3. Bernie dit :

    Rien à dire sur le texte de JMD sauf que 1789 est très loin de notre temps. Je pense que le comportement de chacun et chacune doit contribuer à l’effort de Paix.

  4. laure Garralaga Lataste dit :

     » Au secours… Ils sont devenus fous !  » Pas d’inquiétude mes amis et amies, je n’oublie pas que la gente féminine est elle aussi, hélas, tombée dans ce piège…
    De ce « Roue Libre » je retiens ce que beaucoup trop d’hommes et de femmes de ce pays ont oublié… :
    – (1) « Le citoyen, c’est celui qui participe de son plein gré à la vie de la cité. »
    – (2) « Si tu fais la loi, il est normal que tu lui obéisses. Ça s’appelle le civisme. »
    Mais « les trous dans la raquette » ne se trouvent-ils pas dans (1) et (2) ?
    Si l’on tient compte de l’augmentation constante du taux d’abstention… (1) n’est plus respecté, et ce depuis longtemps déjà ! Quant à (2), quand le ver se glisse dans le fruit par la corruption… alors oui, on comprend mieux !
    Et voilà que notre Jean-Marie se lâche… ! « Qui peut assurer qu’il n’emmerde pas directement ou indirectement une part de la « cité » dans laquelle il évolue ?  » Attention Jean-Marie, il ne faut jamais copier sur son petit voisin ! »

  5. FLORES Robert dit :

    Qui est responsable de l’éducation à la citoyenneté dans la cité ?
    Rayez les mauvaises propositions :
    Les parents?
    l’école?
    la famille?
    les amis?
    les voisins?
    les animateurs sportifs, culturels, artistiques?
    les syndicats?
    les partis politiques?
    les églises?
    les médias?
    la télévision?
    les poètes ?
    les gourous?
    les psy?
    la concierge ?(si elle est dans l’escalier)….

    • laure Garralaga Lataste dit :

      @ amigo Flores… Quel joli nom ! Roberto (avec mes excuses) !
      Suis-je autorisée à n’en rayer que… 2 ?
      Si la réponse est oui… les voici : gourous et psy.
      Quant à la concierge, dans l’escalier ou ailleurs…,
      elle est INDISPENSABLE !…
      Pour annoncer les bonnes nouvelles!

      • Laure Garralaga Lataste dit :

        @ à Flores
        J’étais tentée de rayer… « églises », « médias » « télévisions »… mais comme je suis Républicaine, j’adore guerroyer… avec les contradicteurs…

  6. facon jf dit :

    Bonjour,
    Le trumpisme mou en costume 3 pièces le nez dans la poudre n’insulte pas une partie de la population par simple dérapage. Non c’est délibérément par calcul politique que la saillie coprophage a eu lieu.Les spins doctors (façonneur d’image ou doreur d’image, est un conseiller en communication et marketing politique agissant pour le compte d’une personnalité politique, le plus souvent lors de campagnes électorales) ont pesé et mesuré savamment l’opinion avant d’élaborer le bâton de dynamite destiné à enflammer la poudrière. La situation mouvante du nouveau variant glisse entre les mains de l’exécutif, la vaccination montre ses limites en laboratoire face à omicron. La bourse dont la fonction première est d’anticiper l’indique déjà. Le groupe biotechnologie Valneva a cédé jusqu’à 12,3 % en début de séance mercredi à la Bourse de Paris en raison de la conviction croissante des investisseurs que le variant Omicron du coronavirus pourrait diminuer la nécessité d’une vaccination de masse.
    Dramatique coup du sort pour la stratégie tout vaccinal, avec en plus la perspective de millions de vaccinés en arrêt de travail de courte durée -espérons le- créant pénurie et désorganisation. Il fallait vite, vite désigner des victimes expiatoires pour masquer toutes la m….e jetée en l’air qui n’allait pas tarder à retomber sur ceux qui l’avait lancée.
    Hier soir j’étais profondément choqué de lire et entendre partis politiques et médias tomber dans ce piège grossier. L’idée m’est venue de reprendre en mains l’ouvrage d’Amouroux « 40 millions de pétainistes », comment ne pas être étonné de voir que seuls les extrêmes s’opposent à la doxa vaccinale comme ce fut le cas pour Pétain en 1940?
    L’effondrement économique de notre pays ne pourra pas être dissimulé éternellement. Nous allons franchir le seuil des 3000 milliards de dettes sous peu avec une inflation galopante entraînant immanquablement une hausse des taux faisant chavirer le budget de l’état . Tous nous en avons obscurément conscience et nous allons sortir brutalement du déni. Il faudra trouver des nouvelles victimes expiatoires, sans doute les retraités et les chômeurs, pour endosser la responsabilité écrasante de ce satellite qui revient pulvériser le lanceur.
    Pétain le 20 juin 1940 déclarait « Vous avez souffert, vous souffrirez encore […] votre vie sera dure. » Et, le 26 juin : « Notre défaite est venue de nos relâchements. L’esprit de jouissance détruit ce que l’esprit de sacrifice a édifié. »
    Les mêmes discours sont dans les tiroirs des macresse et pécron. Les mêmes recettes énoncées par le général Weygand tirant les leçons d’une défaite, à ses yeux méritée, et dénonçant « l’esprit de jouissance et de facilité » qui détourne d’un idéal résumé à une trinité : Dieu, la patrie et la famille. Le bouc émissaire est trouvé, le juif!
    60 millions de Français se résigneront alors à leur triste sort se ruant dans les lieux de culte en attendant l’intervention divine désignant le sauveur de la France et se réjouissants secrètement de ne pas être les victimes expiatoires*. Dans cette étrange atmosphère de deuil, d’accablement et d’espoirs sincères, favorable à tous les aveuglements, les Français sont psychologiquement prêts pour le recours au Rédempteur.
    Citoyenneté : la responsabilité individuelle dans le cadre collectif disiez-vous ? Je la vois mise entre parenthèse pour une longue durée au profit d’un individualisme forcené. Le retour des délations et du marché noir?

    bonne journée

    * victimes expiatoires l’idée est clairement liée à la croyance que Jésus de Nazareth a racheté les péchés de l’humanité en souffrant et en mourant pour elle. L’image du Christ bouc émissaire remonte probablement à l’ancienne coutume juive consistant à relâcher un bouc dans le désert le jour du Yom Kippour, après que le grand prêtre l’eut (symboliquement) chargé de tous les péchés du peuple (Lévitique 16).

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à facon jf. J’ai pris mon temps à te répondre…
      … « le trumpisme »… laissons-le aux Etats-Unis et occupons-nous des nôtres…
      Un complément d’information… : à cette date de « 1940 » à laquelle tu fais référence, Henri Amouroux était pétainiste, alors que son frère (passé à la trappe de l’Histoire) était résistant contre la barbarie nazie (nous avons à faire à une famille bien française!). Et « le 26 juin, notre défaite est venue… » (je corrige) – du RELÂCHEMENT et ABANDON de la lutte par certains, puis du RENONCEMENT de trop nombreux autres.
      Au bouc émissaire juif, je n’oublierai pas d’associer… les anti fascistes étrangers et français, ainsi que ces croyants catholiques et protestants résistants. L’Histoire n’est ni facile, ni due à la croyance… Elle demande « Patience, Volonté et Recherche de la Vérité! »
      Courage estimado amigo jf…
      Et ma conclusion s’appuiera sur cette citation de Corneille… “Les affronts à l’honneur ne se réparent point.” Le Cid

      • facon jf dit :

        l’ensemble du discours de Pétain le 25/06/1940 et pas le 26 désolé
        https://pierrickauger.wordpress.com/2020/06/25/25-juin-1940-discours-de-petain-aux-francais/
        Pour Amouroux henry la période Vichyste sa participation au journal « la petite gironde » est certes confuse ainsi que son retour du STO en 1943. Cependant Maître Gérard Boulanger avocat des parties civiles au procès Papon est condamné en appel le lundi 14 juin 1999, suite aux propos qu’il avait tenu hors audience au sujet de son travail à « la petite gironde ». Le 1er janvier 1942, Henri Amouroux adhère au réseau Jade-Amicol, groupe de résistance rattaché à l’Intelligence Service britannique et fondé par un officier du Deuxième Bureau et un père jésuite. Ce réseau comptera jusqu’à 1 200 membres dont Hélie Denoix de Saint Marc. En 2009, François d’Orcival décrit le rôle tenu par Henri Amouroux au sein du réseau « il porte des plis, des consignes, transporte des postes émetteurs clandestins » et dévoile le numéro de matricule (no 568) de son titre de la Fédération régionale des réseaux de Forces françaises combattantes du Sud-Ouest. Après la guerre, il est décoré de la Croix de guerre 1939-1945 pour un fait d’armes contre l’ennemi, à proximité de Royan, et durant lequel il est blessé.
        Comme on peut le voir une histoire( 40-45) très complexe avec des personnages au parcours sinueux . Dont un certain F. Mitterrand en février ou mars 1943, parrainé par deux anciens « cagoulards » (Gabriel Jeantet, membre du cabinet du maréchal Pétain, et Simon Arbellot), et après l’instruction de son dossier par Paul Racine, il est décoré de l’ordre de la Francisque par le maréchal Pétain : il est le récipiendaire no 2 202, délégué du Service national des prisonniers de guerre. Pour obtenir cette décoration, il a dû en faire la demande en remplissant un formulaire indiquant : « Je fais don de ma personne au maréchal Pétain, comme il a fait don de la sienne à la France. Je m’engage à servir ses disciples et à rester fidèle à sa personne et à son œuvre ».
        L’Histoire n’est ni facile, ni due à la croyance… Elle demande « Patience, Volonté et Recherche de la Vérité! »
        merci à vous

  7. facon jf dit :

    https://pbs.twimg.com/media/FIXZAtpWYAUzvD-?format=jpg&name=900×900

    petite correction au passage  » qui n’allait pas tarder à retomber sur ceux qui l’avaient lancée.

  8. facon jf dit :

    Youpii! la France championne d’Europe des contaminations aujourd’hui
    https://covidtracker.fr/covidtracker-world/
    On peut comparer avec l’Allemagne qui a pris des mesures de confinement dès la 2 décembre est à 440 cas par millions contre 4 920 cas par millions pour notre pays.
    Encore un beau record de notre méprisant poudré hip! hip!… Voyons ce que ça va donner sur l’économie maintenant.
    Si ça tourne mal on pourra utiliser les lits de réa inoccupés par nos amis d’outre-Rhin

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      Il ne faut jamais se réjouir… « ni de nos malheurs, ni des malheurs d’autrui » car… N’oublions jamais qu’ils peuvent nous revenir en boomerang… !

  9. christian grené dit :

    Réplique qui vous aura forcément échappée dans le film « L’emmerdeur ». Jacques Brel, un moins-que-rien, s’adressant à Lino Ventura, un tueur à gages qui lui demande d’aller voir au bout de la rue s’il n’y a pas un pognon de dingue: « Comment faire si, toi… rien! »

  10. Bernie dit :

    Moi, je suis pour une société sans violence parce que la violence n’est pas la solution. Vivre dans la paix et pour le meilleur pour chacun et chacune. Vivre sans imposer ses choix de vie. Vive la vie

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