Prétendre échapper aux surveillances de tous ordres relève de l’illusion

Il est vain de penser que nous pouvons dans la société actuelle échapper aux contrôles en tous genres. Même si nous n’avons aucune raison personnelle de craindre un suivi personnel il existe et c’est déjà une menace. Toute utilisation d’internet, des réseaux sociaux, de tous les moyens de paiement, des téléphones mobiles, tout achat, tout cheminement sur l’espace public, tout trajet en automobile comportent un risque de violation de notre vie privée. Il n’y a aucune arrière-pensée complotiste dans ce constat mais une simple évocation de la réalité. 

En effet sans tomber dans le délire de Big Brother il faut admettre qu’à tout moment il est possible à des personnes légalement mandatées et même malheureusement à des structures beaucoup plus discrètes de prendre le contrôle d’une vie de consommateur. Bien évidemment toutes les garanties sont fournies par les instigateurs de ces processus de participation à la société de consommation. Or aucune garantie n’est réelle puisque chaque avancée dite de protection est contournée par des techniciens capables de détecter des failles inévitables dans les systèmes réputés inviolables.

La méfiance est partout. La crainte envahit à tout instant. Taper sur un mail prend des allures de mis en danger. Tendre sa carte bleue, dorée ou d’une autre couleur devient une préoccupant. Payer un passage sur l’autoroute constitue une possibilité de traçage dangereuse. Tous les gestes du quotidien un tant soit peu numérisés engendrent une forme d’angoisse. Il faut sans cesse être sur ses gardes. « Si vous voulez que l’on ne sache pas ce que vous avez écrit ou effectué il vous faut changer d’ordinateur tous les ans et détruire votre disque dur à coups de marteau. » m’a conseillé un avocat de mes amis.

J’ai à cet égard en mémoire un cambriolage assez particulier ayant touché le domicile d’une parlementaire d’une probité absolue au cours duquel le code de son ordinateur personnel avait été forcé et une copie de ce que contenait le matériel avait été effectuée… sans bien entendu que l’enquête débouche sur une découverte des coupables. Les opérations de ce type s’étaient multipliées dans les années précedentes sans affoler les autorités compétentes. 

Cette situation de plus en plus prégnante alimente les suspicions et plus encore le sentiment d’insécurité provoqué par des faits touchant les actes de chaque jour. La notion de manipulation considérée comme abracadabrantesque prend chaque jour des contours plus précis. C’est un argument des réfractaires au passe sanitaire ou vaccinal qui ne doit pas être balayé d’un revers de main ? D’autant qu’arrive de chez nos voisins allemands une utilisation de ce traçage anti-Covid qui alimentera un débat en cours.

L’entreprise allemande Culture4life, utilise une application dite Luca-App qui collecte les données personnelles comme le réalise chez nous TousAntiCovid. Or à la suite d’ un accident mortel à la sortie d’un restaurant de Mayence le 29 novembre dernier on a appris que la police locale avait récupéré une série de coordonnées de personnes pouvant servir de témoins grâce à la déclaration d’un faux cas de Covid.

Pour mener son enquête, les enquêteurs et le parquet ont sollicité un service de santé, qui a accepté de prétendre qu’un cas d’infection avait été détecté pour donner l’accès aux données aux enquêteurs. La géolocalisation a fonctionné à plein régime. Le pire c’est que d’après l’entreprise les demandes de ce type sont régulières mais n’ont jamais été suivies d’effets. Les failles de sécurité, le mode de stockage des données sensibles sans protection efficace ainsi que les services de santé mécontents par cette utilisation abusive de la maladie ont provoqué un scandale Outre-Rhin.

Alors que l’Allemagne a une cadre législatif beaucoup plus protecteur que le nôtre cet événement a tout lieu d’inquiéter. Luca-App avait été très critiquée parce que les données collectées – noms, adresses, numéros de téléphone – étaient stockées sur ses propres serveurs. Elles sont réputées cryptées, mais il suffit que les autorités sanitaires et le propriétaire de l’établissement – bar, musée, théâtre, etc. – concerné par des cas de Covid-19 utilisent la clé de déchiffrement pour donner l’accès en clair aux données sur les clients du lieu. En plus la vitesse de propagation de « Haut Micron » rend le traçage très difficile et même impossible.

On attend de savoir ce qu’il en est pour notre système… mais aucune illusion : notre application est infiniment supérieure. Cette démarche renforce cependant le doute, la défiance et donne raison à des déclarations jugées par les thuriféraires du pouvoir en place comme outrancières et purement politiciennes. Doit-on rappeler les propos de Nietzsche : « Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont.»

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7 réponses à Prétendre échapper aux surveillances de tous ordres relève de l’illusion

  1. J.J. dit :

    Et nous nous dirigeons probablement tout en douceur vers le système de reconnaissance faciale : les nouvelles cartes d’identité(rédigée à moitié en globish !). Dans le but louable d’empêcher la falsification des documents, on n’utilise plus la photo d’identité fixée directement sur la carte, mais un exemplaire numérisé théoriquement infalsifiable et imprimé (qui pourra permettre de consulter « en temps réel » des fichiers d’archives).
    Suivez mon regard.

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    Si les Hitler, Mussolini, Franco et Salazar étaient au pouvoir aujourd’hui… ils se frotteraient les mains…, et nous pourrions toujours nous demander… Comment nous en débarrasser ?! J’ajoute que la période est d’autant plus grave qu’ils ont été remplacés par des… Poutine, Xi Jinping, Loukachenko, Bolsonaro, que Trump est toujours à la manœuvre… et que j’arrête là car la liste est encore longue… !
    À méditer : n’oublions jamais que… « le mieux est l’ennemi du bien ! ».

  3. facon jf dit :

    Bonjour,
    l’article 1 de la loi de 1978 « Informatique et libertés » à survécu à toutes ses révisions et évolutions. L’urgence que nous ressentons collectivement face à notre situation actuelle ne doit pas nous le faire oublier : L’informatique doit être au service de chaque citoyen. [. . . ] Elle ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques.
    Hors il se trouve que l’application tous anticovid; une des applications les plus utilisées en France, présente un certain nombre de failles révélées dans cette analyse de risques fort amusante à lire. https://www.risques-tracage.fr/docs/risques-tracage.pdf
    On y apprend que la dite application ne respecte pas ou mal la RGPD.
    “ Les données à caractère personnel qui ont fait l’objet d’une pseudonymisation et qui pourraient être attribuées à une personne physique par le recours à des informations supplémentaires devraient être considérées comme des informations concernant une personne physique identifiable.
    ”Règlement Général sur la Protection des Données »
    Rien d’étonnant de la part de ce gouvernement. Depuis septembre 2020, la Commission a réitéré quatre fois sa demande au gouvernement de fournir des preuves concrètes de l’efficacité des dispositifs mis en place pour lutter contre le Covid-19. Une demande qui reste, à ce jour, sans réponse.
    L’analyse de risques faite par d’éminents spécialistes informaticiens se présente sous la forme de petits scenarii humoristiques. En voici un au hasard: Scénario 9 (L’ élève Ducovid). L’ élève Ducovid a un contrôle de français la semaine prochaine, mais il n’a pas lu l’œuvre au programme. Grâce à une petite annonce, il trouve M. Enrumais qui présente des symptômes et accepte de lui prêter son téléphone.
    Il fait passer le téléphone de M. Enrumais dans toute la classe, puis le laisse traîner en
    salle des profs. Il le rend ensuite `a M. Enrumais, qui va voir un médecin. Le medecin
    constate que M. Enrumais est malade du COVID et le déclare dans l’application du
    téléphone. Ceci déclenche une alerte pour toute la classe et pour tous les professeurs,
    le lycée est fermé !
    En dehors du caractère amusant de l’analyse de l’application, le caractère même du QR code pose des problèmes. Au-delà de ces informations de santé, il est également possible d’inférer des informations de santé encore plus privées sur certains citoyens : ont-il déjà été infectés par la COVID-19 (besoin que d’une seule dose) ? Sont-ils immunodéprimés (besoin de trois doses) ? Sont-ils parmis les citoyens prioritaires pour recevoir des injections tôt dans le calendrier vaccinal ? La CNIL, la Commission Nationale Informatique et Liberté, a été saisie et a rendu un avis le 12 mai 2021 reprenant ces remarques.
    Le Conseil d’état, saisi par la  » Quadrature du net » qui reprenait l’argumentaire de la CNIL , après 3 semaines de réflexion (alors que les textes prescrivent un délai de 48 heures) refuse de voir une illégalité manifeste dans le passe sanitaire.
    Dormez tranquille, le pistage continue avec l’aide et la bénédiction de L’État.

    Bonne journée

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à façon Jf
      « La loi de 1978… ! N’est-ce pas déjà Mathusalem…? Quant aux suites… Regrets d’écrire : « rien n’est moins sûr ! » Et ce qui suit en est la preuve. Merci JF de traduire en bon françois… « une pseudonymisation  » car à mon âge, je suis larguée… ! Il en est de même pour… QR code ! Auquel je rajoute… « Quadrature du net »! Je ne connais que celle du cercle… aussi, je comprends (mais peut être me trompè-je) qu’on n’a pas le c.. sorti des ronces… !

      • facon jf dit :

        la novlangue informatique tout un art que l’on peut comparer aux langages initiés des médecins et autres notaires ou le louchébem Argot des bouchers parisiens et lyonnais, dont les mots sont formés en remplaçant par un « l » le groupe de consonnes du début de mot et en les reportant en fin de mot, puis en y ajoutant un suffixe tel que -em/ème, -ji, -oc, -ic, -uche, ou -ès. Le jargon professionnel est toujours destiné à n’être compris que des initiés et à se moquer des clients à leur insu.
        pseudonymisation méthode employée pour masquer les identifiants des utilisateurs ( le nom ou l’adresse IP- code informatique utilisé par le Fournisseur d’Accès Internet =FAI )
        le QR code est une sorte de code barre en 2D. Le « QR » signifie Quick Reponse car le contenu que comporte ce carré noir et blanc peut être décodé rapidement. A la différence d’un code barres classique, le code QR peut contenir beaucoup d’informations: 7089 caractères numériques, 4296 caractères alphanumériques, contrairement au code barres normal qui ne peut stocker que de 10 à 13 caractères ! Il faut un téléphone portable équipé d’un lecteur de code QR pour lire le contenu.
        Quadrature du net est une organisation qui promeut et défend les libertés fondamentales dans l’environnement numérique. L’association lutte contre la censure et la surveillance, que celles-ci viennent des États ou des entreprises privées. Elle questionne la façon dont le numérique et la société s’influencent mutuellement. Elle œuvre pour un Internet libre, décentralisé et émancipateur. C’est bien en référence au fameux problème de la quadrature du cercle reconnu comme insoluble.
        La quadrature du cercle est un problème classique de mathématiques apparaissant en géométrie. Il fait partie des trois grands problèmes de l’Antiquité, avec la trisection de l’angle et la duplication du cube.
        Le problème consiste à construire un carré de même aire qu’un disque donné à l’aide d’une règle et d’un compas .
        La quadrature du cercle nécessiterait la construction à la règle et au compas de la racine carrée du nombre Pi (constante d’Archimède 3,14……) , ce qui est impossible en raison de la transcendance de Pi. Ne sont constructibles que certains nombres algébriques.
        Ce problème impossible à résoudre a donné naissance à l’expression « chercher la quadrature du cercle », qui signifie tenter de résoudre un problème insoluble.
        De plus, ce problème mathématique est celui qui a résisté le plus longtemps aux mathématiciens. Ils ont mis plus de trois millénaires à étudier le problème, reconnu comme insoluble par Ferdinand von Lindemann en 1882.
        Je ne suis pas persuadé que j’ai été très clair désolé…

  4. facon jf dit :

    bien avant le fait divers évoqué dans votre billet ( le 26 avril 2020 ), une mise en garde contre les applications de traçage avait été rédigée par des spécialistes en cryptologie et sécurité informatique. De nombreux autres risques existent, variables suivant les choix techniques, dont par exemple le géo-traçage d’individus, et la levée de l’anonymat des malades par des entités ou par les fournisseurs d’accès internet. Les risques d’atteinte à la vie privée liés aux technologies Bluetooth sont reconnus depuis bien avant la crise sanitaire, c’est la raison pour laquelle les OS en restreignent fortement l’utilisation par les applications.
    Toutes ces remarques sont balayées d’un revers de main. M. Cédric O secrétaire d’État, chargé de la transition numérique s’indigne, dans son interview au Parisien :

     » Il y a une forme d’aberration dans la crispation sur ces sujets-là. Comme si nous avions si peur de la solidité de notre démocratie et de notre état de droit, qu’on ne puisse pas se doter de ces outils. »
    Si c’est lui qui le dit !

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à facon jf
      Ce M. Cédric O n’oublie qu’une chose… La République est très fragile et pourrait être balayée… — et ceci n’est pas une dystopie! Quel serait alors notre avenir…?

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