La fraude n’est vraiment pas celle qui est exploitée par le populisme

Les accusations en tous genres pèsent sur les personnes bénéficiant dans notre pays des aides institutionnelles. Illico quand sont abordés les allocations individuelles de solidarité surgit le fantôme de la fraude. Bien entendu elle serait l’apanage des étrangers qui coûterait un pognon de dingue au budget de l’Etat. Une rengaine qui permet à des personnes pourtant sensées, de se rallier aux slogans populistes de l’extrême-droite. Rien n’y fait : toutes les preuves n’effacent pas ces affirmations déformées, exagérées, exploitées. Un désastre démocratique qui, comme bien d’autres à comme seule cause une désinformation permanente.

En fait la « fraude  des pauvres » serait la pire, la plus ruineuse, la plus pénalisante pour les contribuables car elle concerne les dépenses et donc est parfaitement traçable. Par contre « celle des riches » qui ne versent pas leur contribution légale par de multiples moyens sophistiqués et engendre un manque de recettes n’enclenche pas de réactions violentes, haineuses de l’opinion actuellement dominante. Cette différence d’appréciation pèse sur la société. Le chômeur, la personne au RSA, le handicapé, le petit artisan, le migrant, la famille sans toit ni loi pour la protéger… sont stigmatisés, vilipendés et mêmes ostracisés quand le gestionnaire de puissantes entreprises, le détenteur de capitaux, le « profiteurs », le « bien sous tous rapports » échappent au jugement défavorable.

Si l’on s’intéresse par exemple à la fraude sociale réputée comme étant abyssale il est souvent omis de préciser que ce ne sont pas les prestations détournées qui plombent le budget de la Nation. Le détournement du RSA et des autres subsides officiels reposant sur des organisations sophistiqués et quasiment mafieuse atteignait  seulement « un milliard d’euros » en 2019 selon un rapport de la cour des Comptes. Somme qui ressemble à une bagatelle quand on la compare aux 7 à 8 milliards de manquements au versement pur et simple des cotisations sociales. La perte de recette liée au « travail au noir » dont sont essentiellement victimes les travailleurs étrangers se situe elle aux alentours de 5, 6 milliards.

Au total les parlementaires ont chiffré il y a un peu plus de 2 ans le préjudice global entre 13,5 et 45 milliards. Il concerne les secteurs de la construction (3,8 milliards d’euros, pour un taux de fraude de 22 %) le commerce (3,3 milliards d’euros, pour un taux de fraude de 12 %) et également les transports, les travaux saisonniers en agriculture, les services aux entreprises, le spectacle vivant et enregistré, l’hôtellerie, la restauration, le déménagement ainsi que les banques et assurances pour le recours aux stagiaires. Qui en parle ? Qui s’en émeut ? Qui souhaite renforcer le nombre des fonctionnaires chargés de contrôler ces abus gigantesques ? Un étrange silence ! 

Le milieu économique vient par ailleurs de profiter allégrement du « quoi qu’il en coûte « . Certaines entreprises, de l’aveu même de leurs dirigeants ont davantage gagné en étant fermées par la crise sanitaire qu’avec leur activité normale déclarée. Même avec des moyens humains très limité les services concernés auraient détecté plus de 170 millions de détournement. Des plaintes ont été déposées et dans quelques années Bercy n’aura probablement jamais récupéré ces sommes. Comme le veut une tradition bien établie ce montant est mise en perspective avec les 40 milliards des aides et parvenir ainsi à le minimiser. Pour les aides sociales ce n’est jamais le cas.

Au total, 74.000 versements sont considérés officiellement comme illicites, dont 8000 ont été détectés comme frauduleux. toutes les techniques ont été utilisées : faux chef d’entreprise se faisant passer pour un vrai patron, entreprises gonflant leur chiffre d’affaires de référence pour toucher plus d’aides, nombre de salariés imaginaire… Certains ont même répertorié leur entreprise dans une catégorie professionnelle à laquelle elle n’appartient pas, mais qui est mieux protégée par l’État : la restauration notamment. Mais là encore ils ne seront pas montrés du doigt, classés dans la catégorie des « voleurs de l’État ». Eux sont des citoyens « malins »! Ajoutons que l’on vinet de constater que plusieurs pharmaciens auraient détourné plus de trois millions de tests, payés par les fonds publics. L’un d’entre eux, mis en examen à Paris, aurait détourné 18 millions d’euros, en quelques mois. D’autres arriveraient mais dans des proportions moindre.

Il faut dans le même temps rappeler qu’en ce qui concerne le RSA, la prime d’activité, l’allocation logement, en 2020, les Caisses d’allocations familiales ont détecté 36 917 cas de fraudes pour un montant de 255,5 millions d’euros, soit 21 % de moins qu’en 2019. Ah ! J’oubliais que la fraude fiscale non évoquée ci-dessus oscille entre 80 et 100 milliards… Comme quoi plus les accusations sont fausses et outrancières et plus elles imprègnent les esprits.

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19 réponses à La fraude n’est vraiment pas celle qui est exploitée par le populisme

  1. christian grené dit :

    Fraude avouée serait à moitié pardonnée si l’on en croit les sursis accordés à certaines personnalités haut placées dans la sphère politique.
    Par ailleurs, j’ai avalé mon café de travers en ingurgitant tous ces chiffres dès potron-minet. J’ai toujours été nul en maths. Et le seul chiffre qui m’aille c’est Zemmo… Euh! Je voulais dire zéro.

  2. Gilles Jeanneau dit :

    Oh que oui, Jean-Marie, mais quel que soit le futur locataire de l’Elysée, cela ne changera pas…
    Alors oui, ce doit être l’effet bourgeois que chantait le grand Jacques: plus je deviens vieux, plus je deviens con…
    Bonne journée quand même

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      Mais cette rengaine sur la fraude aux « allocations individuelles de solidarité » n’est-elle pas vieille comme le monde ? ! Ma famille étrangère n’en ayant jamais perçu un seul centime, je peux « marcher la tête haute… ! »

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Gilles
      Heureusement que nous ne sommes pas des Bourgeois… comme le chantait notre ami le grand Jacques… Nous ne sommes donc pas… « concerné.e.s »… sauf par l’attitude antirépublicaine des voleurs/menteurs !

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Par contre, « celle des riches… » Celle-là aussi est vieille comme le monde, mais aussi plus réelle !

  4. Laure Garralaga Lataste dit :

    Et sais-tu que ce maudit ordinateur ne voulait pas de mon mot « gausseries » ! Il manque d’humour… je l’ai mal élevé !
    À +… je vais faire quelques courses car nous n’avons pas seulement un cerveau… !

  5. facon jf dit :

    Bonjour,
    La fraude sociale l’argument choc de la droite extrême et de l’extrême droite qui s’appuie sur des estimations au doigt mouillé. Eric Zemmour a rallumé la mèche en évoquant un chiffre annuel de « 50 milliards d’euros » lors de son récent débat avec Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV.
    A droite, la sénatrice LR Valérie Boyer a aussitôt repris le flambeau en avançant, dans un tweet partagé plusieurs centaines de fois, une fourchette allant de « 14 à 45 milliards » qui aurait été démontrée par « différentes commissions d’enquête parlementaire ».
    En réalité, cette évaluation n’a été formalisée dans aucun des trois rapports parlementaires consacrés depuis deux ans à la fraude aux versements des quelque 762 milliards d’euros de prestations sociales (allocations familiales, chômage ou vieillesse, retraites, RSA, aides au logement…). D’où vient alors cette fourchette de « 14 à 45 milliards » d’euros évoquée par Mme Boyer? Elle découle d’un rapport de 2015 du Center for Counter Fraud Studies de l’Université de Portsmouth (Angleterre) qui a compilé des données de sept pays industrialisés, dont la France.
    Ce document ne donne aucune estimation mais assure qu' »il est clair que la fraude et les pertes (liées à des erreurs) dans n’importe quelle organisation devraient être d’au moins 3%, probablement plus de 5% et possiblement plus de 10% ».
    En appliquant cette fourchette de 3 à 10% aux seuls 440 milliards de prestations sociales versés par les caisses d’assurance-maladie (Cnam), de famille (Cnaf) et de vieillesse (Cnav) ainsi que par Pôle Emploi, on arrive donc à une estimation de 14 à 45 milliards.
    Nous sommes bien dans une estimation extrêmement vague.
    Les prestations sociales ne sont pas les seules concernées par la fraude. La Cour des comptes avait ainsi évalué en 2014 les fraudes aux cotisations sociales –commises notamment par les employeurs qui ne déclarent pas leurs salariés– entre 20 et 25 milliards d’euros par an.
    Quant à la fraude fiscale, elle a été évaluée entre 60 à 80 milliards d’euros en 2012 par le syndicat national Solidaires Finances Publiques, rappelle le gouvernement dans un récent document où il indique que ces montants représentent entre « 15% et 25% des recettes fiscales brutes ».
    Demain, peut être, une commission Tartempion enquêtera sur les malversations commises pendant la crise Covid qui sait ?
    bonne journée

  6. facon jf dit :

    Quinze ans après la disparition de l’abbé Pierre, il est cocasse de voir les têtes de gondole des droites extrêmes et extrêmes droites se pousser du coude pour dénoncer les pauvres supposés fraudeurs. Se drapant dans les valeurs chrétiennes, ils foulent au pied les engagements du mouvement créé par l’abbé en 1954.
    – L’attention aux plus faibles, la solidarité et la laïcité
    – L’accueil inconditionnel
    “Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques. On ne pleure pas devant les chiffres.” disait l’abbé

    • Gilles Jeanneau dit :

      Oui et pour conclure sur une note d’humour, comme disait un anonyme: Les statistiques, c’est comme les bikinis, ça ne montre pas tout mais ça fait rêver!

      • Laure Garralaga Lataste dit :

        @ à Gilles
        Es-tu sûr de ce que tu avances quand tu écris… « ça ne montre pas tout » car à l’époque, certains… mais surtout certaines trouvaient déjà qu’il en montré déjà trop ! (la répétition est volontaire… !)

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à façon jf
      Serait-ce parce que l’abbé en 1954 était déjà vilipendé, bafoué et honni… ?
      « Laure la athée »

  7. Bernie dit :

    Pour cela, il faut aller sur le site de l’Insee. Il y aurait plus de 2 millions de pauvres vivant dans la très grande pauvreté. Ne sont pas comptabilisés les SDF (sans domicile fixes)

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Bernie
      Si je suis bien ton raisonnement, à moins que ce ne soit que celui de l’Insee, les SDF ne sont pas des pauvres ! Quand on vous dit que vivre dans la rue, c’est vivre dans un palace… !
      À tout à l’heure, je repars à mes écritures…

  8. Bernie dit :

    Je voulais par l’intermédiaire de ce blog présenter mes plus sincères condoléances à Brigitte Delluc épouse de Gilles Delluc disparu récemment. Ils étaient tous les 2 de grands préhistoriens.
    Avec mes remerciements pour ces quelques lignes.

  9. Bernie dit :

    @ A Laure, à Gilles, les statistiques comme les études supérieures qu’ont fait Gilles et Brigitte Delluc prennent appui sur une méthodologie.
    Bien à vous.

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