Des parrains sous haute surveillance

Ce ne sont pas mes origines italiennes qui m’ont conduit au cours de mon passage dans la vie publique d’être considéré comme un « parrain » recommandable. Depuis 1995 date où je suis entré dans le cénacle des pourvoyeurs officiels de ce sésame pour candidat, j’ai exercé à 4 reprises ce rôle. Il prend chaque fois une importance particulière car à chaque élection présidentielle la quête des signatures génère une polémique venant de celles et ceux qui ont des difficultés à atteindre la barre des 500. Trop élevée pour les uns. Inutile pour les autres. A revoir pour tous surtout quand ils ont échoué.

La rocédure de « présentation » des candidats à l’élection présidentielle s’est installée dans la politique française depuis en 1958. Une manière comme une autre de laisser notamment les maires, les conseillers départementaux et régionaux, les parlementaires dans la boucle lors de ce moment clé de la V° République. Les engagements définitifs doivent atteindre le cap de 500 seulement depuis 1976. Les imprimés individuels sont adressés au Conseil constitutionnel qui en vérifie la validité. Contrairement à ce qui est souvent affirmé il ne s’agit nullement d’un « soutien » mais d’une possibilité de « présentation » au premier tour accordé à une personne candidate.

Le principe voulant qu’un(e) élu(e) quelle que soit la taille du territoire qu’il représente, soit un atour supplémentaire pour le prétendant à l’Elysée donne une importance égale à tout le monde. Le maire de la plus petite commune de France est donc dans ces circonstances, l’égal de celui de Paris ce qui donne la véritable dimension aux démarches en cours dans la France d’en bas. Comme la très grande majorité des premiers magistrats des collectivités territoriales se targuent d’être… « apolitiques » ou « sans étiquette » la période du choix s’avère extrêmement délicate pour eux. Il fut un temps où leur parrainage restait secret et que seul le tirage au sort parmi tous les signataires, pouvait leur jouer un mauvais tour. Désormais la publication rend l’exercice plus périlleux et susceptible de créer un climat tumultueux. 

Le vrai problème réside dans le fait que le Maire prend certes une décision individuelle  qui d’une manière ou d’une autre, engage l’équipe l’ayant choisi. La secousse peut être rude selon sa prise de position constitutionnelle. Les incidents provoqués par une prise de position très connotée laissent des séquelles dans des listes sans ossature politique. Depuis des mois les missi dominici des postulants tentent donc de rencontrer ces édiles indécis pour décrocher une « promesse » sans valeur légale puisque seul le document officiel fait foi en matière de « présentation ». L’enjeu des 500 signatures est en effet décisif pour… le financement à hauteur de 800 000 € d’une éventuelle campagne de premier tour. Les banques sont parfois frileuses pour débloquer des prêts si les emprunteurs n’offrent pas la garantie de posséder un potentiel d’élus suffisant. La banqueroute peut menacer pour certains.

A gauche il est acquis que Jadot obtiendra sans trop de problème le feu vert. Il en sera de même pour Hidalgo qui compte des milliers d’élus locaux. Elle collectera le maximum de signatures pour que certains d’entre eux ne soient pas tentés de « présenter » une concurrente ou un concurrent. Elle risque d’être en tête de ce que l’on appelle à tort les « parrainages ». Roussel aura suffisamment de fidèles solides et engagés pour être de la première manche. Il reste une légère incertitude sur le potentiel de Mélenchon mais elle est beaucoup plus profonde sur le sort réservé à Taubira. Elle ne bénéficiera d’aucune indulgence des socialistes, des verts ou des Insoumis surtout à la suite de l’épisode de la primaire… impopulaire auprès des troupes institutionnelles. Le souvenir de 2002 reste en plus dans quelques mémoires.

Le président-candidat putatif a déjà suffisamment de députés et de sénateurs pour faire aisément le chemin vers l’éventuelle reconduction de son mandat. Il veut que son « total » soit substanciel afin de pretendre être appelé par la foule. Le réseau UMP-centristes compatibles et surtout des « apolitiques masqués » est suffisamment puissant pour que tout aille pour le mieux à ce niveau en faveur de Pécresse. Par contre la rivalité entre « Z » et la Marine nationaliste ne manquera pas d’intérêt. Désormais dédiabolisée cette dernière espère s’en tirer sans trop de mal malgré le fait que le « plus-extrémiste-que-moi-tu-meurs » chassera sur ses terres idéologiques. Il sait que cette étape ne sera pas facile. 

« Z » ferait une énorme Trumperie en contestant véhémentement s’il y avait un refus pour manque de « présentateurs » ou de « présentatrices ». Il sera très intéressant de consulter la liste hebdomadaire car il y aura quelques manœuvres obscures pour lui permettre de jouer dans la cour des grands. Qui lui viendra en aide ? La première publication des signataires n’est guère révélatrice de la tendance. Dans le contexte actuel beaucoup de maires resteront sur la réserve par peur ‘une crise « politique » donnant de l’urticaire à leurs co-listiers. Je ne sais pas pourquoi mais je pressens que nous ne sommes pas au bout des surprises et plus encore des révélations, des apparitions et des stupéfactions. 

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14 réponses à Des parrains sous haute surveillance

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    « Z » ferait une énorme Trumperie en contestant véhémentement s’il y avait un refus pour manque de « présentateurs » ou de « présentatrices »… « À qu’en termes galants ces choses là sont dites ! « Non, ce n’est pas moi qui ai écrit çà, c’est Molière dans le Misanthrope. Et comme il y est question de dénoncer l’hypocrisie, la couardise et la compromission…, on peut mesurer la modernité de cette œuvre remarquable !

  2. Philippe Labansat dit :

    Chaque jour confirme un peu plus ma détestation de la cinquième République et de toutes ses tares.
    Chaque jour m’indisposent un peu plus ceux qui la… plébiscitent, ou même qui, seulement, la tolèrent.
    Non vacciné, le Prince m’a retiré une bonne partie de ma citoyenneté.
    Actuellement, je penche pour me retirer moi-même ce qu’il en reste…

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Philippe
      Attention Philippe… quand tu écris « ma détestation de la cinquième République et de toutes ses tares. »… ne crains-tu pas de faire »déshonneur » (mot nouveau) au génial président qui en est le père ? Au fait une devinette… Qui est-ce ? Un indice… il l’a faite à sa taille (qui était très haute) mais pas à la taille de ses successeurs !

  3. facon jf dit :

    Bonjour,
    et nous voici tout proche du niveau zéro de la démocratie, le parrainage moyen astucieux pour évincer une myriade de candidats pouvant émietter le scrutin. La première élection au suffrage universel date de 1965 avec le fameux slogan « si De Gaulle vous rase votez Barbu » , seuls les plus anciens pourront décoder le message.
    Pour les trois premières élections présidentielles au suffrage universel direct, de 1965, 1969 et 1974, un parrainage de 100 élus était nécessaire. Cela avait permis de limiter efficacement le nombre de candidats pour 1965 (six) et 1969 (7) mais beaucoup moins pour 1974 (12). D’où l’adoption d’une réforme deux ans plus tard (avec la loi organique du 18 juin 1976) portant le nombre de signatures d’élus de 100 à 500. La pêche aux élus semble assez facile, et pourtant ! La liste des élus est fixée par l’article 3 de la loi organique du 6 novembre 1962. Elle comptait environ 42 000 élus en 2017. Et voila la clause qui entrave la pêche. Il existe une clause de représentativité nationale, prévue dans la loi du 6 novembre 1962, afin d’éviter des candidatures avec un intérêt local trop prononcé. En vertu de cette clause, les parrainages doivent venir d’élus d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents.
    Résultat c’est mission impossible pour les candidats ne disposant pas d’un maillage d’élus territoriaux. Si l’on en croit les états majors les candidats MLP, Z et Méluche seraient à la peine alors qu’ils récoltent dans les sondages plus de 40% des intentions de vote à égalité avec le total Macresse et Pécron.
    En 2017, MLP et Méluche avaient obtenu respectivement au premier tour 21,30 % des votes exprimés (16,14 % des inscrits) et 19,58 % (14,84 % des inscrits). Or, au lieu de dénoncer le système présidentialiste, ces mêmes candidats veulent revenir au secret des parrainages alors qu’ils pourraient demander le retour à 100 parrainages et non 500. Ils démontrent ainsi, hypocritement, que sous couvert de préservation du pluralisme politique, ils cherchent en réalité à préserver leurs propres positions. Car revenir à 100 parrainages aurait pour effet immédiat de qualifier plusieurs « petits » candidat. Et donc de rogner sur le score des « grands ».
    Pour Macresse et Pécron le cauchemar c’est d’être viré dès le premier tour, les magouilles autour des parrainages tournent à grand régime.
    Du côté des partisans d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, certains remarquent que Valérie Pécresse aurait un intérêt bien compris à pousser les maires LR à signer pour monsieur Zemmour. « Les masques tombent. De l’aveu d’un proche de Valérie Pécresse, les LR aideront Éric Zemmour dans sa quête des parrainages pour qu’ils affaiblissent la candidature de Marine Le Pen. Éric Zemmour, c’est la meilleure assurance-vie du système ! », a ainsi tempêté le Rassemblement national sur Twitter (Le Monde, 9 et 10 janvier 2022).
    Le dispositif des parrainages favorise les manœuvres en sous-main et les parties de billard à plusieurs bandes. Valérie Pécresse doit-elle par exemple aider Éric Zemmour afin d’éviter d’être devancée par Marine Le Pen ? Il n’est pas sain qu’une candidature soit dépendante des intérêts d’un concurrent.
    Ils devraient tous se rendre à l’évidence, c’est le système de la V éme qui est à bout de souffle. Pour l’instant ils ont choisi la fuite en avant dans le présidentialisme.
    Pour ma part je suis favorable pour mettre en place un parrainage citoyen (où seuls les candidats ayant recueilli un minimum de 150 000 parrainages de citoyens pourraient concourir à l’élection).
    Ce sera intéressant de suivre qui parraine qui ici
    https://www.linternaute.com/actualite/politique/2601885-parrainages-presidentielle-2022-qui-soutient-quel-candidat-la-liste-des-signatures/
    Bonne journée

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à facon jf
      Et on appelle ça « démocratie » ! Certains et certaines ne font-ils/elles pas tout pour… que Démocratie se retourne dans sa tombe ? !

  4. facon jf dit :

    Hidalgo la candidate qui va compter plus de parrainages que de présents à ses réunions électorales;( parler de meeting est excessif, exposition de chaises vides convient mieux).

  5. Bernie dit :

    Macron c’est Macron. Pourquoi ce copié collé ?

    • facon jf dit :

      Macron n’est pas le premier à arroser avec l’argent public Sanofi et autres , Pécresse l’avait fait bien avant lui.
      Valérie Pécresse a compromis la recherche et l’enseignement supérieur pendant son mandat de ministre – ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (2007–2011)- . Sa loi sur l’autonomie des universités, largement combattue par les étudiant-es et les profs, a été une première étape vers plus d’inégalité dans l’accès aux études. Elle a étendu le recours pour les entreprises au Crédit Impôt Recherche (CIR). Cela a eu pour effet d’assécher la recherche publique, avec toutes les conséquences que l’on a pu constater au début de la crise du COVID-19 : cette politique a compromis notre réactivité face à la crise sanitaire. La manne financière pour les entreprises privées est immense et n’a eu aucune contrepartie, ne fait l’objet d’aucun contrôle. Ainsi, en dix ans, le laboratoire Sanofi a pu toucher 1 milliards 500 millions d’euros de CIR, tout en supprimant 2800 postes de chercheurs et en abandonnant des pans entiers de recherche, comme Alzheimer, les résistances aux antibiotiques ou…la famille des coronavirus. Pécron ou Macresse bonnet blanc et blanc bonnet !

  6. Bernie dit :

    Que la CGT soit la CGT mais que cette CGT et ses personnels reconnaissent le bien de chaque personne.

  7. Bernie dit :

    Le syndicat CGT est une structure qui se développe en interne. Cette structure avec son congrès tente d’asseoir une situation qui se fige au fil du temps. Internet n’est qu’un outil qui relie ses correspondants syndiqués sans faire l’analyse de l’ancrage où évolue cette structure syndicale.

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