La violence ordinaire gangrène une société à vif

La banalisation de la violence représente désormais un fléau sociétal que plus personne ne peut ignorer. Elle s’installe partout dans les relations humaines et dévaste le quotidien. Les rubriques de faits divers dans la presse écrite ne peuvent plus d’ailleurs donner suffisamment de place pour des actes révélant l’exacerbation des esprits. Il fut une période que j’ai connue, où les responsables des rédactions de « La France » et « Sud-Ouest » tous les matins comparaient les pages des quotidiens pour savoir si les « faitdiversiers » avaient rempli leur mission. Pas un seul des délits ne devait manquer dans le journal de l’un et de l’autre. Désormais ce serait impossible tellement chaque jour les gendarmeries, les commissariats croulent sous les plaintes de toutes sortes. Elles sont loin d’être prises en compte. 

Le plus inquiétant c’est que l’officialisation des plaintes ne concerne qu’une infime partie des violences devenues ordinaires. Il suffit de passer une journée avant, pendant et après l’école pour avoir conscience de cette réalité désespérante. Les actes délibérés d’infraction aux règles essentielles du vivre ensemble pullulent par exemple sur les parkings ou les espaces proches des établissements scolaires. Sous le regard des gamins qui emmagasinent ces comportements les «parents automobilistes » stationnent où bon leur semble, bloque la circulation des autres, s’approchent dangereusement des autres enfants pour ne pas avoir quelques mètres à effectuer pour « porter » leur progéniture dans le lieu d’accueil.

Engueulades, coups de klaxons intempestifs et gestes obscènes agrémentent les entrées et les sorties. Les bousculades s’intensifient et selon l’âge quelques règlements de comptes verbaux ou physiques sont courant. Dans un collège de la rive-Droite de la Garonne l’automobile d’une professeur a été incendiée et… la réponse de l’Éducation nationale a été simple : on va doubler les vigiles qui patrouillent dans les cours de récréation. Devant leurs gamins des pères ou des mères multiplient les agressions verbales à l’égard du personnel. Bien entendu leurs chères petites têtes blondes ou brunes parfaites ne sauraient être mises en cause.

Un maire me racontait le ras-le-bol des personnels municipaux affectés aux services périscolaires. Les contraintes de la Covid font que des classes faute de remplaçants arrivés à temps, soient fermées. Les parents contrariés par cette situation s’en sont pris avec véhémence et des paroles injurieuses à la personne de la Maire annonçant que le gamin ne pouvait être accueilli. Une avalanche d’injures devant le reste de l’école. Il sort un bout de papier sur lequel l’employée e noté mot à mot cette violence verbale.Tous les jours depuis le début de cette année un signalement de ce type lui parvient. Et s’il convoque les fautifs ils déversent leur haine sur lui devenu bien évidement un« politicien de merde »

Au nom de la défense de l’économie, des transporteurs enfreignent les règles protégeant les chemins peu habitués à un trafic de camions gigantesques. Insultes, menaces, intimidations ouvertes devant témoins passifs et l’affirmation que les panneaux ne seraient pas respectés. Tout devient vite source de conflits et de moments dangereux. Une piste cyclable indispose le riverain. Un arbre qui penche un peu suscite une urgence absolue qui si elle n’est pas assumée par une autorité tourne souvent au pugilat ou au minimum à la querelle. Les mots n’ont plus aucun poids et ne servent qu’à exister dans le conflit.

Le phénomène touche les enfants qui bien évidemment reproduisent les attitudes des adultes. Dans les cours de ce qui furent des récréations, dès la maternelle, propos racistes ou sexistes fleurissent et les attitudes agressives naissent. Alors que dire de celles des écoles élémentaires ou des collèges. Laisser accroire que ces phénomènes ne touchent que les établissements de zones socialement difficiles relèvent de la malhonnêteté intellectuelle. Souvent les incidents son tus pour éviter que la rumeur s’en empare et que l’image de ce qui doit être fraternel et paisible s’effondre.

La vision n’a rien d’apocalyptique. La campagne présidentielle ne va que renforcer la haine, la rancœur, la peur et cet horrible sentiment que la responsabilité de tous les actes délictueux sont à mettre sur le compte des migrants. Les discours portent les germes de ces confrontations inévitables qu’il nous faut redouter. « Z » ressasse la stigamatisation. « Z » excite les pulsions les plus dangereuses. « Z » suscite l’affrontement. Ses discours expirent la violence, ne transmettent que la violence, n’existent que par l’éloge de la violence. 

Un fan de « Z » crache à la figure d’un journaliste de LCI  (circulez il n’y a rien à voir) ; les reporters de Quotidien sont reconduits à la frontière d’une réunion par le service d’ordre de la Marine nationaliste (normal ils sont critiques); les personnes âgées dépendantes souffrent dans des EHPAD au nom de la rentabilité dues aux actionnaires (logique il faut bien gagner sa vie sur celle des autres) : la violence est pourtant partout et devient une constante sociale. On l’admet comme une fatalité ! 

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11 réponses à La violence ordinaire gangrène une société à vif

  1. Gilles JEANNEAU dit :

    Il y a déjà un bon moment que la barbarie a fait son retour…Je me souviens d’un film où Yves Montand (Yvo Livi pour toi!) était la victime expiatoire de cette barbarie.
    Comme souvent, certains films sont des oeuvres prémonitoires (pardon, je n’ai jamais su faire le e dans l’o sur mon ordi!).
    Cela n’est pas à la gloire de ce qui s’appelle le progrès voulu par nos élites.
    Oui, c’est une triste constatation que la connerie humaine, qui, comme l’avait déjà très bien analysé Einstein, est infinie comme l’Univers…
    Tout cela nos mène tout droit à la sixième extinction dont nous ferons partie et nous l’avons bien mérité!

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Gilles
      Ce début de ton commentaire me parle… La différence avec aujourd’hui ? La voici… Très tôt, j’ai appris à serrer les dents et à la fermer ! J’avoue que parfois ce fut difficile ! Mais c’était la consigne à laquelle il ne fallait jamais déroger. Aux insultes : l’espadre… la noiraude… (car j’étais très brune mais j’ai un peu blanchi aujourd’hui) sale race d’espagnole… SILENCE ! Telle était la consigne. Alors oui, les choses ont bien changé ! Mais était-ce mieux autrefois ? À cette question, ma réponse est oui car j’ai pu m’intégrer sans perdre pour autant ma culture espagnole. Certains diraient : « perdre ton identité ». Je leurs réponds… NON ! Car la réalité, c’est que je me suis enrichie : deux langues, deux cultures, deux pays chers à mon cœur et c’est ainsi que j’ai pu enseigner le français et l’espagnol…

      • Robert FRANCESCHI dit :

        Bonjour,
        Le temps passe !
        Moi aussi j’ai serré les dents : ma mère (et mon père) n’aurait pas admis que je me fasse remarquer, que je porte atteinte à l’honneur de la famille ! La correction aurait été immédiate et mémorable.
        Plus tard, parent d’élève j’ai eu un différend avec un professeur de ma fille : « Je n’enseignerai pas l’instruction civique cette année. » Elle craignait la réaction de l’inspection académique à mon compte-rendu ! On mesure les conséquences aujourd’hui.
        Et puis, j’ai parfois haussé le ton dans la rue face à des incivilités. Aujourd’hui je tourne la tête : j’ai encore envie de voir mes petits-enfants plutôt qu’ils pleurent un martyre. Et mon épouse me retient chaque fois que je m’emporte.
        Hélas, je ne suis pas le seul à tourner la tête : ma pétition ne convainc personne https://www.petitionenligne.com/signatures/stop_immigration/
        Bertolucci (Novecento) doit se retourner dans sa tombe (si tant est qu’il puisse tourner la tête dans notre direction !)
        Bonne journée quand même.

        • facon jf dit :

          Bertolucci tourne Novecento ( 1900) en 1976 , un film à la distribution prestigieuse, qui rendrait hommage aux paysans d’Émilie-Romagne, sa région du nord de l’Italie. De façon ironique, ce film anticapitaliste où flottent d’immenses drapeaux rouges sera en partie financé par des capitaux américains : trois grands studios hollywoodiens, United Artists, Twentieth Century-Fox et Paramount Pictures se partagent les frais. Budgété à six millions de dollars (une somme importante pour l’époque), 1900 coûtera au final trois millions de plus et nécessitera onze mois de tournage ! Conçu dans le plus grand secret, Novecento est la concrétisation d’un rêve que Bertolucci caresse depuis plusieurs années. Novecento, « le vingtième siècle », paraît plus juste puisqu’il n’est jamais question ici de l’année 1900. Cette foisonnante saga débute à la mort du compositeur Giuseppe Verdi, le 27 janvier 1901, et s’achève le jour de la libération de l’Italie, le 25 avril 1945.
          Pour ce qui est des pétitions, je n’en signe plus depuis longtemps leur efficacité est proportionnelle à l’effort fait pour la signer depuis son ordinateur … Sauf la récupération des données par gueugueul pour faire du pognon, sans compter change.org qui est une entreprise et pas une ONG.
          Bien amicalement

        • Laure Garralaga Lataste dit :

          @ à Robert
          Avec ce nom de famille… je pense à des racines qui se situent du côté de Bastia ou d’Ajaccio ? Et en Corse, on ne joue pas avec le sens de l’honneur… ! N’est ce pas ce qui manque sur le continent ? Et pour finir, un souvenir de Tino Rossi « Ô Corse, île d’amour… »

    • François dit :

      Bonsoir !
      œ: alt + 0156
      Œ: alt + 0140
      Une astuce? Demandez …gentiment à Google: comment écrire … !
      J’ai bien dit … gentiment ! ! !
      Cordialement.

  2. facon jf dit :

    Bonjour,
    « L’homme n’est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être au contraire qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n’est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation. L’homme est en effet tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagements, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus : qui aurait le courage, en face de tous les enseignements de la vie et de l’histoire, de s’inscrire en faux contre cet adage ? Cette tendance à l’agression, que nous pouvons déceler en nous-mêmes et dont nous supposons à bon droit l’existence chez autrui, constitue le facteur principal de perturbation dans nos rapports avec notre prochain ; c’est elle qui impose à la civilisation tant d’efforts. Par suite de cette hostilité primaire qui dresse les hommes les uns contre les autres, la société civilisée est constamment menacée de ruine. »
    Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, extrait (1929).
    Donc depuis Freud,10 ans avant la guerre, rien n’a vraiment changé !
    La crise Covid a aggravé largement la situation. Pour les parents, les enfants et les enseignants ce sont les protocoles sanitaires à géométrie variable qui induisent l’incertitude. Incertitude qui génère un stress d’incapacité à gérer la contrainte de l’enfant qui nous reste sur les bras. L’inconnu, c’est à dire ce que l’on n’arrive pas à imaginer, toucher et/ou contrôler, engendre un sentiment d’angoisse et d’anxiété, bref de peur. Et la peur a ceci de particulier qu’elle fait appel à des leviers inconscients très puissants qui vont dicter nos comportements de façon très caractéristique.
    “L’élément le plus destructeur de l’esprit humain est la peur. La peur crée l’agressivité.”
    La montée constante de l’insécurité sociale entraîne une ronde infernale insécurité => incertitude=> frustration => peur =>agressivité = > passage à l’acte.
    Arrêter ce manège est important si nous ne voulons pas voir de plus en plus de malades psychiatriques courir les rues un couteau à la main.
    Pour cela il faut sortir de l’ambiance mortifère de la peur sanitaire. La peur sanitaire cultivée consciencieusement par les spins docteurs de l’élite en place pour booster la stratégie vaccinale.
    Mais ça ce n’est qu’un rêve! Il y a beaucoup trop de milliards en jeu pour remettre en cause la machine à cash.
    bonne journée

    • Gille JEANNEAU dit :

      Tout à fait, Thierry! comme dirait l’autre
      Et c’est bien pour cela qu’on va droit dans le mur!

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à facon jf

      Q’est-ce qui différencie « l’animal humain » de l’animal ? L’animal tue pour vivre alors que l’homme tue par plaisir ! Qu’ont de commun l’animal et l’homme ? La peur ! Sentiment qui entraîne des comportements identiques (agressivité ou fuite).

  3. facon jf dit :

    Homo homini lupus est est une locution latine signifiant « l’homme est un loup pour l’homme », autrement dit « l’homme est le pire ennemi de son semblable ». L’homme est un loup pour l’homme, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très gentil pour le loup.

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