On va se faire du mouron pour notre blé

S’il est un symbole de l’indépendance alimentaire d’un pays c’est bel et bien le blé. Cette céréale aux multiples types est en effet considérée depuis des siècles, comme la denrée essentielle à l’alimentation humaine. Il fait partie avec le maïs et le riz des éléments essentiels de la nourriture quotidienne de millions d’humains. C’est en effet avec environ 700 millions de tonnes annuelles, la troisième par l’importance de la récolte mondiale et, avec le riz, la plus consommée par l’homme. Sa production deviendra dans les prochaines décennies un enjeu planétaire.

Sa culture intensive a considérablement modifié l’approche que l’on avait de ces grains qui symbolise la vie. Engrais, pesticides, manipulations génétiques ont contribué à des rendements en augmentation constante puisque l’on est passé de moins d’une tonne à l’hectare en 1900 à près de 3 tonnes un siècle plus tard. Il faut de telles performances puisque nous sommes directement ou indirectement de très gros consommateurs. En France on évalue en effet la consommation annuelle à 5,7 kg par personne. Le marché des céréales pour le seul petit déjeuner a par exemple représenté 97 435 tonnes pour un chiffre d’affaires de 543 millions d’euros en 2019. Si l’on parle beaucoup de l’impact des énergies fossiles sur l’économie mondiale on oublie souvent l’impact du blé dans la survie de la planète.

Qu’il soit « dur » ou « tendre » il est en effet régulé par pratiquement les même règles que celles des cours du Brent. Les spéculations vont d’ailleurs débuter avec les événements russo-ukrainiens puisque ces deux pays comptent parmi les dix plus grandes nations productrices et exportatrices dans le monde. Dans notre pays ce sont 4,2 millions d’hectares qui ont été cultivés en blé tendre en 2020. La récolte en 2020 s’élevait à 29,2 millions de tonnes, destinées principalement à l’alimentation animale, la fabrication de pain et l’amidonnerie.

Lors de la campagne 2020/2021, 13,7 millions de tonnes ont été exportées, soit 47 % de la production. Il faut savoir que la transformation en farines diverses pour les boulangers s’effectue dans près de 380 moulins qui utilisent et c’est là une force dans le conteste actuel  99 % de céréales cultivées sur l’hexagone. Avec 34,7 % de la production totale de farine, soit 1,3 million de tonnes, la boulangerie artisanale, reste le premier débouché de la farine en France. Après le pain, les industries utilisatrices, comme la biscuiterie, consomment plus d’un million de tonnes de farine (27,1 %).

Le réchauffement climatique rend d’autres pays totalement dépendant des importations. Et la conjonction de ce phénomène avec des pertes de production causera une forte augmentation des prix. Le réchauffement de la planète génère de plus en plus fréquemment des périodes sèches et chaudes et donc une augmentation des fluctuations des rendements de la production de blé. Sur la base d’essais au champ, on peut estimer que la quantité de blé produite dans le monde va diminuer de 6% par degré Celsius d’augmentation de la température. L’industrialisation a considérablement éteint la légende du blé permettant l’autosuffisance avec le lait des vaches, le cochon, les légumes ou la volaille ou les lapins de bien des familles.

Dans mes souvenirs heureux il y a cette tournée de la batteuse de Monsieur Lafon qui allait à Sadirac de ferme en ferme pour remplir les sacs de jute. Le tracteur vert me paraissait immense avec sa roue monumentale entraînant une longue courroie vers cette avaleuse de gerbes que des hommes alimentaient à la fourche. Le rêve des jeunes étaient d’être un jour appelés là-haut comme un signe fort d’entrée dans l’âge adulte. Le bruit lancinant du moteur, la poussière flottant dans les rayons du soleil, les ficelles de chanvre prévues pour les bottes de paille qu’il fallait transporter vers les lieux de stockage et ces sacs gonflés que l’on échangerait après négociations au boulanger contre le pain quotidien constituaient le décor d’une journée exceptionnelle.

Nous allions chercher dans l’eau du puits ces gourdes humides en peau qui circulaient de mains en mains pour rafraîchir des gosiers. Tour à tour les récoltes arrivaient par charrettes entières sans que l’installation soit déplacée. Il restait le repas magique du soir regroupant la famille, les voisins venus aider et l’entreprise de battage dans la cour sous les étoiles ou dans un hangar en cas de risque climatique. Ah ! Le blé du village qu’est-ce qu’il était beau ! Presque autant que celui d’Aubignane quand Panturle l’écrase pour se faire aimer d’Arsule grâce à ce pain qu’il lui confectionne ou celui qu’Aimable le bien nommé boulanger de Sainte Cécile confectionne pour la belle Aurélie « Pomponnette ». Même si notre dépendance au pain dans notre alimentation baisse au fil des ans une « guerre du blé » à venir n’est pas le fruit d’une imagination pessimiste. Elle manquera de poésie et d’humanité.

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13 réponses à On va se faire du mouron pour notre blé

  1. christian grené dit :

    Est-il utile que j’apporte mon grain de sel à ce sujet douloureux. Ce serait juste un grain de sable dans les commentaires qui vont suivre souvent frappés de bon sens. Je suis déjà impatient de vous lire en buvant mon… café. Merci Jean-Marie!

  2. J.J. dit :

    Je me souviens d’une réflexion d’un parent d’élève « rural » qui me disait : « la télévision et la moissonneuse batteuse ont tué la solidarité à la campagne ».

    « Moscou, les plaines d’Ukraine
    Et les Champs-Élysées
    On a tout mélangé
    Et l’on a chanté…. »
    Tiens donc, Moscou et les plaines d’Ukraine, ça ne vous dit rien ?

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à J.J.
      La cigale ayant chanté tout l’été se trouva fort dépourvue quand la bise (1) fut venue ! La Fontaine
      « la bise »… pas celle que l’on dépose sur la joue… ! Et nous voilà parvenus aux portes de l’enfer de la 3e (la tecrera) !

    • christian grené dit :

      Adieu Gilbert! Je t’envoie ces petits bécots depuis la Terre, qui tremble d’effroi.

      • Laure Garralaga Lataste dit :

        @ à Christian grené
        Alors Gilbert a déjà quitté la Terre ! Depuis la Lune ou même Mars, il aura pris assez de hauteur pour nous envoyer des conseils stratégiques… à nous, pauvres Terriens !

  3. Gilbert SOULET dit :

    Bien dit Jean-Marie
    Il ne nous reste plus qu’à terminer en ne souhaitant pas être fauché … comme le blé, compte tenu de tous ces évènements tragiques que nous découvrons depuis ce matin du 24 février.
    Amicalement,
    Gilbert de Pertuis

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Gilbert
      La majorité internationale n’est-elle pas concernée par cette maxime…
      « Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt ». À méditer !

  4. On aurait pu penser que notre histoire commune, servirait d’exemple,
    Que cela, ne pouvait se reproduire…
    On aurait pu le penser, je l’ai pensé…
    Voilà…on y est…
    Vont il laisser faire, pour raison « économique »?… si c’est le cas, ce fou, ne s’arrêtera pas à l’Ukraine, et il ira vite….. si ils n’ont pas le courage de l’arrêter, de le repousser hors des frontières de l’Ukraine….nous avons tout à craindre…

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Fabienne J
      Nous sommes au bord de la 3e et elle sera plus destructrice que les deux premières ! Les fous sont excusables car ils ne savent pas ce qu’ils font… Lui sait très bien ce qu’il fait !

  5. facon jf dit :

    bonjour,
    « Quand on est dans la merde jusqu’au cou, il ne reste plus qu’à chanter. »
    Citation de Samuel Beckett

    Paroles de la chanson écrite en 1967 Le Grand Chambardement par Guy Béart
    La terre perd la boule
    Et fait sauter ses foules
    Voici finalement
    Le grand le grand
    Voici finalement
    Le grand chambardement

    Nous finirons la guerre
    Avec des lance-pierres
    Si nous vivons demain
    Nous en viendrons aux mains

    Si nous vivons demain
    https://youtu.be/3m-AaZc6HJM

    Cette fois ci nous sommes bien dans la Merdre aurait sans doute dit le père Ubu.
    Bonne soirée

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