Le chien dans le jeu de quilles électorales

Devons nous dans les circonstances tragiques que nous traversons nous priver de l’humour et du rire ? Depuis des mois nous allons de Charybde en Scylla en matière de divertissement et ce ne sont pas les événements actuels qui changeront ce climat d’une morosité croissante. Alors la moindre lueur de joie possible se doit d’être acceptée avec l’appétit d’un naufragé devant une côte de bœuf de Bazas. Ainsi le « conte de faits » de la primaire « républicaine » est tellement extraordinaire qu’il constitue une vrai libération des zygomatiques. Un sketch que n’importe quel humoriste n’aurait pas osé imaginer !

Tout le monde sait que par les temps qui courent être militant est un boulot de chien. Il faut à la fois être dévoué, convaincu, obstiné et doté des crocs permettant de saisir au mollet l’adversaire. Chien fidèle à son maître à penser ou chien de garde rapprochée, l’adhérent qui s’engage dans un parti n’a comme os à ronger, que l’ambition de son favori. En général il se met à l’arrêt devant toute opportunité de favoriser la chasse aux voix en sa faveur. De plus en plus souvent il (elle) a l’habitude d’obéir à des consignes très précises qui lui sont communiqués par des chefs de meute plus ou moins intéressés par le résultat de l’opération locale ou nationale.

Il paraît qu’un éleveur de haute volée règnant sur les Alpes-Maritimes a dans son entourage un collaborateur qui aime faire des niches. Avec des copains autour d’un porto au restaurant du Palais Bourbon il a eu envie de vérifier si son cleps nommé « Clovis » avait le droit de participer à un vote primaire. La blague avait du chien surtout que l’inscription sur la liste électorale fut enregistrée sous le nom avantageux de « Douglas de Chemelière » offrant un pedigree à cet électeur classable dans les toutous chics. Pas inconnu d’ailleurs le « Roi des Francs » à quatre pattes, puisqu’il possédait déjà un compte tweeter sur lequel il étalait ses facéties ou son flegme de cabot de luxe.

Sachant qu’il fallait des aboyeurs patentés pour soutenir son candidat favori, le propriétaire de Douglas s’acquitta des 30 euros réglementaires pour rendre son entrée en politique crédible. La technologie moderne n’ayant pas d’autre objectif que d’engranger des votants et plus encore la cotisation ad-hoc ne fut guère regardante. Le canidé ambitieux serait en plus un shiba d’origine japonaise. Selon les spécialistes cet immigré est en général vif et très intelligent. Petit, mais bien proportionné, il est même doté d’une forte personnalité. Malgré son caractère indépendant, il est très fidèle et protecteur.  Il n’est pas le plus câlin des chiens, mais possède de nombreuses qualités qui raviront petits et grands. Il est sincère et fidèle dans son approche comme dans sa démarche. Sa santé et son entretien sont des atouts car ils ne demandent pas beaucoup de temps.

En fait il aurait eu la sagesse de ne pas soutenir un candidat dont les canines rayent le parquet de la vie publique. Et Clovis qui figurait pourtant parmi les votants potentiels, se serait abstenu de mettre un vote dans le vase électoral qui n’était pas de Soissons mais de Nice. Impossible de l’acheter même avec un plat de croquettes alors que bien des toutous vieillissants à la robe rose fanée vont en masse à la soupe.

Désormais son maître et le patron de ce dernier se regardent en chiens de faïence. La plaisanterie n’a pas forcément provoquer l’hilarité générale au sein de LR sauf sur les réseaux sociaux où Douglas est devenu une vedette inattendue. La candidate en titre a décidé d’adopter le principe de l’indifférence en clamant haut et fort que si le chien aboie la caravane (électoral) doit continuer à passer. L’affaire a donc été étouffée par quelques aboiements de justiciers patentés et une plainte contre Libération qui a révélé d’autres entourloupes beaucoup moins originales. Les pratiques de listes fantaisistes de votants ne sont pas loin s’en faut, l’apanage du parti LR. La « résurrection » se pratique par exemple dans bien d’autres circonstances et les inscriptions de circonstances appartiennent aux règles ordinaires. 

Célèbre Clovis allias Douglas de Chemelière, aura au moins la certitude de ne pas finir anonymement à la rubrique des chiens écrasés puisqu’il appartient maintenant à la caste des personnages célèbres. Ce Rintintin de la politique a en effet l’avantage de nous avoir offert un moment comique quand tout va mal autour de nous. Dans le fond grâce à son rôle involontaire de supporter il a permis d’ouvrir une fenêtre sur la réalité de la vie politique actuelle marquée par l’éloignement total de l’analyse et de la lucidité. 

Jamais campagne électorale n’aura été aussi moche et esquivée. Il ne faudrait pas que le terrible malheur des Ukrainiens basé sur la fameux principe voulant que qui veut tuer son chien l’accuse de la rage, fasse le bonheur électoral des autres. Douglas m’aura fait sourire jaune.

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13 réponses à Le chien dans le jeu de quilles électorales

  1. J.J. dit :

    « Les pratiques de listes fantaisistes de votants ne sont pas loin s’en faut, l’apanage du parti LR. La « résurrection » se pratique par exemple dans bien d’autres circonstances…. »
    Une histoire certes qui a du chien !
    C’est quand même une spécialité dans laquelle les soi disant Républicains se sont brillamment illustrés, avec les célèbres duettistes Tibéri, qui à l’époque défrayèrent la chronique, avant d’être détrônés par les non moins célèbres anciens occupants de la mairie de Levallois Perret, prise Dassault.
    Allez, à votre Santé (dans les 14éme) !

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    Alors que depuis hier nous venons d’entrer dans « les 50e Hurlants », — les chiens aboient et la caravane passe — drôle de monde !

  3. Gilles Jeanneau dit :

    Ah que j’eusse préféré que tu écrivasses une hymne aux bazadaises!
    Ah les vaches…

  4. facon jf dit :

    Bonjour,
    voila une histoire qui a du chien. Ce qualificatif ne s’adresse pas à madame Pécresse
    « Avoir du chien » signifie Être attirante (pour une femme).Origine: pour qu’une femme ait « du chien », il ne suffit pas qu’elle soit belle ; il lui faut ce petit « truc en plus », ce charme indescriptible qui la rend totalement irrésistible aux yeux des autres. Le mot « chien » ici est synonyme de « coquin », et ne s’emploie pas au sens littéral. Qualifier la dame Pécresse, fervente soutien de la « manif pour tous », de coquine, le païen que je suis dirait dieu nous en préserve!
    Renouant avec une vieille tradition de sa famille politique, la candidate à la présidence de la république des abstentionnistes aurait fait voter des animaux (dont le chien Douglas), des militants décédés et même des clandestins chinois. Les familles Médecin de Nice, Tibéri de Paris, Balkany de Levallois applaudissent joyeusement au retour de leurs pratiques. Une méthode plagiée aussi par les mairies communistes d’antan dans les banlieues rouges. Dommage, la covid a empêché le recours aux ehpad!
    Triste constat de cette prétendue démocratie où le peuple n’est que très partiellement représenté à l’assemblée nationale avec un système qui élimine les gueux qui gênent la société libérale. Un système où des candidats plébiscités par les sondages peinent à se faire parrainer pour l’élection présidentielle, alors que d’autres sont comblés par les « grands électeurs » alors qu’ils (ou elles) ne représentent pas grand-monde.
    Le nombre d’adhérents et de militants chez les ripoublicains est si faible que pour se faire adouber il faille recourir à ces tripatouillages. Et voila enfin désignée la dame patronnesse dont le patriotisme consiste à remettre en cause les lois sociales, le code du travail, l’impôt par répartition, afin de revenir à la France de 1850, celle du capitalisme intégral.
    Notre démocratie est bien malade, quand le niveau de sottise et de magouilles tombent au niveau du caniveau où Douglas fait ses besoins.
    Vivement un système où des êtres humains œuvreront pour l’humanité, et non pour donner des places de petits ducs à quelques arrivistes…
    Ont peut rêver !
    bonne journée

  5. DGN dit :

    Rire et pleurer à la fois ?

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à DGN
      C’est tellement difficile que je me demande si j’en suis capable…
      Surtout avec l’Ukraine qui nous colle à la peau… !

  6. christian grené dit :

    Comme on disait en 68: « Faites l’humour, pas la guerre! »

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