Demain : le chantier de reconstruction démocratique restera ouvert

Les crises successives, le fonctionnement défaillant de notre démocratie, l’éloignement croissant entre la population et ses « représentants », l’absence de dialogue entre les pouvoirs, l’écart constant entre les prises de positions politiques et leur mise en œuvre, le sentiment que les situations réelles du quotidien sont éludées, l’absence de pratiques citoyennes concrères, ont conduit à une véritable panne du système électoral. Les prévisions de l’abstention pour l’échéance présidentielle ont de quoi affoler sur ce que sera demain pour la fameuses démocratie représentative. Au premier tour les abstentionnistes deviendront le premier parti de France.

Pas une soirée électorale sans que sur les plateaux les participants lâchent des larmes de crocodiles sur ce phénomène qui se renforce sans cesse. Pour les vainqueurs peu importe le niveau du flacon de la participation pourvu qu’ils aient l’ivresse de la victoire. L’excuse d’une déroute (« on n’a pas mobilisé notre électorat ») passe pour les autres par ce renoncement réputé « populaire » à se rendre aux urnes. En fait personne n’affichera les scores obtenus sur le nombre d’inscrits ce qui donnerait une toute autre idée de la réalité du scrutin. Lors des dernières municipales certaines listes dans de grandes villes ont à peine dépassé les… 15 % sans que personne ne réagisse.

Il est certain que les législatives prochaines risquent de mobiliser encore moins que l’élection conférant au Président l’onction d’un suffrage se déclarant universel. Or c’est l’échéance sur laquelle se joueront les cinq premières années. En effet si le tenant de l’Élysée n’a pas de majorité absolue à l’assemblée les réformes annoncées non voulues par une large « minorité » représentant la « majorité » d’opposition, ne passeront pas ou seront amendées. Bien évidemment pour des calculs financiers de survie politique (le nombre de voix cumulé donne les moyens pour la législature aux partis) tout le monde ira aux urnes en ordre parcellisé. Même pas la peine de rappeler qu’il faut diviser pour régner puisque c’est devenu naturel et spontané.

Pour demain une déclaration du Président-candidat semble être passée inaperçue. « Je suis plutôt favorable à une réforme constitutionnelle qui consacre le rôle de l’exécutif, qui renforce le Parlement et qui représente mieux », a expliqué le candidat. »Je suis plutôt favorable à la proportionnelle »a-t-il ajouté. Précisant même : »à titre personnel, je ne suis pas pour la doser, mais pour la vraie proportionnelle. » Il s’est empressé de qu’il s’agissait d’une position »personnelle » et qu’elle ne figurerait pas dans ses engagements de campagne en vue de l’élection présidentielle. « Ce n’est pas à un seul homme de décider sur un tel sujet », a-t-il expliqué.  « Je propose qu’une commission transpartisane fasse des propositions. » Ce serait un acte de prudence (comme Mitterrand l’avait fait) pour l’avenir. Il suffira de trouver un consensus hétéroclite d’intérêt pour que la menace de la dissolution soit ensuite brandie au cas où il n’y aurait pas de majorité nette.

Cette décision scellerait la disparition des partis traditionnels qui exploseraient en raison de la concurrence pour les postes éligibles. La VI° République n’est donc pas pour demain. Ce sera probablement une V° remaquillée et adaptée aux circonstances qui surgira et qui ne résoudra en rien les difficultés actuelles. Comme dans bien d’autres domaines, le fonctionnement démocratique n’en sortira pas renforcé. Il n’est pas certain que l’abstention diminue et que la fameuse participation que tout le monde souhaite soit vraiment au rendez-vous. En fait le seul changement possible reste au niveau local. Les tentatives de « partage du pouvoir » ont été fortement contrariées par la récente crise sanitaire. Elles risquent de ne jamais émerger totalement car la défiance renforcée par la méfiance ne cessera d’effectuer des ravages.

La reconstruction du monde politique est encore à entamer. La République qui devait être en marche n’a pas réussi à imposer la moindre idée neuve. Les autres partis avancent à reculons alors qu’ils devraient effectuer une révolution culturelle. On peut craindre que la prise de conscience de la nouveauté de certaines idées réputées insoumises soit trop tardive. Le populisme atteindra encore une fois un tiers des suffrages exprimés sans pour autant proposer autre chose que la France aux Français. Les événements qui mettent le feu à la planète démontrent que les démocraties sont d’une extrême fragilité. Aucun pays au cours de la dernière décennie n’a pas été ébranlé dans ce domaine. On a oublié l’attaque du Capitole, la montée des dictatures visibles ou invisibles sous le couvert du masque de la pandémie, les nationalismes exacerbés. Dans les prochains mois…  la démocratie va balbutier et devra se reconstruire. Avec qui ? 

Ce contenu a été publié dans ACTUALITE, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

9 réponses à Demain : le chantier de reconstruction démocratique restera ouvert

  1. J.J. dit :

    Je l’ai déjà dit, et je le reredit (comme jacques Brel) « ils ont gagné », les braves gens qui n’ont pas osé imposer le suffrage censitaire, mais ils y sont arrivés(élections piège à cons). Et l’on arrive à élire un président avec 15% du corps électoral !
    Qui va aller voter « utilement » , quitte à mettre un bulletin blanc dans l’urne, à part quelques vieux barbons comme moi et quelques autres ?
    C’est comme la disparition des Écoles Normales et autres institutions qui formaient une nation diverse dans ses domaines d’action mais solidaire dans son esprit : la cautèle a réussi la où la violence avait échoué.
    Pour changer de sujet, une nouvelle de Guy de Maupassant, Pierrot », à lire en pensant au peuple Afghan et là la vieille baderne qui l’a abandonné.
    https://www.counterpunch.org/2022/03/18/starving-a-people-committing-a-genocide-bidens-sanctions-on-afghanistan/

    http://maupassant.free.fr/contes3.htm

  2. Gilles dit :

    Je suis aussi dubitatif que toi sur ce point, Jean-Marie!!!
    Bonne journée à toutes et tous

  3. Philippe Labansat dit :

    Actuellement, beaucoup de politiques s’accomodent d’institutions qu’ils savent totalement moisies, d’une vie démocratique qu’ils savent inexistante, pensant pouvoir en tirer parti.
    Je ne cache pas que je considère comme une urgence absolue, la mise à la poubelle de notre cinquième République, ainsi que l’appel au peuple pour élaborer une, (sa), constitution, enfin démocratique.
    En cela, la démarche chilienne est peut-être une piste à suivre, malgré les difficultés.
    La difficulté majeure de notre pays est son accoutumance maladive au bonapartisme, dans toutes les strates de la société, et c’est pourquoi j’ai tendance à penser que l’assèchement du système, par l’abstention, pourrait bizarrement contribuer à aider ce saut vers les nouvelles institutions et les nouvelles pratiques démocratiques dont notre pays a furieusement besoin…

  4. facon jf dit :

    Bonjour,
    pas de soucis, la Vème République est morte depuis bien longtemps elle ne sert qu’a déguiser les multiples dévoiements des textes fondateurs de nos Républiques. Ainsi les principes fondamentaux de la constitution ont servi de paillasson lors de la pandémie. Les libertés ou libertés publiques, historiquement les tout premiers droits fondamentaux, ont pour but de garantir une certaine sphère d’autonomie aux particuliers, en imposant à l’État de s’abstenir de toute interférence dans leur vie. Elles limitent, et ainsi protègent, l’exercice de la puissance publique. En voici quelques éléments qui ont été malmenés par l’ État: la dignité humaine broyée dans les Ehpad, la liberté personnelle ignorée par les autorités de santé, la protection de la sphère privée oubliée au profit des QR codes, la liberté de religion ignorée en limitant les offices religieux et la présence des proches aux enterrements, la liberté de communication limitée au titre de la communication officielle, la liberté de circulation entravée par les mesures de confinement et de couvre-feu, la liberté de la science et de l’art suspendue en fermant musées et lieux de culture, le droit au mariage et à la famille différées par suppression des mariages et des regroupements familiaux, la garantie de la propriété et la liberté économique limitées et empêchées par les fermetures administratives, la liberté d’association et syndicale interdite de réunions.
    Et que dit le garant des libertés constitutionnelles RIEN ou si peu ! Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, était ce jeudi 27 janvier 2022 l’invité de Face aux territoires sur TV5 monde,il déclare « Il (le passe vaccinal) porte atteinte aux libertés. Mais en raison du contexte, le gouvernement n’a pas commis d’erreur manifeste. Nous demandons simplement que ce passe ait une durée limitée ».
    Et voila! les garants de la constitutions considèrent que les libertés constitutionnelles peuvent être mise entre parenthèses quand le « contexte » l’exige sous réserve que ce soit pour une durée limitée. Durée limitée par quoi, par qui ? Mystère !
    Qu’avons nous fait pour exiger le respect de la constitution RIEN, pétrifiés par les communications apocalyptiques nous avons TOUS accepté les contraintes  » provisoirement » en attendant que ON veuille bien nous les rendre plus ou moins conditionnellement. Quitte à en faire de nouveau le deuil si le  » contexte » l’exige.
    Pourquoi faire une nouvelle constitution si NOUS ne la défendons pas! Est-on libre et citoyen de plein droit ou un petit peu libre et obligé servile d’une constitution ranimée pour les grandes occasions?
    Une grande étude ( très chère) menée par plusieurs cabinets étrangers de consultants, exonérés d’impôts, devrait donner la bonne réponse.
    Bonne journée

    • Bernie dit :

      @ façon jf.
      Je regardais Zelensky face aux parlementaires. Il faut que Renault, Leroy Merlin, Auchan partent de Russie. Ce sont des enseignes employeurs. J’ai du mal comprendre….

  5. facon jf dit :

    Énergie, énergie le problème d’aujourd’hui et de demain
    https://youtu.be/ak8Hn3d8DcQ

  6. LAVIGNE Maria dit :

    Rien à attendre de Jupiter ! N’a t’il pas affirmé : je m’en moque royalement, présidentiellement, d’ailleurs, il y a peu il avait aussi dit qu’il avait envie d’emmerder les Français.
    Cet imposteur arrogant, avec l’aide de la finance et de Mc.K fait ce qu’il veut…jusqu’à quand ?

  7. Laure Garralaga Lataste dit :

    « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt… » Ce proverbe chinois n’est-il pas d’une fulgurante clarté ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.