La situation est beaucoup plus complexe que prévue

L’élection présidentielle se regarde désormais dans le rétroviseur où se reflète l’Histoire. La cérémonie d’investiture du vainqueur a eu lieu avec le sentiment que tout était conçu pour éviter de provoquer ou de laisser accroire à une victoire éclatante. Logique dans le contexte actuel. Les incertitudes n’ont jamais été aussi grandes et elles planent sur notre quotidien. Le calme plat avant probablement la tempête, s’installe comme si les décisions à venir étaient lourdes à prendre. L’Europe est sur le fil du rasoir et à la merci d’une décision prise à Washington qui enclencherait un processus pouvant être irréversible. Or le gouvernement a disparu comme si la confection des valises et le remplissage des caisses constituaient les priorités essentielles en cette période complexe.

La tendance est pour le moment à rester pour expédier les affaires dites courantes à Paris et le reste du temps pour se consacrer à l’échéance électorale prochaine en province. Olivier Véran (Isère) ; Marc Fesneau (Loir-et-Cher) ; Brigitte Bourguignon (Pas-de-Calais) ; Olivia Grégoire (Paris) ; Franck Riester (Seine-et-Marne) ; Nadia Haï (Yvelines) ; Geneviève Darrieussecq (Landes) ; Sarah El Haïry (Loire-Atlantique) ; Bérangère Abba (Haute-Marne) ; et Joël Giraud (Hautes-Alpes) rejoignent en effet Olivier Dussopt (Ardèche) ; Jean-Michel Blanquer (Loiret) ; Brigitte Klinkert (Haut-Rhin) ; Gérald Darmanin (Nord) ; Laurent Pietraszewski (Nord) ; Clément Beaune (Paris) ; Amélie de Montchalin (Essonne) ; Gabriel Attal (Hauts-de-Seine) ; Emmanuelle Wargon (Val-de-Marne) ; Élisabeth Borne (Calvados). La moitié du gouvernement va donc cumuler une place rémunérée et dotée de quelques avantages dans l’exécutif avec les obligations d’une campagne électorale. Le Président sortant et revenu a fait des émules avec sa tactique du « en même temps ».

Cette stratégie implique que le Premier des Ministres reste en place encore quelques semaines et qu’il n’y ait de mouvements qu’après les législatives fin juin. D’abord parce qu’il serait bien maladroit de se priver d’un titre avantageux lors du scrutin à venir. Il serait ensuite du plus mauvais effet de savoir que des membres du gouvernement ayant perdu leur poste sont susceptibles de ne pas se retrouver dans leur rôle national dans lequel ils ont bien évidemment tous excellé. Le plus concerné semble encore être le « Sinistre de l’Éducation » expédié pour la première fois en campagne pour se trouver un éventuel job de remplacement au cas où… Enfin toutes et tous restent sous pression car le maître du temps n’a absolument pas dévoilé ses intentions sur « l’avenir du personnel » qu’il aavait recruté. Il attend cyniquement le résultat de leur confrontation avec l’électorat pour connaître leur impact réel.

Le contexte a aussi évolué. Selon une simulation effectuée pour France Infos en se basant sur les résultats de la présidentielle, l’union des gauches permettrait à ses candidats de se qualifier dans plus de quatre circonscriptions sur cinq, quand le RN, lui, ne serait au second tour des législatives que dans 296 d’entre elles. Selon cette modélisation, LR pourrait finalement disparaître de l’Assemblée qui serait composée de trois blocs ! Bien évidemment la marge d’erreur (1) de ce type d’étude ne permet pas de mesurer avec certitude des résultats qui ne tenant pas compte d’élémnts comme la prime au sortant, de la notoriété locale et des choix nationaux non reproductibles  effectués au premier tour des présidentielles.

Il est certain que les services du Ministère de l’Intérieur doivent faire mouliner les ordinateurs pour tenter d’affiner ces analyses. Selon celles citées plus haut il y aurait en effet 8 élus NUPES au premier tour, 104 duels entre le parti gouvernemental et le RN ; 271 duels entre Renaissance et NUPES ; 121 oppositions directes entre NUPES et le RN ; 71 triangulaires… Le problème de la digue contre le RN va donc se poser pour l’ex-LREM et la NUPES dans plus de 200 territoires électifs. Rappelons que ce ne sont que des projections mathématiques qui ne donnent pas un nombre de parlementaires mais qui préfigurent les tendances du premier tour. N’empêche que ce ne sera pas une sinécure pour le pouvoir en place.

Se qualifient en effet au second tour les candidats qui ont pu réunir plus de 12,5% des inscrits, c’est-à-dire du nombre de personnes présentes sur les listes électorales. Plus l’abstention est forte, plus il faut atteindre un score important de suffrages exprimés pour espérer se qualifier. Il y aura très peu de situations de ce type.  Dans le cas où aucun candidat ne réunit les conditions, les deux candidats arrivés en tête sont qualifiés, quel que soit leur score. Ce contexte particulier n’incite donc absolument pas l’adepte du changement dans la continuité à se marquer par un choix qui aurait des conséquences lourdes sur des parties de l’électorat lui ayant adopté. Pas d’appui possible sur LR et pas le temps d’espérer la constitution d’une force d’appoint issue de la contestation interne au PS sauf à accepter des ralliements de principe sans impact réel sur le terrain. Il est donc urgent de patienter avant de décider du coté de l’Elysée et d rster dans le flou ! 

(1) Sources du fond de carte : ToxicodeSciences Po • Cette carte est une estimation basée sur les données du ministère de l’Intérieur pour le premier tour de l’élection présidentielle 2022 et le premier tour des élections législatives de 2017.

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10 réponses à La situation est beaucoup plus complexe que prévue

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    Qui a dit : « … et quand c’est flou, il y a un loup » ?
    J’attends donc la fin…

  2. Gilles dit :

    Et si je comprends bien, c’est comme pour beaucoup de sujets, « il est urgent d’attendre »…

    Allez, sans rancune va, et très bonne journée ensoleillée à toutes et tous.

  3. Bernie dit :

    Il est vrai que la France est un minuscule pays face à la Russie.
    La Russie est le plus vaste pays du monde.

  4. Bernie dit :

    La Russie de Lénine a mis tout le pays dans une dictature hyper dure. Quel idée de vouloir un régime totalitaire. Ah ces bolcheviks!
    Pourquoi ont-ils fait une révolution ? Pourquoi ?
    Juste pour prendre le pouvoir ?.

  5. Bernie dit :

    Il me semblerait opportun d’intégrer l’Ukraine, la Russie et tous les autres pays de l’Est avec la Chine dans un grand territoire qui ne serait pas .
    L’Europe, peut-être l’Eurasie ?

  6. Christian Baqué dit :

    Je viens de lire ta chronique. Faut-il lire que l’inquiétude gagne les sommets de l’État ? C’est sûr.
    Si une majorité à l’Assemblée nationale aboutissait à Jean-Luc Mélenchon 1er ministre, s’agirait-il d’une cohabitation comme du temps de Chirac ou Jospin ? Certainement pas. Parce qu’elle conforterait cette massive volonté de rupture, celle des 22% aux présidentielles. Elle transformerait la crise larvée de la Ve République en crise ouverte, avec la possibilité de l’irruption des masses populaires, des travailleurs, ce qui les terrorise tous. Pour le coup, l’idée même de VIe République pourrait bien prendre des allures de mobilisation pour une Assemblée constituante souveraine balayant la Ve République.
    Et si on se trouvait dans le cas d’une Assemblée nationale sans majorité pour l’Union populaire, mais avec une représentation considérablement renforcée?
    Le journal patronal Les Échos répond à la question: « Mélenchon continue de faire peur… Et même s’il échoue, il pourrait devenir la première opposition à l’Assemblée. Premier groupe d’opposition et radicale, cette terre est inconnue. » On ne saurait mieux dire.
    Décidément, les 22 % de Mélenchon aux présidentielles imprègnent tout, d’où la cuisine macroniste avec les vieux éléphants ex PS, et les débris de LR, pour garder une majorité…

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