Les révélateurs d’une société en perdition

Il y aurait eu 900 actes usant d’une arme à feu en dix ans dans les établissements scolaires de tous niveaux. Le vingtième de cette année dans une école et la 212 eme tous lieux confondus, constitue l’un des pires exemples de ce que la folie de l’utilisation incontrôlée des armes peut provoquer dans un pays prétendant s’ériger en « gendarme » du monde. Les massacres racistes, de vengeance personnelle, de folie, reposant sur la religion ou des arrières-pensées politiques se multiplient provoquant des réactions déchirantes ou indifférentes. L’émotion légitime disparaît chaque fois en quelques jours et on attend toujours une autre tuerie pour laisser couler les larmes de crocodile.

Les 19 enfants abattus, majoritairement d’origine hispanique, auront droit à des montagnes de fleurs, à des flots de bonnes paroles, à des tonnes de déclarations attristées et à des monceaux d’utilisation détournée des valeurs démocratiques. Il n’y aura en effet jamais de loi restrictive sur les ventes libres d’armes aux Etats-Unis puisque le pays vit dans un climat de haine et de peur impossible à éradiquer par un texte officiel. Si la France dans l’état actuel de son opinion dominante ouvrait la possibilité d’accéder librement aux moyens létaux de défense le phénomène dénoncé aux USA serait le même. Les racines du mal sont en effet les mêmes mais avec un effet de masse différent.

En fait les parcours des auteurs de ces éruptions de violence ont bien des points communs dont les racines sont dans un mode de vie qui inspire notre propre société. Des criminels repliés sur eux-mêmes, sans aucun lien social et fasciné par l’usage des armes à feu comme moyen d’exprimer une forme puissance que leur quotidien ne leur permet pas d’obtenir. Tous, selon les portraits qui en ont été dressés, se trouvent en rupture familiale et sont ou ont été en situation d’échec. Ils nourrissent par ailleurs une aversion profonde contre un système scolaire dans lequel ils n’ont connu aucune réussite. Elle se traduit par des actes d’une violence extrême vis à vis des institutions éducatives. En sommes nous très éloignés ?

L’enfermement psychologique, sociétal, culturel avec comme seule ouverture les réseaux sociaux et comme activité permanente les jeux vidéo (Fortnite ou Call of Duty), entre dans le profil de ceux que l’on ne qualifie pas de « terroristes » alors qu’ils tuent sans aucune retenue en tirant délibérément sur des êtres humains se trouvant sur leur chemin ou sur des lieux symboliques de leur démence. Ces éléments de personnalité rapprochent les trois auteurs des plus « grands » massacres scolaires, comme ceux de Parkland, en Floride, en 2018 (17 morts), de Columbine, dans le Colorado, en 1999 (13 morts) et maintenant d’Uvalde au Texas (21 morts). La société américaine a exporté massivement ces supports considérés comme des facteurs de progrès en expliquant via leurs lobbies qu’ils sont sans danger et sans conséquences sur le comportement de ceux qui les utilisent. En sommes-nous éloignés ?

Il s’avère ensuite difficile de ne pas prendre en considération dans ces parcours de tueurs dont il serait trop facile de prétendre qu’ils étaient fous, la fascination pour les armes à feu. Au Texas, dans le Colorado ou en Floride la permissivité en matière d’achat au nom de la notion de la « liberté d’assurer sa sécurité » que la puissance publique ne peut plus garantir atteint des sommets. Avoir un fusil d’assaut constitue une preuve d’entrée dans l’âge adulte ou reflète la puissance dont on doit témoigner dans un quotidien angoissant. Les statistiques sont effrayantes. Ainsi au total, 111 personnes par jour en moyenne meurent donc par arme à feu dans le pays. L’État du Texas, où la vente d’armes personnelles est très peu encadrée, enregistre une moyenne de 3.647 décès annuels par arme à feu.

Depuis le début de l’année 2022, au moins 17.199 personnes ont été tuées ou se sont tuées par arme à feu. Parmi les victimes, 7.629 ont été tuées lors d’un homicide, volontaire ou involontaire, et 9.570 sont décédées par suicide. L’année 2021 avait enregistré 45.010 morts, dont 20.920 homicides, un record depuis 2017 et ses 58.114 morts. En outre, 14.247 personnes ont subi une blessure par arme à feu depuis près de six mois aux USA.

Le phénomène s’amplifie puisque le lobby des défenseurs des armes aux USA n’a rien trouvé de mieux que de développer la théorie voulant que pour empêcher les tueries de masse il est indispensable de développer… la vente des armes pour assurer la défense. Le professeur tuée à Uvalde a tenté de protéger ses élèves de CM1 en les prenant dans ses bras. Elle n’avait pas de revolver ou de fusil d’assaut dans le tiroir d son burau et même si elle en avait eu un son destin n’aurait pas changé. C’est elle dont on ne parelera pas ! 

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3 réponses à Les révélateurs d’une société en perdition

  1. christian grené dit :

    J’aurais parié, cher Jean-Marie, que tu aborderais le sujet aujourd’hui. Rappelle-toi notre service sous les drapeaux au 31e RG.. On nous disait de mettre l’arme au pied. Et là, j’ai l’arme aux yeux. Je ne dis pas à l’oeil parce que ce n’est pas gratuit.

  2. J.J. dit :

    « En fait les parcours des auteurs de ces éruptions de violence ont bien des points communs dont les racines sont dans un mode de vie qui inspire notre propre société. Des criminels repliés sur eux-mêmes, sans aucun lien social et fasciné par l’usage des armes à feu comme moyen d’exprimer une forme puissance que leur quotidien ne leur permet pas d’obtenir. Tous, selon les portraits qui en ont été dressés, se trouvent en rupture familiale et sont ou ont été en situation d’échec. Ils nourrissent par ailleurs une aversion profonde contre un système scolaire dans lequel ils n’ont connu aucune réussite. Elle se traduit par des actes d’une violence extrême vis à vis des institutions éducatives. »

    C’est le profil exact du personnage, traité avec désinvolture par les autorités, chauffé à blanc de surcroît par un jeune imbécile qui le prenait régulièrement à partie, qui le 4 octobre 1972 a ouvert le feu avec sa Winchester 44. sur les clients et le personnel des Nouvelles Galeries à Angoulême.
    Bilan 5 morts et 5 blessés graves dont certains n’ont pas survécu.
    Je passais devant le magasin à ce moment là, ce n’est pas le genre de chose que l’on oublie facilement(disons même jamais).
    C’est pratiquement depuis cette époque que l’achat et la possession d’armes est sévèrement réglementé.

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Pareille violence nous laisse sans voix !

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