Deux mondes du ballon que tout oppose de plus en plus

Assister à une rencontre sportive de haut niveau doit être une fête, un moment collectif partagé, une occasion de laisser libre cours à sa passion. Quand on a eu le privilège de vivre ces matchs durant lesquels on emmagasine des émotions contrastées on en garde des souvenirs impérissables quel qu’en soit le résultat. Tous les vrais amateurs du spectacle que donnent les acteurs professionnels savent que l’ambiance compte autant que le contenu de leurs prestations. Malheureusement cet état d’esprit s’estompe selon le principe que l’enjeu devient supérieur à la notion de jeu. Les finales européennes de samedi ont rappelé que l’environnement compte autant que ce qu’il se passe dans le stade.

Tant à Marseille qu’à Saint-Denis tout semblait réuni pour que le plaisir soit au rendez-vous. Des supporters nombreux, enthousiastes, motivés, joyeux et colorés installés dans ce que la France a de mieux comme enceinte sportive apportaient les fondements d’une soirée réussie. Tant ceux du rugby que ceux du football n’avaient pas mauvaise réputation. Les rares Irlandais du Leinster ou les cohortes bon enfant des fils et filles de La Rochelle ne traînaient pas des antécédents violents ou sulfureux. Ce fut un vrai régal, un exemple de ce que ce type de rencontre doit apporter à la vie sociale.

Un combat haletant, tonitruant, intense ayant du sens comme le rugby actuel en réserve de plus en plus souvent. Ferveur populaire dans les tribunes et farouche volonté de se surpasser sur le terrain constituèrent le mélange idéal pour que faire entrer cette confrontation dans les meilleurs moments européens. Rien de bien différent au Stade de France. Tant du coté madrilène que chez les « Reds » la débauche d’énergie sur la pelouse fut indiscutable et le public fut à la hauteur. Enfin celui qui avait pu s’installer dans les travées car dehors il en fut tout autrement.

Autant à Marseille la joie de vivre régna toute la journée, autant autour du stade symbolisant la qualité de l’organisation de grands événements à la française ce fut pour bien des fans le peur de ne pas survivre. Des scènes sans aucun rapport avec les valeurs du sport sortent peu à peu des téléphones où elles ont été stockées. Les médias européens ont semble-t-il une autre vision de la qualité de l’accueil que celle des « autorités organisatrices » et la polémique risque d’enfler. En fait on a cumulé dans un étrange mélange tous les ingrédients d’un ratage monumental qui mettra des années à s’estomper.

Bien entendu comme le veut une tradition ce n’est absolument pas de la faute du seul qui devrait assumer le désastre en terme d’image et de réputation. Normal car le comportement des forces ayant mis le désordre n’a rien eu d’exceptionnel : leur stratégie s’applique de la même manière en toutes circonstances et avec le même résultat. Les coupables ne sont autres que ces « milliers de supporters » venus avec de faux billets. Sauf que ceux qui ont été bloqués aux entrées étaient loin d’être « des milliers » et bon nombre d’entre eux étaient munis d’uns sésame électronique en règle. Comment n’a-t-on pas décelé que des filières de vente parallèles ? Une vérification en amont pouvait elle être mise en place ?

Le football est bel et bien gangrené par le fric à tous les étages… Rien en peut en arrêter la dérive. Il faudra toujours plus de vigiles, de policiers, de caméras, de parcs à excités ou d’augmentation du prix des places pour que survive un sport qui n’a plus rien chez nous de « populaire ». Les « autorités » vont se réunir pour examiner ce qui aurait dû être fait… et le sinistre fonctionnaire bien connu pour son sens de la nuance, paradera en grand uniforme bardé de décorations pour expliquer que ce n’est surtout pas de sa faute mais celle de ces enfants, ces familles, ces ados, ces adultes plus ou moins âgés venus à Paris pour participer à une fête du foot ayant viré au cauchemar ! Il donnera les score : 105 arrestations, 85 blessés chez les « visiteurs » contre 4 sans gravité chez les intervenants gazeurs ! Comme le ridicule ne tue plus le préposé aux basses œuvres a pu déclarer avec une satisfaction sidérante : « il n’y a pas eu de morts ! » Beau résultat. 

A Saint-Étienne hier soir, ce fut pire que tout. Envahissement du terrain, saccage des installations, menaces physiques envers les joueurs, foule vindicative refusant le verdict d’un match perdu. On va nous clamer que c’est la faute aux 30 000 Anglais sans billets ou aux stadiers incompétents.  Des scènes terrifiantes car annonciatrices des pires excès à venir en d’autres lieux et avec d’autres motifs. Impossible de rejeter la responsabilité de ce nouveau fiasco sur la billetterie ou sur les organisateurs. Toute la saison ou presque il en a été ainsi. Pendant ce temps à La Rochelle la foule célébrait son équipe dans une exubérance réconfortante.

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9 réponses à Deux mondes du ballon que tout oppose de plus en plus

  1. J.J. dit :

    Comme aurait dit mon arrière grand mère qui avait un sens de la grammaire assez particulier : « Le monde sont fous ! »

  2. Gilles dit :

    Oui, oui Jean-Marie
    Ce qui est hallucinant, c’est que tout dérive et que ce qu’il est convenu d’appeler les pouvoirs publics semblent aveugles et sourds.
    Ou bien ce sont des autruches…
    Quoi qu’il en soit, comme je l’ai déjà écrit ici, mensonge et barbarie semblent croître et embellir.
    Ce qui n’est en rien réjouissant pour les générations futures.
    Bonne journée quand même à toutes et tous.

  3. christian grené dit :

    Et dans tout ça, cher Jean-Marie, est passée inaperçue la victoire d’un garçon qui nous est cher. Je veux parler de Jean-Marc Furlan. Ce natif de Saint-Antoine-du-Breuilh eût bien mérité un petit coup de projecteur pour toutes les qualités humaines qu’il dégage sur et autour des terrains. Plus qu’un entraineur, un éducateur passé par les Girondins de Bordeaux (vainqueur en Gambardella) bien avant de débarquer dans le port de Libourne, puis à Saint-Seurin/Isle, les deux clubs ayant fusionné.
    Je parle bien là d’un fils d’immigrés italiens, comme toi, dont la tante était nonne et son oncle curé. Tout le reste de la famille travaillait dans la… maçonnerie. Un jour, il est descendu avec Patrick Battiston pour recevoir les clés d’une ville située au nord de Venise dont je n’ai plus le nom mais que vous trouverez en frappant chez Wikipedia.
    Et le voilà qui fait monter l’AJ Auxerre en s’imposant dans le chaudron stéphanois où, comme au stade de France, la honte devrait faire passer les « supporters » du vert au rouge.

    • Gilles dit :

      Cher Christian,
      Merci pour ces détails…
      Et pour allonger la sauce, je pense que l’ancien gardien de l’ASSSE, Stéphane RUFFIE, doit bien se marrer, lui qui s’est retiré à Mouguerre, la banlieue de Bayonne, là où résident ses parents! après avoir été salement viré.

      • christian grené dit :

        Salut Gilou. Je n’avais pas encore lu ton commentaire. Je me suis donc déplacé chez Wikipedia pour voir que Furlan et Battiston, en 2005, avaient reçu les clefs de la ville de Cinto Caomaggiore.
        Jean-Marie doit connaitre, lui qui est toujours assis sur son Pô.

  4. Ottaviani dit :

    Oui et pendant tout le match Jean-Marc Furlan est resté calme, en plein contraste avec Pascal Dupraz l’entraineur de Saint-Etienne. Elle est peut-être là, la clé du match !

  5. facon jf dit :

    Bonjour,
    belle démonstration d’une société qui se délite, il ne faut pas être expert pour discerner les resquilleurs du stade de France, visiblement pas des supporters mais bien des locaux de banlieue proche.
    Pas besoin non plus d’être expert du maintien de l’ordre pour mesurer l’emploi irraisonné de la force et des gazeuses dont des femmes et des enfants ont été les victimes collatérales.
    Pas de soucis nous sommes fin prêts pour les JO ! Peut être pas sur l’organisation mais sûrement coté business. Le coût des Jeux Olympiques qui se dérouleront à l’été 2024 en France flambe. La hausse des prix en général, et celle de l’énergie et des matériaux de construction en particulier, fait trembler les budgets à deux ans de l’événement. Le budget du Cojo, dont la mission est d’organiser les compétitions olympiques, est de 4 milliards d’euros. Cette manne d’argent privé provient des recettes de billetterie, des sponsors, d’une contribution du CIO et aussi 1,55 milliard d’euros d’argent public. Du côté des chantiers aussi, bien difficile d’échapper au contexte international. Le directeur général de la Solideo (société de livraison des ouvrages olympiques), chargée de construire les ouvrages pérennes, Nicolas Ferrand, a raconté lundi les craintes autour des problèmes d’approvisionnements. Si la Solideo explique rester dans l’épure de l’enveloppe fixée “en euros constants hors taxes 2016”, il faudra bien à un moment donné que quelqu’un paie la facture liée à l’inflation.
    Reste un problème soulevé par les resquilleurs cherchant a éviter de payer pour voir. Pour les JO plus de 13,4 millions de billets seront disponibles à la vente: 10 millions pour les JO et 3,4 millions pour les paralympiques. Pour le patron du Cojo, Tony Estanguet, l’idée est d’avoir des « Jeux ouverts au plus grand nombre, populaires, fédérateurs », avec « un grand volume de billets à des tarifs accessibles, pour tous les sports ».
    Une belle arnaque en fait puisque un million de billets, soit 10 %, seront vendus à 24 euros, et ce, pour tous les sports. Et 50 % des billets olympiques seront accessibles à 50 euros et moins. Ce qui revient à dire 5 millions de billets à moins de 50 € dont 1 million à 24€ et donc 5 millions restants à plus de 50 €!!! Belle démonstration de communication commerciale qui va conduire à une fraude importante sur la billetterie.
    On peut s’attendre aux mêmes débordements avec les mêmes dérapages de chaque coté des contrôles.
    Pour les Jeux paralympiques, le prix d’entrée minimal sera de 15 euros pour 500 000 billets. 50 % des billets seront à 25 euros ou moins, et un pass journée à 24 euros pour plusieurs parasports.
    Les réunions programmées en urgence n’y feront rien, les événements de samedi soir vont peser sur l’image touristique de la France alors que les supporters et leur famille étaient venus en nombre, remplissant les hôtels parisiens comme jamais depuis la pandémie.
    Bonne journée

  6. facon jf dit :

    Violences à Sainté le film des évènements.
    https://twitter.com/i/status/1531143653330239493

  7. christian grené dit :

    Je me suis branché sur la chaine « L’Equipe » (21 sur la TNT). Ouverture de l’émission sur les débordements du week-end évoqués par JMD. Suivra l’interview en direct de JMF, l’entraineur de l’AJ Auxerre. « Il faut quand même en parler » a ouvert le présentateur de l’émission.
    A bon téléspectateur, salut à tou(te)s.

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