La dégringolade inexorable des Girondins (2)

Hier j’ai tenté de vous rappeler les étapes de la dégringolade des Girondins de Bordeaux otages d’opérations financières successives toutes plus risquées les unes que les autres et surtout bien éloignées des préoccupations sportives. La vente par M6 qui n’avait pas obtenu les retombées souhaitées pour son développement dans le secteur porteur du football après la coupe du monde a entamé un processus dont la saison 2021-2022 a été l’aboutissement. Les « investisseurs » américains ayant été convaincus par leur partenaire dans le rachat des retombées positives du label « Bordeaux », ont en effet vite déchanté.

GACP (opérationnel sportif) et King Street (apporteur des fonds) avaient réuni leurs forces pour s’offrir un club déjà mal en point mais viable. Ils avaient bénéficié de la volonté farouche de de Tavernoz de se débarrasser d’une structure déficitaire et avec un impact négatif sur ses actionnaires coûte que coûte. L’accord de Juppé légèrement inquiet de la stabilité du plan de financement très bancal du grand stade en raison des finances de la ville de Bordeaux était indispensable. Un plan de communication fut mis en œuvre avec l’affirmation « que M6 veillerait au grain » et que les nouveaux propriétaires étaient bien sous tout rapport bien que rien n’assure leur fiabilité. Bordeaux était pourtant le premier club de L1 racheté par des fonds d’investissements venant de l’étranger… Tout le monde poussa donc un ouf de soulagement et passa à autre chose.

Incompétent, prétentieux, dispendieux DaGrossa accumula vite les erreurs. Alors qu’il fallait réduire la voilure, restructurer le club et lui redonner une âme en le raccrochant à son histoire il entamé un recrutement coûteux, augmenta la masse salariale et entamant sérieusement la confiance de ses partenaires. Ce roi de l’esbroufe déclarait dans le magazine Forbes en octobre 2019 : « Nous avions conscience que nous continuerions à perdre de l’argent dès notre première année d’exercice et même au-delà. C’est un travail de longue haleine que d’assainir les finances d’un club de football (sic). L’augmentation des droits TV et le développement de nos revenus à l’international sont les deux composantes de ce chantier, l’objectif étant de devenir moins dépendants de la vente des joueurs. Nous avons pris l’engagement vis-à-vis de la ville et des fans, de laisser le club en meilleure santé financière que celle trouvée en arrivant (sic). Mais pas seulement, puisque nous remettrons Bordeaux sur la voie du succès sportif comme lors de ses années les plus fastes (sic)»

Le président que les Américains préteurs avaient pris soin de désigner s’affola en voyant le déficit grandir sans que les résultats sportifs permettent d’espérer le diminuer. Au contraire avec le recrutement de 5 joueurs sur le déclin ((Mexer, Koscielny, Benito, Bellanova et Kwateng) avec des salaires démesurés accentua la précarité de la situation. Jamais les engagements ne furent tenus tant sur le terrain qu’en dehors. Frédéric Longuépée fut vite sous pression car ses patrons de Kingstreet prirent vite conscience que le club reposait sur du sable… Chaque saison, ses 50 millions d’€ de recettes (hors transfert) furent loin de couvrir ses 90 de dépenses.

Les dirigeants furent contraints pour passer le cap de la DNCG d’ouvrir une ligne de trésorerie de 40 millions d’€ à des taux d’intérêts très élevés (plus de 12%) et remboursable d’ici 2022 auprès de Fortress, un des trois fonds d’investissement concerné par le rachat du club en 2018. A New-York on décidé donc de virer le 16 décembre 2019 DaGrossa en rachetant ses parts via GAPC (13%) privant ce dernier de son rôle de gestionnaire. Trop tard ! Le tourbillon vers la descente était engagé.

Longuépée reçut des directives très fermes de New-York : négocier avec les collectivités locales le rachat ou la gestion du stade pour que les investisseurs retrouvent un peu leur compte et relancer l’exploitation du nom Bordeaux ! Les changements à la mairie et à la métropole modifièrent la donne et toutes ses tentatives se heurtèrent à des réponses pour le moins dilatoires. Le Président malmené, insulté, discrédité par les supporteurs tenta malgré tout de donner des garanties aux Américains. Il multiplia les rendez-vous institutionnels , proposa un projet de développement de la zone du grand stade, tenta de donner des gages à ses patrons mais rien n’y fit.

Bien entendu il fut considéré comme responsable et coupable… au point de voir sa vie familiale mise en danger par des attaques ad hominen. Il eut une seule obsession : éviter le dépôt de bilan que réclamaient les Américains. Jusqu’au moment où la « vente » sans aucune condition devint inévitable…et ce fut l’illusion que le miracle était possible…. (à suivre)

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4 réponses à La dégringolade inexorable des Girondins (2)

  1. christian grené dit :

    Vous connaissez Cornelius? Non, pas Cornelius de Rome, pape de 251 à 253; ni le héros de « Gustave le Rouge ». Je veux parler d’Andreas Cornelius, joueur des Girondins de Bordeaux (saison 2018-2019). C’est lui l’auteur des deux buts contre la France hier soir. Quand il a entendu la petite sirène, il a vite quitté le Port de la Lune.
    Et pourquoi? Pour tout ce que vous a raconté Jean-Marie en deux épisodes.
    Bon week-end à tou(te)s!

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    On en apprend des choses sur Roue Libre… Mais moi, je reste supportrice du rugby, « celui qui aime la castagne… ! » Et on avait coutume de dire que les footballeurs étaient… « des tantouses » !

  3. christian grené dit :

    Buenos dias Laurita. Je jouais au football à l’AS Libourne. On appelle les joueurs de ce club les Pingouins. Tu sais pourquoi? Parce qu’il y avait à l’époque deux bars situés en face de la caserne. L’un s’appelait le Phénix, siège des rugbymen, l’autre la Renaissance – si, si! – siège des footballeurs. Et quand ceux-ci entraient dans le bar de leurs voisins, il était courant d’entendre dire « Tiens, voilà les manchots ».
    Abrazo de amistad.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      Estimado amigo Christian…

      Preuve que les rugbymen finissent par renaître de leurs cendres… !
      Quant à le Renaissance footballeuse… Il y a belle lurette qu’à Bordeaux… les footballeurs sont manchots ! ! !
      ¡ Un fuerte abrazo de tu amiguita… !

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