La fin de dégringolade des Girondins (3 et der)

Le troisième volet de la dégringolade financière relève du récit de la traversée des chutes du Niagara par un funambule n’ayant ni balancier, ni sécurité mais déployant un culot à toute épreuve pour persuader qu’il y parviendra. Lorsque l’actionnaire américain principal annonce qu’il se retire à la fin de la saison 2020-2021 rien n’est en effet très clair. Le club a réussi avec des bouts de financement venus d’horizons divers à éviter la liquidation judiciaire. Frédéric Longuépée avait reçu comme consigne des financeurs de passer par ce statut qui aurait signé la fin du club sous statut professionnel. Un séisme puisqu’en cascade tout était perdu pour la société d’exploitation du Stade, la Métropole et pour la Mairie de Bordeaux.

Blessé, secoué, humilié par des supporters véhéments le président annonçait qu’il avait lui-même pris la décision de placer le club « sous la protection du tribunal de commerce de Bordeaux » et il obtenait qu’ « un mandataire ad hoc était nommé ». Il avait une dernière fois effectué le tour des collectivités locales sans obtenir plus que des décalages de dettes et faute d’avancée sur la gestion du Matmut il ne pouvait qu’anticiper le départ de King Street et . Cette démarche fut effectuée alors que sur le plan sportif c’était encore l’incertitude.

Elle maintint l’opportunité de mettre en place un éventuel plan de reprise et donc permettait de trouver un racheteur avant la fin de la saison. Des négociations furent conduites avec les créanciers pour obtenir un moratoire ! Depuis plusieurs mois aucune décision n’avait été prise pour la masse salariale du siège alors qu’une séquence de réduction drastique des effectifs avait été envisagée.

L’hostilité des supporteurs et du personnel monta d’un cran au fil des jours car le Président et le mandataire furent accusés de les avoir trahis. Les financeurs américains King Street , propriétaires majoritaires (en novembre 2018) puis unique (depuis décembre 2019) ne souhaitait plus soutenir le club et financer ses besoins actuels et futurs en raison de l’absence de garanties tangibles. Pire il y avait une incertitude sur le prix de la mise à disposition du site de Le Haillan dont le contrat datant de l’époque de Claude Bez arrivait à son terme en 2023 avec la perspective d’un solide augmentation du « loyer ». Il pouvait passer de 2 000 € par mois à plus de 23 000 selon l’estimation faite par la Mairie et l’espoir d’aménagements « rentables » longtemps caressé par les investisseurs ne pouvait se concrétiser en raison du PLU.

Les négociations avec les repreneurs (trois se déclarèrent intéressés) mais elles n’existèrent pas vraiment tellement la situation était complexe. Rigo décrocha en cours de route. Installé à Capian au coeur de l’Entre-Deux-Mers l’ex-boulanger des USA il ne trouva jamais les arguments pour obtenir ce que Lopez arrachait à la métropole et aux financeurs européens. Paradoxalement l’ex-sauveur de Lille avait moins de cash personnel et surtout une réputation financière douteuse puisque dans le Nord il avait laissé une ardoise de plus de 100 Millions d’€  vis-à-vis du fonds d’investissements Elliott Management. Frédéric Longuépée quittait Bordeaux le 30 juin 2021 sans regret et avec soulagement.

Peu importe il devenait propriétaire le 23 juillet avec des exemptions, des aménagements, des reports de dettes et le soutien de la Métropole et la Mairie soulagés et peu regardantes sur les modalités de ce rachat. Les dettes allaient augmenter au fil des mois. Tous les joueurs négociables partirent et un micmac entre les trois clubs que possédait Lopez permis de récupérer des seconds rôles donnant une équipe hétéroclite, sans cohésion. Des erreurs considérables de casting, des changements d’entraîneur (avec des indemnités conséquentes), aucune mesure sur la masse salariale… globale. Pour avoir la paix avec les supporteurs il fut accepté la nomination de l’un de leur membre important comme conseiller spécial du président.

La situation sportive empira avec des troupes sûres de partir donc peu motivées, des querelles plus ou moins avouables et des arrivants totalement perdus dans ce micmac. La descente devint inévitable match après match. Tout le monde s’est éclipsé comme une volée de moineaux ravie de prendre le large. Il reste les dettes décalées, les dettes immédiates, les dettes à venir… et un président dont les deux autres clubs sont en liquidation judiciaire pour Mouscron (Belgique) et interdit de tout recrutement pour Boavista (Portugal).

En plus hier est tombé une information (1) sur le fait que Gérard Lopez et son associé Eric Lux ont été inculpés par la justice du Luxembourg pour faux et usage de faux. Une information qui a été confirmée par le parquet. Cette affaire, qui va être jugée en correctionnelle, est passible d’une peine pouvant aller de 3 mois à 5 ans de prison. Il faut dans ces conditions trouver au minimum 40 millions cash pour espérer repartir… alors que rien n’est réglé pour le Stade et le site de Le Haillan.

La DNCG risque de prononcer une relégation en National du club à titre conservatoire, comme la saison passée. Les Girondins feront alors appel pour gagner un maximum de temps pour essayer de réduire ce déficit de 40 millions. Petit détail : les pourcentages sur les transferts de Jules Koundé et Aurélien Tchouaméni ne seront pas pris en compte car versé directement aux Américains.  Et dire qu’il y en a qui y croit encore… et espèrent un miracle !  L’édifice financier proposé à la DNCG est un château de cartes sans aucune solidité qui ne tiendra pas la route. Les artifices financiers ne tromperont que celles et ceux qui veulent l’être.

(1) révélé par le journal luxembourgeois L’Essentiel

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9 réponses à La fin de dégringolade des Girondins (3 et der)

  1. Gilles dit :

    Edifiant et consternant à la fois!
    Merci Jean Marie

  2. christian grené dit :

    Consternant et édifiant à la fois!
    Bonjour Gilou.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à mes amis Gilou et Christian
      Consternant pour tous ceux et celles qui se sont laissés-es prendre au piège …!
      Edifiant pour ceux et celles qui n’ont pas mordu à l’hameçon du piège… « fric à bon rapport »!

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Quand le pied du colosse devient « argile »… Tout fout le camp !

    • Gilles dit :

      « Tout à fait Thierry » comme disait Jean-Michel Larqué à Thierry Rolland…
      Mais c’était au siècle dernier, au temps où le foot n’était pas encore corrompu par le fric du néo libéralisme…
      Evolution abjecte que j’exècre.
      Allez courage pour supporter tout cela.

  4. J.J. dit :

    Rien d’étonnant, je n’ai jamais considéré que la pratique sportive était compatible avec la phynance.
    Ce n’est ni plus ni moins que la résurrection de gladiateurs ne risquant plus leur vie, mais devenus esclaves et serviteurs d’un Veau d’Or.

  5. FERNANDEZ José dit :

    Bonjour,

    Merci JMD d’avoir bien voulu aborder le sujet avec clarté, profondeur et rigueur.
    Cependant, vis-à-vis du grand public, je suis étonné que MM. Longuépée, Da Grosa, Lopez et autres, n’aient pas encore sorti l’artillerie médiatique lourde visant à faire porter toute la responsabilité de ce désastre sur des « joueurs immatures ».
    Tellement plus commode et courageux!

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