L’éternel débat sur l’âge du droit à pension à taux plein

Durant mon enfance ou mon adolescence le monstre du loch Ness et le Yéti du Tibet revenait de temps en temps dans l’actualité. Des clichés dits exclusifs de vagues ombres ou des témoignages exceptionnels relançaient la polémique. En général ces deux monstres ressurgissaient quand l’actualité était en panne ou quand il fallait en dissimuler le caractère dangereux. Cette exploitation de phénomènes tombait en effet toujours au bon moment pour détourner l’attention comme ce fut le cas pour les martiens et autres extra-terrestres. En France depuis quelques décennies on ressort l’âge du départ à la retraite à chaque campagne électorale. En fait le simplisme qui règne dans l’arène sociale évite de parler de l’âge auquel tout individu peut faire valoir ses droits à pension dans le système par répartition.

Il suffit d’agiter le chiffon rouge d’un nombre d’années pour qu’aussitôt le ton monte et tout le reste n’est plus aucune importance. Tant qu’on parle de ce repère on ne parle plus de l’essentiel. Chacun y va de ses clichés suffisamment flous pour que l’on ne distingue pas la réalité. L’essentiel reste d’attirer l’attention, de capter l’attention et de motiver les pour et les contre. La notion d’âge n’a pourtant que peu d’intérêt. Elle ne sert qu’à masquer d’autres repères essentiels beaucoup plus essentiels mais que l’on ne souhaite pas régler.

En revenant aux fondements de la notion de pension ils sont pourtant évident. Il faudrait évoquer les conditions d’ouverture des droits à un taux plein uniforme de « retraite » et ensuite les modalités de son calcul. Pour pouvoir accéder à n’importe quel âge au juste retour obtenu par des cotisations prélevées sur le salaire durant une période d’activité il faut d’abord avoir eu du… travail déclaré.

Durant les années qui suivirent la seconde guerre mondiale des millions de travailleurs furent exploités et en plus ils ne pouvaient bénéficier de cette retombée de leur participation puisqu’elle ne fut jamais acquittée tant par eux que par le patron. Le travail en famille, la non-déclaration systématique des employé(e)s, les avantages en nature ou la sous-évaluation des revenus ont rendu la notion d’âge de départ totalement incongru. En fait il n’y eut jamais de pension !

Ce phénomène bien que moins répandu existe encore. Les travaux présentés par l’Urssaf Caisse nationale en 2021 confirment les évaluations antérieures sur l’évasion sociale dans le secteur privé non agricole. Le manque à gagner en matière de cotisations sociales y est évalué dans une fourchette comprise entre 4,7 et 6,0 Md€ sur le champ du régime général (champ du recouvrement des Urssaf hors assurance chômage) et 5,2 et 6,6 Md€ en incluant les contributions Unédic. Avez-vous lu des propositions ? Que fait-on pour un contrôle réel permettant l’exploitation sous des formes honteuses de travailleurs en situation irrégulière ? Leurs « retraites » n’existeront pas… mais celles de ceux qui les exploitent auront une toute autre allure.

Le principe clé du système français c’est celui du nombre d’annuités de cotisations pour obtenir un niveau acceptable de pension. La société a exigé un niveau d’étude supérieur pour accéder au monde professionnel ce qui suppose une entrée dans la vie active de plus en plus tardive. Or fixer un âge « universel » revient à nier la spécificité de la durée des contributions délivrant un montant proportionnel de pension.

Actuellement la moyenne d’âge d’obtention d’un CDI (si ce type de contrat garantit un boulot sans aucun changement d’entreprise) est de 26 ans. Si l’on considère qu’il doit avoir par exemple 120 trimestres pour être pensionné à taux plein… il devra attendre 66 ans ! La vraie négociation n’est en rien symbolique : combien de trimestres de cotisations doit on avoir pour faire valoir ses droits avec un taux plein ? La revendication a présenter : retraite complète après 120 trimestres de cotisations ! 

Les parcours professionnels deviennent hachés, parcellisés et même parfois inexistants. La précarisation du travail conduit à des temps partiels peur rémunérateurs ou plaçant sous le seuil de pauvreté. Des millions de salariés ou maintenant d’auto-entrepreneurs seront effarés par la chute de leurs revenus dans la période où ils choisiront de chercher un peu de répit. Ils seront encore plus pauvres. Mais attention ce phénomène touche désormais de plein fouet celles et ceux que le système ultra-libéral gave de primes ponctuelles n’entrant pas dans le calcul du montant ultérieur de leur pension. La chute est douloureuse… Or dans la période actuelle la stratégie de saupoudrer de subsides non inclus dans le salaire semble être devenue la règle.

Lutte contre le travail illégal ? Nombre de trimestres ? Calcul du montant des pensions ? Péréquation possible ? Autant de sujets plus essentiels mais moins attractifs que celui de l’âge auquel on peut faire valoir ses droits à des sommes de plus en plus souvent dérisoires.

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9 réponses à L’éternel débat sur l’âge du droit à pension à taux plein

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    Qui a-t-il de nouveau ? Rien… ! Il n’y a que du vieux… Ainsi, après la seconde guerre mondiale, la plus grande exploitation de l’homme par l’homme fut trop souvent exercée dans et par  » la famille » ! Je vivrai ce triste spectacle et grandirai avec au cœur cette révolte du « plus jamais çà » !

  2. Philippe Conchou dit :

    Le calcul est simple: pas cotisé pas de retraite.
    Ce n’est pas à 60 ans qu’il faut se préoccuper de sa retraite, c’est le premier jour où on travaille.
    Mes enfants ayant fait leur premier job d’été à 16 ans dans les vignes, je me suis assuré qu’il y avait bien un bulletin de salaire avec cotisation, ce qui fut le cas.
    Je n’ai jamais oublié que jobs d’été + l’armée m’ont apporté 10 trimestres… soit un départ à 62 ans et demi au lieu de 65 qui est déjà une réalité pour beaucoup de salariés.
    Alors, comme le dit justement JM, 65 ans ou + ou – ce n’est pas vraiment le problème.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Philippe
      Sages conseils que j’ai, moi aussi pratiqué…

    • J. J. dit :

       » je me suis assuré qu’il y avait bien un bulletin de salaire avec cotisation… »,
      Ce qui n’est pas toujours facile à exiger, quand on sait que l’obtention du job est conditionnée justement à l’absence de déclaration. On n’a pas toujours la possibilité de trouver autre chose et les moyens financiers de refuser !
      Bien heureux parfois quand on arrive à se faire payer (situation vécue).

  3. J. J. dit :

    « Or dans la période actuelle la stratégie de saupoudrer de subsides non inclus dans le salaire semble être devenue la règle…. »
    …ce qui tend à faire oublier, notion déjà bien confuse, que les cotisations sociales (que le patronat considère comme des charges) sont en réalité un SALAIRE DIFFÉRÉ dans une organisation basée sur la solidarité. Les salariés étant privés de ces avantages chaque fois qu’ils bénéficient d’une prime, une façon cauteleuse d’échapper à ses obligations en se prétendant généreux .
    Mais les notions de solidarité et de mutualité ne sont plus vraiment bine considérées.
    Est ce pour cette raison que l’entreprise Optique Mutualiste, affiliée à la Mutualité Française, est devenue l’anonyme Écouter Voir ? Ils ont honte ?

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à J.J.
      Ils n’ont pas honte… ! Optique Mutualiste a simplement calculé et mesuré que le label Mutualité Française ne paye plus !

      • J. J. dit :

        Piteuse explication donnée tout à l’heure justement dans un magasin Optique Mutualiste (ce n’est pas moi qui ai posé la question) : il a fallu changer l’enseigne paracerque maintenait ont « fait » aussi l’audition, comme si on n’avait pas pu donner comme titre « Optique et Audition Mutualiste ».

  4. facon jf dit :

    Bonjour,
    bienvenue dans le nouveau monde annoncé par l’héritier putatif de Giscard. L’homme neuf entièrement assemblé avec les idées du néolibéralisme mises en avant par le président accordéoniste au début des années 70. Le néolibéralisme n’est pas un programme électoral c’est un modèle de société qui vise à transformer les valeurs construites par des générations de luttes sociales. Il ne s’agit pas de réduire l’état à ses fonctions régaliennes le néolibéralisme ne cherche pas à supprimer les régulations, il ne veut pas non plus supprimer les services publics, il veut les manipuler pour les utiliser à son profit. La stratégie poursuivie consiste en interventionnisme de l’ état à son profit.
    Le tour de force de macron en esquivant le clivage gauche droite a été de se constituer une base électorale solide constituée par le bloc bourgeois. Un bloc déterminé, quoiqu’il en coûte avec force et violence si nécessaire, à imposer un programme politique minoritaire de dérégulation et de politique fiscale avantageant leur clan.
    Un des moyens mis en œuvre consiste à obtenir le consentement des masses par une action permanente sur l’éducation et les médias. C’est la fabrique du consentement de Chomsky.
    Dans notre beau pays, les 5 plus grandes fortunes Françaises détiennent autant que les 27 millions les plus pauvres et que ces 5 plus grandes fortunes ont soutenu macron !!
    Il s’agit bien d’une oligarchie Française, identique dans sa corruption à celle de Russie. Sans le soutien du bloc bourgeois cette oligarchie ne pourrait rien, depuis des années une bourgeoisie héréditaire s’est constituée au moyen du tamis de l’argent et du savoir. Ils sont convaincus qu’ils constituent le clan du bien et du savoir qui impose et prescrit les règles de la « vie bonne ». Se constituant en forteresse assiégée elle s’enferme dans ses convictions professées dans SES écoles du pouvoir et sans rendre aucun compte au reste de la société. C’est la verticalité méprisante du pouvoir incarné pendant les 5 années macron. Le maintien de l’ordre est crucial dans cette vision du pouvoir qui a vacillé pendant l’épisode des GJ. Le maintien de l’ordre ne se cantonne pas à la rue, il s’exerce aussi dans les entreprises, discipliner les salariés est tout aussi crucial. Le travail obligatoire des « assistés » fait partie des mesures avec les réformes des assedic et l’âge de départ en retraite qui concourent au maintien de l’ordre chez les inactifs plus ou moins forcés.
    Briser le totem de l’âge de départ à la retraite est comme le dit JMD purement symbolique et sans véritable portée pratique. L’étape suivante consistera à trouver un moyen pour rendre redevable les retraités au clan dominant.
    Quand le sage montre la lune …
    Bonne journée

  5. J. J. dit :

    « Le tour de force de macron en esquivant le clivage gauche droite… »
    C’est vrai qu’il a bien esquivé, il ignore ou fait semblant d’ignorer qu’il existe une gauche (une vraie !), il ne connait que droite droite, autrement dit une machine à tourner en rond.

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