Le billard à trois boules et à trois bandes

Les trois blocs qui constituent désormais le paysage explosé de la vie publique française sortent du premier tour des élections législatives avec des résultats qui ne vont pas changer fondamentalement la situation antérieure. Bien évidemment les querelles sur l’interprétation des scores ne vont pas cesser puisque chacun adopte sa référence la moins désagréable ou la plus avantageuse. C’est habituel mais c’est toujours désastreux sur une opinion dominante qui a déjà une mauvaise appréciation de cette séquence de soir d’élections.

Si l’on s’en tient au nombre de voix obtenues par chaque camp il est certain que la chute du parti présidentiel relève de la gamelle historique. Objectivement c’est la première fois que le Président réel ne retrouve pas son score en pourcentage et plus encore son nombre de suffrages du premier tour. Le désaveu ne saurait être nié. Et ce serait pire comme constat si l’on comparait circonscription par circonscription les résultats 2017 et 2022. La défaite devient alors globalement incontestable. Il lui faudra nécessairement dans bien des lieux électoraux trouver des alliés pour enrichir ce potentiel.

Alors pour tenter de sauver la face, les tenants de la majorité actuelle préfère utiliser les projections en sièges putatifs au palais Bourbon. Avec quelques contorsions ils tirent deux conclusions hâtives mais qui deviendront des vérités avec le secours des laudateurs des télé-perroquets. La première c’est que « la Nupés n’aura pas de majorité lui permettant d’obtenir un vote favorable de l’assemblée en faveur du « premier ministre auto-proclamé » et la seconde consiste à instiller le doute sur le maintien au sein de l’hémicycle de la majorité actuelle. En fait ces hypothèses reposant sur les estimations très larges données par les spécialistes ne tiennent absolument pas compte des particularismes locaux, des marges de manœuvre disponibles et du niveau probablement encore plus faible de la participation au second tour.

Le fait qu’il y aura des duos quasiment partout change vraiment l’appréciation que porteront les électrices et les électeurs… du troisième bloc éliminé. Dès maintenant en cas d’affrontement direct entre les candidat(e)s « officiel(le)s » et la Nupés la Marine nationaliste a appelé ses fans à rester chez eux. Comme il en sera de même dans la situation d’un combat RN-Nupés qui certes ne seront pas nombreux mais qui peuvent justement diminuer la majorité macroniste, il deviendra indispensable de regarder le potentiel des soutiens mobilisables. A cet égard ce sont les représentants de « Z » dans bien des circos qui joueront les arbitres et ceux de LR dans d’autres. Les réserves pour l’union populaire sauf contexte particulier (dissidents à recoller à l’appellation générique) paraissent très limitées. 

La Nupés a comme handicap le fait que son score regroupe déjà le maximum de voix que pouvait rassembler les partis qui la composent et donc les ralliements traditionnels du second tour n’existent quasiment plus. En revanche un échange de bons services peut exister entre LR et ses variantes et certains représentant(e)s du parti majoritaire. Cette semaine il y aura donc forcément une accentuation du cap à droite pour récupérer cette clientèle électorale très précieuse. La « peur » du bloc adverse va être accentuée et incontestablement la guerre au Mélenchon va s’accentuer car les Françaises et les Françaises semblent fortement décidés à ne pas donner de majorité à un Président jupitérien. Les attaques vont fuser contre la NUPES alors que le seul parti vraiment vainqueur qui a progressé spectaculairement reste le RN mais personne ne veut le voir. 

Il y a en effet un paramètre vite glissé sous le tapis. Que ce serait-il passé, notamment dans les circonscriptions du sud si « Z » et « Marine » avait fait cause commune? Le podium aurait été bien différent.  Il est certain que bien des duels auraient une allure d’une toute autre nature et d’ailleurs rien ne dit que le RN ne soit pas le grand vainqueur à l’arrivée. Un autre constat s’impose : les « dissident(e)s » de tous les partis ont été écrasés par le trio des rouleaux compresseurs à l’exception de quelques sortants ayant une excellente assise locale. L’avenir d’une refondation du PS s’annonce pour le moins compliqué si ce n’est mort-né. Le nombre d’élu(e)s potentiels d’EE-LV sera également à scruter car il conditionnera la survie financière d’un parti mal en point.

Le premier tour reflète toujours davantage les fractures profondes de la France. Elles se traduisent encore par la défiance massive à l’égard de la démocratie représentative et par un éloignement confirmé entre les agglomérations et les zones rurales. Le second tour va renforcer ces divisions et plus encore certaines désillusions. Elles ressortiront à l’automne. La V° République dans son fonctionnement actuel a en effet atteint ses limites et faute d’une réforme en profondeur elle explosera plus vite que prévu. Ces législatives constituent un coup de semonce. Le pays est devenu un vaste billard où seulement trois boules tentent d’éviter d’être expédiées vers les trous où se trouvent déjà les autres « partis » du temps passé. Le jeu à trois bandes a de l’avenir devant lui ! 

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4 réponses à Le billard à trois boules et à trois bandes

  1. christian grené dit :

    Ah bon! Il y avait des élections hier? Si j’avais su, je serais allé voter LR. Oui, oui! Les Libertaires Réfractaires.

  2. J. J. dit :

    Hier j’entendais ce que l’on appelle dans les « Iles », une baignassouse assumer fièrement le fait qu’elle avait préféré se faire griller la peau au soleil plutôt que d’aller voter.
    Pour provocatrice que soit cette déclaration , je l’approuve : quand on n’a pas plus de conscience politique et d’esprit civique, il vaut mieux s’abstenir d’aller voter plutôt que de risquer d’offrir ses suffrages à de potentiels repris de justice, comme hélas ça se produit trop souvent.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ a mi amiguito J.J.
      Je comprends mieux pourquoi le taux de l’abstention atteint de tels sommets ! Ce taux bondissant est-il dû aux hommes ? ! Car je comprendrais moins qu’il soit dû aux femmes !

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