Le rendez-vous manqué de l’économie sociale et solidaire

Est-ce mon parcours d’écolier ou celui d’enseignant utilisateur des valeurs fortes de la pédagogie Freinet, toujours est-il que je n’ai jamais varié d’un pouce pour promouvoir les bienfaits de ce que l’on a appelé la coopération et qui est devenu l’économie sociale et solidaire. Jamais cette méthode citoyenne de gestion n’a été autant d’actualité dans une période où le monde du profit dénie toute référence humaniste et où la réponse aux besoins essentiels ne peut plus être prise en charge par des États affaiblis, surendettés et exsangues. C’est dans les crises que sont nées les meilleures réponses gérées par les citoyens pour faire face aux exigences de la solidarité active.

Or il se trouve que durant cette campagne la gauche a été incapable de s’emparer du sujet et de proposer des mesures fortes pour ouvrir une troisième voie entre celle du capitalisme débridé et du tout-Etat. Le sujet devient pourtant essentiel mais le fameux traité européen sur « la concurrence libre et non faussée » a sérieusement diminué les perspectives de développement d’un système de régulation de la frénésie consumériste. L’économie sociale et solidaire « à la Française » constitue LA solution d’avenir pour reconstruire une société plus libre, plus responsable et plus encore plus implicative.

Au niveau local elle ne peut plus être ignorée tant elle permet d’apporter des réponses à la raréfaction des services publics et même parfois des services au public. Ce secteur économique représente 10 % de l’emploi en France et pèse parfois bien plus en matière d’emplois et d’efficacité sur les territoires. Même si, aujourd’hui, avec le retour au local, la transition environnementale et sociale, et le besoin de proximité, les gisements d’emploi de l’ESS sont devenus une perspective plus évidente pour les exécutifs locaux.

Désormais, les collectivités passent du développement de l’emploi dans l’ESS au développement de l’emploi local par l’ESS. Beaucoup de collectivités qui se sont lancés dans des recrutements massifs vont déchanter car leur dotation Globale de Fonctionnement risque bien en 2023 d’être indexé sur leur masse salariales. Beaucoup s’interrogent sur un transfert à une gestion citoyenne directe avec le soutien de la collectivité de secteurs entiers de la vie colllective (1) mais la période n’est pas très favorable car la motivation manque dans la population.

Benoit Hamon avait sauvé toute ce qui pouvait l’être encore du désastre européen de la classification en associations d’intérêt général non-économique ou d’intérêt général économique. On a bien vu les dégâts causés dans le secteur médico-social par la gestion « capitaliste » des EHPAD. Il y aura bien d’autres épisodes de découverte de cette incompatibilité entre rentabilité et solidarité. Même si des déviances existent dans la gestion citoyenne (mutualité ayant basculée vers les assurances par exemple) elle demeure fondatrice d’une autre qualité de vie.

Je ne me suis jamais contenté de théoriser sur ce concept de gestion du quotidien. A Lille durant deux jours au sein de l’Association Laïque pour l’Éducation, la Formation, la Prévention et l’Autonomie. Devenu administrateur national de cette structure gérant 250 établissements et employant 3 000 salariés de tous niveaux dans le secteur sanitaire, médico-social, social, du logement ou de l’économie aidée je tente de transposer les principes créonnais. Pas facile mais indispensable pour démontrer par les actes ce que l’on formule par les écrits ou la parole.

Actuellement l’ALEFPA se lance dans la construction d’un établissement d’accueil pour une soixantaine d’handicapés à la rue sur l’île de Mayotte. Un pari osé dans le contexte actuel de ce département submergé par l’afflux des Mahorais et proche de l’explosion. Tous les services officiels savent que sans la courage d’une association motivée par une réponse conforme à ses objectifs d’une association cet équipement ne verrait jamais le jour. Un acte de solidarité territoriale et humaine que les groupes privés refusent d’engager. Là est la différence !

Le secteur privé non lucratif (associations loi 1901, fondations…), se définit en creux par rapport à deux premiers secteurs : il n’est pas public mais privé et n’appartient pas à un nombre limité d’actionnaires comme parfois le sont les sociétés du secteur privé lucratif. Par conséquent, il désigne un large éventail de groupes de bénévoles ou communautaires et d’activités sans but lucratif. Il faut en relancer le développement et le considérer comme un outil d’égalité sociale, de développement de l’action de proximité et de gestion humaine des besoins.

Si dans les programmes des candidat(e)s à la députation vous trouvez quelques lignes sur la vie associative merci de me les transmettre et si encore plus rare des propositions sont faites sur la coopération sous toutes ses formes et l’autogestion associative citoyenne je les encadrerai.

(1) Le partage du pouvoir local Editions Le Bord de l’Eau


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5 réponses à Le rendez-vous manqué de l’économie sociale et solidaire

  1. Christian Baqué dit :

    Je ne crois pas que tu aies participé aux réunions de la France Insoumise, puis de l’Union Populaire comme je l’ai fait depuis 5 ans : tu aurais entendu beaucoup de choses qui rejoignent tes réflexions et constaté l’engagement de nombreux jeunes (mais pas seulement) pour changer les choses, ce qui inclue tes propositions. Quant à cette fameuse troisième voie, je constate, hélas, que non seulement c’est un vrai fourre-tout, mais surtout que la plupart de ceux qui la prônent depuis des décennies, n’ont fait que gérer le capitalisme (« par la gauche ») et sombrer dans les directives de l’Union européenne, certains après Hollande ayant sans honte directement rejoint les rangs d’un macronisme de plus en plus liberticide et totalitaire. Nous savons bien qu’il faut aussi changer au sommet et prendre des mesures fortes : on ne changera rien sur le fond en se contentant de mesurettes à la base.

  2. Bertrand Meallet dit :

    Je me suis en effet toujours demandé pourquoi la gauche au pouvoir ne s’emparait pas suffisamment de cet outil de l’ESS comme une alternative aux systèmes économiques dont nous connaissons limites et perversions, un outil efficace qui ne ferme pas la porte à l’humanisme, à la solidarité… bien au contraire.

    • J.J. dit :

      Un document moins facile à trouver que les déclarations tonitruantes et alarmistes de notables épouvantés par la tournure prise par la campagne des législatives. Ça fait plaisir de constater qu’il y en a certains qui commencent à avoir chaud aux fesses.
      Merci pour le lien.

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Freinetiste ai été, suis et resterai…

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