Parler sans savoir ou savoir sans parler

Roue Libre n’a jamais été autant scrutée. Mon profil Facebook intéresse bien du monde. Tous mes faits et gestes ou posts même les plus anodins sont interprétés. Heureusement que la campagne électorale des législatives s’arrête dans quelques heures pour que je retrouve une certaine quiétude. Depuis 16 ans qu’existe le blog et depuis une douzaine d’années que je publie des posts je n’ai jamais eu l’impression de devoir autant me méfier de chaque mot écrit parfois au creux de la nuit pour être publié de bon matin. J’ai l’impression que cet intérêt est éphémère. Les commentaires vont bon train et les rectificatifs se succèdent comme si tout à coup ce que j’écris intéresse furieusement des censeur(e)s attendant la faute fatale permettant l’exécution en place publique.

J’espère qu’en lisant jusqu’au bout cette dernière chronique avant la clôture les nouveaux habitués seront rassurés : je suis bien dans l’autre camp  puisque je reste discret sur la manière dont je vote. C’est suspect un gars qui a quitté le PS bien avant que d’autres se découvrent une âme insoumise (1), un témoin qui dans un article de Libération a pris ses distances avec Hollande (2) un ancien élu qui a accepté de lancer chez lui la campagne européennes de Mélenchon en 2009 dans la région Sud-Ouest ; un vieux entêté qui discute sur Signal de ses livres  avec le leader intraitable de la gauche qu’il me faut pour éviter les incidents de qualifier de « non-extrémiste » ! Même je ne souhaite que provoquer un zeste de débat  je sui évidemment soupçonné de faire le jeu du pouvoir en place.

Le plus insupportable se niche dans la suspicion ne reposant sur rien d’autres que des sous-entendus et le refus d’accepter que la liberté individuelle ne nécessite pas forcément une adhésion à tout et n’importe comment. L’influence supposée que je pourrais avoir sur la décision des autres relève de la fiction totale tellement le monde et les gens ont changé rapidement. Mais elle perdure. Depuis seize ans je lance des messages avec l’espoir simple qu’ils permettront aux centaines de lectrices et de lecteurs qui s’y intéressent de réfléchir… sans surtout leur apporter une solution. Je me veux lanceur d’alerte réveilleur de doutes! 

Je ne suis sorti de ma réserve que pour soutenir les gens qui m’ont toujours fait confiance car pour ma part cette référence reste essentielle et ma mémoire n’est pas encore défaillante. J’ai donné dans la déception. Il m’est extrêmement difficile de constater que l’oubli devient une denrée très répandue. Ne rien espérer sauf un brin de respect et de mesure constitue un espoir illusoire. Bien entendu la responsabilité des décisions des autres me sont imputables. Bien entendu je complote, je tire les ficelles.  A mon âge et après plus de cinquante ans de vie publique le principe que j’ai croisé reste le même : « accuse l’autre pour exister et effacer tes propres défaillances ». Il n’en a été différemment qu’en de rares circonstances.

Derrière les actes, les postures, les masques il y a bien des éléments cachés. La situation ressemble à celle des icebergs dont on ne voit que le caractère étincelant de la partie émergée alors que la plus impressionnante est immergée. Connue seulement des plongeurs en eau profonde et glacée, elle reste dissimulée aux touristes massés sur le pont des bateaux de croisière. Ce n’est pas parce qu’on le sait que l’on arrive à convaincre les badauds. Souvent il faut se mordre les lèvres pour éviter de lâcher quelques vérités pouvant déchaîner les fauves. Parler sans savoir est désormais beaucoup plus courant que savoir et ne pas parler. Il est vrai que c’est beaucoup plus facile.

Dans quelques heures le rideau tombera sur la campagne des législatives. Rétrospectivement des 11 auxquelles j’ai auparavant participé (dont 3 comme candidat suppléant) c’est la plus simpliste et la plus éloigné du terrain que j’ai entendue. Dire cela générera des remarques acerbes ou méprisantes (attention dépêchez-vous car après minuit ce sera interdit) mais c’est une réalité. La fonction de suppléant durant dix ans je l’ai assumée sans aucun retour autre que l’estime de la candidate qui m’avait donné sa confiance. Pas d’exigence de poste particulier rémunéré ou d’indemnité déguisée. On verra l’avenir.

Le citoyen que je devenu avec soulagement a certes son avis, ses analyses, ses interprétations en fonction de ce qu’il a appris de la vie et de ce qu’il en espère encore. Cette situation n’a rien d’exceptionnel. Comme pour beaucoup le droit à l’effacement qui n’est en rien l’inaction ou d’indifférence, mérite d’être accepté et non pas interprété. Entrer dans n’importe quelle « religion » me dégoûte et je suis devenu en politique ni croyant et plus du tout pratiquant. Amitié, loyauté, solidarité envers ceux qui m’en ont gratifié constituent mes seules références. Aucune agression, aucune accusation, aucune provocation ! Les chapelles ne m’intéressent que pour la beauté de leur décor.

Dans un tel contexte (50 % de non votants et un désintérêt croissant pour les échéances de la vie démocratique) le seul combat qui vaille reste celui de l’éducation populaire citoyenne. L’assemblée générale de l’association « Gironde citoyenne » créée il y a 15 ans et qui n’a pas cessé d’œuvrer pour former, expliquer, informer se tiendra dans la salle que je n’ai pas pour rien baptisée « citoyenne » en mairie de Créon ce samedi…18 juin. Tout un symbole car pour ma part résister dans cette période c’est tenter d’inverser le cours de cette déliquescence incontestable du débat et de la vie publique. Dans le fond j’ai toujours été un insoumis qui s’ignore. 

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13 réponses à Parler sans savoir ou savoir sans parler

  1. Philippe Conchou dit :

    Reste cool JM, tu as ta conscience pour toi et laisse les ânes manger leur son.

  2. J. J. dit :

    À tous le chroniqueurs que tu évoque plus haut :
    “Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir.” Pierre Dac

    Ou encore « La bave du crapaud ignorant et bavard n’atteint pas la blanche, modeste, et sensée colombe ».
    C’est vrai qu’il est devenu imprudent de s’exprimer : émettre un avis que l’on estime modéré, et si possible objectif, même sans inviter votre interlocuteur à le partager, a vite fait de vous faire passer pour un dangereux extrémiste.
    J’en ai fait l’expérience.

    • François dit :

      Bonjour @J.J.!
      En vous appuyant sur votre expèrience, comment réagissez-vous quand vos dires, conspués il y dix ou vingt ans ou plus, s’avèrent aujourd’hui exacts ?
      Amicalement

      • J.J. dit :

        Avec fatalisme, un peu de regret et une certaine indifférence.
        Si par hasard je rencontre un contradicteur de jadis (ils se raréfient) j’évite de lui mettre le nez dans la mouscaille, d’ailleurs il nierait probablement.
        Et ça peut m’arriver aussi d’être dans la situation inverse.

      • Laure Garralaga Lataste dit :

        @ à François qui répond à J.J
        « On a toujours tord d’avoir raison trop tôt ! »

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à J.J.
      C’est le moment de sortir un grand classique… « le chien aboie, la caravane passe… »

  3. François dit :

    Bonjour J-M !
    Suite du billet d’hier:
    Je me doutais bien que tu étais du monde des Célébrités ! Petit cachotier va ! ! !
    Sur Orange, ce jour:
    Législatives : Copé accuse Sarkozy de trahison
    En souriant.
    Amicalement.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ une question à François…
      Copé/Sarko… Est-ce ainsi qu’a commencé la guerre des Gaules ?

      • François dit :

        Boniour @ Laure !
        Bien que l’Histoire soit un éternel recommencement, je ne sais point si …. mais tout semble confirmer que la piéce politico-théatrale n’est pas au clap de fin. Malheureusement, nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, des spectateurs … lambdas !
        Respectueusement.

  4. christian grené dit :

    Tu pourras toujours compter sur mon « Amitié, Loyauté, Solidarité ». Continue, cher Jean-Marie, de n’écouter que ta conscience. Je me porte garant de sa propreté.

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