La ligne de front a été enfoncée

Un concept ayant beaucoup servi à sauver les apparences s’est évanoui avec le résultat des dernières élections législatives. Comme ces axiomes que l’on ressort pour trouver une solution aux problèmes, le fameux front républicain avait jusque là sauvé les apparences. Désormais il n’existe plus et ne fonctionne donc plus. A force de jouer au plus malin, à se contenter de déclarations ambiguës, de pencher d’un coté ou de l’autre selon ses intérêts personnels le monde politique français à dynamité les valeurs essentielles de la République. L’addition est salée. Il n’y a aucun doute : le seul vainqueur c’est le RN 

Lors des élections présidentielles (Chirac, Macron à deux reprises) au second tour bon nombre de citoyens souhaitant protéger ce en quoi ils croient avaient mis leur mouchoir pour repousser la venue au pouvoir des porteurs d’idées néfastes. Chaque fois ils ont été pris pour de braves couillons puisque l’heureux élu ne tint aucun compte de cet apport décisif d’électrices et d’électeurs ayant laissé parler leur conscience. Chaque fois en criant au feu… au feu… au feu les partis de gauche ont mobilisé des millions de « sapeurs-pompiers » pour endiguer l’incendie du FN devenu RN.

Cette fois avec une habileté certaine la « Marine nationaliste » et son état-major ont endormi la méfiance des deux blocs dub pouvoir et de ses opposants de gauche. Par des déclarations défaitistes calculées ils ont à la fois mobilisé leur électorat qui restait en veille pour sauver les soldats RN mais aussi et surtout ils ont permis des transferts de voix de la Droite dite républicaine. Une sorte de trêve des principes antérieurs a été mis en œuvre contrairement au second tour des présidentielles. Le soir de la première étape de ce scrutin, Mélenchon de manière théâtrale et tous les leaders de la Gauche pas encore « nupétisée » dans des termes indiscutables avaient appelé à ne donner « aucune voix » au rassemblement national ». Le camp présidentiel a accepté de bonne grâce ce « cadeau » idéologique bienvenu. Aussitôt reçu aussitôt oublié par simple mégalomanie présidentielle : la victoire n’était due qu’à son talent et donc mépris total pour les électrices et les électeurs ayant voté en sa faveur pour éviter l’arrivée au pouvoir du RN.

La première erreur a été la laisser accroire que le succès macroniste était une adhésion à un programme qui ne reposait que sur des mots ou des vagues intentions. En fait le silence du président réélu contre le clan Le Pen a aggravé la fracture et la rancœur de ces anti-RN avant toute autre considération. Ils ont constaté que dans le fond le front républicain était utilisé pour seulement conserver le pouvoir. Aucun signe permettant de démontrer que le sauvetage (car il s’agissait bien du sauvetage) n’était que la résultante d’un rassemblement sur les valeurs essentielles de la république.

La tactique présidentielle a alors totalement changé. Non seulement Macron et ses troupes sont restés silencieux mais quand ils se sont décidés à entrer en campagne pour les législatives ils ont attaqué bille en tête la Nupés. Que l’on soit d’accord ou pas d’accord avec cette alliance électorale il faut considérer que ces saillies d’un camp envers l’autre ont considérablement aidé à dédiaboliser le RN ravi de constater que l’extrémisme ce n’était plus lui. Inutile de causer. Inutile de se montrer. Le processus de « normalisation » du RN était au maximum. Le duel s’est résumé à un affrontement à distance Nupés-Ensemble qui a fait oublier le danger de la montée du « fascisme » soft en France. Une stratégie du silence complice mortifère ! 

Pour les macronistes Nupés et RN c’était bonnet blanc et blanc bonnet sauf que cette attitude pour le moins ambiguë a fait exploser le vieux principe du Front républicain dans l’opinion dominante. Tout le monde de l’autre coté a surfé sur l’anti-Macron comme seule référence et donc a renforcé le vote protestataire. Peu importe qui le portait. La digue était rompue et la vague a déferlé, engloutissant une grande part des terres acquises au Président. Une aubaine pour la Marine nationaliste qui n’avait pas demandé pareille aubaine. Elle n’imaginait pas un instant que la navigation à la godille présidentielle lui offrirait un brevet de dédiabolisation.

Le Front républicain a vécu et c’est probablement le fait le plus grave de cette dernière échéance électorale. La déliquescence des partis privés de militants relais, la faiblesse dramatique de l’éducation citoyenne, la haine des élites parisiennes et la montée d’un populisme reposant sur l’acculturation politique l’on progressivement tué. Désormais alors que le scrutin majoritaire devait préserver du retour des forces obscures il ne constitue plus un obstacle. Pas certain que maintenant que le feu est à la maison il soit facile d’éviter qu’il ne se propage puisque tous les « pompiers » détournent le regard et restent sur leur canapé.

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11 réponses à La ligne de front a été enfoncée

  1. Bonjour Jean-Marie et Bravo !
    Voici ce que j’ai adressé hier au Président de La République :

    Votre sujet : Réagir à l’actualité
    Votre message :
    Bonjour Monsieur le Président de La République Française
    Je suis un habitant du Vaucluse, ou de Vallis Clausa, « la vallée close » et citoyen de Pertuis, Porte du Luberon.
    Il s’en est fallu d’un cheveux pour que le RN n’étouffe le Vaucluse de son empreinte avec 4 circonscriptions sur 5 !
    Heureusement, Jean-François LOVISOLO a sauvé l’honneur avec seulement 589 voix de plus que sa concurrente.
    De plus, il ne peut y avoir un signe égal entre RN et NUPES !
    Ici, j’avais espéré en la victoire de mon ami Farid FARYSSY, avocat en Avignon.
    Pour moi, le combat a été fratricide du côté des Alpes de Haute Provence entre Christophe CASTANER et Léo WALTER, nouveau Député LFI-Nupes
    Heureusement, j’aurai toujours plaisir à échanger avec Claire PITOLLAT et Mohamed LAQHILA que je rencontre à Aix en Provence, au Camp des Milles, et avec Jean-Marc ZULESI avec lequel j’ai de nombreuses fois échangé à propos de la politique des transports ferroviaires.
    (A ce propos, sa maman était cheminote, tout comme j’ai lu que votre grand-père paternel André Macron était chef de district SNCF )
    Très respectueusement,
    Gilbert SOULET
    Cadre Honoraire SNCF
    Les Pins n°96, Rue Gustave Lançon
    84120 PERTUIS

  2. J. J. dit :

    Analyse très pertinente, réaliste et angoissante de la situation.
    Tous les individus qui ont prêté un oreille complaisante aux chant des sirènes ex frontistes et voté pour le RN, sont ils au courant des exploits du fondateur du parti, le lieutenant Le Pen, qui s’est brillamment illustré pendant la guerre que nous avons menée contre les Algériens ?
    Dédiabolisation ou pas, les faits seront toujours indissolublement marqués dans l’histoire en lettres de sang.
    Mais au fait, peut être l’ignorent -ils ou n’y attachent ils aucune importance, et même au contraire cela les excite-t- il ?
    Quand on pense qu’il y eut en France des adeptes du pétainisme, il ne faut s’étonner de rien.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à J.J.
      Et il ne faut également pas ignorer que les « pétainistes-maréchalistes » étaient plus nombreux que les Résistants.

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Avec mes excuses pour cette paraphrase d ‘Alfred de Musset…
     » Les cas désespérés sont les cas les plus beaux et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots…! « 

  4. christian grené dit :

    Faire barrage? La belle affaire. Rappelez-vous le 2 décembre 1959, du côté de Fréjus dont le maire actuel est un certain vice-président du RNDavid Rachline, et où a fait campagne pour les Législatives Erich Zemmour. Ce 2.12.59 donc, le barrage dont l’architecte n’était pas Giovanni Baziana a cédé sous la pression des eaux troubles. 423 morts. Bien avant la police, c’est le béton qu’il fallait armer. N’est-ce pas Jean-Marie?

  5. christian grené dit :

    Faire barrage? La belle affaire. Rappelez-vous le 2 décembre 1959, du côté de Fréjus dont le maire actuel est un certain vice-président (RN), David Rachline, et où a fait campagne pour les Législatives Erich Zemmour. Ce 2.12.59 donc, le barrage dont l’architecte n’était pas Giovanni Baziana a cédé sous la pression des eaux troubles. 423 morts. Bien avant la police, c’est le béton qu’il fallait armer. N’est-ce pas Jean-Marie?…

  6. christian grené dit :

    J’en perds mon latin: bis repetita lassent.

  7. J.J. dit :

    Christian @ Ça m’arrive à moi aussi de perdre mon latin, mais vu la médiocrité de mes connaissance, ça n’est pas une grosse perte.
    « Sic transit gloria mundi », comme aurait dit Domenico Theotecopulos.

  8. JP Gautron dit :

    Plutôt que de chercher mille et une explications à la montée du Rassemblement National, prenons conscience que les électeurs sont de plus en plus nombreux à réaliser que leurs déclarations, constats et propositions ne sont ni diaboliques, ni antirépublicaines, mais de nature à redonner l’image qu’ils se font de la France, celle qu’ils veulent conserver. Si les politiques “biens pensantes” ne le comprennent pas le RN continuera à progresserez, pour ma part je m’en félicite.

  9. Chollon lionel dit :

    Heureux que tu prennes conscience de la menace que représente la montée du RN dans nos campagnes. Cela fait pourtant un moment que ce parti est en tête à chaque élection dans des communes de l’Entre Deux Mers, dirigées pourtant par des équipes municipales de gauche. Que Mathilde Feld ait repris la tête lors du premier tour des élections législatives à Créon, Cadillac, (etc etc) a été une fierté et la preuve que la gauche unie sur un programme clair en faveur du peuple peut battre le RN. Aujourd’hui, on constate avec amertume que les macronistes, sans aucune honte, pour se maintenir au pouvoir, commencent à tendre des perches vers les lepénistes. La preuve que le seul adversaire à combattre dans ces élections étaient la NUPES. Dommage que l’unité ait manqué dans notre circo. Mais je suis sur qu’elle se fera autour de Mathilde dès que la dissolution de l’assemblée sera annoncée.

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