Le statut de la liberté des femmes décapité aux USA

Il faudra de plus en plus considérer qu’il existe les « Etats-Désunis » d’Amérique et les étoiles du drapeau filent directement vers un retour dans la période sombre traversée avec des formes de sécession conservatrice revenant au siècle dernier. Plus que jamais la pression religieuse extrémiste sur ce que l’on ne peut plus considérer comme le pays le plus puissant du monde devient prédominante. Doit-on encore considérer que la statue de la liberté a encore sa place dans la rade de New-York après une nouvelle décision de la Cour Suprême des USA déniant le droit essentiel des femmes à disposer de leur corps ? Elle avait déjà cette semaine continué a légalisé le droit de porter des armes létales de toute nature dans le quotidien et partout ?

En fait cette instance strictement politicienne découlant de son noyautage par les extrémistes de toutes sortes constitue non seulement un défi à la liberté individuelle mais plus encore le principe même de l’égalité vis à vis d’une situation relevant de la conscience personnelle. Immédiatement d’ailleurs les États noyautés par les mouvances religieuses les plus rétrogrades ont sauté sur cette mesure d’un autre âge. Durant les sept dernières années ce ne sont pas moins de treize gouvernements autonomes qui ont adopté une législation prévoyant l’interdiction quasi totale de l’IVG (le danger pour la vie de la mère, parfois le viol ou l’inceste, constituant parfois des exceptions).

Leur décision déjà prise entrera en vigueur automatiquement dans les jours suivant la décision de la Cour suprême. Et pour blinder leur interdiction, ces États, à l’image de la Louisiane avaient souvent décidé que l’envoi de la pilule abortive venant d’un autre État par courrier constituait un délit passible de prison. Selon les défenseurs de la liberté de choix d’autres États qui restreignent déjà fortement l’avortement vont se précipiter dans la brèche pour l’interdire rapidement. Quelques-uns d’entre eux ne sont pas considéras comme spécialement conservateurs (le Wisconsin ou le Michigan par exemple) et n’ont jamais abrogé l’interdiction de l’IVG en vigueur avant 1973. Ils risquent eux-aussi de basculer. Une femme américaine sur deux sera désormais privée d’une liberté fondamentale.

Sur le plan pratique, la Cour suprême venait tout juste d’obtenir suffisamment de juges anti-avortement pour annuler l’arrêt Roe v. Wade Donald ûisque Trump avait pu en nommer trois avant de quitter la Maison-Blanche. L’équilibre interne de la cour en fut totalement modifié puisque la majorité conservatrice (six juges contre trois), avait la main mise sur les décisions. Trump a effectué une vraie révolution réactionnaire et religieuse ne représentant pas les convictions d’une majorité de citoyens.

Elle est en capacité d’imposer son idéologie à une large majorité de personnes souvent en détresse. De petits groupes de militants ultrareligieux en faveur des droits des femmes ont organisé des rassemblements devant les domiciles de plusieurs juges. Une pression inhabituelle, relayée par les réseaux sociaux. Les adventistes ont été en pointe dans ce combat.

Trump avait déjà la responsabilité de centaines de milliers de morts en raison de ses déclarations et de ses actes délibérés privilégiant l’économie du profit durant la première partie de la pandémie. En termes de mentalités, l’avortement est une question extrêmement politique aux États-Unis. Au lieu de s’intéresser à l’impact de la grossesse sur les premières concernées – les femmes enceintes -, les différents partis utilisent cette question pour rallier les électeurs à leur cause. Les juges de la Cour suprême ressemble à celle des Ayatollahs qu’ils critiquent tellement. Trump n’a d’ailleurs pas hésité un instant en déclarant que cette décision reflétait « la volonté de Dieu ». Rien que ça !

Les USA passent par de profondes crises sociétales : l’esclavage, la prohibition, la crise économique de leur capitalisme, le maccarthysme, le racisme, l’assassinat de son Président, la faillite des « Subprimes », l’élection de celui que dans n’importe quel autre pays on aurait qualifié de dictateur fou et maintenant la privation d’une avancée essentielle donnée aux femmes : jamais ils n’ont représenté la liberté mais plus sûrement le libéralisme débridé effaçant les valeurs essentielles de cette démocratie mal en point qu’ils prétendent imposer aux autres. Malheureusement ils inspirent nos propres politiques et souvent, trop souvent, leurs erreurs envahissent notre vie sociale.

Comment ne pas reprendre ce constat sans concession d’Oscar Wilde qui déclarait que « les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation »… Comment lui donner tort ! « God bless USA  » comme dit Joe Biden ! Et dire que nous galvaudons notre trésor de la laïcité.

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13 réponses à Le statut de la liberté des femmes décapité aux USA

  1. christian grené dit :

    J’entends encore cette ritournelle qui rythmait le vote citoyen lors des récentes élections législatives en France: « A voté ».
    Et j’entends toujours parler du rêve américain. Tu parles! On n’entendra même plus le mot « Avorter ». Faudra-t-il ligaturer les Trump?

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à mon ami Christian
      Tu es trop gentil avec Trump !
      J’ignore s’il est malade de ses cacahuètes mais je suis bien sûre que sa tête n’a jamais tourné rond !

  2. J. J. dit :

    Il est en forme dès ce matin Christian.

    Pour tout commentaire je vous invite à lire ce texte de Margaret Atwood, ainsi que, si vous le trouvez, (toujours possible faute de mieux sur ABbook) son livre : « La Servante Écarlate », écrit en 1985 et hélas quasi prémonitoire.
    https://www.legrandsoir.info/la-cour-supreme-veut-faire-appliquer-des-lois-du-xviie-siecle.html
    ou
    https://www.letemps.ch/opinions/margaret-atwood-cour-supreme-veut-faire-appliquer-lois-xviie-siecle
    Quelle horreur ces États soit disant Unis et leurs talibans. Pas étonnant qu’ils aient abandonné le peuple afghan au mains de ces sauvages, ils ne valent pas mieux, du moins leurs dirigeants : Trump le fou réac du fric et de la religion, Biden le chattemite hypocrite va-t’en guerre.
    Après l’invention des religions monothéistes, la création des USA est le deuxième plus grand malheur qui soit arrivé à l’humanité.

  3. J. J. dit :

    Il est en forme dès ce matin Christian.

    Restons politiquement corrects.
    Pour tout commentaire je vous invite à lire ce texte de Margaret Atwood, ainsi que, si vous le trouvez, (toujours possible faute de mieux sur ABbook) son livre : « La Servante Écarlate », écrit en 1985 et hélas quasi prémonitoire.

    https://www.letemps.ch/opinions/margaret-atwood-cour-supreme-veut-faire-appliquer-lois-xviie-siecle

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à mon ami J.J.
      « C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt ». Marguerite Yourcenar
      J’en ai moi même fait l’expérience… Jean Marie peut en témoigner.

  4. J. J. dit :

    Après l’invention des religions monothéistes, la création des USA est le deuxième plus grand malheur qui soit arrivé à l’humanité.

  5. Laure Garralaga Lataste dit :

    à Jean-Marie… Lorsque tu écris : « …jamais ils n’ont représenté la liberté », tu oublies leur engagement à nos côtés en 45 !

    • J. J. dit :

      Ce n’était pas un engagement vraiment désintéressé : sans la détermination du Général, rendons à César…nous serions devenus une colonie US, un avant poste pour attaquer les bolcheviks (comme la Corée), obsession de quelques fanatiques étasuniens …
      Et si l’on évoque l’aide des États Unis en 1944, il ne faut pas oublier que sans les victoires de l’Armée Rouge et les actions de la Résistance, les alliées n’auraient pas posé un pied en Normandie, ou ne l’auraient pas posé longtemps.

  6. Laure Garralaga Lataste dit :

    Moi aussi je désespère de voir galvauder notre laïcité !
    Qu’apprend-on aux enfants aujourd’hui dans nos écoles ?

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