Ici et ailleurs (11) : les forçats de l’été d’après Covid

L’hôtellerie de plein air souffre de la pénurie de main d’œuvre. Toutes les raisons liées au manque de motivation des jeunes qui habituellement complètent les équipes des campings, des résidences collectives ou des structures d’accueil en dur sont évoquées. Leur détermination à gagner quelques centaines d’euros en travaillant dans ces équipements serai en cause ? Comment peut-on refuser pareille aubaine ?

Paul qui depuis plusieurs semaines est employé dans un camping d’Entre Deux Mers a une toute autre vision de cet engagement au service des vacances des autres. « Tu sais il faut admettre l’inadmissible car dans l’hôtellerie de plein air les clients se comportent de manière épouvantable explique-t-il. « Ils en veulent dans cette période difficile pour leur argent et considère donc que tout leur est permis du moment qu’ils payent. Aucun respect des règles élémentaires du vivre ensemble. Ce n’est pas partout le camping des Flots Bleus. Il faut être prêt à tout. » avoue ce jeune homme employé à l’entretien. « Je me demande chaque matin s’ils se comportent de la même manière chez eux. »

La tâche est vraiment ingrate et exige un détachement moral quotidien. « Le révélateur de ces attitudes méprisantes c’est les toilettes. Ils les laissent souvent dans un état pitoyable avec le sentiment qu’il y aura bien quelqu’un derrière eux pour effacer leur saleté. Je n’étais pas habitué mais je découvre que rien n’est vraiment respecté. Non seulement ils laissent les lieux souillés mais en plus ils cassent ou détériorent ». Paul en a déjà assez d’être plus qu’un agent de nettoyage. Tous les matins il lui faut nettoyer au-delà du normal des installations collectives que les résidents veulent dans un état de propreté exemplaire.

A la piscine c’est pareil. « A peu près une personne allant se baigner sur vingt passe par lé pédiluve et la douche. Les recommandations, les panneaux n’y font rien. Il faudrait être présent en permanence et les contraindre à effectuer cette opération de salubrité. Impossible et donc tous les jours je dois nettoyer et désinfecter le bassin. C’est épuisant moralement de constater que personne ne respecte les autres ! » Et à demi-mot, lui qui n’a jamais été angélique, a une pensée particulière pour les enfants ou les ados qui ostensiblement refuse les règles obligatoires. Son dépit n’en ai que plus grand car il lui est interdit de formuler le moindre reproche.

S’il ne remet pas en cause le contrat qui le lie au camping il souffre de voir son travail méprisé. « Je suis paysagiste de formation. J’ai donc essayé avant la saison de rendre l’espace aussi agréable que possible. J’avais aménagé une décoration avec des cailloux blancs et rouges bien séparés. Il a fallu interdire le passage et le limiter avec un cordon sur l’allée en ardoise car tout était détruit en quelques jours. » Son dépit pèse sur son envie de satisfaire au mieux son employeur. « Ce n’est pas parce que c’est les vacances que l’on doit oublier la propreté et le respect. Je comprends pourquoi certains ne tiennent pas le coup. Et on m’a prévenu que ce n’était rien car la saison débute. »

Pour cet employé de l’été le pire ce sont les chiens. « Eux aussi sont ne vacances. Ils font leurs besoins où leur maître ou leur maîtresse les laissent libre de la faire. Il m’arrive discrètement de ramener les déjections devant l’installation où sont les propriétaires de l’animal mais c’est pas très bien vu ». En fait il est aisé de comprendre que nous sommes dans une période durant laquelle les limités n’existe plus. Alors que l’on évoque la volonté manifeste des jeunes et des moins jeunes de ne pas accepter des conditions de travail dégradées ces constats ne plaident pas en faveur des fameux jobs d’été.

Pour Paul on sent bien qu’après la pandémie un état d’esprit nouveau s’installe. Les contraintes n’existent plus ou ne doivent pas exister. Il ne renoncera pas mais il accumule une certaine rancœur vis à vis d’une catégorie sociale considérant que le pire n’est jamais critiquable. Bien évidemment la grande majorité des personnes accueillies conjuguent respect des lieux et des personnes qui les entretiennent mais les dérapages foisonnent. Et tous les jours le camping doit être nickel !  L’été 2022 n’est pourtant pas très ressemblant avec ceux d’avant la Covid. La réalité est de retour. 

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3 réponses à Ici et ailleurs (11) : les forçats de l’été d’après Covid

  1. J. J. dit :

    Le « français moyen « ans toute sa beaufitude, mais les étrangers n’ont rien à nous envier.
    On assiste à une explosion de l’esprit(?) primitif. Façon de parler, car je pense que ceux que Montaigne appelait les cannibales et qu’il appréciait beaucoup, avaient semble-t-il un comportement plus « urbain » vis vis de leurs congénères ( même si parfois il se laissaient aller à les dévorer).
    Je pense que l’homme et la femme de Cro Magnon auraient été scandalisés par de telles attitudes, que l’on retrouve sur la route, aux sorties d’école, dans les magasins etc..
    Je constate le regard réprobateur et narquois des imbéciles qui me toisent lorsque je monte dans l’autobus en ajustant ostensiblement mon masque(comme d’autres passagers le font).

  2. Deyris dit :

    Je suis de plus en plus dégoûté des gens. Quand on voit en arrivant dans les toilettes que l utilisateur précédent n à pas eu le courage de tirer la chasse c est scandaleux. Ne parlons pas des déjections canines. J ai un chien et j ai toujours une poche en papier au a minima une feuille de sopalin pour ramasser. Les gens trouvent humiliant de ramasser la crotte alors que je trouve humiliant de ne pas ramasser.

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    À méditer : et si cette incivilité avait pour cause la méconnaissance du sens de nos valeurs républicaines « Liberté, Égalité, Fraternité… !

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