Les faux frères d’Italie au rendez-vous de l’Histoire

Inexorablement l’Union européenne qui avait été conçue pour garantir la paix sur son territoire et éviter le retour du fascisme fonce vers la direction contraire de celles de ses concepteurs. Pour ne pas avoir voulu se construire politiquement mais seulement sur le concept du libéralisme économique comme valeur commune elle replonge dans l’incertitude. Chaque élection nationale traduit une montée des idéaux néfastes de l’extrême-droite que plus personne ne sait enrayer. La fracture sociale dans tous les pays cause des ravages entre une classe issue des élites financières et celle qui subit en permanence une dégradation de ses conditions réelles de vie.

La Pologne devenue inattaquable en raison de ses efforts colossaux effectués pour l’accueil des réfugiés ukrainiens ; la Hongrie épine douloureuse en matière de liens avec le Kremlin pour sauvegarder son alimentation énergétique restent les premiers territoires d’ancrage des valeurs du fascisme dédiabolisé. Le basculement de la Suède a constitué un nouvel avertissement. En Finlande, en France, en Espagne, dans certains landers allemands des élections ont offert une honorabilité aux porteurs d’adaptation électoralement rentables d’idées que l’on pensait renvoyées aux oubliettes de l’Histoire. Et ce n’est pas les événements actuels qui vont réveiller les consciences citoyennes.

Le week-end sera décisif pour l’UE que bien des observateurs ne voient pas résister à un passage de l’Italie, nation fondatrice, dans la camp des zélateurs du « Mussolinisme ». Si après les « démocrates » les bien mal nommés (20 % des suffrages en Suède), « Fratelli d’Italia » dépasse aussi ce score prévu par les sondages (25%) la situation globale va devenir instable, fragile et angoissante pour l’avenir. L’Europe de la « concurrence libre et non faussée », des privatisations tous azimuts, des nationalismes exacerbés affichera une faiblesse structurelle dans un monde de plus en plus violent et déshumanisé.

Lors de son dernier meeting, l’héritière revendiquée du Duce a éclipsé par la violence des es propos un Berlusconi (il est devenu un fervent de Poutine à 86 ans) et un Salvini relégués au statut de supplétifs mièvres et dépassés. Comme la Meloni qui a été biberonnée au sein du MSI (1) n’a jamais dirigé quoi que se soit, affronté la moindre crise ou assumé la plus petite décision, apparaît comme un recours face aux échecs de coalitions hétéroclites ayant explosé sous la pression de la réalité.

Au bord de la faillite institutionnelle dans une nation déboussolée par une dette abyssale (150 % du PIB) une part pas très nombreuse de l’électorat peut profiter d’uns abstention record pour conquérir le pouvoir. Le dégoût du « politique «  en général, l’indifférence vis à vis des principes démocratiques collectifs, les clivages sur des sujets sociétaux (avortement, place de la religion, immigration) ; l’abandon du lien social comme la vraie colonne vertébrale du vivre ensemble, le culte du fric sont les mêmes causes qui produisent les mêmes effets.

Les annonces faites par les néo-fascistes méprisent le contexte. Baisse des impôts (on sait où ça mène en matière de services d’intérêt général), abaissement de l’âge de départ vers la retraite ; la natalité « italienne » comme solution à la chute démographique ; un triptyque reposant sur « Dieu, lPatrie, famille » remplaçant simplement dans le slogan de Pétain le travail par la religion ; la priorité nationale pour l’éducation, l’emploi, le logement, les aides sociales ou le système de santé, d’emploi, de logement, d’aides sociales ou de santé ; le blocus naval de la Méditerranée : le programme n’a aucune crédibilité mais peu importe comme il ya centa ans pour Mussolini l’important c’est l’arrivée au pouvoir ! .

La dédiabolisation n’a pas été aussi loin que pour le RN en France. « Fratelli d’Italia » a conservé quelques sujets emblématiques d’un programme destiné à satisfaire tous les électorats « révoltés » contre le » pouvoir » mais « La Melonie » laisse les outrances à ses alliés installés dans la surenchère ou à quelques leaders locaux sans complexes. Pays le moins touché par l’immigration (Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, l’Italie accueille 2,4 réfugiés pour 1.000 habitants ce qui la place à la fin d’un classement européen à la tête duquel se trouve la Suède avec 23,4 réfugiés) et en pénurie de main d’œuvre surtout dans l’agro-alimentaire, la péninsule italienne va plonger dans l’incertitude totale.

Il paraît qu’à l’Elysée le maître des lieux serait tétanisé à l’idée que l’extrême-droite lui succède car il en porterait la responsabilité à l’égard de l’Histoire. Nul doute que lundi matin il ne manquera pas de féliciter celle ou celui qui aura obtenu la majorité relative lui permettant de sauver (pour combien de temps?) ou d’affaiblir encore plus le radeaux de la Méduse européen !

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5 réponses à Les faux frères d’Italie au rendez-vous de l’Histoire

  1. Gilbert SOULET dit :

    Effectivement Jean-Marie, avec vous, je souhaite que notre Président de La République
    se secoue et secoue son entourage pour faire en sorte que ce dilemme n’apparaisse pas chez nous.
    Bien à tous, Gilbert de Pertuis aux 82 printemps !

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    Quand on raconte des histoires en méprisant l’Histoire, c’est la peste brune qu’on renforce ! Demain, l’Europe va renouer avec le passé… Ce rendez-vous a-t-il cessé un jour ? A lundi !

    • Ernest Porras dit :

      Entièrement d’accord. J’ai le souvenir de l’espoir qu’avait soulevé le traité de Maastricht, la perspective de la monnaie commune, l’idéal de solidarité entre les peuples. Aujourd’hui, c’est à la rapacité dees oligarques que l’on assiste.

  3. J.J. dit :

     » Dieu, Patrie, famille », bonnet noir et noir bonnet « Travail Famille Patrie », ça ne serait pas plutôt « Travail, Famine, Pâte, Riz »?

    Le vieux et calamiteux fossile berlusconien refait surface. Il a encore assez d’énergie pour tenir son rôle de batteleur, mais était paraît il trop âgé pour purger sa peine de prison largement méritée. Nous sommes tous égaux devant la justice, paraît-il, mais la aussi, il y en a qui sont plus égaux que d’autres.
    Je me demande si certains habitants de certains pays peuvent encore être considérés comme des citoyens.
    Je suis bien content d’être vieux, ça m’évitera sans doute de revoir certaines horreurss.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à J.J.
      Moi aussi je suis bien contente d’être vieille… ! Cependant, crois-tu vraiment qu’en vieillissant, « on évite de revoir certaines horreurs… » ! Si ta réponse est oui, peux-tu me dire pourquoi, lorsque la guerre en Ukraine a débuté, ai-je été prise de panique… ? Ma réponse : parce que j’ai compris et ressenti que les vieux démons étaient de retour… !

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