Le changement d’heure : une aberration biologique

Il n’y a pas eu de vrais débats sur des sujets qui reviennent aussi régulièrement à la une d’une actualité erratique : les horaires d’hiver et d’été ou l’adaptation du temps scolaire aux vrais rythmes biologiques des enfants et pas aux rythmes de vie des parents ! En fait l’attribution du prix Nobel de médecine aux chercheurs américains, Hall, Rosbash et Young, pour leurs travaux sur la régulation de l’horloge biologique avaient permis d’aborder le problème essentiel de l’adaptation de l’organisme humain à des horaires absurdes . Ils avaient notamment découvert par quels mécanismes moléculaires la lumière du jour influence les gènes responsables de cette synchronisation.

L’occasion de revenir sur les plus récentes découvertes concernant l’impact de nos vies modernes sur ce rythme naturel. Mais dans le fond tout le monde s’en moque ! En quoi ces chercheurs auraient-ils la vérité quand on affirme dans es cours de récréation que les « chères petites blondes » sont fatiguées en se levant le matin ou que les changements d’heure officielle perturbent les organismes ! L’important c’est le fric et pas nécessairement le bien-être des populations !

Ces savants démontrent en effet que nous possédons une horloge biologique individuelle. C’est une zone du cerveau qui se synchronise sur la journée de 24 heures définie par l’alternance du jour et de la nuit. Ce cycle dure spontanément entre 23h30 et 24h30, selon les individus. Boris Sandler médecin à l’hôpital Robert Boulin Libourne, moins récompensé, fut un combattant inlassable contre le changement d’heure. Il a mené un lutte inégale et aujourd’hui disparu personne a repris le flambeau.

Sans cette synchronisation, notre sommeil se décalerait tous les jours au point que plus personne ne serait réveillé aux mêmes horaires. Pour ce faire, plusieurs synchroniseurs agissent simultanément, dont le plus puissant est la lumière ce qui nous éloignent considérablement des poncifs véhiculés par des pseudos-constats transmis sous forme de rumeurs devant les écoles ou dans des instances officielles où une affirmation individuelle suffit à établir une règle générale. En fait tout repose sur ce que les générations antérieures respectaient : l’heure du soleil !

En effet depuis le début des années 1900 et l’arrivée de l’électricité, l’humanité industrialisée a perdu entre une et deux heurs de sommeil par nuit. La lumière a en effet un impact très activateur avant le coucher : elle repousse la sensation de fatigue et empêche l’endormissement. Cette exposition inappropriée à la lumière peut potentiellement détraquer toute notre horloge biologique avec des conséquences sur les fonctions immunitaires, cognitives, le sommeil, la vigilance, la mémoire, les fonctions cardiovasculaires etc.

Impossible de ne penser à l’impact terrible des multiples écrans lumineux qui peuplent les loisirs ! Ce décalage pourrait selon les Prix Nobel, aussi favoriser le développement de certaines formes de cancer en perturbant la sécrétion nocturne de la mélatonine, hormone impliquée dans le contrôle de la division cellulaire et ralentissant la prolifération cellulaire de type cancéreuse. Ce constat « horloger » prend une importance capitale car elle s’ajoute à de multiples « petites » autres causes dans le rythme et les habitudes de vie actuelles néfastes aux équilibres biologiques.

La chronobiologie c’est tout simplement l’étude de ces rythmes et des conséquences de leur perturbation. Ainsi, les femmes ont 2,5 fois plus de chance que les hommes d’avoir un rythme circadien de moins de 24 heures. « Ce résultat pourrait expliquer pourquoi les femmes, qui se couchent plus tard que ne leur dicte leur horloge biologique en raison de notre mode de vie moderne, se réveillent en moyenne plus tôt, explique un chrono biologiste de l’INSERM, et pourquoi l’insomnie a une prévalence beaucoup plus élevée parmi les femmes. »

Ce constat est historique quand on connaît le rôle quotidien des femmes dans le travail au service de la famille qui prolonge l’exposition aux lumières artificielles. Elle vient s’ajouter aux autre sources lumineuses du travail en bureau, en usine, en magasin, en école, en tous lieux ! Les écrans font déjà des ravages !

La situation est encore plus inquiétante chez l’adolescent car au contraire, l’heure du coucher est retardée à cause d’une horloge biologique plus lente, qui met plus de temps à accomplir son cycle. C’est ce qui va déclencher un coucher et un réveil plus tardif. Les adolescents aujourd’hui présentent une dette de sommeil importante, à cause des horaires de coucher tardifs et de lever trop tôt pour permettre les 8 à 12 h de sommeil nécessaires.

Cette restriction quotidienne va entraîner une dette de sommeil chronique.  C’est un vrai problème de santé publique qui est selon les chercheurs en chronobiologie beaucoup plus accentué chez les enfants ! En effet la lumière bleue excite cent fois plus les cellules photoréceptrices de la rétine (les cellules ganglionnaires à mélanopsine) impliquée dans la régulation de ce rythme naturel. En s’y exposant par le biais des écrans de téléphone, tablette, ordinateur ou téléviseur, elles génèrent le message d’une exposition massive à la lumière et ralentissent les processus d’installation du sommeil et donc à une forte diminution du temps de sommeil !

Mais que vaut un Prix Nobel par rapport aux obligations économiques ou sociétales ? Rien ! Absolument rien ! Aucun lobby pour le défendre ! Ce soir vous dormirez sur vos deux oreilles une heure de plus !

Ce contenu a été publié dans ACTUALITE, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

9 réponses à Le changement d’heure : une aberration biologique

  1. DGN dit :

    La lecture de ton article a fait remonter à mes souvenirs mes batailles d’instit puis de directrice d’école pour « éduquer au sommeil » mes élèves….et surtout leurs parents. Avec mon équipe, nous avions fait venir au centre social du quartier le Professeur Montagner qui travaillait à l’époque sur la chonobiologie. Il avait, en grand pédagogue, animé une soirée débat fort suivie dans mon coin de ZUP et qui avait eu des effets très bénéfiques sur la qualité d’attention de nos élèves…… Et je rappelle chaque année depuis, les effets de cette aberration qui n’est toujours pas abolie, malgré les arguments scientifiques que tu rappelles.
    Mais il paraît que le bien-être est une valeur qui monte ???

  2. J.J. dit :

    Moi, pauvre vermisseau ignorant, je ne comprends vraiment pas l’intérêt de ce changement d’heure sous prétexte d’économie. D’ailleurs certains commencent (il est temps !) à se poser des questions : j’ai vu le titre d’un journal propre sur lui, il y a quelques jours : Le changement d’heure nous fait il vraiment faire des économies ?
    Et comme j’ai l’esprit un peu tordu, depuis le début je me suis toujours posé la question : ou bien on a affaire à un lobby qui tire les ficelles et ramasse les bénéfices de cette incongruité (par quelle astuce scélérate ?), ou bien, pire, les princes qui croient nous gouverner sont tellement …(je ne dirai pas le mot)que bien que la sachant inutile, ils ne changeraient pour rien au monde cette débile et néfaste routine.
    En attendant nous subissons, et on en aura encore pour au moins une semaine à régler la machine.
    Je me souviens d’une remarque d’un marin pécheur au moment où cette sublime réforme a été mise en route : « Nous on s’en fout , la marée est toujours à la même heure (GMT devenue UTC).

  3. christian grené dit :

    Comme qui dirait, l’heure c’est leurre. Dormez, braves gens!

  4. Florence Mothe dit :

    Tout à fait juste. Cette histoire de changement d’heure est née dans la tête malade de Valéry Giscard d’Estaing qui n’avait que des idées de boule de suif. Et il y a quarante ans qu’on emmerde les Français avec ça. ce qui donne une haute idée du courage et du libre arbitre de ses successeurs.
    bravo pour ce papier !

  5. facon jf dit :

    Bonjour,
    un lac entier d’encre a coulé au sujet des changements d’heures ( Avril avance la pendule et octobre recule la pendule). Aujourd’hui nos inénarrables ( Si bizarre qu’on ne peut le raconter) zélites qui se cachaient naguère derrière l’ Europe pour ne rien faire continuent vaillamment à repousser le changement. L’Union Européenne a annoncé en 2019 vouloir supprimer le changement d’heure qui intervient chaque année, en mars et octobre.
    Elle laisse le soin à chaque pays de décider du fuseau horaire qu’il utilisera désormais tout l’année, en comptant sur le dialogue entre les pays pour éviter les situations ubuesques.
    Le fond du problème est scrupuleusement évité à savoir quelle société voulons nous ?
    Si nous voulons raccorder notre manière de vivre aux cycles circadiens alors il nous faut tout changer dans notre vie. De juin à Août il faudrait se lever vers 4h00 du matin et se coucher à 20h00 pour avoir 8 h 00 de repos! se lever vers 6h00 pour se coucher à 22h00 le reste de l’année. Sommes nous tous d’accord pour se lever en été à 4h00 avec le soleil, prendre son petit-déjeuner, tondre sa pelouse de 5h00 à 6h00 puis aller au travail ? On imagine facilement le bouleversement de notre société. L’organisation actuelle de notre société est d’aller au travail dès qu’on se lève et de faire courses et loisirs après le travail avant le coucher. Pas facile de revenir à une société où seuls les « inactifs » non contraints par les exigences du travail pourraient sortir le soir pour les loisirs sans la crainte de la panne d’oreiller.
    Si l’on veut épargner le modèle de société actuel, le passage à l’heure d’été est la seule solution. On pourrait même argumenter qu’une heure d’écart n’est pas assez. En effet, peu de personnes utilisent le fait qu’il fasse jour dès 6h en été. Si on souhaite maximiser le temps d’ensoleillement disponible pour des activités extérieures, il faudrait même 2 heures d’écarts entre l’été et l’hiver.
    Pour finir, je dirais simplement que nos zélites nous gavent d’usines à gaz et ne savent même pas le début du commencement de ce que vivent les Français.
    Je vais illustrer mon propos de deux exemples datant de ces derniers jours.
    -Le ministre des solidarités qui devant les députés déclare ‘ »les assistantes maternelles gagnent un smic par enfant gardé soit 3 smic pour 3 enfants ». Devant le tollé sur les bancs et la panique des conseillers de son ministère, il avale la brosse et fait marche arrière. De la part de l’ancien président de la croix rouge qu’il était cela en dit long sur sa compétence professionnelle.
    – Le ministre de l’économie  » Bruno Lumière  » nous monte un pseudo amortisseur électricité qui sera mis en place au 1er janvier 2023. Tenez vous bien c’est … lumineux de complexité. « L’État découpe la facture d’électricité en deux : une partie (entre 40 et 60 % environ) est facturée par les fournisseurs au tarif avantageux de l’Arenh (l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique), l’autre est exposée aux prix du marché, qui ont atteint des records, parfois à plus de 1 000 euros le mégawattheure, ces derniers mois. Cet amortisseur prévoit que l’État prenne en charge jusqu’à 50 % de la partie de la facture d’électricité des entreprises exposée aux marchés, lorsque le prix facturé dépasse 325 euros le mégawattheure. « En intégrant la part de nucléaire (le tarif Arenh, NDLR), cela correspond à une prise en charge à partir d’un prix moyen du MWh de 180 euros », a précisé la Première ministre Élisabeth Borne jeudi. « Cet allègement pourra donc atteindre 120 euros par MWh », a renchéri Bruno Le Maire ».
    Donc en finale mon boulanger va recevoir une aide proportionnelle à l’envolée des prix du marché ( fou! ) de l’électricité. Si le marché est à 1000 euros le MWh l’État prendra en charge la moitié de la hausse de la moitié de la facture, mais cela laissera à mon boulanger au moins entre 500 euros et 600 euros en plus sur sa facture.
    Avec des zozos de ce calibre on a pas le cul sorti des ronces.
    Bon repos de fin de semaine

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *