Dépendance : un sujet d’avenir sur lequel on bat en retraite

L’allongement de la durée des périodes des cotisations avec un âge limite de faire valoir son droit à pension quel que soit son niveau vont être au cœur de l’actualité des prochains jours voire des prochaines semaines. Bien entendu le nombre 64 qui a eu son heure de célébrité en étant floqué sur des tee-shirts sera dans tous les esprits. Mais au-delà de ce débat national qui devrait faire l’objet d’une large contestation, d’autres sujets non évoqués devraient préoccuper l’opinion dominante.

Par exemple celui de la dépendance devient de plus en plus prégnant et son financement constituera un enjeu majeur dans moins d’une décennie. Pour le moment se dégage deux axes n’ayant rien d’inédit : le maintien à domicile avec ses limites en terme de sécurisation des personne seules et le placement dans des structures collectives dites médico-sociales.

Il va falloir si la réforme passe réviser les critères statistiques de l’INSEE pour appliquer le terme de « personnes âgées » puisque actuellement cette strate sociale débute à… 65 ans. En 2022 on comptait en France 13 937 158 membres de cette catégorie d’âge (° de 65 ans) dont 6 519 114 ont plus de 75 ans. Une évolution de 31 % depuis 2010 pour la première catégorie et seulement de 17 % pour la seconde ! 

L’aide aux adultes nécessitant un soutien plus ou moins important dans leur vie quotidienne débute à 60 ans tout comme pour l’entrée dans un Établissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (Ehpad). La réforme va donc modifier là encore ce repère.

La part présente de la population âgée de 60 ans et plus, bénéficiaires de l’APA approche désormais les 2 millions de personnes. Tout le monde sait que ce besoin augmentera considérablement dans les prochaines années et que le problème réside dans l’absence de personnel qualifié pour assurer le service dont elles auront besoin. Mais on anticipe pas avec le même zèle que pour les pensions. 

En dépit de la volonté des pouvoirs publics de promouvoir un « virage domiciliaire », les Ehpad occupent une place centrale dans l’offre de prise en charge, puisqu’ils accueillent aujourd’hui environ 600 000 résidents, soit 15 % de la population de plus de 80 ans vivant en France. Ils sortent très affaiblis financièrement et en terme d’image de la période de la pandémie. Le scandale ORPEA a contribué à ce que les établissements à but lucratif (ce qui d’après moi devrait être interdit) montrent leur vraie fonctionnement.

La recherche du profit a conduit à des abus détestables et il paraît extrêmement difficile d’avoir la certitude que les améliorations ont été mises en œuvre. La défenseure des Droits vient de jeter un pavé dans la mare en estimant que La réponse des pouvoirs publics face aux atteintes aux droits des résidents des Ehpad en France « n’est pas à la hauteur ».

Elle affirme qu’elle a constaté une hausse des signalements, qui montre que les manquements perdurent, que ce soient des cas de maltraitance, de limitation de visites ou de restrictions à la liberté d’aller et venir. Ces manquements concernent aussi bien le public que le privé, à but lucratif ou non. « Dix-huit mois après le premier rapport, le bilan s’avère extrêmement préoccupant : 9% de nos préconisations se sont traduites par une action, 55% ont fait l’objet d’annonces mais peinent à se matérialiser, et 36% restent sans réponse », souligne la défenseure des droits.

« Notre recommandation principale est de fixer un ratio minimal d’encadrement. Il faut au moins huit soignants et animateurs pour dix résidents en Ehpad. En France, le rapport est de 6 pour dix, là où les pays du nord sont à dix », poursuit elle. On en est loin. La défenseur des Droits estime que l’effort de contrôle reste insuffisant, notamment par manque de moyens humains. « Le gouvernement a beau avoir prévu le recrutement de 120 postes supplémentaires pour deux ans, c’est insuffisant pour couvrir les 7 500 Ehpad« . Un hasard !

Un récent rapport de la Cour des Comptes (1) a trouvé la solution : supprimer la partie « sociale » dans la mission des Ehpad qui deviendraient donc des établissements de fin de vie à caractère « sanitaire » . Intitulé « la prise en charge médicale des personnes âgées en Ehpas, un nouveau modèle à construire. » il propose ce que je n’ai jamais cessé de prôner en vain : Faire évoluer le rôle de l’Ehpad dans son territoire d’implantation.

La nécessité de diversifier les modes d’accompagnement des personnes âgées et de surmonter la dichotomie entre établissement et services à domicile est unanimement reconnue. L’Ehpad conçu comme « centres de ressources » serait le lieu d’organisation, de coordination et d’optimisation des ressources d’un territoire dans une logique de services aux personnes âgées en perte d’autonomie. Il mobiliserait ainsi les compétences du plateau technique que représente l’établissement, pour les déployer vers l’extérieur, le positionnant ainsi comme une plateforme de ressources pour le domicile. »

C’est exactement le projet qu’a proposé l’Ehpad du Hameau de la Peloue de Créon et qui attend… une réponse ! Ca ira moins vite que pour l’âge de la retraite.

(1) Rapport réalisé pour le Sénat et publié en février 2022

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3 réponses à Dépendance : un sujet d’avenir sur lequel on bat en retraite

  1. J.J. dit :

    « La défenseure des Droits vient de jeter un pavé dans la mare en estimant que La réponse des pouvoirs publics face aux atteintes aux droits des résidents des Ephad en France « n’est pas à la hauteur ». »
    Et pour cause ! Aucune crainte que le public concerné se mette en grève et aille défiler dans les rues, à la merci des Black Block qui vont faire un retour remarqué dans les jours à venir.

  2. Philippe Labansat dit :

    Qui n’a pas eu (n’a pas) de proches en EHPAD, et n’a pas pu mesurer l’étendue du problème (ou, selon, du scandale).
    Il est sûr qu’il n’y a rien à attendre des pouvoirs publics et, si l’on veut absolument décharger son entourage du fardeau que l’on pourrait soi-même devenir, on en arrive à se demander comment tirer sa révérence en douceur avant l’échéance…

  3. facon jf dit :

    Bonjour,
    accompagnant bénévole d’une personne âgée qui n’est pour moi qu’un ex-voisin, je peux témoigner de l’état de délabrement du système d’accompagnement de nos anciens.
    La période Covid marque un changement de statut des directeurs d’ Ehpad, changement totalement passé inaperçu. La fiche descriptive du poste « Le directeur/directrice de maison de retraite (ou EHPAD) assure la gestion d’un établissement accueillant des personnes âgées en perte d’autonomie ou totalement dépendantes. Il pilote aussi bien les enjeux médico-sociaux et humains de la structure que sa gestion administrative, financière et logistique. »
    On a assisté pendant l’épidémie au glissement de la fonction vers des décisions de privation partielle ou totale des libertés fondamentales des résidents ET de leurs proches.
    Dans l’indifférence générale les principes mêmes de la liberté individuelle ont été piétinés par des administratifs convaincus d’œuvrer dans la bonne direction. Pourtant la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme interprète le droit à la liberté et à la sûreté dans le sens de la protection de la liberté individuelle contre l’arbitraire. Tout en tenant compte des difficultés que peut rencontrer l’État dans l’exercice de sa mission de préservation de l’ordre public et de la sécurité nationale, la Cour circonscrit rigoureusement les mesures privatives de liberté et protège vigoureusement les droits des personnes privées de liberté.
    Un silence assourdissant de la part des élus garants du respect des droits fondamentaux s’est fait entendre. CE QUI S’EST PASSE EST TRÈS GRAVE !
    Depuis cette période j’ai suivi le parcours de cette personne isolée, le maintien à domicile pendant la période Covid avec le soutien des voisins bénévoles, puis la mise en place de l’aide à domicile ( aide ménagère et repas fournis par l’Ehpad voisin) et enfin l’Ehpad.
    Mon sentiment global est la satisfaction d’avoir évité le confinement forcé en  » prison de retraite » pendant la période Covid à cette personne.
    La période de perte d’autonomie avec aide à domicile comporte de très nombreux dysfonctionnements. Le personnel infirmier mérite une très bonne note avec une prise en charge socio-médicale de très haut niveau. L’aide ménagère est juste dans la moyenne avec un personnel fluctuant au grès des recrutements parfois hasardeux … Les repas à domicile sont quand à eux exécrables, seul l’argent à gagner semble être le moteur de ce service annexe de l’Ehpad.
    L’ultime phase -résident en Ehpad- est socialement difficile à vivre compte tenu du manque criant de personnel. La première observation est le recours systématique au fauteuil roulant, accessoire indispensable au personnel pour faciliter le travail. En utilisant à outrance cet outil les résidents perdent encore plus vite leur autonomie motrice. Qu’importe! les soins de kiné sont ainsi justifiés et de nombreuses heures d’aides soignants sont économisées. Les soins infirmiers sont dispensés au chronomètre, le manque de personnel en est la cause. La nourriture est abondante mais pas très peu apétissante et encore moins adaptée aux régimes suivis avant. Ainsi, pas de repas adaptés aux diabétiques, pourtant une nutritionniste est rémunérée par l’établissement, comprenne qui peut, ou faut-il y voir l’économie réalisée en cuisine?
    Le « jeune » résident ( 96 printemps) que j’accompagne à toute sa tête et l’état de délabrement mental de la majorité des autres pensionnaires l’affecte au plus haut point. Les animations des après-midi sont tristes du fait de l’état végétatif des plus atteints et le panel est de ce fait restreint.
    Oui il faut réformer en profondeur la structure d’aide au grand âge et à la dépendance.
    Oui il faut se poser des questions sur l’argent dépensé par les institutions, les résidents et leurs familles.
    Oui il faut revoir et encadrer le fonctionnement des établissements publics et privés.
    La volonté pour mener cette réforme existe-t-elle, ou bien les intérêts financiers sont-ils les seuls moteurs des évolutions à venir ?

    Pour ma part, éviter le plus longtemps possible ce parcours est une motivation profonde à prendre soin de moi et d’espérer mourir avant dans la dignité si c’est possible… Mais c’est encore un autre débat.

    Bonne journée

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