Les extrémismes religieux prennent leurs aises

De partout le corset de la laïcité et de la tolérance craque sous les boursouflures des extrémismes religieux. Il n’y a plus une seul jour sans qu’en un lieu les porteurs de croyances interfèrent dans la vie sociale collective. Ils imposent par la force un code de valeurs contraires à la liberté de conscience, l’égalité d’accès à la culture ou au sport, la fraternité indispensable au bien vivre. La somme des événements constitue un phénomène dévastateur mais révélateur de la réalité d’un pays ayant oublié ses références historiques. Les concerts, le spectacles, les rencontres sportives deviennent par exemple des enjeux permettant à des groupes ou des individus de banaliser les atteintes au libre-arbitre de chacun.

Ainsi pour la seconde fois, le mouvement Civitas a bloqué l’entrée du public dans l’église Saint-Cornély à Carnac (Morbihan) samedi. Ils ont obtenu l’annulation d’un concert de l’artiste américaine Kali Malone, notamment à cause du titre de… deux morceaux jugés profanatoires. Il faut encore une fois rappeler qu’un édifice religieux reste propriété de la collectivité territoriale mais que les représentants du culte en sont attributaires. Rien ne peut s’y dérouler sans que le prêtre ait donné son accord. Un orgue se trouve en général dans une église… et il est impossible pour un musicien pratiquant cet instrument de s’exprimer ailleurs.

Civitas a jugé que l’accord donné par le curé n’avait aucune valeur. Ce dernier avait répondu aux protestataires que la «Commission des concerts de la paroisse et des prêtres avait regardé de très près les œuvres proposées sans déceler quoi que ce soit d’antichrétien ou de profanatoire». Un titre appelé « Sacer Profanare », alliance latine des termes « saint et profaner », et un autre « The Sacrificial Code », soit le « code sacrificiel » avaient attiré leur haine du concert. Or le pire c’est que « Sacer Profanare » objet de la haine, n’était d’ailleurs même pas au programme de l’artiste.

Les extrémistes catholiques ont triomphé puisque les forces de l’ordre ne sont intervenues que plus d’une heure plus tard et que la Maire de Carnac a décidé de l’annulation de la prestation de l’organiste. Le même mouvement avait déjà obtenu un résultat identique en avril, lors du tour de chant Bilal Hassani dans une église désacralisée de Metz. Eddy de Pretto quant à lui, avait été cyberharcelé après un concert en l’église Saint-Eustache à Paris, où il avait interprété son morceau A quoi bon, évoquant les difficultés à concilier son homosexualité et sa foi. Jusqu’où ira-t-on ? Nul ne le sait.

Bien évidemment ces faits qui s’accumulent participent d’un mouvement national ayant bien d’autres ramifications dans d’autres domaines que la culture.  Dans un autre registre alors que la Ligue Nationale Professionnelle de Football avait décidé de mettre en œuvre une opération symbolique pour inciter au respect de l’homosexualité, des joueurs ont refusé de s’y associer. Il leur était simplement demandé de porter un maillot avec un numéro aux couleurs de l’arc-en-ciel. Cette prise de position qu’ils tenteront de justifier par je ne sais quels arguments est simplement dictée par une vision religieuse extrémiste. C’est un aveu d’intolérance caractérisée.

Les contestataires, tous de confession islamique, étant professionnels, le maillot étant l’un dés éléments de leur tenue de travail, cette prise de position pose un problème de fond. Ils ne peuvent absolument pas se soustraire à une action de lutte contre les discriminations à laquelle participe leur club club, leur employeur, en raison de croyances personnelles ou religieuse. Des situations similaires ont eu lieu durant la période du ramadan. Elles avaient été esquivées dans certains clubs. Un seul responsable avait pris une position claire : Antoine Kombouaré entraîneur de Nantes qui a d’ailleurs été récemment viré.

Si l’on ajoute les attaques contre les tableaux des musées, les défilés de centaines d’individus vociférant « A bas le République », les revendications se salles de prières dans certaines entreprises, les suspensions de conférences ou de rencontres par peur des réactions hostiles, on en arrive à une forme de censure ou d’auto-censure révoltante. Ce qui fut exceptionnel devient monnaie courante. C’est un phénomène qui s’amplifie contrairement à la défense de la laïcité. La pression intolérante exercée par les extrémistes de tous ordres étouffe lentement l’idéal républicain. Le racisme galope. La misère culturelle progresse. L’intolérance s’installe. Brassens, Ferré, Brel, Ferrat… surtout ne revenez pas ! 

 

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6 réponses à Les extrémismes religieux prennent leurs aises

  1. J.J. dit :

    « Un orgue se trouve en général dans une église… et il est impossible pour un musicien pratiquant cet instrument de s’exprimer ailleurs. »
    C’est pourquoi, étant un amateur de musique d’orgue, qui est un fabuleux instrument, malheureusement anschlussé par les religieux, je m’abstiens d’assister à un concert dans un lieu fréquenté et géré (en partie) par des gens avec lesquels je n’ai aucun lien et où ne sera pas respectée ma liberté de pensée.

    « Cette prise de position qu’ils tenteront de justifier par je ne sais quels arguments est simplement dictée par une vision religieuse extrémiste. »
    Comble de l’hypocrisie c’est dans les milieux religieux catholiques, en particulier , que l’homosexualité serait la plus développée, conjointement à l’homophobie (faites ce que je dis …) : voir l’ouvrage de Frédéric Martel,  » Sodoma, enquête au cœur du Vatican », paru en anglais sous le titre : « In the Closet of The Vatican »(février 2019).
    Tartuffe a eu une belle descendance multi religieuse, et ce qui est consternant, c’est de constater la pauvreté des arguments qui pour ces individus « font foi » (sic).

  2. christian grené dit :

    Le corbeau croasse et les croyants croient. La grenouille coasse, et Grené coince… sur le sujet. Heureusement J.J.

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      à mon ami christian…
      Je vous ai abandonné 2 jours, chers amis, pour une bonne cause… Hélas ce n’est pas encore fini… ! Merci d’excuser mes absences sur « Roue Libre » et sachez que je ne vous oublie pas…

  3. Gilbert SOULET dit :

    https://photos.google.com/share/AF1QipPzOPqtmaJWPjBwgH7ClMd5bzJdVekglDhNXHXJ6EumDmyLyAHNIcXan0ONqASJ4w?key=UWNHUmtCOXMxckFRNzBzZWJSaXFKTjFreEpBSEJ3
    Pertuis Vaucluse a su toujours et encore se distinguer. Cela ne me gêne absolument pas !
    Gilbert SOULET

  4. facon jf dit :

    Bonjour,
    Passionnante histoire que celle des religions et des malheurs qu’elle à engendrée.
    Deux éléments actuels illustrent les failles religieuses qui remontent à presque 1000 ans, La visite de Volodymyr Oleksandrovytch Zelensky d’origine juive qui rencontre le Pape François et les élections en Turquie.
    Quel rapport byzantin entre les 2 évènements ?
    Justement le point commun c’est Byzance d’origine berbère ou carthaginoise, elle passa successivement sous la domination romaine, vandale, byzantine et arabe. Appelée officiellement İstanbul depuis le 28 mars 1930, elle a porté d’autres noms durant son histoire (encore parfois utilisés selon les contextes), notamment Byzance au moment de sa fondation, puis Constantinople (à partir du 11 mai 330 en l’honneur de l’empereur romain Constantin Ier). Corridor de l’Europe et de l’Asie elle contrôle la liaison entre la mer Noire et à la mer de Marmara. Depuis des millénaires elle représente un enjeu stratégique politique économique et religieux.
    Revenons 1000 ans plus tôt Le schisme de 1054 désigne en principe la rupture survenue le 16 juillet 1054 entre l’Église de Rome (Occident) et l’Église de Constantinople (Orient). Au XIe siècle, les relations entre le patriarche de Constantinople et le pape de Rome étaient très tendues depuis déjà deux siècles. À partir du IXe siècle, l’Italie du Sud était sous juridiction de l’empereur byzantin (voir la carte ci-dessous), là où s’élevaient de nombreuses églises de rite grec. Or, le pape entendait y implanter le rite latin, comme dans le reste de la péninsule italienne et dans le reste de l’Europe. En réponse aux mesures du pape, le patriarche de Constantinople fit fermer les couvents et les églises latines de Constantinople pour cause de non-respect des usages liturgiques grecs. Il s’ensuivit une excommunication réciproque entre le patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire (de mars 1043 à novembre 1058) et le pape de Rome, Léon IX (de 1049 à 1054).
    L’enjeu du schisme est bien évidemment le pouvoir et l’argent… Le drame de la 4ème croisade lancée en 1198 se joue autour des moyens financiers pour déplacer les 10 000 croisés vers Byzance. Enrico Dandolo, doge qui gouverne la République de Venise, fixe le prix du transport au montant considérable de 85 000 ducas en or soit plus de 300 kilos d’or pur à 99,47% (environ 17 millions d’euros), somme exorbitante à laquelle il est nécessaire d’ajouter la moitié du butin récolté lors de l’expédition. Le sabre, le goupillon et les financiers sont à la manœuvre. Il est évident que les Croisés ne peuvent réunir la somme demandée, aussi les Vénitiens leur proposent-ils alors une substantielle remise en échange d’un ’’petit’’ service : conquérir le port chrétien de Zara, sur la côte dalmate (aujourd’hui Zadar, en Croatie) et le leur livrer. Le 24 novembre 1202, Zara capitule. Si les Chrétiens ont la vie sauve, leurs biens sont confisqués et partagés entre Croisés et Vénitiens.
    Le 12 avril 1204, les croisés de la IVe croisade donnent l’assaut à Constantinople qui tombe en 4 jours. La ville est mise à sac par les chevaliers et le carnage commence.
    2 000 Grecs sont tués en quelques heures, les femmes violées et les hommes massacrés, les bâtiments incendiés, les lieux saints profanés et pillés, les icônes, reliques, objets précieux de culte, œuvres d’art volés et partagés entre les Croisés et la République de Venise.
    Il est fort probable que la mise à sac de Constantinople en 1204 et les conséquences de cet acte guidé par la cupidité et l’orgueil, au mépris de toute humanité, ont largement contribué à la chute de la ville deux siècles et demi plus tard . Le 29 mai 1453, les Ottomans prennent le contrôle de Constantinople et mettent fin à l’Empire byzantin.

    La rupture survenue le 16 juillet 1054 entre l’Église de Rome (Occident) et l’Église de Constantinople (Orient) a des retentissements dans la guerre d’Ukraine aujourd’hui puisque Kiev persécute les popes fidèles à la Russie.
    De son coté le lointain successeur Musulman de Mehmet II ( vainqueur de 1453), occupe la scène mondiale de manière Byzantine notamment dans les conflits passés ou actuels et il sera très bientôt réélu. Pendant les guerres les affaires sont les affaires.

    « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge ! »*

    Et n’oubliez pas notre saint patron  » Pognon » louez à bon prix ses bienfaits .

    Bonne journée

    (*) Cette citation attribuée à Voltaire, aurait pour origine une déclaration d’Antigone II, roi de Macédoine qui vécut vers 225 av. J.-C. Elle s’applique parfaitement à ce sombre épisode de l’Histoire.

    • J.J. dit :

      « Si les Chrétiens ont la vie sauve, leurs biens sont confisqués et partagés entre Croisés et Vénitiens. »
      J’ai toujours pensé (pas toujours cependant , attendu qu’en « instruction religieuse » on n’entrait pas dans ces détails) que les croisades étaient avant tout des entreprises commerciales, de conquêtes et de pillage.

      « Kiev persécute les popes fidèles à la Russie. » voilà qui conforte mes suppositions à propos de certains aspects de ce conflit. Il faut aussi prendre conscience que dans ces contrées (en Galicie par exemple) des églises « Uniates », de rite byzantin mais d’obédience catholique, sont comme le loup dans la bergerie. Il en existe une à Paris, de rite catholique grec, à Saint Julien le Pauvre (rive gauche, quartier latin). J’y suis allé faire de « l’espionnage » en faisant le triple signe de croix traditionnel pour ne pas me faire remarquer pendant l’office, pittoresque, haut en couleur, mais très vite aussi ennuyeux qu’une messe traditionnelle.
      Le clergé ukrainien avait fait sécession d’avec le clergé russe bien avant la guerre actuelle, ce qui n’était pas vraiment un bon signe, et les tentatives d’imposer le calendrier grégorien, avec le déplacement de la date de Noël pourraient confirmer volonté de sécession, inspirée par qui ? Je ne ferai pas part de mes théories complotistes.
      Quant au zélé Zelenski, il n’est pas très regardant sur ses potentiels alliés, témoin l’aimable bataillon Azov et l’évocation de Stépan Bandera qui s’est illustré pendant la deuxième guerre mondiale avec sa Légion Ukrainienne dont une spécialité était la chasse aux juifs.

      Bonne soirée.

      https://www.wsws.org/fr/articles/2023/03/10/gert-m10.html
      https://www.tribunejuive.info/2023/02/23/lev-golinkin-monuments-aux-collaborateurs-nazis-en-ukraine-27-janvier-2021/

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