Le maître des chaises musicales dans l’embarras

Si l’on connaît un tant soit peu la constitution de la V° République, il est aisé de comprendre que le pouvoir appartient à un monarque républicain déresponsabilisé vis à vis du pays car en contrat à durée déterminée connu de tous. Il sait que lui ne pourra en aucune manière être «licencié » avant terme même en cas de faute grave. Normalement il devrait impulser les grandes orientations et laisser le soin au Premier des Ministres de les mettre en œuvre. Sauf que aucune personne lucide ne soutiendra que dans les faits cette pratique soit celle qui existe.

L’occupant de l’Elysée surtout s’il sait qu’il ne peut plus être candidat, a absolument toutes les cartes en mains. Il les abat à sa guise quand les circonstances le lui permettent. Sauf que depuis la fin du précédent et le début du quinquennat actuel, le Président est soumis à une série de crises internationales, nationales sur lesquelles il n’a aucun levier autre que celui que lui procure le principe « action-réaction ». Si « gouverner » selon la première partie d’une définition politique d’Emile Girardin, « c’est prévoir » la stratégie en marche se résume au contraire avec ce que cela suppose comme dangers.

La société en général répond avec promptitude et sans aucune réelle analyse à tous les événements. Les responsables de sa gestion se contentent de suivre les spasmes éphémères, diversifiés et répétitifs de l’opinion dominante. Ils la flattent. Ils la suivent. Ils l’exploitent comme des proxénètes ne cherchant que leur intérêt et ils finissant par prostituer leurs valeurs pour des plats de lentilles électoraux. Girardin avait ajouté à son « gouverner c’est prévoir » l’appendice suivant « et ne rien prévoir c’est courir à sa perte ». Confier à un seul homme sans aucune expérience de la vie réelle quotidienne le sort de millions d’autres relève véritablement de l’inconscience.

Alors pour donner le change, ce dernier s’entoure de ce que l’on appelle un « gouvernement » sans autre pouvoir réel que celui de servir son créateur et d’assumer les échecs de ce qu’il n’a pas décidé. Irresponsable car soumis à absolument aucune échéance populaire permettant de le contrôler ou au minimum d’exiger des explications, ce détenteur de ce qu’il pense en arrivant être une capacité à innover, agir, gérer n’existe pas autrement que les médias. Coincé entre les moyens que lui donne ou ne lui donne pas Bercy, surveillé comme le lait sur le feu par Matignon ou ceux de second rang par leur tuteur légal, le Ministre n’a qu’une marge de manœuvre plus que réduite. La très grande majorité d’entre eux n’existent qu’à la marge et n’ont que le rôle de supplétif taillable et corvéable à merci.

Depuis quelques jours plane la menace du fameux remaniement, c’est à dire l’éviction décidée par le Président pour celles et ceux qui ne pèsent pas suffisamment sur le plan médiatico-politique. Le seul intouchable demeure le détenteur de tous les secrets, de toutes les combines, de toutes les entorses de tout le monde, le ministre de l’Intérieur. S’il le veut il s’offre un « carton » utile pour assurer son avenir. Pan dans le mille à tout moment avec les renseignements qui lui parviennent et qu’ils dégainera au bon moment. Les autres sont révocables sans autre préalable qu’un coup de fil venu du « Château ». Et encore il ya des exemples où les virés l’ont appris par les journalistes.

Le vrai problème du jeu des chaises musicales sonnant faux, ne réside pas dans la mise à l’écart des « insuffisants », des « médiocres » ou des « absents » mais, parait-il de les remplacer. On ne se bouscule pas pour intégrer le groupe des accompagnateurs des volontés présidentielles par les temps qui courent. Les bonnes volontés d’ordinaire nombreuses ne se montrent guère. Des budgets en berne. Une minorité majoritaire ectoplasme. La possibilité d’une vraie crise financière mondiale et nationale. Une guerre qui ne se terminera pas. La plongée de la planète vers sa fin. Un tsunami RN aux élections européennes. Autant de constats qui perturbent les prétendants sérieux.

Les éruptions volcaniques urbaines calmées par ceux qui ont de fait le pouvoir sur la jeunesse en fusion, les religieux et les parrains de l’économie souterraine sont susceptibles de reprendre au moindre incident. Rien ne sera réglé. Les forces obscures des quartiers en difficulté sortent comme après 2005 renforcées de cet épisode. Le remaniement ne changera rien à cette menace pouvant se trouver renforcée par d’autres apports contestataires. La France devient chaque jour un peu plus « ingouvernable » tant elle est parcellisée, usée moralement, remontée ou résignée que le changement des utilitaires n’intéressera pas grand monde. Vous connaissez le jeu du chat perché ? Celui de l’Elysée lui n’a pas intérêt à descendre ! 

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5 réponses à Le maître des chaises musicales dans l’embarras

  1. François dit :

    Bonjour J-M !
    « … Les éruptions volcaniques urbaines calmées par ceux qui ont de fait le pouvoir sur la jeunesse en fusion, les religieux et les parrains de l’économie souterraine… »
    Comment, Toi, J-M, l’ancien encarté socialiste, tu reprends les propos récents de Z ?
    Certes, « il n’y a que les imbéciles … » mais alors là ! ! Certainement le changement climatique … ou …. la recherche de nouveaux électeurs ! ! ! !
    Je suis sûr que ta réponse va … fuser ! ! !
    Amicalement

  2. J.J. dit :

    « L’occupant de l’Elysée surtout s’il sait qu’il ne peut plus être candidat…. »
    Est ce vraiment sûr ? Quand on sait dans quel sérail il a été formé, on peut avoir des doutes légitimes.

    • patrickG dit :

      Je partage cette crainte depuis longtemps. Certes il ne peut plus être candidat mais comme c’est son office de déstructuration globale qui lui importe, il a toutes les cartes en main pour continuer son « œuvre ». Délire parano?
      Il suffit de s’intéresser au projet de loi de programmation militaire pour avoir des sueurs froides tant on peut y comprendre tout et n’importe quoi!!

      https://www.youtube.com/watch?v=QVOT87U3pds

  3. patrickG dit :

    PS, il s’agit évidemment de mon ressenti personnel sur un texte de loi qui « encadre » l’usage de la guerre. Texte de loi émis par un gouvernement en lequel je n’ai aucune confiance… à raison me semble-t-il! Qui prépare la guerre…

    JM, toi qui est familier de ces lois hermétiques au simple quidam, peut-tu nous en faire ta lecture perso? Merci d’avance,
    Cordialement

  4. Christian Baqué dit :

    Les prétendants ne se bousculent pas ! En effet pourquoi s’exposer aux casseroles sous les ordres de ce petit bonaparte, dont il n’est même pas sûr qu’il arrive au terme de son mandat ? La macronie se délite pour son service acharné des intérêts capitalistes, ses aptitudes à poursuivre la liquidation des acquis des salariés, des services publics, Ecole, Hôpitaux (bien engagée par Sarkozy et Hollande…) La Vème République monarchique est en bout de course. Il faudra tout l’art de la division de Roussel et consorts pour saboter la NUPES, sauver Macron ou, s’il le faut, tenter de mettre au pouvoir les lepenistes, les pseudos républicains de Ciotti, et les débris de la macronie … Nous n’en avons pas fini, hélas, avec les liquidateurs de la démocratie !

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