Avancer autrement sur les chemins de la citoyenneté

Impossible de persuader les « habitués » des sentiers que vous avez empruntés depuis des décennies, de votre ferme résolution de ne plus y cheminer de la même manière que par le passé. Mes derniers pas dans la vie publique n’ont pas été les plus faciles et les plus intéressants. Juste le besoin de terminer de la même manière que j’avais débuté il y a plus de 50 ans auparavant m’animait, à la fois par souci de respecter les tâches qui m’avaient été confiées et celui de tourner la page aussi rapidement que possible. Cette période est close avec un seul principe qui demeure : «  je pardonne volontiers à ceux qui  m’ont offensé mais j’en conserve la liste ». Elle a été longue et confinée au premier semestre 2021 mais elle est gravée dans ma mémoire avec des mots, des déclarations, des écrits qui resteront comme des cicatrices douloureuses.

Dans mon nouveau quotidien, j’ai pris de nouveaux repères. J’ai recherché dans la proximité les raisons de toujours croire dans les valeurs qui m’ont animé. J’ai construit un monde beaucoup plus restreint avec plus aucun espace dédié à ce jeu politique de plus en plus malsain. Je n’ai vraiment plus aucune appétence et même souvent du dégoût quand je suis, en citoyen attentif, les positions des un(e)s et des autres. Péremptoires, agressifs, provocateurs, détachés de la réalité, accusateurs, dégoulinants de revanche ou d’aigreurs, strictement politiciens ou aguicheurs les propos que je lis ou que j’entends, m’éloignent toujours plus du mal qui ronge la vie sociale : le mépris pour tout ce qui ne correspond pas à votre intérêt matériel ou idéologique. Il y a des silences plus lourds que les mots et des absences plus fortes que les reproches. 

Ayant quitté il y a maintenant presque six ans le PS pour un désaccord sur l’inscription dans la constitution de la déchéance de la nationalité je n’en ai pas pour autant changer de référentiel et de camp. Jusqu’au dernier jour je n’ai pas varié dans le cap même si qouvent l’envie a été forte de poser la besace avant de franchir la ligne et de prendre les sentiers de traverse. Parfois déchiré entre l’amitié et la fidélité j’ai retrouvé ma liberté avec une certaine jouissance de la posséder sans avoir envie de l’exercer. J’ai renoncé à mes mandats chaque fois que j’avais annoncé que je le ferai. 

Plus jamais je ne reviendrai sur des postures strictement partisanes malgré les sollicitations qui se multiplient. C’est fini depuis 30 juin et l’élection des conseillers départementaux qui m’ont succédé. Je laisse vraiment et le plus sincèrement à une autre génération de construire un avenir qui pour moi s’avère des plus limité. J’ai confiance en instituteur dans le blé qui lève.

«La » politique ne me concerne plus. « Le » politique continue à me passionner. Les supports de cette envie de d’agir seront les livres que j’ai écrits. Ce sont eux qui me serviront pour tenter de ramener le débat citoyen sur les valeurs essentielles et pour mener le combat auquel je ne renoncerai jamais : développer la citoyenneté. Un vrai bonheur que celui de se retrouver chaque jour ou presque face à des élus locaux, des personnes de tous les horizons, des jeunes ou des moins jeunes, des convaincus et des « à convaincre » sans le filtre d’une fonction ou d’une mission. Je me sens léger.

Lorsque j’entends qu’un parti se réjouit d’avoir retrouvé des milliers d’adhérents qui ne viennent qu’en supporteurs d’un(e) candidat(e) mais surtout pas pour un projet je me dis que nous continuons à aller vers le précipice. L’idolâtrerie devient le fléau de notre époque à cause de cette élection présidentielle ressemblant davantage à un concours de Madame de Fontenay qu’à une confrontation sur les solutions aux problèmes de la société. Je sais : il me sera reproché de me réveiller tardivement et d’accomplir un acte de contrition inconnu de mes pratiques. Mieux vaut tard que jamais.

Je ne pense pourtant pas qu’en ayant choisi de suivre Michel Rocard en son temps on puisse me reprocher que mon adhésion reposait sur sa seule personne. Il en fut de même sur le plan local. La facilité eut été souvent de pencher pour le camp le mieux armé et de se glisser dans les fantassins à récompenser. J’ai essayé de ne pas y céder ou tout au moins de le faire le moins souvent possible sans me considérer comme un héros ou un résistant inflexible. Je ne cracherai pas sur les tombes  pas plus que je ne jugerai pas ce que je ne veux plus faire et que font les autres sauf s’ils dérogent aux valeurs essentielles qui restent les miennes.

J’ai encore en mémoire une soirée à la maison d’école où je logeais où j’entendis l’un des mentors que je servais fidèlement s’épancher sur ma personne sans savoir que j’étais dans le couloir. « Il n’est pas très brillant mais il réussira car c’est un bosseur ! » ou j’ai quelque part dans mes souvenirs cette réflexion d’un vieux Créonnais qui m’avait lancé quelque temps après mon élection à la mairie de Créon : « vous réussirez car vous êtes un bâtard » et qui devant mon regard interloqué avait ajouté : «  oui un fils d’un immigré italien et d’une Française a faim de réussir et vous en êtes un ! » Dans le fond tous deux avaient pleinement raison. 

Je n’ai « hérité » de rien, on ne m’a jamais rien « offert », on ne m’a même pas souvent fait de « cadeaux » et c’est ce qui fait ma force. Alors autant profiter de cette légèreté pour ne pas alourdir le reste de ma vie avec des obligations qui ont lesté mon quotidien depuis trop longtemps.

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Les loups se délectent de la chair à « canon géopolitique »

Il y a eu dans les mois écoulé l’obsession du «virus », du « masque », du « confinement », du « vaccin » et désormais alors que ces mots là pourraient revenir dans l’actualité ils sont éclipsé par celui de « l’immigration ». Une saturation médiatique imposée par le fait qu’un dictateur biélorusse ait utilisé stratégiquement des pauvres erres en quêtes d’espoir comme chair à canon géopolitique. Attendus à la sortie du bois par des barbelés ils sont poussés à affoler des opinions publiques gavés de l’angoisse du « grand remplacement. »

Une « horde » de jeunes, de moins jeunes, d’enfants de femmes ayant majoritairement fui le Kurdistan serait en passe d’envahir la Pologne avant de ruisseler dans cette communauté européenne en alerte maximum et en hystérie maximum. Les Tartares, les Cosaques, les Mamelouks, les Wisigoths, les Maures sont à nos portes…

Qui osera rappeler qu’au 1er janvier 2021, la population de l’Union européenne à 27 États membres comptait 447 millions d’habitants selon Eurostat, soit une baisse de 312 000 personnes par rapport au 1er janvier 2020. Et que cette Europe tétanisée court donc à sa perte à cause d’un effondrement constant des naissances et ne sera plus en mesure dans quelques années de renouveler ses générations. En 2019, pour chaque groupe de 1000 habitants, on compte 9,3 nouveau-nés supplémentaires. Un taux qui s’est considérablement réduit au cours des décennies : il était de 16,4 ‰ en 1970 et de 10,5 ‰ en 2000 en moyenne pour les 27 pays qui composent aujourd’hui l’Union européenne.

Qui prendra la parole haut et fort pour souligner dans le flot de saloperies que l’on entend que « Dans tous les pays, la contribution des immigrés sous la forme d’impôts et de cotisations est supérieure aux dépenses que les pays consacrent à leur protection sociale, leur santé et leur éducation », écrit l’OCDE dans ce rapport qui porte sur ses 25 États membres pour la période 2006-2018. En France, par exemple, la contribution budgétaire nette des personnes nées à l’étranger est de 1,02 % du PIB, donc légèrement excédentaire, contre une moyenne de 1,56 % sur l’ensemble des pays.

« Ce qui focalise le débat public, notamment en France, c’est le coût que peut représenter l’immigration en termes de dépenses sociales, de santé, etc. On montre que cette question ne devrait pas nous obséder, car, quand on fait le compte, on observe que la contribution est positive jusqu’à la prise en compte des dépenses militaires et de la dette publique » explique le rapport analyses à l’appui.

Trouvera-t-on une femme ou un homme politique simplement honnête qui exprimera clairement que les théories sur un « remplacement » ne reposent sur aucun fait objectif ? En 2019 c’était 2,7 millions de personnes qui d’une manière officielle ou officielle ont immigré dans le territoire de Schengen. En 2020, environ 1,9 million de premiers titres de séjour ont été délivrés dans l’UE, contre près de 3,0 millions en 2019. Cette diminution est due aux restrictions de déplacement introduites pour enrayer la propagation du virus de la COVID-19. La pandémie a eu une incidence particulièrement négative sur les titres délivrés pour des motifs professionnels et, par conséquent, la part de ceux-ci est passée de 41 % en 2019 à 29 % en 2020.

Y-a-t-il parmi celles et ceux qui se réclament d’un humanisme digne et sincère des voix susceptibles de clamer que historiquement les causes des migrations ont toujours été très diverses : guerres, motivations économiques, environnementales, de travail ou familiales… Elles sont majoritairement le fait de populations jeunes (18-30 ans) et ont la plupart du temps pour destination des pays géographiquement proches du lieu de départ. Ces phénomènes s’accélèrent et seront renforcés par le réchauffement climatique.

Au cours de l’année 2019 un nouveau record du nombre de personnes déracinées du fait de guerres, de conflits ou de persécutions a été établi. On en dénombrait alors plus de 79,5 millions, dont 29,6 millions de réfugiés, 4,2 millions de demandeurs d’asile en attente de l’examen de leur dossier, et 45,7 millions de déplacés “internes” dans leur propre pays (non comptabilisés comme migrants).

Qui proposera aura l’audace de rappeler notre responsabilité directe dans ces déplacements de populations ? Les 4 000 malheureux qui grelottent, affamés, désespérés, arrosés de canons à eau ou de gaz lacrymogènes finiront par franchir quelque part tous les murs inventés pour satisfaire des électorats aveuglés par la haine de l’autre. Ils représentent 0,0009 % de la population européenne.

La Biélorussie le sait fort bien et surfe sur les conseils de son mentor russe sur les angoisses démesurées et irrationnelles d’Européens oublieux trop souvent de leurs origines. Des êtres humains paient de leur vie une manoeuvre de cette nouvelle guerre dans laquelle les armes dissuasives seront des « bombes » migratoires.  « On peut appartenir à son peuple, mais quand les peuples sont devenus fous on n’est pas obligé de l’être aussi. Tu as beau être déjà pour eux un chiffre, un numéro, un instrument, de la chair à canon, tu es encore un être vivant capable de refuser. » Comment ne pas penser à cette recommandation de Stefan Zweig.

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Emile Zola le combattant inflexible dont nous aurions besoin

Emile Zola constitue l’exemple même de la personnalité ayant été jusqu’au bout de ses convictions quoi qu’il en coûte. Il reste celui qui après avoir vécu pleinement ce qu’était la misère, va sacrifier sa notoriété et sa fortune en lâchant son indignation dans le fameux « J’accuse… » barrant la une de l’Aurore du 13 janvier 1898. Un acte d’écriture qui demeure l’un des plus courageux que l’époque moderne ait produit. Inimaginable en notre XXI° siècle, que l’on retrouve une telle violence salutaire dans la contestation d’une injustice. Mieux tout porte à croire qu’une telle attitude révolterait une opinion dominante soucieuse de se protéger contre les crises de consciences.

L’indignation est désormais considérée comme un acte marginal, une manière indirecte de ce distinguer, une façon de se transformer en chevalier moins blanc que blanc. Elle ne fréquente plus les esprits se disant éclairés de cette société, embrumés par le consensus mou ou pire le parfum des outrances abjectes. Zola, fils d’un immigré italien, intégré au patrimoine français déchaînerait un tsunami de critiques acerbes du même acabit de celles que provoqua il y a un peu plus d’un siècle son adresse aux gouvernants. Ce serait probablement pire tellement le refus des valeurs fondamentales de la républqiue ne sont  invoqués que pour les effets d’estrade et bafoués dans le quotidien.

Tout dans son œuvre s’inspire de cette lutte des classes dont il ne parle pas mais qui constitue l’épine dorsale de ses grands écrits. Chacun de ses livres constitue une confrontation entre les aspirations plus ou moins ambitieuses de ces pans du Peuple méprisé ou oublié par le monde de l’argent ou plus certainement du profit.  Observateur attentif de tous les milieux sociaux il saura en traduire les travers ou les émouvantes qualités. Bien de ses personnages ne vivent que d’amour et d’eau fraîche, de sueur et de larmes, d’enthousiasme ou de mépris. D’autres obsédés par le fric et les fracs se prélassent dans les apparences du pouvoir allant jusqu’à la cruauté, la concupiscence, la vanité, l’immoralité et surtout ce mépris qui caractérise les réussites rapides et souvent éphémères.

Il puise dans son approche du journalisme toutes les références dont il aura besoin dans ses romans. Polémiste acéré, Zola va assister avec une certaine jubilation à la chute du second Empire. Courageux, téméraire, imprudent même parfois il s’attaque sans relâche à l’ordre établi avec une pugnacité qui débouchera sur le fameux J’accuse… Il défendra les Communards sans retenue.  Il ne se cache pas derrière son porte-plume.  On est loin, très loin des tweets anonymes, des posts sans auteurs et des fakenews manipulatrices. 

Les romans puisés dans cette fréquentation de toutes les classes sociales vont lui permettre de devenir indépendant grâce aux revenus qu’il en tire. Plus efficace en politique que bien des acteurs de son époque le fils d’immigré va revenir dans l’actualité en prenant connaissance de plus terrible des feuilletons de l’injustice qu’est « l’affaire Dreyfus ». Il ne va cesser de combattre avec comme seule arme celle des mots pour défendre celui qu’il considère comme une victime de la grande tricheuse qu’est alors l’armée toute puissante. 

« Il y a une poignée de fous, d’imbéciles ou d’habiles qui nous crient chaque matin : « Tuons les Juifs, mangeons les Juifs, massacrons, exterminons, retournons aux bûchers et aux dragonnades. […] Rien ne serait plus bête, si rien n’était plus abominable. » Il suffirait d’occulter « juifs » et de lui substituer « immigrés » pour que l’apostrophe ait une force renouvelée. A de multiples reprises il avancera à découvert sur le front de la révolte face à l’ignominie des positions des extrémistes de tous poils. C’est ainsi que dans l’Aurore il écrivit  le 12 septembre 1899: « « Je suis dans l’épouvante, […] la terreur sacrée de l’homme qui voit l’impossible se réaliser, les fleuves remonter vers leurs sources, la terre culbuter sous le soleil. Et ce que je crie, c’est la détresse de notre généreuse et noble France, c’est l’effroi de l’abîme où elle roule. » N’allons nous pas vers le même destin avec la surenchère effrénée à la mise en cause de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité ? 

Zola deviendra la cible de la haine, de la bêtise, de la violence d’une partie de ce peuple aveuglé par les discours racistes, qu’il avait pourtant défendu. Déchaînement des journaux réputés patriotes, caricatures humiliantes, milliers de lettres anonymes racistes, menaces de mort directes, manifestations de rues violentes : rien ne lui sera épargné ! Jusque dans sa mort ses ennemis le traîneront dans la fange. D’ailleurs elle n’a rien d’accidentelle mais la résultante d’un assassinat commis par un extrémiste fascisant (1) issu des mouvements d’extrême-droite populiste qui s’en prendront douze années plus tard à Jaurés.

En fait Zola a payé son courage et ces phrases extraites de sa célèbre apostrophe que je trouve tellement significative de ce que devraient être  les grands esprits d’une époque : « Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme(…) » Dans les prochains je suis certain, (efin presque) qu’elles inspireront toutes celles et tous ceux qui prétendent défendre la République ! En attendant nous avons les plateaux de CNews et ses débatteurs de caniveaux. 

(1) il sera acquitté comme l’assasin de Jaurés

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Un congrès des maires avec un enjeu très présidentiel

Le Congrès de l’Association des Maires de France va se tenir cette semaine avec à la clé, l’élection de son comité directeur et son Président qui n’a pu avoir lieu l’an passé. Il y a fort à parier que les prétendant(e)s à l’Elysée défileront dans les allées du salon pour celles et ceux qui n’ont pas le statut d’élu(e) et pour les autres dans les couloirs du rassemblement de milliers de premiers magistrats. Cette institution à laquelle j’ai appartenu (1) constitue en effet une force redoutable par sa puissance institutionnelle. Aucune réforme liée aux statuts des communes et à leur vie quotidienne n’échappe au contrôle de l’AMF. Un contre-pouvoir redoutable.

La bataille fait rage entre les tenants de la ligne « canal historique » et celle de la « rénovation ». Le départ de Francois Baroin a en effet ouvert la boite à gifles puisque après avoir manqué totalement le rendez-vous des municipales LREM et ses alliés ont mis la conquête de l’association en marche. Bien évidemment ces grandes manœuvres sont placées sous le signe de « l’indépendance » à préserver face au pouvoir gouvernemental. Pesronne n’est dupe. Jusqu’à présent elle a été maintenue avec une entente entre la Droite dite républicaine et la Gauche dans sa configuration la plus large. La candidature de Philippe Laurent veut mettre un terme à ce pacte de gouvernance et provoque donc pour la première fois depuis plusieurs décennies, une véritable élection.

Ayant fréquenté la maison du 41, quai d’Orsay je mesure le climat qui doit y régner. La cohabitation qui permet la répartition des postes dans toutes les instances nationale n’existera plus quel que soit le vainqueur. C’était jusque-là la force essentielle de l’AMF que celle de présenter un visage uni et solidaire face au gouvernement et de pouvoir actionner au Sénat (surtout) mais aussi parfois à l’Assemblée, des parlementaires de tous bords pour amender les textes ou même les repousser. Les positions prises par François Baroin ont ainsi souvent fait « tousser » la majorité actuelle. Il est certain que le maire de Troyes a été dans le collimateur en raison de ses prises de position réitérées sur les lois relatives aux statuts des collectivités. Et pourtant…

Durant le court mandat que j’ai effectué sous la présidence de Jacques Pélissard j’ai connu un moment particulier concernant la carrière de celui que bien des membres LR voyaient candidater à la désignation de son camp pour l’élection à l’Elysée. En abandonnant en 2014 mon mandat de maire je perdais un « poste » national très intéressant (responsable national du sport et de la vie associative) que j’appréciais. N’étant plus candidat au comité directeur de l’AMF il m’avait été confié avec d’autres la tâche de participer à la commission électorale du Congrès de novembre. Avec Jean-Claude Frécon (sénateur maire de Pouilly-lès-Feurs commune du Forez) aujourd’hui décédé, nous devions organiser le scrutin avec un vote pour celles et ceux qui le voulaient sur des machines électroniques et mettre en place les modalités des candidatures.

A ce titre de manière purement formelle, car François Baroin était le seul candidat annoncé, nous devions en plein été 2014, valider les listes et les prétendants au poste de Président. Une date avait été donnée avec 14h comme heure butoir. Compte-tenu du manque de suspense je me retrouvais seul lors de la réunion (les membres de la droite ne venaient quasiment jamais). Tous les dossiers étaient prêts et il ne devait s’agir que d’une pure formalité. Lorsque je demandais quels étaient les candidatures déposées avant 14 h je sentis qu’il y avait un moment de panique : il y en avait aucune ! François Baroin et son entourage ne s’étaient pas préoccupés de cette démarche. Il n’y avait pas de courrier ou de mails. Officiellement il n’était pas candidat en ayant considéré que son élection était acquise.

Je devins tout à coup un personnage important. Tous les collaborateurs autour de la table guettaient ma réaction. En suggérant que le Président bénéficiant du soutien de la Droite et de la Gauche, envoie rapidement un fax pour qu’au moins il en reste une trace je soulageais tout le monde. Les téléphones se mirent en action au plus haut niveau. Une discussion animée relative à la fiabilité des machines à voter permit d’attendre que le document parvienne bien après les délais imposés par les textes de l’AMF…. On referma le dossier et on oublia ce point de détail mais je m’étais bien amusé. François Baroin fut évidemment élu… et tout resta secret.

Cette fois ce devrait être plus vérifié. Pour départager David Lisnard (maire LR de Cannes) et Philippe Laurent (Maire de Sceaux), les 35 000 maires de France voteront en effet ces 16 et 17 novembre, lors du congrès de l’AMF. Pour la première fois, le vote sera 100% électronique. Les deux camps espèrent un sursaut de participation: en 2017, seuls 2 000 édiles avaient pris part au scrutin, un scrutin sans grand enjeu puisqu’une seule liste d’union était en lice, menée par Baroin, candidat à sa réélection. Cette fois il en sera autrement. Une seule certitude l’AMF n’en sortira pas aussi solide que par le passé.

(1) J’avais remplacé en cours de mandat Françoise Cartron qui avait abandonné son mandat de maire d’Artigues prés Bordeaux. J’entrais au comité directeur et au bureau de l’AMF pour 3 ans.

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Quelques lumières supplémentaires sur les petites coupures

Tout le monde est au courant : EDF ne va plus couper totalement (la précision est importante) à ses abonnés qui ne règlent plus leur consommation. La fondation de l’abbé Pierre qui roulait depuis des années pour une telle mesure s’en réjouit car elle intervient en pleine augmentation de l’énergie. Reprise en boucle comme toutes les décisions pouvant contribuer à rassurer sur les intentions sociales de l’un des mastodontes des ex-entreprises publiques françaises l’information mériterait (comme toujours) bien des précisions utiles.

D’abord EDF ayant été démantelée il s’agit d’une décision mise en oeuvre par ENEDIS en charge de la distribution de l’électricité et ce n’est pas un détail car désormais sur ce secteur relève de la concurrence. Or EDF détient un portefeuille de 22,3 millions de clients et donc 70 % de parts de marché. Il faut donc préciser que près de 7 millions de foyers ne sont pas concernés par la mesure prise. Ils ont souscrit des contrats avec des entreprises qui proposent selon elles des tarifs »avantageux » au porte à porte, par téléphone ou via des publicités postales. Le constat des services sociaux apporte des indications importantes sur cette clientèle.

En effet lorsque la facture devient trop lourde pour des foyers modestes la tentation est grande de se laisser attirer par des promesses d’économie sur le montant à payer. Au moindre impayé le fournisseur ne mégote pas pour faire couper le compteur et les abonnés s’aperçoivent alors que malgré la « sévérité » supposée d’EDF est dénoncée, il n’y a aucune mansuétude chez les « privés ». Mieux alors que l’ex-entreprise nationale finance en Gironde le Fonds social du logement qui peut prendre en charge les factures impayées, les autres opérateurs refusent cette contribution. Le « social » ne les concerne pas !

Or chaque année en France, 5,6 millions de ménages subissent la précarité énergétique. Et, selon le Médiateur de l’énergie, un Français sur cinq (20 %) a déclaré avoir souffert du froid dans son logement l’hiver dernier. Il précise encore que chaque année dans l’Hexagone, 200.000 à 300.00. foyers se voient couper l’électricité pour factures impayées et pas tant que ça dépendent de la seule volonté d’Enedis mais de celle de leur forunisseur. Ce qu’il faudrait savoir : que fera l’opérateur majoritaire quand ce seront ses concurrents qui lui demanderont, comme c’est le cas actuellement de « couper » le compteur de l’une des maisons qu’ils desservent.

Il y a donc désormais seulement deux fournisseurs qui ne couperont plus l’électricité. Elles auront un avantage sur les autres. Les 90 000 clients d’un tout petit fournisseur, « Plüm énergie » sont déjà concernés par cette mesure. Si les autres ne veulent pas s’aligner il faudra une décision gouvernementale pour les y contraindre. Ce serait dans la loi des finances et donc applicable qu’en 2022. On espère que les effets en cascade pour des questions….commerciales les amèneront à éviter de se trouver en défaut d’image. Les faibles revenus ne les intéressent guère et il n’est pas certain qu’ils les renvoient vers ENEDIS qui ne le coupera plus la totalité de l’électricité contrairement aux autres.

A l’époque où « l’on n’avait pas de pétrole mais des idées » l’incitation officielle a été de favoriser l’électricité pour le chauffage à coup de primes ou de subventions. Bien des pavillons utilisent cette source d’énergie. Ils sont souvent en milieu périurbain ou rurbain déconnectés du réseau de gaz et pas encore équipés de photovoltaïque qui nécessitent un investissement élevé. Plombé par le coût du carburant pour le trajet domicile-travail, par les remboursements d’emprunts, par les augmentations diverses s’ils se trouvent en difficulté pour régler leurs factures ils garderont certes un fil d’électricité mais pas suffisamment pour le chauffage.

En effet on ne peut pas se chauffer avec 1 000 ou 2 000 watts qui servent qu’à l’éclairage, la télé et peut-être une machine à laver en journée tout éteint. Il y a même dans les familles modestes encore beaucoup d’appareils électroménagers sollicitant de la puissance, et qui ne pourront pas les utiliser. C’est donc quand même une mesure coercitive qui reste forte et que personne ne peut raisonnablement « s’amuser » à ne pas payer son énergie électrique car ses conditions de vie n’auront rien d’acceptables sur le long terme.

Si cette décision hautement symbolique constitue une avancée elle mérite vraiment un accompagnement institutionnel car elle reflète les conséquences de « la concurrence libre et non faussée » du concept libéral européen. L’insécurité sociale génératrice de précarités diverses s’étend sans que les « pansements » proposés évitent des blessures profondes.

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Souvenir d’un moment de partage autour de Giresse

Lors de l’hommage à Philippe Marrot fut évoqué par une question lors du colloque, la remise de la légion d’honneur il y a plus de 9 ans à Alain Giresse. J’ai retrouvé le texte que j’avais écrit au lendemain de la cérémonie à laquelle j’avais été invité.

« Ils sont venus, ils sont presque tous là. Il y a « Platoche » devenu Prince d’Europe après être passé par l’Italie, comme on l’évoquera subtilement dans les discours ; « Nanard », l’homme de Lyon qui tira plus vite que son ombre lors d’un match de coupe du monde grâce à son but contre l’Italie après 38 secondes de jeu ; « Batiste », le martyr de Séville qui fut crucifié par un « bourrin bourreau » nommé Schumacher ; « Marius », monument de gentillesse et de solidité, sorti d’un film de Pagnol tourné aux Antilles ; « l’Ange vert », qui ne rend plus le « chaudron » stéphanois magique ; « Léo », beaucoup plus infranchissable que la ligne Maginot ; « Jeannot », qui ne peut pas s’empêcher de faire la tête comme à l’habitude, en remâchant ses rancunes… et tant d’autres qui n’appartiennent pas à la bande des années 80 ayant porté la même tunique que Gigi, l’enfant qui fut maudit un jour d’août 86 pour avoir cédé aux sirènes de la Cannebière et s’être enfui du château, contre l’avis du maître des lieux !

« Christian », gardien du temple girondin à l’époque où il chancelait, « Claude » le secourable, qui invita le débutant amateur à rejoindre l’antre des pros ; « Michel », Hidalgo… d’Espagne, en charge durant des années de vêtir de bleu les rêves de gloire ; « Miché » belles moustaches, le préparateur basque des corps et des esprits mal en point… Un extraordinaire tableau de l’amitié triomphante, dans un milieu où l’on jauge désormais la valeur des hommes au montant d’un chèque. Il manquait « Aimé » le bien nommé, dont un disque avait mal tourné. La fête était humble, intime, sincère, afin que le rouge accroché au veston d’Alain Giresse soit le reflet d’un carrière flamboyante !

La nostalgie à l’état brut envahissait donc le salon du siège des Girondins de Bordeaux où un chevalier de la balle ronde, recevait justement ce titre, par son compagnon de conquête des Graal européens et mondiaux, Michel Platini ! Un moment de pur bonheur, dans cette bâtisse où tant d’événements n’ont pas eu la même résonance. La vie de château ne vint en effet que très tard dans la carrière de cet enfant de la balle, dont la destinée prévue se trouvait sur des toits qui n’étaient point du monde. Poutres, chevrons, copeaux, tenons, mortaises dans l’atelier d’un paternel taillé dans un chêne noueux furent remplacés par dribbles, passes, tacles, tirs et buts.

« Tu as été comme moi étonné par ton premier salaire de professionnel » lança Platini. « C’était incroyable d’être payé pour réaliser notre rêve d’enfant et pour prendre du plaisir à jouer au football » expliqua Platoche. Et c’est vrai que Gigi n’a jamais travaillé, durant des saisons, et n’a jamais pensé à autre chose qu’au simple bonheur qu’il avait de vivre le football et de l’offrir aux autres. « Je crois en définitive que tu as eu et que tu as encore une âme indestructible d’enfant » a ajouté le docte président de l’UEFA, et il sait de quoi il parle !

En égrenant les aventures du « légionnaire du jour » passé par Bordeaux, Marseille, Toulouse, le Maroc, le Gabon, la Georgie avant de sentir le sable chaud du Mali, celui que l’on s’évertuait à présenter comme incapable d’être en osmose avec lui, raconta une « guerre des boutons ! » pour colosses aux pieds agiles restés des jongleurs impénitents. Une bien étrange épopée pour un footballeur ne sachant pas se détacher de son âme villageoise et d’ailleurs, ce n’est pas pour rien que ses amis de Haux avaient été invités, pour qu’il soit rassuré sur ses racines..

Éternel inquiet, comme son camarade de chambrée Bernard Lacombe, utilisateur fébrile de dizaines de paires de « chaussons  de foot» pour ses chorégraphies virevoltantes (maquillées par Raffy le cordonnier créonnais) ou espiègles, « Gigi » n’a jamais perdu cette force extraordinaire que lui confère sa fraîcheur d’âme ! Gigi il est… Gigi il est resté ! Gigi il restera… Il a chaviré sur des écueils, par excès de confiance. Il a traversé des déserts pour ne pas avoir su étancher la soif de gloire de dirigeants ambitieux pour eux-mêmes. Il a perdu sa fortune, mais jamais son bonheur d’avoir partagé entre amis le simple plaisir de vaincre en jouant ! Son destin il ne l’a forgé que par la volonté du peuple du foot, celui dont il é été le roi.

D’un terrible Argentine-France d’il y a… 35 ans, où il ne resta que 2 minutes sur le terrain avant de hurler de douleur à l’extraordinaire ivresse de Séville, dont le cliché fera éternellement la une des magazines sur la joie procurée par le sport, en passant par l’injuste procès en sorcellerie fait par Claude Bez, le parcours de l’enfant du charpentier de Langoiran aura sans cesse oscillé entre l’ombre et la lumière. Il a couvert son cœur de blessures d’amour-propre (il suffisait pour s’en convaincre de voir le regard de son ancienne institutrice d’épouse !) mais il a peuplé son esprit de tellement d’images heureuses (chaque mot le démontrait !) qu’il est capable à tout moment de lancer une étincelle ravivant les flammes chaleureuses de souvenirs communs !

« Des Présidents, des Ministres, de hautes personnalités ont souhaité, depuis 5 ans, me remettre cette légion d’honneur, mais j’ai été patient. Je l’ai gagnée au football et je sais que Napoléon ne l’a pas créée pour ça ! Je souhaitais que ce soit toi, Michel, qui me la remette car elle aurait encore plus de valeur » expliqua Alain Giresse à Platini lors d’un discours sans note, serti de précieuses anecdotes. En sortant de ce salon moite et trop petit, il est allé saluer les gens qui l’attendaient respectueusement sous les arbres, avec fidélité ; « Je vous dois tout !  » leur a-t-il dit sous les applaudissements.

« Gigi l’amoroso » chantait Dalida.. Elle ne le connaissait pas. Il n’était pas guitariste à Napoli mais virtuose du parc Lescure. Ce petit bonhomme méritait bien sa légion d’honneur, non pas pour des faits de guerre sportive, mais pour les effets de son amour pour les autres, qu’il distribue fidèlement.

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Un jour que la poussière de l’oubli finira par ensevelir

La guerre s’installe sur les écrans de nos télévisions et la mort vient s’y prélasser avec des images réputées authentiques. Les jeux vidéo permettent de tuer virtuellement des centaines de soldats ou de civils sans que jamais celui qui tire n’ait l’impression de transgresser un principe moral. Les journaux diffusent en boucle des visages tuméfiés ou ensanglantés pour magnifier la victoire de la violence.

Notre société a oublié que, durant des décennies, après les affres de 1914-1918, des milliers de poitrines clamaient durant des crises pouvant conduire à un conflit armé : plus jamais ça ! Ces « pacifistes » d’un autre siècle avaient connu les réalités des combats dans le froid, la boue, la puanteur et l’effroi. Ils savaient ce que la violence engendre comme souffrance et comme haine. Certains d’entre eux ont payé de leur vie comme déserteurs leur opposition à la guerre.

Ils n’avaient, de retour dans leur village, aucune envie de raconter ce qu’ils avaient vu, entendu, senti et subi. Certains n’arrivèrent même jamais à se débarrasser de visions infernales qui les hantèrent toute leur vie. Leur guerre n’avait rien de virtuel, et la mort rôdait chaque jour dans les tranchées, sous les bombes ou face à une mitrailleuse impitoyable. Elle surgissait pour faucher en pleine jeunesse des hommes partis pour simplement faire ce qu’alors tout le monde considérait comme un devoir.

Cette guerre 14-18 dont nous célébrons aujourd’hui le 103° anniversaire de la fin, restera, dans l’histoire de notre pays, comme la première de la mondialisation d’un conflit.
Elle mêla dans le fracas des armes, des hommes de toutes les religions, de toutes les origines sociales, d’ethnies différentes ou d’opinions diverses. Ils avaient en commun leur volonté de ne pas subir un sort défavorable, de se battre pour préserver leur avenir et celui de leurs proches, de défendre leur lopin de terre, leur atelier modeste ou industrialisé, leur bureau cossu ou médiocre, leur école ou leur maison. Il n’y eut aucune pitié pour aucun d’entre eux, quel que soit le camp qu’il fréquentait.

Près de 10 millions de morts ou de disparus, près de 13 millions de blessés, des millions d’orphelins et des destructions massives, figurent au bilan de ces affrontements menés selon un principe de Paul Valéry voulant que « La guerre soit le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas ! » Jamais peut-être, à notre époque, ce constat n’a été aussi valable, comme si nous n’avions jamais tiré les leçons de l’Histoire.

Cette commémoration d’un bref moment de joie pour celles et ceux qui voyaient la fin de leur cauchemar, et d’une longue période de tristesse pour celles et ceux qui voyaient débuter ou se poursuivre leur deuil, doit démontrer notre volonté collective de ne pas nous laisser tromper par les apparences. Il n’y a pas et il n’y aura jamais de guerre juste, puisqu’elle est provoquée par des faits ou des décisions qui ne le sont pas. Rien ne justifie que l’Homme devienne un loup pour l’Homme sur cette terre. La haine, l’exclusion, la vengeance, le racisme, les intérêts financiers ou géostratégiques, ne sauraient excuser le moindre geste de violence.

Ne nous laissons pas abuser par des déclarations victorieuses, tentant de faire oublier encore une fois la disparition de femmes, d’enfants, d’hommes d’un camp ou d’un autre, innocentes victimes de guerriers lointains. La seule victoire qui vaille c’est celle de la paix, du partage qui permet d’éviter les affrontements, les crimes, les attentats, les atrocités.

La guerre 14-18 restera celle des gens simples mobilisés, ne sachant pas forcément les raisons qui les conduisaient au front. Cette réalité a transformé des paysans, des ouvriers, des employés, des fonctionnaires, des étudiants, des cadres en banale « chair à canon ». Ils n’ont réalisé ce qui les attendait que quand il était trop tard. L’indifférence constitue, à cet égard, le pire poison pour la démocratie. Elle rôde autour de nos consciences.

Il nous faut, inlassablement, éduquer. Il nous faut inlassablement expliquer. Il nous faut inlassablement faire vivre les principes de la tolérance et de la solidarité. Il nous faut mener sans fléchir le seul combat qui vaille, celui pour que vive la paix.

En ce 11 novembre, en notre monde malade du profit, traversé par une guerre économique devenue fatale socialement à tellement de gens, nous avons le devoir de ne pas renoncer à exercer notre statut de citoyennes et des citoyens.

Ce matin, si vous avez la possibilité de vous recueillir devant une trop longue liste de noms gravés dans la pierre ou le marbre pour une éternité qu’ils ne souhaitaient pas, vous démontrerez, comme le souhaitait Jaurés, premier mort de la guerre, assassiné par l’une des victimes de l’endoctrinement haineux, que nous sommes encore capables de « n’avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent et une confiance inébranlable dans l’avenir »

Tout simplement vous considérerez que tout hommage public responsable et solidaire a son utilité dans un monde des mémoires défaillantes. Le chiendent de la guerre ne s’installe en effet que dans les espaces vides des consciences.

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Il n’y a jamais de batailles pour les valeurs inutiles

Hier dans la chronique que je vous proposais certains à juste titre, ont comparé « ma » stratégie du « colibri citoyen » avec les œuvres et les propositions de Rabbi. Je voulais en fait simplement rappeler que chacune et chacun d’entre nous a sa goutte de vérité à apporter dans un monde où les fleuves d’approximations, de désinformation, de manipulations, de pressions médiatiques réputées essentielles. Rien d’autre. Les incendiaires sont en effet partout dans le quotidien. Les pompiers pyromanes occupent le devant de la scène. Les organisations collectives ont été détruites par l’indifférence. Une seule solution : le goutte à goutte qui finira par constituer une force diversifiée qui n’aura pas la prétention de résister au rouleau compresseur des propagandes multiples. 

Être citoyen(ne) c’est s’engager de mille et une manières mais il en est une qui devient de plus en plus exigeante : tenter par des actions concrètes d’apporter une autre vision des faits, des événements et des décisions. Le « colibri » risque c’est vrai dans cette action de se décourager, de se brûler les ailes, de s’épuiser mais nous sommes dans le symbole et surtout dans la volonté de ne pas être spectateur mais pour moi de rester acteur de la vie collective.

Je me suis désengagé volontairement de l’action publique, et comme je l’avais annoncé de tous les mandats électifs obtenus grâce à la confiance renouvelée des électrices et des électeurs depuis des décennies. Je l’ai chaque fois indiqué clairement à l’avance et je n’ai pas varié dans mes décisions. Certes il me sera reproché d’avoir été jusqu’au dernier jour respectueux des engagements que j’avais pris vis à vis de celles et ceux qui m’avaient honoré de leur confiance. Je l’assume quoi qu’il m’en ait coûté. J’apprécie maintenant la liberté retrouvée et je ne compte l’utiliser que pour agir comme bon me semble.

Vous ne verrez pas plus le « colibri citoyen » que je voudrais être, dans le camp des thuriféraires du pouvoir en place que dans celui de ceux qui se ridiculisent par leur ego destructeur. J’ai parfois trop donné. J’ai été souvent grugé. J’admets avoir subi. Je reconnais qu’il m’a fallu avaler des couleuvres. J’ai probablement confondu loyauté et naïveté. J’ai pensé que l’estime et l’amitié étaient inaliénables. J’ai eu des déceptions, des blessures mais après des semaines difficiles je pense avoir retrouvé un autre chemin. J’y croise d’autres personnes, d’autres idées et j’y trouve d’autres plaisirs. J’y vis probablement encore plus près de la réalité. Je découvre que je suis passé à coté de bien des moments de partage. J’y ai gagné en envie de voir autrement l’engagement. 

Ainsi je vous assure que tant que ma santé physique et mentale me le permettra, vous me trouverez toujours face aux porteurs d’intolérance, de haine, de mensonges, d’obscurantisme, d’ignorance, d’outrances sans autre ambition que d’apporter une goutte des valeurs qui n’ont pas cessé d’être les miennes. Pour le reste je laisse volontiers le soin de vous convaincre électoralement à d’autres. J’ai donné.

Le « bain » dans le quotidien m’intéresse toujours plus et j’ai donc choisi d’y « transmettre’ ce que je pense essentiel en allant librement auprès de celles et ceux qui souhaitent m’accueillir pour évoquer par exemple un thème actuel qui ne cesse d’enfler : l’immigration. En m’appuyant sur mon dernier roman « Les 9 vies d’Ezio » je rappelle que la France n’a jamais été pénalisée ou inquiétée par ces femmes, ces hommes venus d’ailleurs. Ils ont même dans des circonstances dramatiques contribué à sauver notre liberté. Pourtant on continue à brandir des menaces sans aucun fondement. Être colibri citoyen c’est le dénoncer !

Aucune prétention dans cette démarche mais la satisfaction de réveiller quelques consciences. Le bilan de l’immigration italienne ayant connu son apogée il y a un peu moins d’un siècle a été considérable. Les « ritals », les « macaronis », les « macas » (dont les descendants représentent actuellement 7 % de la population française) ; puis les « espadres », les « espingouins » ; les « polaks », les « portos » puis les « bicots », les « Banania », les négros,  les « bougnoules, les « melons » ont constitué une constante des fantasmes des démago-nationalistes français. Aucun argument négatif n’est opposable à cet accueil mais beaucoup préfère aboyer avec les chiens d’une garde entretenant leur boutique des horreurs et des fantasmes 

Le « colibri citoyen » tel que je l’imagine doit tout tenter pour résister personnellement et instiller d’autres références dans le maximum d’esprits. Inutile de se bercer d’illusions : cet investissement à ses limites et dans le fond son efficacité reste à démontrer. En écrivant la 4186 ème « goutte » de ce blog je me rends compte que les citations que je préfère restent : “Seules sont perdues d’avance les batailles qu’on ne livre pas.” ou “Qui ira donc compter les batailles perdues le jour de la victoire ?” . Et croyez moi j’en ai perdu pas mal de celles que j’ai livrées sur le fond mais il ya eu des victoires.

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Essayons toutes et tous d’être d’urgence des colibris

Lorsque une créature maléfique échappe à celle ou celui qui l’a conçue il commence à y avoir affolement dans une société qui n’aime plus désormais que l’extraordinaire. Et lorsque la panique gagne le camp de celles et ceux qui ont feint d’ignorer le danger, les méthodes de défense ne varient guère. Elles permettent très vite de constater que deux stratégies émergent : celle consistant à ignorer le monstre et de le laisser s’essouffler en devenant ordinaire ou celle de l’invective lointaine et méprisante. C’est une constante de la vie médiatique.

Dans les deux cas le résultat est identique : elles finissent par renforcer celui ou celle que l’on vise. L’ignorance du danger ne l’a jamais effacé et le fait de hurler au loup n’a pas préservé de la catastrophe. Pourtant rien ne permet de penser que ces leçons aient été retenues par une « classe dominante » qui ne sait pas comment chasser l’épouvantail de son pré carré. Elle tergiverse, elle bafouille, elle éructe, elle se cache mais parfois elle hésite entre le ralliement direct ou indirect et l’indignation modérée ou intensive. En attendant le doute instille les esprits.

Le sujet le plus révélateur de cette tendance reste celui de l’immigration. On sent bien depuis quelques mois que le mot en lui-même constitue un boulet idéologique qu’il ne faut absolument pas utiliser. En se fiant aux sondages les leaders d’un monde n’ayant plus rien de politique pour devenir celui d’un show-biz de fête locale. Les convictions, les valeurs, les fondamentaux républicains deviennent des handicaps électoraux puisque l’essentiel consiste à aboyer moins fort que le loup ou à tenter de se transformer en pâle imitation du loup. La sentence n’en sera que plus cruelle.  Même si souvent elle était très manichéenne la référence idéologique permettait au moins des affrontements qualifiés de simplistes ou de dépassés mais qui cristallisaient des énergies.

Le consensus béatifiant a réussi à marginaliser les différences fondatrices de la la vie sociale. Et comme les laboratoires d’idées ne fonctionnent plus car considérés comme inutiles, nous sombrons dans un bougli-bougla d’où n’émergent que les saveurs, les odeurs, les couleurs les plus avariés, nauséabondes ou ternes. Cette situation empire en raison des ambitions individuelles permettant à quelques nombrils passés ou présents de penser qu’ils sauveront ce qui n’est plus leur camp. Ils ne s’aperçoivent même pas que plus grand monde ne s’intéresse plus à leur anatomie artificialisée.

Le système médiatique a inventé le terme de « banalisation » des affirmations qui auraient provoqué un tollé général il y a encore quelques mois. Pétain a trouvé une nouvelle jeunesse, Laval s’installe dans les programmes télévisés, le contrôle des envois d’euros à l’étranger devient une arme répressive, l’intérêt général n’est même plus la conjonction des intérêts particuliers mais seulement celui auquel on aspire… et tant d’autres propos ou attitudes glissent sur l’indifférence généralisée ou ne provoquent que des hauts cris de circonstances.

Il y a quelques temps l’indignation et la révolte étaient occasionnelles. Il faudrait qu’elles soient quotidiennes tellement les occasions pullulent. Un sensation de ne plus appartenir à cette républiqueà laquelle l’on a consacré une bonne part de sa vie envahit toujours plus, les vieux esprits déformés par une éducation. Que faire quand on aime les gens ordinaires et que l’on commence à détester celles et ceux qui prétendent les représenter au plus haut niveau du pouvoir ? Se taire, se terrer, se recroqueviller sur son acrimonie, prétendre comme le misanthrope de Molière que «c’est une folie à nulle autre seconde/ De vouloir se mêler de corriger le monde » ? La réponse n’est pas facile !

Dans un contexte aussi angoissant, il suffit de se rappeler de l’impact de la stratégie du colibri. Elle rend plus modeste et plus solide. Combattre l’indicible par la parole, l’indifférence par la motivation, l’ignorance par l’éducation, l’oubli par la transmission. Il n’y aura jamais de solution miracle face au rouleau compresseur médiatique national. N’empêche que renoncer serait pire qu’un désertion ce serait une trahison. Alors il faut sortir, aller vers les autres, informer, s’informer, échanger, débattre, provoquer au moins le doute puisque plus grand monde ose exister avec des valeurs considérer comme passéistes. Je n’y renoncerai tant que je le peux.

Tolérance, fraternité, solidarité, liberté, amitié, humanité : chaque fois qu’elles reculent se crée un vide occupé par leurs contraires. Plus que jamais je suis persuadé que le colibri reste la solution. La légende amérindienne veut qu’un jour il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! «  Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

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