L’eau devient de plus en plus précieuse

Répéter que la ressource en eau constitue, au moins autant que l’énergie, le sujet essentiel pour l’avenir de l’humanité conduit à être traité de radoteur ou de pessimiste invétéré. Tant qu’elle coule au robinet et que l’on n’a pas reçu sa facture, il ne s’agit que de problèmes réservés aux pays des zones désertiques. Le réchauffement climatique a mis en évidence la raréfaction des eaux de surface mais pour celles qui alimentent les réseaux de distribution le mal est beaucoup moins perceptible. Le lien entre les deux ne saurait être ignoré malgré le fait que le temps joue un rôle essentiel pour que l’on puisse récupérer dans nos verres ce que le ciel déverse de moins en moins sur nos têtes.

En fait le vrai débat doit concerner les nappes profondes puisque c’est là que les forages vont chercher l’eau potable dont nous ne pouvons pas nous passer. Une personne en France utilise dans la réalité tr-s peu de ce qui coule de son robinet pour satisfaire ses besoins essentiels. En 2020 la consommation moyenne se situait à 149 litres par jour et par Français (410 l pour une famille de ‘ personnes). La répartition ne contribue pas nécessairement à valoriser ce que l’on considère comme l’élément vital dont tout le monde sur la planète ne bénéficie pas.

Ainsi 39 % de la consommation concerne…les chasse d’eau de WC, 12 % pour l’entretien du linge ; 10 % pour la vaisselle : ce trio représente près des deux tiers de la facture quotidienne. Il ne reste que 6 % pour la préparation des repas et 1 % (au moins!) pour la boisson ! Et c’est ce 1,5 litre par personne qui pose justement des problèmes de qualité. Tous les autres usages pourraient être considérés comme adaptable avec d’autres sources d’approvisionnement. Or si dans le domaine de l’énergie il existe des incitations à adapter ses habitudes, à récupérer ce qui peut l’être, à économiser rien n’est fait institutionnellement pour l’eau.

On offre des composteurs pour les bio-déchets. On incite à installer du solaire. On prône l’abandon des énergies fossiles pour la mobilité. On inscrit dans la loi des finances publiques des déductions fiscales pour l’isolation et rien n’existe pour la récupération des (de plus en plus rares) eux de ruissellement. Comme le veut la gouvernance actuelle on attendra la pénurie qui approche chaque année un peu plus pour pondre en catastrophe des mesures restrictives ou punitives. Le prix du mètre cube « tous usages » va exploser très rapidement car il faut régler un problème négligé depuis trop longtemps : celui des fuites sur le réseau (20 % en moyenne).

Si l’on considère que l’accès à une eau potable de qualité constitue un droit essentiel pour tout être humain il faut essentiellement sécuriser qualitativement l’approvisionnement. Or une enquête du Monde révèle ainsi que 12 millions de Français, soit environ 20 % de la population vivant en métropole, sont soumis à une eau du robinet non conforme aux critères de qualité. Ce n’était que 6 % en 2020. Rappelons cependant qu’un eau non conforme n’est pas nécessairement un eau toxique selon la nature des dépassements constatés.

Toutes les investigations effectuées arrivent au même constat. Le danger se situe non pas dans des taux d’éléments naturels supérieurs aux normes européennes (peu respectées dans bien des pays de l’UE) mais dans l’arrivée de traitements de surface aux produits chimiques. Dans la métropole selon l’émission Compléments d’enquête de hier soir « les autorités sanitaires ont constaté un dépassement de la quantité d’une ou plusieurs molécules de pesticides ou de leurs métabolites, au-delà du seuil réglementaire. (…) Cela représente 12 281 dépassements entre janvier 2021 et juillet 2022, touchant 8 959 communes ».

L’argument du Ministère de la santé reste le même : « On ne connaît pas exactement les conséquences pour l’organisme puisque les effets à long terme sur la santé d’une exposition à de faibles doses de pesticides sont difficiles à évaluer ». Il ne reste alors qu’une solution en cette période de chute du pouvoir d’achat : acheter de l’eau réputé pure en bouteille. Le prix ne cesse de grimper. Un tiers des Français ne boivent que de l’eau minérale dont les paramètres sont souvent au-delà des normes de potabilité (traces de pesticides mises à part)… et dépensent des sommes qui ne sont pas négligeables.

Ainsi une étude (sur la base des prix d’avant la crise) indique qu’un foyer de 4 personnes boit 2 190 litres d’eau dans une année de température normale. Si cette famille achète de l’eau de source ses achats représentent (au prix le plus bas) environ 330 € par an. Si elle opte pour de l’eau minérale on atteint près de 1000 €… Si cette famille achète une carafe filtrante et consomme exactement la même quantité sa dépense avoisinera les 8 € annuels. Des constats à méditer. Reste à régler tout le reste des consommations… le chantier est immense !

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Michel l’ami qui a magnifié le foot de son village

Michel Rollet, enfant de Saint-Christophe des Bardes, professeur de mathématiques au Lycée Max Linder de Libourne, joueur puis président exceptionnel durant des décennies du club de football mythique de la Jeunesse Sportive de Saint-Christophe des Bardes, viticulteur talentueux du château familial Franc-Laporte est parti dans l’équipe de l’éternité. Voici l’hommage (forcément long pardonnez moi)  que je lui ai rendu lors de ses obsèques au nom de la communauté de ses amis très nombreux.  

« Quel étrange pacte avions nous signé, Roland, toi et moi, un jour où nous croquions la vie à belles dents et nous vidions nos verres de Franc-Laporte avec entrain. Tout nous incitait à envisager l’avenir de notre amitié comme durable et même immortelle. Une bonne étoile scintillait au-dessus de nos têtes. Etait-ce l’influence du Saint-émilion ? Probablement ! Mais quand tu évoquas ton souhait que nous nous engagions à être unis tous les trois jusqu’à le disparition du dernier d’entre nous nous avions été étonnés. Comment pouvais-tu imaginer qu’il y ait une fin à nos liens construits au sein de la JS ? Certes c’était la suite du fameux « un pour tous et tous pour un », formule illustrant l’état d’esprit de la JS mais il y avait un coté solennel qui nous avait impressionnés.

« Nous nous engageons à prendre la parole aux obsèques de chacun d’entre nous jusqu’au dernier en gage de fidélité ! » avais-tu énoncé. Bien. Inutile de discuter. Roland et moi avions accepté ce pacte scellé illico par une gorgée supplémentaire en pensant probablement que nous avions le temps de revenir sur ce qui semblait lointain. Nous nous sentions invulnérables comme protégés des aléas de l’existence par toutes les aventures que nous avions traversées, par cette envie de vivre qui nous avait animés, par cette soif de partager tout le temps, à notre façon avec les autres et entre nous. Roland est parti brutalement le premier. Tu as respecté le serment et moi aussi. Et me voici aujourd’hui à tes cotés pour le respecter mon engagement à mon tour seul alors que j’aurais bien aimé ne jamais avoir à le concrétiser.

Me voici désarçonné, comme nous toutes et nous tous ici, par la douleur de ne pas t’avoir accordé tout le temps que tu méritais, par les regrets de ne pas avoir compris que le match que tu disputais face à la maladie était perdu d’avance, par simplement de fait , de ne pas avoir été capable de te redonner une faible part de ce que tu nous avais apporté.

Michel, mon ami, mon équipier, mon camarade, mon frère d’idéal tu auras en effet été pour nous toutes et nous tous ici un pourvoyeur infatigable de bonheurs partagés grâce à ton dévouement de chaque instant, ton abnégation, ta motivation inlassable, ton altruisme dans toutes les déclinaisons de moments exceptionnels.

La JS était pour toi une sorte de centre social gratuit, solide, ouvert, tolérant voire indulgent sur lequel tu veillais avec tendresse et rigueur. Roucheyron était ton bureau, ta résidence secondaire, ton palais où tu accueillais tout monde dans la plus grande simplicité et où ta passion communicative compensait les défaillances matérielles. Des heures et des heures de soucis pour les autres, pour cette œuvre collective que devait être pour toi un club, pour espérer que nous soyons reconnus pour ce que nous étions et pas seulement par nos résultats. Tu étais l’homme du miracle permanent puisque tout reposait sur ta parole, ta force de conviction et ton enthousiasme faute d’autres arguments sonnants et trébuchants.

Saint-Christophe a été et reste encore l’exemple parfait du club respectable et respecté. Cinquante ans plus tard rappeler que l’on a joué à la JS constitue une référence, un label de qualité humaine. Je suis frappé par l’impact qu’a eu ton club, notre club, votre club dans le milieu du football amateur. Avoir porté les couleurs de la JS restera un honneur.

Michel, tu nous as mis pour certains d’entre nous, par tes mots, par ton exemple, par cette autorité morale qui était la tienne, par ta droiture, sur le chemin du plaisir de jouer pour un maillot, pour une équipe et plus encore pour un village. C’est la plus belle de tes réussites. L’esprit Saint-Christophe t’appartient. Tu en fus l’architecte et le maçon. Tu en fus le philosophe toi qui ne pensait que mathématiques. La JS aura été grâce à toi durant des décennies le creuset de valeurs que l’on pratiquait soi-même plutôt que de les énoncer pour les autres : respect, loyauté, fraternité.

Michel tu refusais l’injustice, l’intolérance, la vanité des réussites surfaites. L’authenticité et la simplicité ont guidé tes pas puis tes crampons. Abandonner le terrain avait été pour toi une vraie déchirure mais tu te l’étais imposée par lucidité et humilité.

Le club que tu avais relancé en 1970 (comme c’est loin !) a vécu comme une vaste famille avec ses enfants turbulents, ses membres exigeants, ses moments de partage et ses bouderies inoubliables. La désillusion de sa disparition t’a profondément marqué au point que tu ne voulais pas revenir sur ce site de Roucheyron où était installé la maison pour tous de la JS. J’ai moi-aussi du mal à y revenir.

Michel, tu nous as tendu la main, tu nous as protégés, tu nous as acceptés, tu nous as fait avancer en instituteur de village que tu étais. Seule la réussite du collectif et de chacun d’entre nous te préoccupait. Tu étais en définitive loin du lycée l’un de ces hussards noirs d’une République qui ne se contentaient pas d’instruire mais qui voulait éduquer. Tu gagnais la confiance par l’exemple et pas par la fonction comme tout bon enseignant proche du terrain. Ton indulgence que tes élèves ne soupçonnait pas, te conduisait à tout nous pardonner : nos excès, nos foucades, nos trouvailles saugrenues, nos débordements du moment qu’elles étaient dans l’esprit de la JS.

Mes amis, pensez un instant à tout ce que Michel nous a permis d’emmagasiner comme souvenirs d’anciens combattants du bien vivre ensemble. Tu étais aussi là pour donner un coup de pouce, pour aider, pour soutenir moralement, pour remettre en place. Tu n’a jamais refusé d’écouter (même tard le soir) et de tout tenter pour répondre à l’attente de celui que tu recevais.

Michel tu a imaginé, développé, construit en songeant avant tout aux autres qui n’ont surtout pas été pour toi l’enfer mais ton pain quotidien. Même après les années tout foot tu as bâti pour à la fois honorer ta dette vis à vis de ton passé familial et pour laisser une œuvre concrète à ta descendance.

Tu as parfois été déçu par les uns par les autres mais tu ne t’est pas arrêté pour autant sur leur échec et pas le tien. Tu cachais ces blessures dans l’humour ou le silence mais ton regard parlait pour toi. J’espère que tu as été globalement fier de nous.

« Pour ma part, je n’ai connu que le sport d’équipe au temps de ma jeunesse, cette sensation puissante d’espoir et de solidarité qui accompagnent les longues journées d’entraînement jusqu’au jour du match victorieux ou perdu. Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football » Je te dédie Michel ce constat d’Albert Camus, cet écrivain incomparable, ancien gardien de but qui n’a pourtant pas eu le privilège de jouer à la JS.

Camus aurait aimé, j’en suis sûr l’état d’esprit que tu avais su y créer. Tu ne l’emportes pas avec toi car tu l’as placé dans nos cœurs et il y est bien ancré.

Je conserverai ainsi de toi, comme beaucoup ici l’image souriante, active, modeste, franche de celui qui fut certes professeur de maths estimé, joueur redouté, président lucide, recruteur habile, animateur débridé de la JS mais aussi viticulteur passionné, bâtisseur avisé, ami attentionné, mari, père ou grand-père prévenant. Que n’as tu dû accepté Michèle pour que nous vivions dans la joie du partage.

Michel tu fus un ardent militant de l’amitié. Tu fus un acteur de la solidarité. Tu fus un exemple d’humanité. Tu fus un homme doit, sincère parfois craint mais juste et désireux de faire vivre des idées par l’exemple. Mais Michel tu fus surtout mon ami, notre ami. Te voici là-bas où survivent les forces de l’esprit.

Ne pleurez donc pas toutes et tous car vous pensez l’avoir perdu mais surtout en ce jour d’adieu réjouissez vous d’avoir croisé sa route et de l’avoir connu. Michèle, Corinne, vous ses petits-enfants sachez que la jeunesse et la vieillesse de Saint-Christophe partagent votre peine. »

La photo d’une équipe de la JSSC avec en haut à droite en joueur Michel Rollet il y a 50 ans avec les dirigeants tous disparus maintenant de ce club mythique

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Les tireurs d’élite de la révélation ciblée

Tout au long de l’histoire, l’assassinat politique a été un outil d’accession ou de sanction à l’égard du pouvoir. Depuis que Caïn a tué Abel ou que Brutus a plongé un poignard dans le dos de César, on sait que la mort permet de se débarrasser de celui qui gêne. Cette méthode a été une constante historique. En fait, quand Ravaillac va assassiner Henri IV, il espère débarrasser le pays d’un Roi ayant trahi la religion qu’il défend. Souvent, l’arme blanche a servi à mettre un terme à la présence terrestre d’une personne qui, d’une manière ou d’une autre, a gêné dans le paysage social.

La technique de l’élimination par le glaive a eu son heure de gloire avant que les Borgia ne préfèrent le poison ou que d’autres se mettent à utiliser la guillotine. On a ensuite basculé dans le coup de feu. Jaurés est mort sous les balles de Raoul Vilain, Doumer mourra à cause de Gorgulov, et Trotsky subira le même sort de la part de Frank Jackson… Les grands de ce monde ont eu souvent le triste privilège de quitter le monde réel en une fraction de seconde. Pas le temps de réagir avant de passer de la célébrité au trépas !


Chaque fois, on trouvera derrière ces faits violents un minimum d’opacité sur les commanditaires de l’acte fatal. Les coupables de ces assassinats physiques ont souvent été suspectés d’être sous influence. La notion de complot direct ou indirect transparaît dans la majorité des grands événements mortels pour les grands de ce monde.


J’ai en mémoire le séisme que constitua pour le monde beaucoup moins médiatisé que ne l’est le nôtre, l’assassinat de Kennedy. Nous sommes en étude, à 16 ans, le vendredi 22 novembre 1963 à l’école normale d’instituteurs de la Gironde. Un seul transistor nous relie au monde extérieur, puisque le « séminaire laïque » n’a bien évidemment aucun autre support disponible. La classe devint brutalement silencieuse en début de soirée, car tout le monde eut conscience de l’importance de l’annonce faite dans une édition spéciale.

Sur le moment, la stupeur, et aucune remarque particulière… avant que, dans les jours suivants, les faiblesses flagrantes de la justice américaine permettent à Jack Ruby d’éliminer l’auteur des tirs mortels, Lee Harvey Oswald. Lentement, au fil des ans, il y aura au minimum un doute sur les commanditaires de cet assassinat. Personne ne peut, avec certitude, près de 50 ans plus tard, savoir à qui a profité le crime, et surtout qui avait scellé le sort de JFK. Et on se demande encore s’il y avait eu complot ou si l’événement avait un caractère fortuit. L’Histoire fait que Brutus, Ravaillac, Vilain ou Jackson ont tué les « personnalités » qu’ils haïssaient, mais que l’on ne connaît pas les gens qui, d’une manière ou d’une autre, les ont incités à effecteur cet acte.

Il y a désormais d’autres manières « d’exécuter » une personnalité de n’importe quel niveau. Plus de dague, plus de poison, plus de guillotine, plus de revolver, plus de mitraillette ou de bombe sophistiquée. La préparation de l’assassinat reste méticuleuse et secrète. Elle utilise d’autres armes virtuelles et surtout permet d’échapper à tout reproche en raison de la complexité des machinations indispensables à la réussite du projet. Des officines secrètes ou des spécialistes, montent avec une précision d’horlogers, des systèmes sophistiqués, conduisant à une autre mort que physique. La nouvelle arme c’est la fuite ou la révélation ciblée répétée en rafales « mortelles. » 

Tous les jours dans le monde on étudie les points faibles de son ennemi, on traque ses faiblesses, on exploite les comportements, on recense les manquements et on constitue patiemment des dossiers comme des caisses de munitions à utiliser un jour ou l’autre. Il faut ensuite tirer au bon moment. On doit abattre l’autre en utilisant les armes médiatiques, au nom du droit à l’information, et à la sévérité morale que l’on doit exercer à l’égard des « grands ». Les coups portés restent ciblés et au moins aussi durs que les autres, sauf qu’ils ne tuent pas définitivement, mais vous plongent dans l’indignité, même si ensuite les accusations se révèlent inexactes des mois plus tard.

Nul ne doit mourir idiot, en pensant que ces phénomènes n’existent plus. Au contraire, ils bénéficient de moyens humains et technologiques (Big Brother est omniprésent) supplémentaires, car la guerre des images n’a jamais été aussi farouche. Il n’y a plus aucune frontière entre la vie privée et la vie publique, à partir du moment où l’on utilise la première pour faire carrière dans la seconde.

On découvre avec stupeur que les grands journalistes se vantent de tout savoir sur la vie des femmes et des hommes qui comptent, mais qu’ils faisaient tous de la rétention d’informations… dans le genre je sais tout mais, bien évidemment, moi je ne dis rien, car ça ne nous regarde pas (superbe sketch des Inconnus) ; on ne fait pas mieux ! En fait, c’est une arme de savoir, et elle s’utilise au bon moment, sur le bon support, et pas toujours à visage découvert ! Pas de sang versé, peu de larmes qui coulent, compte tenu de la présentation des faits, pas de dégâts collatéraux, à part ceux que l’on a souhaité… mais la diffusion de l’essentiel : le sentiment que justice est faite.

Le problème, c’est qu’elle n’est qu’apparente puisque, si elle est juste, elle avantage nécessairement un camp (pas celui de la victime présentée) au détriment d’un autre qui, à son tour, un jour ou l’autre, tombera sous les balles d’un « tueur à gages » parfaitement piloté. On exploite habilement les faiblesses réelles de l’autre !

Être sur la place publique, s’engager socialement, c’est s’exposer, et si on ne le sait pas, il vaut mieux appliquer l’adage voulant que pour espérer vivre heureux, il faut vivre caché. C’est un choix, et les snipers sont partout prêts à dégainer quand l’opportunité se présente. Certains n’ont qu’une fronde. D’autres des fusils à lunette avec silencieux. Beaucoup utilisent le poison instillé à petites doses répétées. Nul n’est à l’abri… sauf à vivre hors du monde.

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La source rafraichissante aux souvenirs se tarit

La pandémie a bloqué la sortie du roman « Les 9 vies d’Ezio » ce qui fait que il est encore d’actualité longtemps après sa sortie. Ce « raté » m’a dans le fond permis d’étaler sa présentation sur une plus longue durée. L’idée de multiplier les rencontres autour de l’immigration italienne en général et de celle des cimentiers du petit village piémontais de Postua aura constitué une excellent manière de rappeler le vrai parcours des Ritals ou des Macaronis. Un bonheur permanent que d’aller à la rencontre des lectrices ou de lecteurs potentiels mais aussi de descendants de ces transalpins ayant fortement contribué au redressement d’une France affaiblie par la Grande Guerre !

Pas un seul de la trentaine de rendez-vous déjà effectués, ne m’a pas procuré cette joie particulière de trouver des témoignages, des anecdotes, des petites ou des grandes histoires autour de cette période où parents, grands-parents ont retrouvé l’espoir ailleurs que dans leur pays. Chaque fois la confirmation que l’immigration n’a jamais été effectuée le cœur léger contrairement à tous les poncifs colportés autour d’un phénomène servant d’exutoire politicien en période électorale. Le départ baluchon en mains avec ou sans enfant, pour une destination inconnue n’a jamais été une décision facile. Est-ce vraiment différent actuellement ? Il n’ya que ceux qui ne s’intéressent qu’à eux-mêmes pour prétendre que l’immigration n’est pas un déracinement.

Lors d’une discussion après la présentation, une psychologue spécialisée dans l’accompagnement des mutations culturelles m’a rappelé que les traumatismes vécus par une génération ne sont pas transmis à la suivante. « On ne raconte pas spontanément par le détail les difficultés que l’on a racontées. Souvent on considère qu’il faut l’oublier et ne pas l’évoquer devant ses enfants. Inutile d’en parler. Une étude l’a démontré avec la shoah. La génération qui tente de reconstituer les parcours et qui recherche ses racines est le plus souvent la troisième des petits-enfants. » J’ai pu le constater. Les détails sont parfois oubliés et ne ressurgissent que lorsque l’on pose des questions ou à partir des témoignages des autres. Les primo arrivants ne racontent pas grand chose mais les petits-enfants finissent pas les faire parler.

Une parole, un détail génère des bribes de souvenirs. Rien de bien flamboyant ou de très poétique mais de dures réalités sur l’accueil reçu. Parmi les faits le plus souvent signalés, le passage à l’école demeure le plus traumatisant. Être contraint(e) à s’exprimer en français alors que vos parents ne connaissent que le dialecte et ne parle souvent même pas l’Italien a constitué pour beaucoup une véritable torture. Tous sont unanimes : il leur a été très difficile de s’intégrer par l’école sur un laps de temps beaucoup plus court que  celui de maintenant.

«Un jour mes parents ont décidé de ne plus s’exprimer devant nous dans leur langue locale  après la visite courroucée de l’instit’. Ce fut dur, très dur. C’est nous qui leur donnions les mots autour de la table quand nous les connaissions et ils se parlaient à voix basse. » m’a expliqué Laura septuagénaire native de la région de Venise. « Dans le fond c’est ma mère qui a fait le plus d’efforts pour que nous arrivions à suivre tant bien que mal les leçons. Elle ne savait pas très bien lire ce qui ne facilitait pas les choses. Du coup j’ai perdu tous les repères avec le dialecte et encore plus avec l’italien. » Elle avoue qu’il y a quelques années, elle a eu une envie irrésistible de l’apprendre pour renouer avec ses sensations d’enfance. « Maintenant je m’exprime couramment et je fais même du théâtre. Je suis heureuse pour mes parents. » annonce-t-elle avec une certaine fierté.

Certains d’entre eux ont aussi totalement rompu avec le pays d’origine de leurs aïeux quand d’autres maintiennent avec enthousiasme un lien régulier.  « Je ne sais pas me dit Pierre quelle en est la raison mais mes parents ne sont jamais retournés en Italie. Des histoires de famille je pense. Mais je ne le sais pas ! Alors moi je n’y suis jamais allé. » Ce pèlerinage aux sources est pourtant assez fréquent mais il se perd au fil des générations. « Pour moi c’est compliqué explique Jérôme car mon épouse est d’origine espagnole. Chez qui devons nous aller ? » Là encore celle ou celui qui a la chance d’avoir encore la connaissance de la langue maternelle bénéficie d’une facilité supplémentaire. Autrement on devient un étranger dans son pays d’origine. 

« A Bègles dans le quartier autour de la mairie il y avait d’un coté la communauté hispanique et de l’autre celle venue d’Italie. Tout se passait pour le mieux avoue Patrick mais n’empêche que quand il y avait une naissance dans la cité du coté des Espagnols on fêtait ça en expliquant que nous avions un habitant de plus que les autres. Dans le fond nous avions les mêmes problèmes et les mêmes vies mais nous restions de notre coté et eux du leur. » Les conditions de vie dans la ruralité était bien différente avec des logements d’un autre siècle chez les grands propriétaires terriens. Dans les villes le sort dans les années 1920-1930 n’était guère meilleur car les marchands de sommeil existaient aussi . Les communautés se regroupaient par instinct grégaire avec des vies autonomes sans que ceci pose problème. Le culture ruisselait autour de ces groupes partageux et ouverts.

Pour le reste tous ceux que je vois sont unanimes : l’école laïque creuset des différences jouait son rôle même si tout n’était pas parfait. Qu’y a-t-il vraiment de changé ? Le racisme était là. Il est encore là ! La stigmatisation était là. Elle demeure. Les difficultés matérielles ne manquaient pas. Elles n’ont pas disparu. Les minorités marginales existaient. Elles ne se sont pas dissoutes. Mais que ces rencontres me font du bien. Ezio en serait heureux et je continuerai inlassablement à écouter pour transmettre.

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Le contenu est essentiel, la cruche l’est moins

Quel est l’intérêt dans la société actuelle d’une cruche ? Il devient de plus en plus difficile de trouver à cet ustensile ménager en poterie des mérites débouchant sur une journée de fête. Mieux l’appellation elle-même a une connotation péjorative que peu de monde souhaite porter. « Tiens toi qui est du pays des cruches clamait le directeur du collège en s’adressant à moi, vas au tableau ! » Cette phrase résonne toujours comme une incitation à la modestie et un rappel que la terre natale n’a pas toujours la valeur qu’on lui prête.

Récipient, généralement en terre cuite, d’une contenance de quelques litres, à col étroit et doté d’une ou deux anses permettant le transport et la mise à disposition de l’eau domestique, du lait, de l’huile ou du vin. Son rôle fut donc essentiel tout aux longs des siècles d’avant la matière plastique ou l’aluminium. Croire qu’elle était facile à fabriquer relève de l’ineptie tant ce contenant nécessite une dextérité que peu de monde possède dans le monde actuel.

Partir de la motte d’argile humide posée sur un tour pour faire naître une poterie joufflue, parfaitement circulaire et symétrique ne s’obtient qu’après de multiples manipulations de la terre toutes plus précises les unes que les autres. Caressée, dirigée, comprimée, élevée, rabaissée, allégée la matière première ne semblait jamais atteindre son but. Un excellent tourneur mettait un bon quart d’heure pour donner vie au ventre et fignoler la base de l’objet. On trouve sur les plus anciennes d’entre elles la trace des doigts qui atteste de sa fabrication manuelle !

Devenue accessoire décoratif aux usages très variés, elle s’arrache dans les brocantes à des tarifs qu’elle n’a jamais connue dans l’histoire. Dans tous les romans narrant les habitudes du peuple elle accompagnait les servantes ou les filles exploitées. Alphonse Daudet dans Le Petit Chose décrit la mésaventure de Jacques qui en se rendant chercher de l’eau va revenir penaud avec son précieux récipient brisé. Rien n’était en effet plus précieux dans la maison que la cruche servant à protéger les biens les plus précieux pour le quotidien.

Des dizaines d’expressions font référence à celle qui irait trop à l’eau avant de se casser ou qu’un conseil méprise en précisant qu’il vaut mieux s’intéresser au contenant qu’ à celle qui le protège. Il n’en reste plus beaucoup intactes car elles ont eu du mal à résister aux maladresses des utilisateurs. Les tessons deviennent alors les repères de ses usages et plus encore de son âge. Elle ne survit aux épreuves du temps qu’en morceaux ce qui la rapproche des Hommes.

La cruche me rassure car elle a un tour de taille proche du mien mais m’inquiète par sa fragilité. Pansue et robuste elle contraint cependant à imaginer que rien ne résiste vraiment aux accidents de la vie. En une fraction de seconde elle n’a plus aucune utilité. Ne subsiste souvent d’elle que les morceaux de son bec verseur, de son anse et son fond base de sa naissance. Le reste sera oublié par la postérité car jugé sans intérêt.

En lançant la cruche sadiracaise hier toute la journée des centaines de personnes ont pris un malin plaisir à expédier sans le savoir le plus loin possible le symbole désuet d’une industrie locale florissante. Bien des habitants de ce village ont en effet dû au XVIII° leur fortune aux pots. C’est en cette journée du patrimoine, cette permanence de la valeur de le terre bleue de Sadirac que les organisateurs voulaient surtout mettre en avant. Les mouvements des populations dans la France périphérique a considérablement éloigné les nouveaux arrivants des richesses du territoire qui les accueille. Cet écart entre les racines du passé et les soucis du présent finit par conduire aux excès de tous ordres et même électoraux.

Lancer une cruche paraît tellement dérisoire en cette époque des jeux virtuels, tellement anachronique ou banal, tellement ridicule ou sans intérêt. La joie sincère, rafraîchissante et communicative des personnes porteuses de handicaps tranchait dans cette période où il faut de l’extra… ordinaire pour espérer séduire les foules, avec parfois les chicailleries des autres participants. Pour eux le bonheur était sur le sable des pistes et pas nécessairement dans le jugement que les autres portaient sur leurs performances.

J’aime la naïveté de cette journée de rassemblement, de partage et d’acceptation des différences. Elle témoigne que l’essentiel repose sur la solidarité dans l’action et la volonté que l’on met à ne surtout pas prendre les autres pour des cruches !

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Ici et ailleurs (58) : l’accoucheur des Hommes de la terre

Tous les personnages se hissent hors de la terre après des efforts que traduisent leur attitude et leur visage. Ils s’élancent vers une liberté que leur refuse leur lieu de naissance. Ces personnages affûtés, discrets, langoureux ou torturés, figés pour toujours par la main soigneuse d’Alain leur « père », ne peuvent laisser indifférent. Ils se taisent, murmurent, causent, embrassent ou interpellent celle ou celui qui se penche sur ce que l’on pense être leur triste sort. Leur bonheur repose comme pour beaucoup des Hommes, dans leur simple existence.

«  J’ai toujours été fasciné par l’originalité des formes et de l’aspect des ceps de vigne. Tous sortent du sol nourricier mais se forgent leur propre identité. Après avoir appris à travailler la terre et sa cuisson dans l’atelier de Saint Loubés, j’ai tenté de reproduire la texture de ces végétaux. Lentement mon projet s’est affiné pour muter en modelages d’humains » explique celui qui passe de longues heures à transformer un bloc brut de matière originelle en œuvres toujours en équilibre instable entre le réel et l’imaginaire.

Alain explique qu’il n’a pas forcément d’idée établie au moment où il se lance dans la création d’un monde dont on attend qu’il s’anime et se mette à vivre. L’homme aux mains agiles convient que parfois il « détruit » ce qu’il obtient dans la première phase car ça ne lui convient pas. « Lentement va surgir une scène, une personne, une attitude que je n’avais pas prévu. «  D’une certaine manière je chemine en terre inconnue avoue-t-il dans son propos écrit de présentation de son expo (1), les formes surgissant parfois de manière inattendues, comme si la matière avait sont mot à dire dans cette confrontation créatrice. » La finesse du résultat démontre néanmoins qu’une certaine dextérité contribue à la réussite de ce bel ouvrage.

Toutes les sculptures attestent des arrière-pensées de l’artiste : une alerte et une illustration sur l’évolution de notre monde. « L’homme est semblable à ces ceps ou à ces arbres : en sursis ! » Ce constat se traduit dans l’aspect torturé du placenta de terre soigneusement strié et décoré produisant des lambeaux d’une peau sauvage. La sensation que le mal ronge cette société artificielle à l’image de celui qui détruit peu à peu la planète. La peau ridée teintée avec des mélanges préparés à l’ancienne atteste des agressions qui pèsent dès la naissance sur les humains actuels.

Alain se veut optimiste car alors « qu’ on les croit moribonds, au printemps, leurs bourgeons éclatent, enfiévrés de sève ». On a parfois du mal à imaginer que les visages présentés puissent un jour entrer dans une saison de l’espoir. Décharnés ou écorchés vifs ces corps semblent avoir sué sang sève et eau comme les vignobles des cotes rocheuses où les ceps torturés recherchent les moindres nutriments pour survivre et donner le vin de la messe de la vie. 

Alain montre aux sceptiques qu’une femme au visage incliné vers cette terre qui a servi à la créer, affiche un léger sourire dissimulé par sa position. C’est son gage d’optimisme, lui qui ne l’est pas naturellement. Une autre dissimulée dans un tronc creux que n’aurait pas renié Alice dans son pays aux merveilles,  observe avec un regard lumineux par cette fenêtre sur l’extérieur on ne sait quel avenir qui lui paraît incertain. Se met elle à l’abri ? A-t-elle peur du lendemain ? Cherche-t-elle à espionner ? Probablement un peu de tout cela à la fois. Le personnage le plus énigmatique a nécessité un talent exceptionnel car on sait que les collages de terre surtout car elle est aussi travaillée que celle-ci sont extrêmement délicats. C’est la réalisation la plus sophistiquée et la plus affirmée.

Passionné et donc passionnant quand il évoque son nouveau parcours artistique, Alain n’a pas de certitudes sur ses réalisations. Il doute.  Pourtant elles lui plaisent. Il les regarde avec la tendresse des géniteurs se penchant sur un berceau. Il a passé bien des heures à guetter leur évolution, leur croissance faite d’os et de rouille et à traduite leurs peurs. Habile, sensible et discret l’ancien journaliste a ouvert une voie nouvelle dans sa vie, celle qui lui permet de devenir « sage-homme », accoucheur de la réalité de la terre des Hommes.

(1) L’exposition « nature…humaine » au théâtre Liburnia à Libourne du lundi au vendredi de 10h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h jusqu’au 6 octobre et aujourd’hui le samedi 17 septembre de 11h 30 à 19 h

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Très difficile de se tenir au courant sauf si vous êtes branchés

Il devient totalement impossible de trouver une logique aux propos et décisions du pourvoir central depuis plusieurs mois. Nous sommes entrés dans une période où les déclarations tournent autour de « tout et son contraire ». Les effets d’annonce contradictoires se succèdent comme si la boussole politique était sans cesse déréglée et variait selon le public à satisfaire surtout dans le domaine de l’énergie. Celui de l’électricité devient emblématique de cette errance dans les priorités et les objectifs. Les erreurs commises par tous les gouvernements au cours des trois dernières décennies se payent cash.

La privatisation et le démantèlement d’EDF sur les injonctions européennes constituent dans la période actuelle une catastrophe industrielle du même genre que l’a été l’externalisation des productions essentielles d’un pays désormais ballotté par les soubresauts du monde. La filière nucléaire qui avait tellement soulevé de polémiques a été sacrifiée au mythe d’une énergie nouvelle ou fossile bon marché pouvant compenser des fermetures imposées par des minorités agissantes. Or désormais la moitié du parc des réacteurs est indisponible pour diverses raisons en France !

La situation actuelle du nucléaire en France se résume à 29 unités sur 56 sont à l’arrêt ; 15 tranches sont revenues de révision rechargement depuis le début de l’année, ; 7 unités de 900 MW ont terminé leur grand carénage depuis 2020 (Tricastin 1, Bugey 2, Bugey 4, Tricastin 2, Dampierre 1, Gravelines 1, Bugey 5). Le défaut de corrosion sous contrainte (qui n’est pas forcément un défaut grave) touche 12 unités nécessitant une expertise approfondie : les 4 du palier N4, 5 du palier 1300 MWe et 3 du palier 900 MWe. EdF et l’ASN restent prudents sur le délai de remise en service de ces unités. Toutefois, le travail qu’assurent les équipes en charge permet d’espérer que la plupart pourront redémarrer à l’automne,

Par ailleurs a puissance nucléaire disponible est actuellement de 29 GWe. Elle pourrait atteindre 47 GWe en novembre/décembre. La mobilisation de tous les moyens de production disponibles (charbon (sic), hydraulique y compris STEP, cogénération) pourrait apporter environ 26 GWe supplémentaires. Sauf nouvel aléa, on peut raisonnablement tabler sur une capacité de production de 73 GWe à la fin de l’année. Il sera de manière certaine insuffisante en cas de pic de baisse des températures d’un hiver normal… durant au minimum 5 jours ! Alors il ne reste plus qu’à espérer que le réchauffement climatique favorisera une saison hivernale plus douce. Personne ne le dit mais cette réalité plane sur l’avenir du gouvernement : des records de douceur seraient des excellentes nouvelles… politiques !

Le manque certain d’électricité au cours des prochaines années rend incompréhensible le dumping officiel sur la mobilité utilisant cette énergie. Toutes les études sérieuses et non partisanes démontrent que ce choix aura de lourdes conséquences à court terme. La recherche des métaux rares indispensables pour la construction de ces véhicules, les incertitudes sur le recyclage des batteries, les processus de fabrication rendent les automobiles plus pénalisantes pour la planète que ceux qui pourraient encore être améliorés. On évacue les défauts colossaux de ce choix pour provisoirement sauver la face ! 

Les appels à la sobriété énergétique peuvent prêter à sourire. Les employeurs sont incités par exemple à réduire la température, l’éclairage et tout ce qu’ils peuvent dans des bureaux où les textes relatifs au travail posté imposent des normes obligatoires dans ces domaines. Elles recommandent en effet (norme X35-203) une température entre … 2à et 22 degrés ! Quel responsable de collectivité territoriale va abaisser les températures dans les classes des maternelles, des écoles ou des collèges quand les parents exigent que leur progéniture travaille dans un contexte « confortable » ?

Pour réduire les consommations il existe un autre moyen : fermer les lieux publics d’enseignement et qu’une nouvelle vague de la pandémie ramène à l’enseignement en visio ! Essayez de mettre des enfants dans une salle de gym non chauffée ou dans une salle à 18°!  Les surcoûts des dépenses d’énergie par exemple prévus pour le département de la Gironde non soumis au pacte énergétique sera de 60 millions ! Qui va payer ? Qui va l’assumer alors que les incendies auront couté 6 à 8 millions d’euros et qu’il n’ya plus de levier fiscal possible ? 

Dans les administrations et les entreprises le travail à domicile devient une idée réconfortante : le salarié ira se geler chez lui et s’il a trop froid il montera son chauffage qu’il réduisait auparavant le matin en partant au boulot ! A raison de deux jours par semaine « obligatoires » ou presque on sollicite une double responsabilité : moins de déplacement certes mais acceptabilité de se cailler chez soi sauf à bosser sous la couette. On déjeune à la maison en se payant son repas en se le faisant chauffer et on évite la subvention (ticket restaurant ou diminution du prix) pour le système de restauration collective. Qui sera gagnant ? Qui sera coupable ? En fait l’axe central des propositions des promoteurs de ces errements institutionnels reste simpliste : si vous manquez d’électricité ce n’est pas notre faute mais de la vôtre car vous n’économisez pas assez ! 

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Ici et ailleurs (57) : les précieuses retrouvailles

Le pur bonheur pour un instituteur réside dans la rencontre de longues décennies après leur départ de la classe où l’on a exercé d’anciennes ou d’anciens élèves. Les aléas de la vie professionnelle éloignent de plus en plus celui qui est resté attaché à ses lieux d’exercice de ses ouailles cherchant leur voie professionnelle. Les enfants du premier Cours moyen première année sont proche ou à la retraite selon leur statut.

J’ai l’immense privilège de les retrouver et de vérifier que la réussite réelle des parcours individuels sont parfois très éloignés de ceux effectués sur les bancs de l’école. Le café de ce matin de marché au Bistrot des Copains n’avait pas la même saveur qu’à l’ordinaire. Il avait l’effluve et le goût de l’impatience des retrouvailles puisque la venue d’Olivier m’avait été annoncée.

Olivier n’avait pas la même passion pour les études que celle qu’il avait pour le football. Ça tombait bien puisque nous avions au moins un point commun en partage. Dans la pédagogie Freinet que je pratiquais avec enthousiasme lorsque l’instit’ parvient à détecter chez un gamin le secteur dans lequel il a une motivation particulière, il a trouvé le levier qui va lui permettre d’espérer le remettre sur le chemin d’une certaine réussite.

Dépassant tous les enfants de son âge d’une bonne tête, doté d’une force mentale exceptionnelle il dominait aisément tous les matchs dans sa catégorie mais il lui fallait vaincre le handicap du bégaiement dans la vie scolaire et les difficultés qui allaient avec. En arrivant accompagné de quelques amis il me salue avec « voici celui qui a été mon maître dans tous les sens du terme ! » et nous tombons dans les bras l’un de l’autre. Oubliées grâce à l’usure du temps les moments difficiles (il y en eut) comme si l’essentiel restait le partage de ce moment particulier où l’un et l’autre nous revenons sur le passé.

Devenu un footballeur reconnu pour sa combativité et ses talents de buteur, Olivier n’a jamais reculé devant un obstacle et souvent il ne le contournait même pas. « A la fin de la carrière, je suis parti dans les Antilles. Durant plus d’un an j’ai cherché ma voie. La restauration, l’hôtellerie ou le tourisme ne m’attirait plus. J’avais travaillé dans une agence de voyages et il me fallait choisir une autre filière. Comme avec ma mère j’avais acquis le goût pour les meubles, les objets du temps passé j’ai doucement entamé une carrière d’aménageur d’intérieur avec le vintage comme spécialité. » Le quinquagénaire (ça ne me rassure pas!) souriant, disert, détendu m’explique qu’il vit sur l’île de Saint Barthélémy, un « caillou » uniquement tourné vers le luxe et qu’il s’y trouve bien. 

« J’ai meublé et décoré des hôtels haut de gamme, des yachts, des jets privés et des demeures de style. Saint Barth est une collectivité à part dans les Antilles avec un niveau de vie très élevé. J’y ai fait ma place peu à peu. » Je suis heureux, très heureux. Il ne faut pas le montrer car ce serait de ma part une autosatisfaction malvenue. Je savoure ce parcours totalement inattendu en décalage complet avec celui des études.

Rétrospectivement sur un terrain comme dans la classe Olivier a toujours témoigné d’une envie de bouger, d’innover, de partager et d’oser. Catalogué comme turbulent et difficile à canaliser, le gamin m’avoue avoir trouvé beaucoup de plaisir en classe dans l’observation des animaux du vivarium que nous alimentions en batraciens et en insectes. « Je me souviens de l’exposition que nous avions organisée avec nos observations. Toute une salle de classe à coté de la nôtre était occupée par des élevages. J’étais fier… Je venais à l’école avec plaisir et envie ! ». Ma flûte en « rosit » de plaisir… et nous n’insistons pas trop devant la tablée qui s’est agrandie. Nous sommes dans le fond que tous les deux à savoir ce qu’a été ce plaisir partagé de la confiance qui nous unissait. 

J’ai toujours en mémoire cet extrait de ma bible qui me traverse l’esprit au sujet de la réussite d’un instit’ citée dans « La gloire de mon père » de Pagnol  : « Un très vieil ami de mon père sorti premier de l’Ecole Normale avait dû à cet exploit de débuter dans un quartier de Marseille : quartier pouilleux, peuplé de misérables où nul n’osait se hasarder la nuit. Il y resta de ses débuts à sa retraite, quarante ans dans la même classe, quarante ans sur la même chaise. Et comme un soir mon père lui disait : « tu n’as donc jamais eu d’ambition ?

– Oh ! Mais si dit-il ! J’en ai eu ! Et je crois que j’ai bien réussi ! Pense qu’en vingt ans, mon prédécesseur a vu guillotiné six de ses élèves. Moi en quarante ans je n’en ai eu que deux, et un gracié de justesse. Ça valait la peine de rester là » C’est ça le plaisir de retrouver ceux avec qui on a partagé le plaisir d’être et savoir. Rien de bien compliqué mais des choses simples et concrètes.  La réussite leur appartient. Le bonheur de les voir réussir m’appartient. 

« Je viens d’acquérir un bien à Quinsac pour « ses vacances en France et j’espère que nous pourrons nous revoir plus vite que cette fois-ci » annonce en riant. Il insère dans le répertoire de son mobile mon numéro de téléphone. Un gage pour moi que nos échanges reprendront. Parfois sur l’écran noir de mes nuits blanches je rêve de trouver un producteur pour réaliser un documentaire qui s’intitulerait : « mais que sont-ils devenus ?» Olivier y aurait toute sa place !

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Vous prendrez bien de la salade de « pathes »

Désormais la société est envahie par l’utilisation du suffixe « pathe » associé à des racines plus ou moins explicites. Sa particularité c’est qu’il désigne à la fois des attitudes plus ou moins positives. Il arrive même que son utilisation associe le malade et le soignant. En fait il s’agit simplement de rappeler que son origine se trouve dans le grec ancien désignant la souffrance, la douleur et la passion et par extension celle ou celui qui les soigne. N’empêche que désormais les plaques utilisant ce qui ressemble à un label pullulent. Le site Doctolib a même été mis en cause pour avoir accepté de diffuser des prises de rendez-vous pour de pseudos spécialistes de thérapies dites parallèles.

Le … pathe » ou la «… pathie » après avoir qualifié une science s’accroche maintenant à des pratiques nécessitant l’adhésion à une manière différente de traiter le mal. L’homéopathie à ses adeptes, la naturopathie à ses fans, l’étiopathie capte une part de clientèle, l’ostéopathie traite des milliers de personnes, l’hydropathie reste suivie par les curistes… Tous concernent des soins destinés à soulager les patients qui en acceptent l’efficacité. 

Certains de ces « nouveaux » métiers nécessitent l’obtention d’un diplôme pas toujours délivré par l’État. Il serait vraiment naïf de prétendre que le sésame universitaire suffit à garantir la compétence mais le doute est permis sur certains de ces praticiens. Chez les naturopathes il semble y avoir quelques célébrités médiatiques dont le comportement approche les pratiques sectaires. Sur les réseaux sociaux, des professionnels de santé et des patients reprochent au groupe Doctolib de permettre à ses utilisateurs de prendre rendez-vous chez des « personnes » dont certaines ont des pratiques dangereuses, proches du charlatanisme et de dérives sectaires.

Dans toutes les sociétés les traitements hérités de croyances ancrées dans des rites anciens existent hors de toute considération scientifique. Les animaux font souvent les frais de ces potions réputées pouvoir réparer la santé humaine ou lui donner un élan supplémentaire. La corne de rhinocéros, la patte ou la graisse de tigre, écailles de pangolin, la bile d’ours, les cornes de buffle, la viande de certains zèbres africains, les ailerons de requins ou d’alligators ont conduit à la perte de ces espèces. A notre tour nous entrons dans le cercle des croyances déconnectées de toute raison. Le temps des herboristes et des apothicaires est lointain.

Il n’est pas impossible que je demande à certaines de mes connaissances de soigner les intestins par l’anis étoilé, de briser la déprime par la vie en rosé, de réguler le foie avec de la gentiane, de renforcer le bien-vivre ensemble avec de la liqueur de crapaud, de lutter contre le stress avec de la coca ou de rafraîchir avec une dose de menthe glacée. Depuis des siècles les plantes et les fruits macérés dans l’alcool ont des vertus reconnues. Il n’est donc pas impossible que derrière les comptoirs de bistrots on affiche la qualité de « baropathe » sans garantie du gouvernement.

En ne voulant pas reconnaître la spécificité des médecines alternatives et en réglementant pas leurs pratiques, le système a laissé comme ce fut le cas durant des siècles le charlatanismes progresser. Les vendeurs d’élixir aux multiples pouvoirs, des lotions effaçant toutes les atteintes physiques, les huiles soignant les douleurs articulaires s’installaient autrefois dans les foires ou allaient sur les routes vendre des produits ne soulageant rien mais ne causant aucun tort. Désormais, les réseaux sociaux et les médias regorgent de propositions de médicaments miracles en gélules, en pommade ou en breuvage divers. Leurs promoteurs engrangent des fortunes car les tarifs pratiqués sont des dizaines de fois supérieurs au coût réel de la solution élaborée. Ils contournent les règles en appelant leurs potions des compléments alimentaires.

Il est certain que la nature recèle bien des solutions aux maux dont nous souffrons mais elle mérite d’autres exploitants de ses vertus que des gourous ou des usurpateurs ou usurpatrices. Il reste des milliers de médicaments à inventer à partir de la flore toujours inconnue, des arbres et des connaissances venues de la nuit des temps. La recherche s’y emploie de moins en moins accaparée qu’elle est par la rentabilité immédiate. Elle a été ralentie par les exigences de la Covid et par la montée de maladies de masse comme le diabète.

Devenir « antipathique » ne relève pas de l’opposition systématique à l’équivalent de l’eau de Lourdes comme médecine douce mais simplement à une volonté de ne pas voir sombrer un système de santé en difficulté et dépassé par le besoin général de croire que les miracles appartiennent au possible du quotidien. Tout devient irrationnel et pathétique !

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