La malhonnêteté dans l’usage dévoyé des mots

Le système médiatique permet sans aucune crainte de démultiplier durant des heures et des heures des approximations autorisant une forme de propagande dévastatrice. A maintes reprises dans ces chroniques depuis plus de 17 ans j’ai souligné le poids de ces fameux éléments de langage envoyés à tous les invités des séquences quotidiennes radio et télé. Face à la faiblesse des intervieweurs aussi peu soucieux que leurs invités du poids des mots ils récitent leur bréviaire. Certes il n’y a plus depuis belle lurette de leçons de vocabulaire dans les écoles et encore moins dans les collèges mais cette carence dans la mise à plat des affirmations « officielles » relève de la faute professionnelle.

Dans l »émission Quotidien certaines rubriques deviennent pédagogiques dans un tel contexte. Parfois en regroupant des séquences des entretiens accordés par la même personne ils dénudent des discours sans aucun sens car ressassés comme autant de vérités. Partant du principe que la répétition permet de bloquer la réflexion, les invités ressassent des arguments faux car vides de sens. Rassurez-vous ce n’est pas une spécificité de la période mais une habitude prise du temps de l’ORTF et des communiqués officiels. Tous les journalistes qui ont voulu ce débarrasser de ces méthodes imposées par leurs hôtes l’ont chèrement payé.

Si l’on établissait un palmarès de la tromperie linguistique le mot impôts figurerait en première position tant il a été utilisé à toutes les sauces pour affoler l’opinion dominante. Il n’a d’ailleurs plus aucune valeur tellement il a été, il est et il sera galvaudé. Dans toutes les campagnes électorales, de la plus modeste à celle des présidentielles il est au centre des argumentations. L’éternelle, l’incontournable, l’inoxydable « baisse des impôts » ou dans les cas les plus « prudents » de « non-augmentation des impôts » s’installe au cœur des programmes. Le vrai problème c’est que ce qui est devenu un slogan se met à toutes les sauces.

Par exemple durant tout le week-end les porte-paroles du gouvernement ont ressassé parmi divers arguments passe-partout que la réforme des modalités d’obtention des pensions de retraite visait à ne pas « augmenter les impôts ». Aucun journaliste n’a relevé cet abus de langage constituant une contre-vérité manifeste. Pour pépère et mémère, pour celles et ceux qui bouffent du fonctionnaire à tous les repas et qui parfois oublient de participer à l’effort de maintien des éléments essentiels de la vie collective, cette affirmation a une valeur biblique.

En fait « impôts » dans la bouche de ces truqueurs institutionnels mélangent allégrement « taxes », « cotisations », « prélèvements sociaux », « redevances »… ce qui permet inlassablement de reprendre sous d’autres formes ce que l’on accorde à grand renfort de communication. En l’occurrence il est malhonnête de prétendre que le système des retraites est financé par les impôts. C’est un affront honteux aux principes de la solidarité car les cotisations sont la base de la répartition entre les générations. Les salariés ou les entreprises versent une cotisation et en aucune manière un impôt.

Pour les assurances, pour les mutuelles ; pour les caisses de retraite complémentaires, pour une association qui oserait parler d’impôts sauf s’il souhaitent affoler les fadas pensant que la peur sera plus forte que la raison. En fait on reçoit en fonction de ce que l’on a cotisé ! D’ailleurs à ce propos comment justifier que quelqu’un qui aura durant toute sa vie professionnelle apporté sa contribution pour sa pension perçoive 1300 € bruts et qu’une autre personne ayant travaillé au « noir », ayant sciemment « oublié » de cotiser pour accumuler des réserves matérielles ou immatérielles arrivera automatiquement à 1 200 € ? Je sais que c’est iconoclaste mais j’ai quelques exemples précis eet concrets en tête.

Dans le fond pour les impôts je retiendrai seulement cette réponse d’un ancien qui me confiait : « tu vois moi je suis prêt à régler un million d’impôts sur le revenu. Si c’était le cas mes revenus nets se situerait à 5 millions bruts et il m’en resterait au minimum 4 sans défiscalisation » Ma seule et vraie revendication ne porte pas sur une baisse de la CSG Rocard qui s’applique sur le principe à tous les revenus ou sur les cotisations sociales mais sur une authentique justice sur les vrais impôts. Et ça c’est un objectif qui est beaucoup plus difficile à atteindre que celui de réformer la durée de cotisations pour obtenir une pension de retraite complète et convenable.

En attendant tous les matins, tous les soirs, tous les jours on laissera à croire que une société prônant la liberté, l’égalité, la fraternité et la solidarité peut se construire sur la gratuité et la démagogie.

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Le club de cinq poursuit sa quête du pari gagnant

Le constat s’applique à bien des circonstances de la vie : les préliminaires offrent bien plus de plaisir que le moment que l’on attend. Je vous vois venir mais je pensais pour ma part aux congés, au départ en vacances ou pour tout événement qui s’annonce heureux. L’espoir de bénéficier d’un signe positif du destin engendre fébrilité, impatience et une certaine angoisse de ne pas parvenir à en profiter.

Cette sensation règne à chaque rendez-vous dans le Bistrot des Copains ou le Bar PMU du Créonnais, de la coopé informelle du quinté créée voici quelques années. Les préparatifs des jeux traduisent ce climat d’excitation où se révèlent les personnalités. La régulation du fonctionnement de ce qui est à l’origine une structure autogérée d’investissement collectif a évolué au fil de semaines. 

Le rendez-vous du mercredi n’a depuis ses origines, d’autre objectif que de constater que la « vie en rosé » reste le meilleur des breuvages pour mettre du soleil dans les cœurs.  L’arrivée progressive des coopérateurs laisse toujours le temps aux plus matinaux de consulter les oracles des divers supports conseils en matière de courses hippiques. Elle les autorise aussià prendre ’un ou deux cafés sans qu’à ce jour personne n’ait eu l’idée de pratiquer la tasséomancie jugée moins fiable que le recours aux statistiques ou à l’intuition.

Lionel, le patriarche ayant construit une solide réputation de tueur de poulets et d’éleveur de poules en boîte de nuit est d’une fidélité exemplaire au rendez-vous même s’il concède à son épouse quelques escapades vers le soleil ou la cure. C’est autour de lui et d’ Achour que s’est constitué le club historique des cinq. Ils sont le « canal historique » du carrefour des échanges du marché avec André et Michel.

André poursuivi par l’ennemi implacable d’une maladie que l’on qualifie dans les propos convenus de « longue » , n’aura jamais été le plus zélé des coopérateurs en matière de paris réputés mutuels. Il se contentait avec l’insoumission qui était la sienne, de regarder d’un œil critique mais indulgent ces échanges de pronostics alors que Michel pour sa part avec sa philosophie naturelle d’homme du sud suivait le mouvement. Les aléas de la vie ont modelé différemment le quatuor d’origine que Pagnol n’aurait pas renié. André est parti… et d’autres sont arrivés autour du noyau constitutif;

En fait l’essentiel de la rencontre du mercredi tournait autour de l’actualité locale, de celle de la France et, excusez du peu, du monde, chacun délivrant en vitesse le fruit d’une analyse qu’il pensait rationnelle et donc supérieure à celle des autres. L’arrivée de nouveaux passionnés du débat de comptoir a permis de poursuivre cette habitude dans laquelle le jeu des petits chevaux n’était qu’accessoire.

Achour scribe-comptable expérimenté et rigoureux recensait les nombres réputés miraculeux se chargeant d’effectuer les jeux et la tenue de comptes où les dépenses l’emportaient largement sur les recettes. Stéphane, qui était entré dans le cercle des miseurs disparus, vint apporter son punch et sa générosité. La même table des délibérations, les mêmes tournées, les inévitables espoirs de pactole et surtout chaque semaine l’amitié qui prenait le quart ! Le jeu n’était que le prétexte à des retrouvailles des « copains d’abord ». Ce rendez-vous avait une certaine tenue de francs-lurons et ses brèves engueulades, ses contestations et ses réussites n’avaient rien de secret. On se chambre toujours avec délectation. 

L’heure du regroupement au « mess »dominical avec célébration d’office directement au PMU s’est peu à peu ajouté à la séquence du mercredi . Sans se faire prier les coopérateurs se retrouvent désormais chez Vanille vers onze heures pour assouvir leur pêché que l’on ne qualifiera pas de mignon tant il a un impact sur leurs finances personnelles. Au milieu des fidèles prêts à sacrifier l’autel du jeu le groupe du mercredi se disloque et bizarrement rien ne ressemble aux prémices du mercredi.

Lionel cherche de tous les cotés des sponsors pour multiplier ses mises. En attendant le pain de midi il partage des calices (d’un autre vin rosé évidemment) avec une tablée qui ne cesse de s’agrandir et de se diversifier. Il picore deux euros par ci, deux euros par là. Il fait de la retape pour multiplier ses tickets. Ayant appris que le PMU offrait des « spots » gratuits il est venu monter la garde samedi avant onze heures. Lionel est devenu un stakhanoviste du prono ! Son appétit de gains devient insatiable. 

Stéphane le regard tourné vers son mobile, guette l’arrivée de la prévision de son beau-père. Il la livre  alors à voix basse à un auditoire qui pèse et repese les indications de Sud-Ouest Dimanche et qui ajoute les conseils des sites internet. L’oracle a parlé. Bernard connaisseur réputé, désormais présent chaque mercredi, ajoute un SMS qui bouleverse les maigres certitudes. La science ajoute au doute.  On déchire les tickets et on repart. Le fond du bar bouillonne. Une splendide pagaille y règne. Achour n’arrive pas à noter toutes les commandes. Il encaisse, rend la monnaie avec le flegme de celui qui sait qu’il vaut mieux préparer ses coups en solitaire. Il tente de comprendre la logique de cette effervescence montant à mesure que les chopines culbutées dans le seau à glace se succèdent. A la fin plus personne ne sait avec qui il a joué. Lionel seul le sait car il garde les tickets.

Certains font des TIC, d’autres utilisent la méthode X, la majorité n’ose rien, mais la tentation de placer un petit euro sur un prétendant aux accessits démontre que le jeu l’emporte parfois sur l’enjeu. Autant de solutions techniques qui s’entremêlent et se concurrencent. Une joyeuse pagaille dont le résultat ramènera à la raison : aucun gagnant collectif mais des succès secrets individuels que l’on dissimule derrière un sourire satisfait?  

La coopérative des Petits Miseurs Unifiés se reformera mercredi sur des bases moins romantiques car il faudra faute de rentrées, renflouer la caisse. Le dimanche elle s’éclate. Mais peut importe, l’essentiel reste le partage dans la bonne humeur? ces instants déconnectés de tout le reste. C’est le plus précieux des gains dans le monde actuel. Brassens quand tu nous tient… le radeau de la Méduse n’est pas loin. 

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Les authentiques et sobres charpentes de nos vies

Dans cette église dépouillée d’un village discret du ventre de l’Entre-Deux-Mers Don Balaguer aurait pu célébrer l’une de ses trois messes basses. Il n’aurait probablement pas apprécié la sobriété de ce lieu juché sur l’un de ces mamelons verdoyant où seuls la Mairie, l’école, la coque de noix d’un édifice à fronton laissant la volée d’un unique  cloche envahir l’air,  se dressent pour constituer le fameux triptyque d’un village qui n’existe pas. Ça sent la terre humide et la ruralité profonde. Ca fleure bon la sincérité.

Exceptionnellement la lourde porte de la bâtisse religieuse a été ouverte. Elle ne l’est plus que pour des événements exceptionnels. Aujourd’hui il accueille la dépouille de l’un de ses anciennes ouailles destiné à une dernière demeure installé tout près de là dans un cimetière ouvert aux quatre vents sur le monde du silence. L’assistance emmitouflée chuchote ou se salue d’un geste de la tête sans mot dire.

La charpente apparente de l’église donnant directement sur une volige plus récente a plusieurs siècles. Elle est d’une simplicité qui ne saurait être dans une église que biblique. Un agencement ,ne recélant probablement aucun secret, aucun matériau sophistiqué puisque toutes les pièces semblent tirées de la forêt voisine. Des essences différentes repérables à leur couleur dénote qu’elle a été assemblée avec ce qui était disponible. Aucun effort de beauté standard.  Elle me fascine pendant que se déroule l’office. Facile d’imaginer ces hommes des bois travaillant chaque pièce à la main pour constituer cet ensemble dépouillé mais complexe , robuste mais fringant mettant un ciel sommaire mais protecteur au-dessus de la tête des fidèles.

Le talent de ces charpentiers résidait dans leur capacité à tirer le maximum des maigres moyens que leur offrait leur environnement. Aucun d’eux ne revendiquait le statut de bâtisseur de cathédrale car leur royaume ne leur permettait pas ce rêve. Aucune possibilité pour eux de recourir à ces chênes de longue futaie qui servaient aux charpentes de prestige. La leur, émouvante de sobriété n’en est pas moins splendide, fascinante par son équilibre. Facile de les imaginer prélevant dans la forêt les grumes solides mais imparfaites sans devenir inutilisables, de les tirer avec des chevaux pour les travailler à scie de long, à  l’écorçoir ou à la plane.

Ces poutres maîtresses quasiment brutes portent le poids le poids d’une histoire que je ne connaitrai jamais. Légèrement retaillées, frustres, elles semblent se tordre de douleur à la fois en raison des entailles que leur ont infligées les nécessaires ancrages des supports en épis ou en triangle. Des cales rattrapent les différences de niveau liées aux courbures de cet arbre mort pour que l’église prenne vie. Le tronc n’est pas dans les murs mais au-dessus des têtes de l’assemblée. Tout semble bricolé alors que les artisans ont déployé un savoir-faire fruit d’une transmission séculaire.  

Comme les gens sont de moins en moins habitués à lever les yeux au ciel pour y chercher le réconfort, les charpentes déjà peu visibles ne suscitent plus leur intérêt. Toutes similaires, toutes rectilignes, toutes fragiles, toutes industrialisées elles n’ont pas un grain d’humanité. Elles ne résisteront pas à l’épreuve du temps. Les poutres comme celles de ce nid où se sont construites tant de branches de vie aussi robustes que celle de la personne accueillie là dans le chœur, ont un âme. Elles portent les cicatrices de l’usure du temps, les traces des attaques des parasites, les gerçures d’une exposition à toutes les avanies climatiques qui les ont persécutées. Elles-aussi ont su résister aux aléas de leur destin sans jamais fléchir..

Elles en ont tellement entendu : les prières plus ou moins maladroites, les incantations ostentatoires,  les promesses d’amour éternel, les larmes des douleurs profondes, les cris des bambins ne goûtant pas à l’eau fraîche de leur entrée en religion, les possibles rires de joie. Désormais elles baignent dans le silence et l’indifférence. Inaccessibles car juchés au sommet des murs ayant eu besoin de rénovation car imprégnés par l’humidité du sol, ces supports indispensables à l’édifice s’affichent dans leur nudité originelle.

Impossible de ne pas les associer en levant les yeux et en écoutant à les derniers mots posés avec sérénité et sincérité par le fils du défunt, lui même travailleur du bois, à son papa qui repose sous elles. Les pieds dans la terre ingrate de l’Entre-Deux-Mers ce dernier y a grandi pour pas à pas, s’élever vers un statut conforme à ses souhaits. La mort l’a emporté après neuf décennies parmi la forêt des hommes. Le silence habillait ses actes et son parcours modeste mais réussi. Dans le fond, la poutre lui ressemble. A moins que ce ne soit l’inverse.

Dans un monde des apparences, de l’exceptionnel, de l’insincère, de l’ostentation, de la grandiloquence  cette similitude a quelque chose d’émouvant, de poignant. La pérennité de l’authenticité des démarches humaines rude, exigeante, constructive  perle dans cette église « entre deux mers » où l’on est sensé passer d’un monde à l’autre. Les lourdes portes refermées le silence a envahi l’église pour une durée indéterminé…Le froid traverse les vêtements pourtant prévus l’endiguer. Une histoire simple prend fin. Les poutres inanimées ont une âme c’est sûr. 

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La soupape de la cocotte minute siffle dangereusement

Le choix de la période pour augmenter le nombre de trimestres pour percevoir sa pension et pour fixer l’âge à partir duquel il sera possible de se retirer du monde du travail dénote la méconnaissance totale du pouvoir des réalités du pays. L’erreur risque de se payer cash dans quelques semaines. L’annonce de ce texte a, pour beaucoup de Françaises et de Français des allures de provocation. La volonté de débattre qui doit être celle des ministres, des députés de la majorité minoritaire ne parviendra pas à sauver du rejet la réforme.

D’abord depuis l’élection présidentielle à laquelle les tenants de l’extension de la durée du travail font référence, le pays a été secoué par des évolutions imprévues. Toutes concourent à peser sur le moral de la très grande majorité des classes moyennes. La morosité a largement progressé. Elle avait été mise en veilleuse le temps des fêtes de fin d’année qui, cahin-caha s’était pas trop mal passé.

Désormais la réalité du quotidien revient avec une inflation qui ne cesse de grandir. Tous les efforts pour en masquer les effets qui ont accentué fin 2022 la dégradation financière des comptes publics. La valse des étiquettes entre chaque jour davantage dans les esprits.

Quand l’avenir immédiat se bouche et que les perspectives annoncées ne permettent pas d’espérer une amélioration à long terme, plus aucun argument n’est perçu. Or comme le gouvernement a bâti toute sa stratégie de redressement sur une croissance reposant sur la consommation rien ne s’améliorera dans les prochains mois. L’essentiel des ressources prévues repose sur la TVA et les taxes en tous genres qui constituent des impôts indirects particulièrement injustes. La part prélevée par l’État va progresser sauf si le faiblesse du moral limite les investissements de ceux qui peuvent les faire.

Si le recours aux énergies diverses baisse, ce n’est pas par conviction écologique mais simplement pour anticiper des factures qui rongeront le pouvoir d’achat. Tous les commerçants avouent que les achats diminuent et que l’on se procure l’essentiel avec la recherche des prix bas pour un nombre accru d’acheteuses. Le bio en paie les pots cassés. La viande, le fromage, les fruits, les pâtisseries et plus encore le poisson rencontrent de moins en moins de clients. Le fameux panier moyen diminue en volume mais pas en prix en raison de l’inflation.

Si l’on est observateur en allant faire ses courses dans une grande surface on constaté que l’on trouve de plus en plus de produits « accessoires » mis dans le chariot et abandonné aux hasard des rayons en approchant de la caisse. Ayant été conditionnés pour se laisser aller à des achats impulsifs les consommateurs avancent derrière le chariot avec une liste en mains. Cette inquiétude de ne pas pouvoir par le fruit de son travail accéder à ce que l’on pense indispensable rend inaudible des exigences d’efforts supplémentaires. 

La crainte du très court terme, la vie incertaine au jour le jour, la menace de la pandémie, les aléas de la mobilité ne cesse d’aggraver une défiance rendant les promesses mêmes les plus sincères absolument sans effets. Ce blocage sur le curseur « tempête froide » a été mésestimé par le pouvoir. Il suffit d’écouter pour en être conscient. Les manifestations massives (surtout en « province » dans des départements macronistes ou dans toutes les villes) ressemblent à la soupape d’une cocotte minute. Pourtant elles n’ont pas encore accueilli les mécontents silencieux. Ils existent et ce sont eux les plus « dangereux » ! 

Corsetés dans des conditions de travail exigeantes, sans cesse contraints de s’adapter, déçus par l’insécurité sociale induite par le système des primes la très grande majorité des salariés s’était tournée vers les conditions de vie hors boulot. Elles se détériorent et ne correspondent plus aux espérances. On est parti par exemple loin des métropoles pour jouir de la nature et on se retrouve confronté au surcoût énorme du trajet pendulaire domicile-travail. Pour peu que les emprunts aient été réalisée taux variables et que le chauffage soit électrique et la lassitude s’installe. La réforme des droits à pension devient alors « la goutte qui fait déborder le vase aux larmes » ou qui plonge dans la résignation.

Les syndicats ont démontré qu’ils avaient réussi à récupérer un mécontentement latent. Ils savent que leur ennemi sera le pourrissement du combat et l’enlisement dans une « guerre des tranchées » qui les affaiblirait. Ils mettent le siège autour d’un Parlement déjà sur la défensive. Leur démonstration va rendre quelques députés LR ou même de la majorité minoritaire moins sûrs d’eux. Le premier trimestre de 2023 s’annonce mouvementé mais quel que soit l’issue le pouvoir actuel en sortira très, très mal en point.

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Le manteau magique et pesant de la neige durable

La neige appartient aux paysages canadiens durant des mois. Chez nous elle n’est qu’un phénomène éphémère réjouissant les enfants et provoquant l’ire des automobilistes désarmés en Gironde par son apparition subite. Là-bas elle s’invite, s’étale, se pavane, se prélasse, s’envole, s’insinue ou s’entasse pour devenir insupportable au point que plus personne ici ne lui reconnaît la splendeur qu’on lui prête ailleurs. Quand des cieux gris tombent interminablement des plumes légères ou des dards agressifs le pays se résigne à se plier aux exigences de cette envahisseuse impitoyable.

Des ourlets d’hermine déposés à la hâte par des machines pressées bordent les routes ou les rues les moins fréquentées. Des monticules plus ou moins souillés attendront que le soleil les dissolve sur des parkings ayant perdu de leur noirceur. Les chasseurs de blanche neige soulèvent des gerbes de poudreuse ou des blocs verglacés qu’ils expédient sans ménagement sur les bas-côtés. La neige insupporte.

Sus à cette ennemie de la vie collective qui n’a que les jardins, les toits, les pelouses ou les champs pour étaler sa robe de mariée récente avec le bonhomme hiver ! Les dessous ne sont guère reluisants tant ils témoignent de la négligence des hommes pour leur environnement. Durant quelques temps ils seront embellis par cette opportune couche d’or blanc transformant le réel en un monde idéal car dissimulateur de toutes ses imperfections. Les apparences attirent.

D’ailleurs il existe un vrai plaisir à fouler ces étendues vierges dans lesquelles les pas du profanateur font craquer de douleur les fragiles cristaux accumulés sous l’effet du vent mauvais et du hasard de leur venue sur terre. Il y a une certaine jubilation à cet acte destructeur de la perfection naturelle même si l’on sait comme sur le sable des plages la prochaine « marée » céleste effacera les traces du crime de lèse immaculée conception.

La délicatesse de son installation lui permet de s’amouracher de la moindre brindille, du plus petit filament, du moindre interstice, de tous les creux douillets des arbres sur lequel le flocon s’offre une brève rencontre et l’ivresse d’une vie plus longue que celle octroyée à ses copains qui viennent du ciel pour mourir sur terre ! Triste sort que celui de prendre sur le dos les derniers arrivants mais dans le fond c’est la rançon de toute œuvre collective destinée à éclairer le quotidien des hommes.

Le résultat de cette transformation mérite en effet ce sacrifice. La douceur, la légèreté, la finesse de l’œuvre finale dépend en effet de la délicatesse avec lequel la nature va passer le pinceau sur la toile de la ville. Une œuvre impressionniste aux contours changeant et aux humeurs vagabondes selon les courants d’air se fait et se défait sous les yeux du spectateur patient.

Il n’y a pas en effet un blanc mais des blancs comme neige. Brillant sous l’effet conjugué de la température glaciale et d’un rayon de soleil. Terni par un avatar imprévu dû au mélange des genres. Mat quand la couche est récemment posée. Légèrement bleuté lorsque la lumière s’y perd entre les cristaux. Souillé par le passage dévastateur des engins irrespectueux.

Le plus blanc que blanc de Coluche a toutes les nuances pour l’observateur attentif mais rien n’est pire pour lui que ce basculement vers une soupe maronnasse répandu sur les grands axes routiers ou vers un mélange douteux avec la calcite salvatrice des automobilistes pressés. Pas de pitié pour ce qui constitue le plus élégant événement climatique. La neige altière et immatérielle ne mérite pas pareils traitements qui lui ôtent sa magie.

La reine de l’hiver souvent tyrannique et imprévisible, assoit sa domination éphémère sur les réalisations humaines grâce à sa folle précipitation à venir y mourir. Elle sait pourtant que la révolution se prépare avec le réchauffement planétaire et qu’un jour viendra où elle ne sera plus qu’un épiphénomène climatique pour statisticien météorologue. Victime du tout puissant roi Soleil elle ne rivalisera pas avec lui très longtemps même elle tentera par sa masse de tenir tête aux injonctions chaleureuses qui lui seront faites.

En attendant c’est un privilège que d’être l’invité de la cour de la dame blanche devenue tellement rare en nos contrées européennes réputées tempérées. Sa collection d’hiver faite de dentelles précieuses, de fourrure soyeuse, de pierres de glace translucide, de textures extravagantes, de voiles vaporeux réjouit celui qui ne la subit pas tous les jours. Quant aux autres qu’elle n’étonne plus ils patientent en regardant sur l’écran noir de leurs nuits blanches un film où le printemps redonne des couleurs à leur vie.

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L’effet ciseau démographique se profile

La retraite par répartition est avant tout la résultante d’une solidarité intergénérationnelle qui a été voulue par le Conseil National de la Résistance. Le principe en est simple : cotisation des actifs permettant le versement des pensions aux gens ayant atteint l’âge nécessaire pour les recevoir aux taux maximum. Jusqu’à présent le nombre des naissances étant largement supérieur à celui décès il existait un espoir de parvenir à équilibrer ce concept spécifique à la France. Dans ce contexte, la démographie devient un indicateur essentiel pour les prévisions à moyen ou long terme.

Si l’on se fie aux dernières statistiques publiées par l’INSEE le nombre des pensionnés connaît une chute constante illustrée par le nombre des décès constatés. Entre 2022 on comptabilise 667.000 décès (5.000 de plus qu’en 2021) soit un niveau élevé du fait du vieillissement de la population, des conséquences de la pandémie et des canicules. En 2004 on Avait eu 509 408 personnes en France métropolitaine ce qui fait sur une durée de 17 ans une hausse de 157 000 personnes (+ 31%) ce qui s’explique par l’accroissement global de la population et par l’arrivée dans un âge avancé des générations des années 50.

Cette tendance que probablement les « penseurs » de la réforme des retraite ont pris en compte c’est que l’espérance de vie stagne ou avance très peu. Quant à l’espérance de vie à la naissance, elle est, en 2021, de 85,4 ans pour les femmes et de 79,3 ans pour les hommes soit en légère hausse par rapport à 2020. Mais l’espérance de vie ne retrouve pas son niveau d’avant la pandémie (85,6 ans pour les femmes et 79,7 ans pour les hommes en 2019).

La population continue cependant de vieillir en France. Ainsi, au 1er janvier 2022, 21% des personnes ont 65 ans ou plus et 9,8% ont 75 ans ou plus. Comme le remarque l’Insee, la part des 65 ans ou plus augmente régulièrement depuis plus de 30 ans avec un vieillissement de la population qui s’accélère depuis le milieu des années 2010 (arrivée à ces âges des premières générations nombreuses nées après-guerre).

D’ailleurs, la France se situe dans la moyenne des pays de l’Union européenne (UE). On perçoit donc sa pension sur une durée qui n’évolue guère. Avec la réforme un homme cotisera 44 ans pour obtenir en moyenne 12 ans de pension et une femme qui en règle générale a une retraite nettement inférieure durant 16 ans !

Ce qui a tout lieu d’inquiéter c’est que le solde naturel entre les naissances et les décès n’a jamais été aussi faible en France depuis la seconde guerre mondiale. Cet écart réduit est dû à la poursuite de la chute du nombre de naissances. La pandémie, la crise sociale, le pessimisme ambiant et les perspectives d’avenir de plus en plus incertaines on pesé sur la natalité. L’effet se traduit par seulement  723.000 naissances en France (19.000 de moins qu’en 2021), soit le plus faible nombre sur un an depuis 1946. Le résultat c’est que la population globale estimée de la France n’a progressé d’une année sur l’autre de seulement 0,3 %.

Le début de ce mouvement démographique a une dizaine d’années. Il se poursuit constamment avec peut-être d’ici à quelques années un effet ciseau dont les effets seront perceptible vers 2040 et rapidement sur le marché du travail ainsi que dans l’enseignement primaire. Le vrai problème c’est que la répartition géographique de la baisse des naissances et de la hausse des décès est très inégale sur le territoire hexagonal.

Des départements dont celui de la Gironde explose quand d’autres sont à la peine. Les premiers ont du mal à faire face à cet afflux de population pour offrir des réponses fiables et rapides quand les seconds s’accrochent pour les maintenir. L’aménagement du territoire devra tenir compte de cette France à trois vitesses : les métropoles et cette France dite périphérique qui traverse une période difficile. Quand au monde rural profond il résiste s’il a su s’adapter (mouvement associatif, intercommunalité, arrivée de la fibre optique, développement d’un tourisme « soft » …).

Inutile d’évoquer le rôle de l’immigration tant il soulève des polémiques totalement biseautées ou approximatives. Pourtant il faut noter que si l’industrie allemande s’est sauvée dans des circonstances similaires elle le doit à l’entrée sur son territoire de milliers de migrants employés et donc cotisants pour sauver le système de solidarité outre-Rhin. Rappelons que la France ne se situe qu’au…quinzième rang des pays pour sa part d’immigrés par rapport à sa population. Si la tendance démographique persiste il faudra reparler une nouvelle fois de l’équilibre de nos régimes de solidarité. Une nouvelle réforme avant 2030 !

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Le pourrissement du monde du football m’exaspère

Le football a longtemps été considéré comme le creuset de l’intégration, de la vie collective et de la réussite autrement que par l’action individuelle. A tous les niveaux cette vision sociétale s’estompe ou s’effondre inexorablement. Il est devenu le sport des sommes démesurées, des excès en tous genres, des défaillances morales les plus attristantes, du plaisir gâché. Et il serait vraiment malhonnête de prétendre que le mal ne gagne pas tous les niveaux sous l’influence des exemples les plus catastrophiques diffusés par les médias ravis des défaillances sensationnelles.

Les magouilles se multiplient autour du fric qui conditionne absolument toutes les décisions. La désignation du Qatar a constitué l’exemple type de ces décisions obscures plaçant le jeu et les joueurs dans la situation d’otages vis à vis des défaillances du pays dans lequel ils se trouvent. Le scandale n’était plus au moment de la compétition mais dans la manière dont avait été désigné le Qatar. Croire que c’est terminé et que de telles aberrations ne se reproduiront pas relève d’une non-perception des réalités. C’est oublié… et on recommencera dès que possible pour des raisons financières.

La Coupe du monde a été un festival d’outrances inexcusables commises par des équipes comme l’Argentine ou la Croatie. Certes il y a une enquête ouverte par la FIFA sur des comportements inadmissibles mais elle accouchera d’une souris. La Croatie est visée par une procédure pour des événements s’étant déroulés lors de la rencontre contre le Maroc. La fédération croate est visée pour de « potentielles violations des articles 13 (discrimination) et 16 (ordre et sécurité lors des matches) du code disciplinaire de la Fifa » lors du match pour la troisième place. Le chant nationaliste et raciste de Lovren a été largement diffusé sur les réseaux sociaux avec un succès dans son pays et au-delà ! Qui a réagi ?

Pour l’Argentine, la FIFA en se réveillant a noté « de possibles violations des articles 11 (comportement offensant et violation des principes du fair-play) et 12 (incorrection de joueurs et d’officiels) ». Impossible de ne pas penser au geste obscène que le gardien argentin a fait avec le trophée du meilleur portier de la compétition. Impossible, aussi, d’oublier les « moqueries » que ce même argentin avait lancé dans les vestiaires et dans le défilé de la victoire après la victoire à l’égard de Kylian Mbappé. Il y a eu bien d’autres manquements mais qui n’incombent pas aux seuls joueurs.

A ces événements nauséabonds s’ajoutent les effluves de scandale dans les instances du football français. Le Président de la Fédération garant de l’esprit de ce sport et de son éthique a multiplié sans que personne ne réagisse des propos accentuant les plaies du football actuel. Lorsqu’on lui avait montré les logements indignes des travailleurs migrants au Qatar il avait tranche : « c’est juste un coup de peinture ! »

L’équipe de France féminine réalise une belle performance à la coupe du monde et des querelles montent entre quelques joueuses et la sélectionneuse et il s’exclame : « elles peuvent se tirer les cheveux…ça m’est égal ! ». Il est accusé de divers propos ou attitudes condamnables envers les femmes mais… rien ne bouge !

Le football c’est la fraternité. La violence s’installe dans les stades et devant les stades au point que les supporters sont interdits de déplacements, envahissent les pelouses, menacent les dirigeants et les joueurs. Le racisme lamentable progresse. L’homophobie s’affiche comme ce week-end à Montpellier avec la complicité des dirigeants et des stadiers.

«Equipe de tapettes», «Allez tous vous faire enculer» : voilà deux des messages ostensibles qu’on pouvait lire en effet en lettres capitales sur deux banderoles à la Mosson. Les supporters niçois ont eux, récemment brandi des États confédérés, symbole de la guerre de Sécession aux États-Unis dans les années 1960, porté par les États du sud qui voulaient maintenir l’esclavage.

« Le phénomène raciste dans le sport et dans le football en particulier, n’existe pas ou peu » avait déclaré le patron du football français qui devait mettre des boules Kiés ou ne pas fréquenter le bord de la touche des terrains du foot amateur ! Le racisme ordinaire, l’homophobie courante et les insultes les plus graves fusent dans l’indifférence générale.

Ce football là me dégoûte et je finis par ne regarder que les matchs en Angleterre ou en Espagne car le climat y est infiniment plus proche de ce que l’on attend d’un spectacle sportif professionnel. En fait c’est ce pauvre Albert Camus qui doit gigoter dans son cercueil, lui qui affirmait qu’« il n’y a pas d’endroit dans le monde où l’homme est plus heureux que dans un stade de football »… En ce qui me concerne je n’y remettrai plus les pieds.

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Dépendance : un sujet d’avenir sur lequel on bat en retraite

L’allongement de la durée des périodes des cotisations avec un âge limite de faire valoir son droit à pension quel que soit son niveau vont être au cœur de l’actualité des prochains jours voire des prochaines semaines. Bien entendu le nombre 64 qui a eu son heure de célébrité en étant floqué sur des tee-shirts sera dans tous les esprits. Mais au-delà de ce débat national qui devrait faire l’objet d’une large contestation, d’autres sujets non évoqués devraient préoccuper l’opinion dominante.

Par exemple celui de la dépendance devient de plus en plus prégnant et son financement constituera un enjeu majeur dans moins d’une décennie. Pour le moment se dégage deux axes n’ayant rien d’inédit : le maintien à domicile avec ses limites en terme de sécurisation des personne seules et le placement dans des structures collectives dites médico-sociales.

Il va falloir si la réforme passe réviser les critères statistiques de l’INSEE pour appliquer le terme de « personnes âgées » puisque actuellement cette strate sociale débute à… 65 ans. En 2022 on comptait en France 13 937 158 membres de cette catégorie d’âge (° de 65 ans) dont 6 519 114 ont plus de 75 ans. Une évolution de 31 % depuis 2010 pour la première catégorie et seulement de 17 % pour la seconde ! 

L’aide aux adultes nécessitant un soutien plus ou moins important dans leur vie quotidienne débute à 60 ans tout comme pour l’entrée dans un Établissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (Ehpad). La réforme va donc modifier là encore ce repère.

La part présente de la population âgée de 60 ans et plus, bénéficiaires de l’APA approche désormais les 2 millions de personnes. Tout le monde sait que ce besoin augmentera considérablement dans les prochaines années et que le problème réside dans l’absence de personnel qualifié pour assurer le service dont elles auront besoin. Mais on anticipe pas avec le même zèle que pour les pensions. 

En dépit de la volonté des pouvoirs publics de promouvoir un « virage domiciliaire », les Ehpad occupent une place centrale dans l’offre de prise en charge, puisqu’ils accueillent aujourd’hui environ 600 000 résidents, soit 15 % de la population de plus de 80 ans vivant en France. Ils sortent très affaiblis financièrement et en terme d’image de la période de la pandémie. Le scandale ORPEA a contribué à ce que les établissements à but lucratif (ce qui d’après moi devrait être interdit) montrent leur vraie fonctionnement.

La recherche du profit a conduit à des abus détestables et il paraît extrêmement difficile d’avoir la certitude que les améliorations ont été mises en œuvre. La défenseure des Droits vient de jeter un pavé dans la mare en estimant que La réponse des pouvoirs publics face aux atteintes aux droits des résidents des Ehpad en France « n’est pas à la hauteur ».

Elle affirme qu’elle a constaté une hausse des signalements, qui montre que les manquements perdurent, que ce soient des cas de maltraitance, de limitation de visites ou de restrictions à la liberté d’aller et venir. Ces manquements concernent aussi bien le public que le privé, à but lucratif ou non. « Dix-huit mois après le premier rapport, le bilan s’avère extrêmement préoccupant : 9% de nos préconisations se sont traduites par une action, 55% ont fait l’objet d’annonces mais peinent à se matérialiser, et 36% restent sans réponse », souligne la défenseure des droits.

« Notre recommandation principale est de fixer un ratio minimal d’encadrement. Il faut au moins huit soignants et animateurs pour dix résidents en Ehpad. En France, le rapport est de 6 pour dix, là où les pays du nord sont à dix », poursuit elle. On en est loin. La défenseur des Droits estime que l’effort de contrôle reste insuffisant, notamment par manque de moyens humains. « Le gouvernement a beau avoir prévu le recrutement de 120 postes supplémentaires pour deux ans, c’est insuffisant pour couvrir les 7 500 Ehpad« . Un hasard !

Un récent rapport de la Cour des Comptes (1) a trouvé la solution : supprimer la partie « sociale » dans la mission des Ehpad qui deviendraient donc des établissements de fin de vie à caractère « sanitaire » . Intitulé « la prise en charge médicale des personnes âgées en Ehpas, un nouveau modèle à construire. » il propose ce que je n’ai jamais cessé de prôner en vain : Faire évoluer le rôle de l’Ehpad dans son territoire d’implantation.

La nécessité de diversifier les modes d’accompagnement des personnes âgées et de surmonter la dichotomie entre établissement et services à domicile est unanimement reconnue. L’Ehpad conçu comme « centres de ressources » serait le lieu d’organisation, de coordination et d’optimisation des ressources d’un territoire dans une logique de services aux personnes âgées en perte d’autonomie. Il mobiliserait ainsi les compétences du plateau technique que représente l’établissement, pour les déployer vers l’extérieur, le positionnant ainsi comme une plateforme de ressources pour le domicile. »

C’est exactement le projet qu’a proposé l’Ehpad du Hameau de la Peloue de Créon et qui attend… une réponse ! Ca ira moins vite que pour l’âge de la retraite.

(1) Rapport réalisé pour le Sénat et publié en février 2022

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La dame qui distribuait le précieux et doux lait de notre enfance

Madame Camus appartenait à ce qui était le village de Créon. Elle a vendu en direct de la Coopérative le lait du quotidien celui qui sauvait parfois de l’absence de repas. Immigrée espagnole elle avait affronté une vie rude et sans répit. Hommage rendu au nom d’une génération de Créonnaises et de Créonnais

 Tous toutes et vous tous qui êtes venus aujourd’hui si nombreux autour de la dépouille de Georgette Camus, plus exactement Madame Camus devrais-je dire avec le respect que je lui dois, vous avez ancrée dans vos esprits la certitude que sa modestie, sa vaillance, sa fidélité et son dévouement méritaient un hommage. 

Vous êtes partie comme une plume de duvet emporté par le courant d’air froid de la mort en tenant la main de son Aurélie. Elle l’a probablement attendue dans son inconscience pour aller chercher une petite place dans le ciel.

Madame Camus vous étiez une grande dame, ni par la taille, ni par la fortune mais par ce que vous étiez et ce que vous représentiez dans la vie de Créon. Vous étiez pour nous une mère courage et c’est au nom de cette ville où vous étiez installée depuis plus d’un demi-siècle que je m’exprime en cet après-midi gris comme notre cœur. Vous êtes entrée depuis votre disparition, dans notre passé là où se situe le souvenir de ces gens d’autrefois à qui nous devons ce que nous sommes devenus, avec lesquels nous partageons tant d’estime, d’affection et de tendresse pour ce qu’ils ont été et qu’ils resteront.

Des gens simples sûrement, mais des gens d’une si grande richesse humaine que nous avons toutes et tous le sentiment de perdre un trésor que nous possédions mais auquel nous avions fini par nous habituer.

Si depuis quelques temps votre frêle silhouette ne parcourait plus les rues de Créon elle restait présente dans les mémoires poussant sa remorque héritée de sa mère ou son vélo sur lequel je ne l’ai jamais vu monter. Madame Camus vous apparteniez en effet au monde le plus merveilleux, celui des enfants des villages où le bonheur fleurissait naturellement dans les cours des fermes, les cours d’école, les prés ou sur les chemins d’une vie partagée. Votre altruisme était remarquable.

Madame Camus vous étiez en effet, pour tellement de gamins, celle qui apportait le plus précieux du breuvage jusqu’à la fin des années 80 : le lait ! Combien d’entre nous vous doivent leur survie grâce à ce lait doux, mousseux, crémeux qui constituait parfois l’essentiel des leurs repas voire leur seul repas.  Dans votre petit local donnant sur la rue Jean Feuga et appartenant la Coopérative laitière vous remplissiez avec une mesure en aluminium d’un quart de litre, les pots au lait que présentaient avec envie que des Perrette joyeuses ou des Pierrot turbulents.

L’un d’eux apprenant votre départ vers le repos éternel m’a envoyé un message depuis New-York où il vit désormais. Enfant d’immigrés espagnols José Maria devenu un grand coiffeur aux Etats-Unis a écrit : « Je me rappelle très bien d’elle, j’allais chercher le lait. Elle finissait toujours pour me donner de la crème. (la nata) …quand j’arrivais à la maison, il y en avait plus! Je me rappellerai de cette grand Dame toute ma vie. » Tout ce que vous étiez se trouve dans cet hommage affectueux et révélateur de la perception que l’on avait de vous

Peut-être aviez vous gardé de votre enfance de fille d’immigrés espagnols très pauvres cette compréhension, cette générosité, cette envie de voir des regards heureux qui sont l’apanage des gens sachant d’où ils viennent.

Vos mains reflétaient plus que tout votre vie. Elles avaient travaillé à la chaîne en usine, dans les vignes des seigneurs, dans cette coopérative où il fallait chaque jour dimanche compris, laver les lourds bidons de la collecte et le sol de béton à l’eau froide quel que soit la température. Un boulot de titan pour le petit bout de femme que vous étiez. Noueuses, torturées comme tout votre corps vos mains inlassables ne savaient que dispenser de la douceur par la cuisine que vous adoriez mitonner pour votre famille ou leurs amis. Les poulets rôtis, les sauces de lapin et plus encore celle des escargots que vous ramassiez vous-mêmes dans la plus pure tradition de ce quartier de la Gare que vous aimiez tant.

Veuve à 35 ans il vous a fallu élever seule quatre enfants pas faciles. Vous aviez un solide caractère, une volonté de fer et plus que des principes ce sont des valeurs que vous leur avez transmises. « Maman débrouille », « maman poule », « maman solide », « maman exigeante », « mamie gâteau » vous avez surmonté avec une résilience exceptionnelle tous les obstacles selon le constat d’Alphonse Allais voulant que « les gens simples aillent tout droit sur leur chemin à moins qu’il n’y ait une barricade qui les contraignent à un détour » Et la vie ne vous a jamais épargnée les barricades. Les plus hautes, les plus dures, les plus terribles. Vous les avez toutes franchies ou contournées sans mot dire. Vos blessures étaient secrètes, profondes mais vous n’en laissiez rien paraître. Vous les avez enfouies derrière le sourire mouillé de la fatalité.

Dans tous mes souvenirs de Maire, celui de l’annonce de l’élection d’Aurélie comme centième rosière restera comme le plus émouvant. Vos larmes coulant sur votre visage, votre voix émue, votre plaisir de renouer avec le plaisir que vous aviez eu lors du couronnement de votre fille Josette trop tôt disparue subsistait dans ma mémoire. Aurélie, votre Aurélie, centième Rosière de Créon… Que du pur bonheur pour vous ! Vous en rêviez. Vous en avez savouré les moments essentiels. Aurélie tu l’avais rendue tellement heureuse et elle le méritait bien. C’était la juste récompense de sa sollicitude et de son affection.

Madame Camus, mamie Camus, maman Camus vous emportez au paradis toute une époque. Elle ne fut ni glorieuse, ni grandiose, ni facile, ni prospère mais elle respirait l’effort, les larmes, les joies du partage et l’envie permanente d’être utile aux autres et la douceur du lait ! Selon un proverbe australien « seul l’amour remplace le lait ». je le crois et vous l’avez démontré en nous donnant les deux. Merci pour ces milliers verres de tendresse que vous avez distribués avec générosité.

Mesdames, messieurs ne pleurez pas d’avoir perdue Madame Camus mais réjouissez-vous de l’avoir connue. C’était une bien belle personne qui respirait une saine modestie et une force lumineuse. 

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