Qui « pneu » le plus, « pneu » le moins. Enfin presque…

Dans le fond si le soir on prend le temps de scruter le déroulement d’une journée et de se rapprocher de l’horoscope du matin on s’aperçoit de la forte divergence entre les prévisions et le résultat. L’exercice permet également de prendre conscience du fait que la vérité se trouve souvent dans des histoires n’ayant vraiment rien d’extraordinaires. Alors autant que je vous fasse partager quelques épisodes révélateurs d’un quotidien bien éloigné des soucis de cette période marquée par des événements de portée planétaire angoissants.

Toujours passionné par l’idée que toutes les occasions de transmettre ont leur utilité je me suis rendu dans la cité de Castillon pour livrer une nouvelle bataille contre les idées reçues sur la fiscalité locale, sujet étrangement absent des débats politiques. Un moment comme je les aime durant lequel il est possible de démonter des artifices immuables de tous les pouvoirs souhaitant asseoir en douce leur tutelle sur les collectivités territoriales. Deux bonnes heures autour de mes souvenirs de passage il a plus d’un demi-siècle sur les rives paisibles de la Dordogne et à décortiquer les chausse-trappes mises en places contre les propriétaires contribuables, sont passés très vite. Une remarque de l’une des participants suffit à mon bonheur : « c’était passionnant et j’ai beaucoup appris ! ».

En quittant léger et heureux le parking situé dans l’ancienne cour de récréation de l’école de garçons dont je fus le directeur… mineur je n’imaginais pas que quelques mètres plus loin les voyants du tableau de bord de la Clio qui me transporte depuis quelques années m’offriraient un feu d’artifice inquiétant. L’ordre m’est intimé de m’arrêter sans délais pour une crevaison. La roue avant gauche est en effet à plat car le pneu montre une sale blessure causée par un objet tranchant. Panique…puis résignation : l’utilisation de la roue de secours s’impose à mes articulations rouillées et à mon manque absolu de pratique dans ce genre de situation de combat solitaire contre l’imprévu.

Je me gare sur le parking déserté du garage où je pensais trouver un main secourable. Que nenni : le week-end a débuté ! La découverte grâce au manuel réputé simple et pratique du processus de déverrouillage de la roue de secours me paraît encore plus difficile que ces foutus notices de montage de meubles achetés dans cette grande surface où je n’ai jamais vu de belles vendeuses fines comme des allumettes susceptibles d’enflammer mon cœur. Après bien des tâtonnements et un pouce maltraité, les éléments du puzzle « crevaison » se retrouvent rassemblés. Le jeu des chiffres et des lettres débute sans que j’y prenne le même plaisir que les adeptes du service des sports de Sud-Ouest dans son époque « ricardisée. » Rien n’est plus traître qu’un cric d’opérette qu’aucun des techniciens l’ayant conçu n ‘a du utiliser. Quel est le malin qui avant d’acheter la voiture regarde ce détail ? Autant soulever une pierre de taille avec un cure-dents.

Des malins qui filent légers et insouciants vers ailleurs klaxonnent. Probablement pour m’encourager ou pour se foutre de moi. Mou du genou, raide du dos et prenant conscience que le poids des ans s’ajoute à la maladresse j’avance n pratiquant le fractionné du changeur de roue, catégorie vétéran 3 ! Alors que j’approche du but, une camionnette s’arrête derrière moi. Un jeune trentenaire en descend et me propose son aide. « J’ai vu n passant dans l’autre sens qu vous étiez en difficulté m’explique-t-il. J’ai effectué un demi-tour au giratoire pour vous sortir de là. Je sais ce que c’est, je suis chauffeur livreur et ne vous inquiétez pas. Même pour moi c’est pénible car ce qu’ils fournissent c’est de la quincaille ! » En quelques minutes il a pourtant bouclé la dernière étape et serré l’ultime boulon ! J’éprouve gêne et soulagement,  émotion et rconnaissance. Mes remerciements lui suffisent. Il remonte dans son calion et repartcomme il était arrivé, sur la pointe des pneus!  Une grosse heure après mon arrêt je repars pour la maison avec toujours des alertes allumées mais peu importe. Je suis heureux. Simplement heureux. La venue de ce renfort désintéressé, sympa, partageur m’a fait oublier mes déboires de piètre « manuel ». 

Hier matin je me rends pour la suite, dans un garage pour remettre tout en état. Grand moment. Les pneus avant sont quasiment neufs. « Je vais voir si je peux en trouver un du même genre me confie le réparateur. L’ordinateur délivre son verdict : « la fabrication de ce modèle a été arrêtée il y a quelques mois. Il faut donc changer les deux car vous ne pouvez pas rouler avec des pneus différents. » Il relance sa recherche pour m’informer qu’il ne sera pas livré avant mercredi… car les fabricants n’ont pas de stocks. La guerre en Ukraine ? La demande mondiale? Peu importe. Inutile d’ajouter qu’avec l’augmentation du prix du pétrole, la note suit la tendance.

Je pense un instant à celui qui se sert de son véhicule tous les jours pour travailler, qui est étranglé par les crédits et les frais contraints et qui doit prendre une décision de plusieurs centaines d’euros alors qu’il n’a pas de quoi payer. Que fait-il ?  La lacération d’un pneu et cette personne bascule vers un sentiment d’injustice, vers une haine de tout et de rien  dont on connaît les conséquences.

Publié dans AU QUOTIDIEN | Marqué avec , , , , , , , , , , | 11 commentaires

La situation est beaucoup plus complexe que prévue

L’élection présidentielle se regarde désormais dans le rétroviseur où se reflète l’Histoire. La cérémonie d’investiture du vainqueur a eu lieu avec le sentiment que tout était conçu pour éviter de provoquer ou de laisser accroire à une victoire éclatante. Logique dans le contexte actuel. Les incertitudes n’ont jamais été aussi grandes et elles planent sur notre quotidien. Le calme plat avant probablement la tempête, s’installe comme si les décisions à venir étaient lourdes à prendre. L’Europe est sur le fil du rasoir et à la merci d’une décision prise à Washington qui enclencherait un processus pouvant être irréversible. Or le gouvernement a disparu comme si la confection des valises et le remplissage des caisses constituaient les priorités essentielles en cette période complexe.

La tendance est pour le moment à rester pour expédier les affaires dites courantes à Paris et le reste du temps pour se consacrer à l’échéance électorale prochaine en province. Olivier Véran (Isère) ; Marc Fesneau (Loir-et-Cher) ; Brigitte Bourguignon (Pas-de-Calais) ; Olivia Grégoire (Paris) ; Franck Riester (Seine-et-Marne) ; Nadia Haï (Yvelines) ; Geneviève Darrieussecq (Landes) ; Sarah El Haïry (Loire-Atlantique) ; Bérangère Abba (Haute-Marne) ; et Joël Giraud (Hautes-Alpes) rejoignent en effet Olivier Dussopt (Ardèche) ; Jean-Michel Blanquer (Loiret) ; Brigitte Klinkert (Haut-Rhin) ; Gérald Darmanin (Nord) ; Laurent Pietraszewski (Nord) ; Clément Beaune (Paris) ; Amélie de Montchalin (Essonne) ; Gabriel Attal (Hauts-de-Seine) ; Emmanuelle Wargon (Val-de-Marne) ; Élisabeth Borne (Calvados). La moitié du gouvernement va donc cumuler une place rémunérée et dotée de quelques avantages dans l’exécutif avec les obligations d’une campagne électorale. Le Président sortant et revenu a fait des émules avec sa tactique du « en même temps ».

Cette stratégie implique que le Premier des Ministres reste en place encore quelques semaines et qu’il n’y ait de mouvements qu’après les législatives fin juin. D’abord parce qu’il serait bien maladroit de se priver d’un titre avantageux lors du scrutin à venir. Il serait ensuite du plus mauvais effet de savoir que des membres du gouvernement ayant perdu leur poste sont susceptibles de ne pas se retrouver dans leur rôle national dans lequel ils ont bien évidemment tous excellé. Le plus concerné semble encore être le « Sinistre de l’Éducation » expédié pour la première fois en campagne pour se trouver un éventuel job de remplacement au cas où… Enfin toutes et tous restent sous pression car le maître du temps n’a absolument pas dévoilé ses intentions sur « l’avenir du personnel » qu’il aavait recruté. Il attend cyniquement le résultat de leur confrontation avec l’électorat pour connaître leur impact réel.

Le contexte a aussi évolué. Selon une simulation effectuée pour France Infos en se basant sur les résultats de la présidentielle, l’union des gauches permettrait à ses candidats de se qualifier dans plus de quatre circonscriptions sur cinq, quand le RN, lui, ne serait au second tour des législatives que dans 296 d’entre elles. Selon cette modélisation, LR pourrait finalement disparaître de l’Assemblée qui serait composée de trois blocs ! Bien évidemment la marge d’erreur (1) de ce type d’étude ne permet pas de mesurer avec certitude des résultats qui ne tenant pas compte d’élémnts comme la prime au sortant, de la notoriété locale et des choix nationaux non reproductibles  effectués au premier tour des présidentielles.

Il est certain que les services du Ministère de l’Intérieur doivent faire mouliner les ordinateurs pour tenter d’affiner ces analyses. Selon celles citées plus haut il y aurait en effet 8 élus NUPES au premier tour, 104 duels entre le parti gouvernemental et le RN ; 271 duels entre Renaissance et NUPES ; 121 oppositions directes entre NUPES et le RN ; 71 triangulaires… Le problème de la digue contre le RN va donc se poser pour l’ex-LREM et la NUPES dans plus de 200 territoires électifs. Rappelons que ce ne sont que des projections mathématiques qui ne donnent pas un nombre de parlementaires mais qui préfigurent les tendances du premier tour. N’empêche que ce ne sera pas une sinécure pour le pouvoir en place.

Se qualifient en effet au second tour les candidats qui ont pu réunir plus de 12,5% des inscrits, c’est-à-dire du nombre de personnes présentes sur les listes électorales. Plus l’abstention est forte, plus il faut atteindre un score important de suffrages exprimés pour espérer se qualifier. Il y aura très peu de situations de ce type.  Dans le cas où aucun candidat ne réunit les conditions, les deux candidats arrivés en tête sont qualifiés, quel que soit leur score. Ce contexte particulier n’incite donc absolument pas l’adepte du changement dans la continuité à se marquer par un choix qui aurait des conséquences lourdes sur des parties de l’électorat lui ayant adopté. Pas d’appui possible sur LR et pas le temps d’espérer la constitution d’une force d’appoint issue de la contestation interne au PS sauf à accepter des ralliements de principe sans impact réel sur le terrain. Il est donc urgent de patienter avant de décider du coté de l’Elysée et d rster dans le flou ! 

(1) Sources du fond de carte : ToxicodeSciences Po • Cette carte est une estimation basée sur les données du ministère de l’Intérieur pour le premier tour de l’élection présidentielle 2022 et le premier tour des élections législatives de 2017.

Publié dans PARLER POLITIQUE | Marqué avec , , , , , , , , , , | 10 commentaires

Mornes campagnes en perspective

Les analyses de tous bords convergent sur un partage de la France n deux entités qui s’éloignent l’une de l’autre de manière constante : les zones agglomérées dites métropolitaines ou intensément peuplées et les territoires ruraux ou « rurbains ». Les votes protestataires d’extrême-droite ne cessent de croître dans ces « nouveaux » espaces réputés déshérités ou en perdition économiquement ou culturellement. Les votes traditionnels liés à l’immigration ont été renforcés par ce rejet d’une inégalité dans les services, la mobilité, la santé ou le niveau de vie. Les études se multiplient et tous les partis que l’on baptise maintenant comme « traditionnels » accentuent cette fracture .

En 1975 alors que je rejoignais le PS après ma période PSU, Pierre Brana (1) pour qui j’ai toujours respecte et admiration me confia lors d’un dîner que la politique ne connaissait qu’une « vérité : le rapport de force » Inutile d’espérer quoi que ce soit lorsqu l’on se trouve en position de faiblesse. Ce principe voulant que les décisions soient prises à partir du poids de chaque camp n’a jamais été démenti par les faits. « Il faut qu tu aies toujours la possibilité soit d’être majoritaire soit de constituer une force d’appoint indispensable » avait-il ajouté.

C’est ce qui vient de se passer lors de toutes les négociations liées aux élections législatives dans tous les camps. Vous devenez respectés et respectables si votre pouvoir de nuisance est réel. Si vous n’en avz pas vous n’existerez jamais. Tous les accords qui viennent d’être scellés reposent sur justement sur la répartition entre circonscriptions urbaines et rurales. Comme les plus accessibles se trouvent dans les secteurs urbains, chacun a fait ses emplettes ou défendu ses positions en oubliant les autres territoires. C’est une constante depuis que le système majoritaire à deux tours existe et la proportionnelle intégrale 

Le nombre de militant(e)s est en effet encore, dans cette période de disette des adhésions largement supérieur dans les villes d’où sont issus la très grande majorité des responsables nationaux. Le pouvoir politique se concentre essentiellement dans l’Île-de-France et quelques grandes agglomérations. Si l’on doit abandonner des pétitions c’est plus facilement en campagne où c’est le désert total.

Une seule référence en 1978 sur le seul canton de Créon il y avait 11 sections du PS et plus de 300 encartés…. En 2021 une seule section et une trentaine de cotisants ! Dans le Libournais j’ai Lu qu’EE-LV avait suffisamment des doigts d’une main pour compter ses adeptes officiels à jour de leur cotisation prêts à soutenir les candidats. Des « parlements  populaires » sur une circonscription de près de 100 000 habitants atteignent un effectif d’une vingtaine de personnes. Il faudra des décennies pour retrouver une vie politique réelle sur certains territoires et de désillusions n désillusions il st possible qu’elle ne revienne même jamais.

Depuis des décennies, les métropoles drainent l’activité économique, les équipements de santé, les établissements d’enseignement, les outils de mobilité collective, les capacités à fournir du logement et les moyens financiers. La métropolisation n’a pas disparu des projets de l’administration centralisée et elle ressurgira au cours du prochain mandat comme le « conseiller » territorial ou l’élection des intercommunalités au suffrage universel direct… La catastrophique loi NOTRé reviendra avec une version encore plus contraignante brisant le lien essentiel entre tout pouvoir et ses mandants : la proximité ! Désormais ce principe a été remplacé par « mobilité » ! 

Rien n’a changé. Aucune véritable leçon n’a été tirée. Une redoutable fracture s’est créée et elle n’est pas prête de se résorber. Les promesses sur un monde de demain à inventer s’arrêtera aux frontières des périphériques urbains. Des partis exsangues qui ne se reconstruiront jamais car la désillusion aura été trop forte. La fuite des forces déjà plus très vives va s’accentuer livrant la ruralité et le rurbain aux forces de la vengeance qui n’ont jamais servi à construire un programmes électoral. Des élus réputés (trop) locaux et donc insignifiants se retrouvent déjà face à des difficultés croissantes avec des populations aigries et au bord de la révolte.

De l’élection présidentielle, Christophe Guilluy, géographe retient avant tout le score de 41,4 % de Marine Le Pen qui témoigne, selon lui, de la révolte des classes populaires et qui confirme la persistance et la centralité du clivage entre la France périphérique, regroupant les perdants de la mondialisation et celle des métropoles, où vivent la majorité des gagnants. On constatera le bien-fondé de cette analyse au soir du 19 juin prochain mais dans l’immédiat le mal est fait. La crédibilité des partis ayant concocté de là-haut des accords déconnectés des réalités du terrain sur lequel les « laboureurs » vont se raréfier.

(1) Pierre Brana proche de Michel Rocard dont il a été le conseiller a été député maire d’Eysines. Il a écrit de nombreux ouvrages sur l’histoire politique moderne. 

Publié dans ACTUALITE | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , , , , | 34 commentaires

Je veux plus « être » uniquement parce que j’ai « été »

Ce matin alors que hier soir dans la médiathèque de Le Haillan j’ai passé une superbe soirée à transmettre et à partager avec une assistance d’amis autour des « 9 vies d4ezio »  j’ai envie en écoutant les informations de la nuit, de revenir sur un texte vieux de plus de deux ans .  Au moment du bilan je suis certain que mon vrai bonheur aura été d’avoir pu consommer plusieurs vies en une et de les avoir toutes traversées à fond. Un tel privilège obligeant sans cesse à se remettre en cause évite de s’ennuyer mais génère un vrai problème : on emmerde le monde puisque l’on peut donner autres l’impression de tout savoir ou de tout connaître. « On ne peut pas être et avoir été ! »

jamais pourtant je n’en ai été aussi certain.J’ai souvent ressenti cette sensation donnée certes par l’âge mais surtout par le passage réel et profond dans de multiples secteurs de la vie sociale. Je ne vois vraiment pas le quotidien avec un regard blasé ou indifférent car chaque instant me ramène à une expérience avec l’envie de rappeler ce que j’ai pu acquérir dans des circonstances similaires. Et alors là je deviens pénible ! Comme j’ai « été » je veux parfois « être » comme pour me prouver que je n’ai pas vieilli.Persuadé que l’ « on ne peut pas être et avoir été » je me retiens de « conseiller » ou de « juger » (sauf si on me le demande) et j’ai de plus en plus tendance à me retirer sous ma tente. Le paradoxe c’est que cette attitude conduit bien des personnes à considérer que ce silence correspond à de la lâcheté ou de l’indifférence.

« On ne peut pas être et avoir été !  » sauf à avoir la tête qui enfle en vieillissant. Dans toutes les milieux où j’ai évolués (vie locale, syndicalisme, mutualité, sport, vie associative, toutes les fonctions électives ou presque, père de famille-je ne l’oublie pas-) j’ai toujours eu soin de puiser la substantifique moelle de ce que je percevais dans l’action des autres, dans l’apport des autres.J’ai rencontré des hommes et des femmes qui, quels que soient leurs qualités ou leurs défauts, m’ont « chargé » pour des provisions nécessaires pour la route pénible qui,s elon eux, m’attendrait le jour où je me retrouverai seul. Peu d’entre eux ne m’ont facilité la tâche. Ils ne m’ont rien offert. Ils ne m’ont pas installé. Ils se sont contentés de garnir ma besace des valeurs qui étaient les leurs. Je ne me souviens pas les avoir sollicités de manière pressante ou insidieuse.

« On ne peut pas être et avoir été ! » sans se souvenir d’où on vient.En revanche j’ai souvent eu besoin de les écouter, de débattre avec eux, de me frotter et me confronter à eux (même si leurs avis étaient parfois sévères) car je n’ai pas progressé dans l’imitation et je me suis enrichi dans le débat. Mon vrai moteur a été le choix de la différence et l’adaptation de ce que j’avais reçu sur la base de valeurs essentielles mais dont la mise en œuvre pouvait être différente et personnelle. Dans ce contexte « on ne peut vraiment pas être et avoir été ! » en oubliant le chemin parcouru.

Je ne suis jamais revenu sur mes pas, pas plus que je me suis toujours contraint à me détacher totalement des métiers, ou des fonctions que j’ai pu exercer. Instituteur, journaliste, élu, président d’associations : lorsque je suis parti… je suis vraiment et irrémédiablement parti laissant aux remplaçant.e.s la liberté absolue de leur gestion. Je ne me prononcerai pas publiquement sur ce qui a été fait car le jugement ne m’appartient pas plus qu’à n’importe quel citoyen.ne. éclairé. Pourtant parfois ce sont des souvenirs qui remontent en mémoire. Le sentiment que l’autre sait que vous ne direz rien traverse les rapports humains et vous ne dites rien sous prétexte que c’est du passé à oublier. 

« On ne peut pas être et avoir été » en regardant la réalité de loin. Les seules liens que j’essaie de conserver ce sont ceux de l’amitié, de la confiance réciproque et du partage des soucis au moment où ils sont existé. Et c’est parfois très lourd à porter surtout quand l’on est appelé au secours alors que l’on voudrait pas revenir sur ce passé. Difficile souvent de faire comprendre dans le quotidien que « l’on ne peut pas être et avoir été ! » à celles et ceux qui veulent que vous fassiez les miracles que les autres ne peuvent pas faire ou ne veulent pas essayer de faire.

Se retrouver propulsé dans le rôle d’homme providentiel ne m’a jamais convenu et ne me conviendra jamais surtout quand il est incompatible avec la constance en amitié. On me le reproche quand je risque de l’être négativement et on n’aime surtout pas que je le sois quand j’ai raison. Alors autant ne jamais l’être pour quiconque. C’est un choix et comme les autres, je l’assume.

C’est tellement mieux quand on se construit soi-même et que l’on ne doit rien à la providence. La sensation de liberté en est plus grande… et plus précieuse. J’en sais quelque chose.« On ne peut vraiment pas être et avoir été ». J’en suis certain et il faut savoir l’admettre pour soi et pour les autres. Je fais ce que je pense être en conformité avec mes valeurs : l’amitié, la solidarité, la fidélité. Sur ces bases là je continuerai à « être » simplement et sincèrement un compagnon, un transmetteur, un accompagnateur. Le temps passe inexorablement, et nous avec lui : notre passé meurt à chaque seconde et nous ne sommes plus celui que nous étions la seconde précédente.

Ce temps qui fuit fait disparaître ce que nous étions à mesure que nous vivons ce que nous sommes au présent. C’est cette irréversibilité de la mort de ce que nous avons pu faire dans la vie qui nous permet de dire  « l’on ne peut pas être et avoir été » Et il vaut mieux le savoir et en persuader les autres !

Publié dans AU QUOTIDIEN | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , | 12 commentaires

2023 : ne vous attendez pas à être épargnés !

Alors que toute l’attention se concentre sur l’immédiateté des problèmes qui envahissent le quotidien, plus personne n’ose envisager un avenir à court ou moyen terme. Quand la guerre nucléaire avec les conséquences que l’on n’ose même pas évoquer devient un sujet de débat sur les plateaux des télés, il devient difficile de se projeter sur une vie normale. Alors face à ce contexte anxiogène, les bas de laine institutionnels se remplissent. Plus l’inquiétude imprègne les esprits et plus le cumul de l’épargne grandit un peu comme si, encore une fois, l’argent pouvait être le garant de la lutte contre le danger.

Après une augmentation des dépôts de plus de 27 % lors du premier confinement le flot vers les livrets A connaissait au troisième trimestre de 2021 une hausse de 20,4 %… La France ne cesse de se distinguer puisque quand le volume des réserves de précaution progresse il est ne baisse constante dans les autres grand pays. Il faut remonter aux années d’après la seconde guerre mondiale pour trouver pareil phénomène qui traduit le mieux cette inquiétude du lendemain. Au cours de 2020 et 2021 ce sont 175 milliards supplémentaires qui ont filé vers les banques ou la caisse des dépôts et consignations ! Une somme astronomique.

Jusqu’à présent Bercy ne s’est pas trop intéressé à ce pactole. Les élections étaient là il ne s’agit pas de mécontenter les petits épargnants qui ne supporteraient pas une remise en cause de leur droit à se protéger. Pourtant le patrimoine total atteint 13 400 milliards dont pour els classes aisées plus de six mille milliards d’actifs financiers (46 %) dont 2 100 en assurance vie. Pour le moment le Ministère des finances manie la badine (diminution très légère des avantages fiscaux et pas de taxation en dessous de 152 000 €) et la carotte (favoriser le départ vers le milieu économique). L’Etat contraint par contre les structures d’accueil de ces fonds à financer la dette publique. Un échange de service bien utile politiquement.

Le principal danger de cette situation résiderait dans une nouvelle crise financière mondiale ou une montée de la crainte d’un effondrement de la monnaie. Si dans notre pays, par affolement ou peur du lendemain, les épargnants cherchaient à retirer leurs fonds dans des délais très courts, la catastrophe serait immédiate. Une hypothèse n’ayant rien d’impossible. La preuve ? Dans une loi de 2016 il a été prévu que le Haut Conseil de stabilité financière a la possibilité de contrôler les contrats d’assurance-vie français pour « restreindre temporairement la libre disposition de tout ou partie des actifs», « limiter temporairement, pour tout ou partie du portefeuille, le paiement des valeurs de rachat » ou « retarder ou limiter temporairement, pour tout ou partie du portefeuille, la faculté d’arbitrages ou le versement d’avances sur contrat ». En cas d’application de cet article, dont les banques et les assurances ne parlent pas bien évidemment les épargnants perdraient l’accès à leurs fonds et les contrats d’assurance-vie seraient « gelés. »

En attendant ce scénario catastrophe et si le gouvernement qui sort des urnes prend à bras le corps le véritable problème que reste l’endettement et le déficit budgétaire une autre décision approche. Bien évidemment on en parlera pas un seul instant durant la nouvelle campagne qui s’ouvre : la taxation de l’épargne ! Les ordinateurs de Bercy travaille sur cette énième taxation qui permettrait encore une fois de compenser les baisses absurdes d’impôts directs équitables et bien réparties selon les revenus ! Bien évidemment ce serait en 2023 année sans élection comme pour tous les coups tordus qui se profilent.

Un travail en cours partirait d’un taux de 0,5 % sur les assurances vie de plus de 30 000 € pour récupérer environ une dizaine de milliards de manière indolore. Les transactions financières réputées trop fluides échapperaient encore une fois à cette ponction. L’Italie l’avait fait en 1992 au plus fort de son endettement (0,6 % sur les dépôts bancaires) et avait récolté 15 milliards d’euros d’aujourd’hui.

Le vrai problème c’est qu’une part de cette épargne française est la résultant des sommes accordées dans l’opération « quoi qu’il en coûte ! Les prêts ont parfois été demandés et… placés en attendant un remboursement contraint. Les aides basées sur les chiffre d’affaires de 2019ont parfois « enrichi » les structures qui en ont bénéficié dans des secteurs dont l’activité était moins lucrative juste avant la pandémie. Les paris sont ouverts et j’entends déjà le discours : « nous baisserons les impôts… ». Avec l’inflation les taxes sont de bien meilleurs alliées.

Publié dans ACTUALITE | Marqué avec , , , , , , , , , , , , | 5 commentaires

La vieillesse est mère de toutes les peurs

Autant l’avouer : il y des soirées où il est beaucoup plus difficile que d’autres d’écrire l’une de ces chroniques. Le sujet est introuvable, les mots ne viennent pas et même en fouillant l’actualité ou la journée vécue je ne trouve pas d’angle d’attaque d’un sujet pouvant motiver quelques habitués à délivrer un message libre mais précieux. Depuis bientôt seize ans, les moments de doute ou même de désarroi ont té fréquents et il me faut me faire violence pour rejoindre le clavier. L’écran blanc représente une vraie hantise car je me sens redevable aux quelques centaines d’abonné(e)s qui me font confiance.

Je dois à la vérité que depuis quelques semaines j’ai véritablement l’impression de ramer à contre-courant et de ne pas avoir une vue utile des évolutions en cours. Le handicap de l’âge et tout au moins, en aucune façon un privilège. J’ai souvent une terrible envie de ressortir dans les 4800 textes passés car publiés et diffusés comme autant de bouteilles dans l’océan quotidien de l’actualité ceux qui avaient quelques lignes annonçant les événements du présent. Les thèmes traités prennent en effet brutalement une importance alors que lors de leur traitement en Roue Libre ils ont paru anecdotiques ou sans intérêt. Ce phénomène usant car démontrant que le système médiatique découvre parfois avec enthousiasme ce qu’il a dédaigné durant des semaine sou des mois.

Incapable de savoir si c’est le poids des ans qui étouffe mon envie de partager ou si c’est la rupture d’un rythme effréné de vie m’ayant permis de ne jamais me poser trop de questions , je trébuche sur des obstacles invisibles. La peur m’assaille et le doute devient chaque jour plus fort. Ces deux sensations paralysent l’initiative. Le « vieux » s’écrase pour ne pas apparaître comme un rabâcheur casse-pompes. La tendance actuelle veut que le dilemme soit de laisser courir sans bouger ou de se rebeller quand on trouve une situation paraissant insupportable.

« Qu’il se taise ! Qu’il reste chez lui ! Qu’il sache s’effacer ! Il nous emmerde ! il a fait son temps ! Encore lui ! » Bref la société actuelle considère qu’après avoir quitté les années sex… les personnes commencent vraiment à devenir inutiles. Le « vieux » que l’on appelle « senior », « personne âgé », « boomer » ou « ancien » a mal voté aux dernières élections et en plus il la ramène ! Il sera puni : il travaillera jusqu’à 65 ans ce qui l’obliogera à s’occuper de son propre sort

Je suis envahi par une foule de peurs que je n’avais jamais connue. Peur de conduire. peur des maladies. Peur du lendemain. Ce phénomène est impressionnant par les dégâts qu’il cause dans ma vie de « pensionné » arrivée seulement à 74 ans. Je doute de ce que j’ai pu accomplir et évidemment je ne cesse de m’arrêter sur toutes les erreurs commises. Elles me hantent et tous les jours dans le déroulement courant d’une journée je reviens sans cesse sur des événements qui me hantent véritablement. L’angoisse de me retrouver au banc des accusés meuble souvent l’écran de mes nuits blanches.

La gestion publique apporte la preuve chaque jour que désormais plus rien échappe aux multiples organismes de contrôle et que nous sommes sous le regard permament de gens qui ne vous veulent pas toujours du bien. C’est irrationnel mais ça ne cesse de grandir. Dans quelques années l’action publique manquera de volontaires tellement le danger est partout. J’affirme que la menace est tout le temps présente et que rien ne permet d’affirmer que la perfection ou la pureté existent dans toute vie nécessitant des prises de responsabilités. 

Écrire chaque soir constitue un acte dangereux (sauf le samedi) car il  engage. Le lectorat ne comprend pas toujours qu’il s’agit simplement de constats livrés avec des observations personnelles permettant de à chacun(e) de se former, de réagir, d’échanger latéralement entre lecteurs mais qu’en aucune manière c’est un message descendant ayant vocation à installer la moindre vérité. C’est la raison qui me conduit à ne pas réagir personnellement aux commentaires postés par les plus intéressés. Ce sont leurs réactions et leurs avis et sont respectables lorsqu’ils restent dans la limite de la cohérence et de la tolérance. Sans eux j’aurai bien peur d’être inutile. 

Dans le contexte présent où tout est polémique tout engagement sur des valeurs et pas sur des personnes, porte en lui les germes de l’interprétation et de la critique. Il faut rentrer dans une case, dans un tiroir à idées toutes prêtes faute de quoi il faut se faire du mauvais sang. Le principe le plus répandu reste que celui qui doute ou qui délivre un message différent de l’idole que l’on vénère devient rapidement un ennemi. Alors la tentation est grande de s’autocensurer pour éviter de déclencher l’ire des fans. Un comportement vain car absolument tout est matière à une classification en « pour » ou « contre » sans autre forme d’analyse. Et l’insoumission, l’agésion ou l’explication condusient à être catalogués dans le camp d’en face.

J’ai peur comme je n’ai jamais eu peur de décevoir, de mal finir, de chuter ou de m’engoncer dans les « habits du vieux con » qui prétend donner la leçon. Vous savez ces oripeaux transformant en épouvantail pour alouettes ou les pilleurs actifs au temps des cerises, celui que l’on installe au milieu du champ des valeurs. Écrire, c’est exorciser la peur de la vérité et donc chaque soir je tremble de me tromper… Mais putain c’est dur !

Publié dans AU QUOTIDIEN | Marqué avec , , , , , , , , , , , , | 20 commentaires

Le signe d’une nouvelle fracture sociale autour du bio

Comme le veut désormais une mauvaise tradition parisienne la manifestation syndicalo-politique de la fête du travail a dégénéré. Cette déviance met désormais en péril la tradition des défilés revendicatifs et même festifs. Les personnes concernées et motivées hésitent à se rendre dans les cortèges craignant les violences urbaines qui accompagnent maintenant systématiquement les parcours. Il est certain que par ailleurs tout n’est pas nécessairement fait pour éviter des débordements dont les images influencent l’opinion dominante déjà angoissée par la violence envahissant le quotidien.

Si la destruction par des adeptes de l’action directe d’agences bancaires ou d’agences immobilières relèvent de la mise en œuvre d’une logique politique anti-capitaliste, autant celle d’un magasin de vente de produits biologiques constitue un élément qui devrait susciter la réflexion. C’est le signe incontestable de la fracture qui s’installe dans une société dont la base s’effrite minée par les crises et le sommet se consolide grâce aux crises. Même inacceptable cet acte évidemment condamnable a été éclairé par les propos d’une manifestante que j’ai entendus sur les ondes d’un grande radio nationale.

La dame visiblement d’un certain âge justifiait cette intervention ainsi que le pillage qui l’a suivie par « le prix exorbitant et donc inaccessible aux plus démunis de ces produits pour bobos aisés ». Elle créait par cette déclaration une nouvelle lutte des classes dont basée sur l’alimentation avec en corollaire la capacité à accéder à ce que la société présente comme essentiel pour préserver la santé : la qualité de la nourriture. Alors que depuis plusieurs semaines pour des millions de Françaises et de Français l’essentiel reste de trouver les moyens financiers de se nourrir. Le « bio » dont ils ont pris conscience de l’intérêt devient un luxe inatteignable.

Par ailleurs toute la chaîne alimentaire « ordinaire » est secouée par des avatars graves en matière de sécurité. Qui consomme les produits industriels qui sont ôtés à la hâte des rayons des supermarchés ? Les pizzas ont touché les enfants de familles extrêmement modestes en raison de leur prix d’appel ? Les œufs en chocolat accessibles aux bourses les plus modestes touchaient-ils les classes aisées ? La charcuterie, les fromages, les viandes… Chaque année, des milliers de produits font l’objet de rappels ou de retraits, en grande majorité dans l’alimentaire mais aussi dans le non-alimentaire. Le plus souvent sans faire grand bruit. Ce qui n’est pas le cas des deux récentes affaires qui ébranlent actuellement Nestlé, Ferrero et Lactalis (encore!) géants de la grande consommation. 

Il y a en moyenne 11 procédures de retrait quotidiennes en France, et plus de 5 000 produits (alimentaire, jouets, véhicules, textile…) ont été retirés du commerce depuis la création du site gouvernemental qui recense les alertes, RappelConso, entre avril 2021 et avril 2022. On en cause beaucoup moins. La défiance déjà très élevée se renforce par ces procédures qui pour simplement des raisons économiques ne transparaissent guère. Le système du fameux « auto-contrôle » montre ses limites dans le monde du profit. Quand vous avez faim vous n’êtes pas très regardant sur l’étiquette du produit d’autant que leur lecture relève parfois de l’exploit !

L’envie de changer sa consommation se heurte au mur des réalités de la capacité à acheter. Le rapport mensuel de la pus énorme base de données relève que parmi les prix des produits de la grande consommation, « cette poussée des prix, couplée à celle encore plus marquée des produits frais, de l’énergie et du carburant, commence à peser sur la capacité des Français à monter en gamme dans leurs achats quotidiens ».

Conséquence inévitable : les Françaises qui sont les principales clientes semblent sacrifier le bio dans les arbitrages qu’ils doivent effectuer dans leurs achats au quotidien. Les ventes chutent ainsi en mars de -5,9% sur une année sur un rythme bien supérieur à la moyenne des autres produits de grande consommation. Pour ces observateurs les produits labellisés bio pourraient devenir une variable d’ajustement dans le budget des Français les plus contraints. Ils le sont déjà. Manger mieux et moins reste un slogan de riches.

L’attaque du magasin bio parisien bien qu’inadmissible et absurde dénote une réalité qui devrait être prise en compte. La famine va s’installer dans le monde selon les prévisions de toutes les organisations internationales créant des tensions autour de l’alimentation. Cette mise à sac n’est pas un épiphénomène négligeable.

Publié dans ACTUALITE | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , | 9 commentaires

« Un homme sans mémoire est un homme sans vie »

Propos tenus en tant que Président lors du rassemblement annuel de Gironde Citoyenne, devant le monument dédié au massacre effectué par la division Das Reich sur Blasimon et Mauriac en 1944 : 

« Toutes les mémoires ont besoin des cailloux blancs sur les chemins de la vie pour retrouver le bon sens du retour dans la maison des valeurs. Sans ces moments solidaires, et nous le constatons chaque jour combien ils manquent, les peuples sont condamnés à mourir lentement mais inexorablement, de froid. Depuis pas mal de temps nous empruntons pourtant toutes et tous d’une manière ou d’une autre, les autoroutes fléchées du présent nous permettant croyons nous, d’atteindre vite un objectif lointain sans efforts et sans réflexion.

C’est la facilité idéologique qui nous pousse les uns et les autres à filer vers des certitudes que nous pensons rassurantes. Elle nous conduit souvent à oublier que l’on n’atteint les sommets que par des sentiers pentus et malaisés et jamais par les grandes routes balisées par un système qui nous impose des directions improbables. Pour connaître ces parcours exigeants il est indispensable de les pratiquer en permanence, des les débarrasser des ronces, des orties, des herbes folles de la pensée unique et de faire attention à chaque pas car le ravin du renoncement est proche. Il nous faut retrouver le sens de l’effort, l’envie de convaincre et le courage de partager. C’est la raison pour laquelle depuis maintenant huit ans nous maintenons grâce à vous, ce rendez-vous auprès ce monument de Mauriac tellement chargé de symboles.

Nous voici donc une nouvelle fois rassemblés, 20 ans jour pour jour après qu’un million de Français aient défilé dans les rues après un scrutin national ayant vu la tache de la peste brune s’étendre comme celle des produits pétroliers s’échappant sur la surface de la mer des réservoirs des navires naufragés. Nous ne sommes loin de la même mobilisation du 1° mai 2002 et rien ne serait pire que de renoncer. La pollution actuelle des esprits ressemble en effet étrangement à ces marées noires qui se glissent partout, dans tous les recoins, dans toutes les zones où on les attend le moins. Elles progressent inexorablement avec la complicité du monde du silence et ne s’arrête que quand les cuves sont vides. Ils semble que ce soit éternel. 

Nous voici une nouvelle fois rassemblés quand l’horreur de la guerre, la résurgence des massacres de civils, des mots de génocide, de torture, d’exécutions sommaires, de viols envahissent notre quotidien. Jamais nous n’avons été aussi près de la folie inhumaine des années ayant précédé  la seconde guerre mondiale : non respect des frontières établies, mépris total des principes de liberté de choix des peuples,  inefficacité complète des structures mondiales de régulation des conflits et menace de généralisation de la guerre qui apeure le reste de la planète. Combien de monuments comme celui de Mauriac faudra-t-il un jour ériger en Ukraine ?

Celui-ci, solitaire  au cœur de cet Entre-Deux-Mers, terre qui fut celle de l’essentiel de la Résistance girondine est à l’image de ceux dont les noms sont gravés dans la pierre : simple, digne, courageux, droit et surtout témoin permanent de l’atrocité que porte tout le temps armée ivre de vengeance, de haine et de mépris de la vie humaine.Les racines de toutes les guerres se trouvent toujours dans l’intolérance, le racisme, l’exclusion, le nationalisme brutal et une volonté hégémonique portée par la propagande et plus encore dans la passivité de celles et ceux qui croient que ce qui est arrivé ne reviendra pas

Joseph Costa, Jean Gastard, l’abbé Maurice Gréciet, Pierre Habri, Jean Koloski, Alexandre Laurier, Guy Lozano, Antoine Simert étaient enfants du peuple de France, forts de leurs origines diverses et de leurs différences. Ils n’étaient ni artistes ou sportifs millionnaires, ni oligarques français, ni commentateurs pour plateaux de télé-perroquets. Ils ont été massacrés dans des conditions horribles pour simplement s’être trouvés sur la route de SS qui ne l’oublions pas resteront impunis. 

A Boutcha, à Marioupol dans la banlieue de Kharkiv sur leur chemin des hordes d’hommes loups pour les Hommes se comportent exactement de la même manière. Quels idéees sont derrière eux ?Toujours les mêmes, exprimées différemment, travesties ou parées de ce nationalisme mortifère. Le navire des idées destructrices vomit toujours sa marée brune, rouge ou noire recouvrant les consciences.

Nous devons donc humblement le respect à ces hommes de l’Entre-Deux-Mers qui ont payé de leur vie pour que nous puissions rester des citoyens.

Nous leur devons d’être solidaires dans le combat contre toutes les formes d’oppression, de cruauté, de propagation du virus de l’inhumanité.

Nous leur devons d’être conscients de notre responsabilité face à la montée du national-populisme sur notre territoire et partout où sont installés la peur du lendemain, le sentiment d’abandon, la précarité économique ou culturelle.

Nous leur devons de ne pas sombrer dans les querelles partisanes étriquées.

Nous leur devons l’unité, l’indépendance et la démocratie.

Nous leur devons d’être à notre manière, avec nos moyens, avec nos convictions des ardents défenseurs d’une République à laquelle bien trop d’autres sont indifférents

Nous leur devons de ne jamais renoncer à arpenter le sentiers de plus en plus étroits conduisant à  la liberté, à la fraternité, à l’égalité et de la laïcité.

Eux dont les noms sont gravés dans la pierre d’Entre Deux Mers ont payé au prix le plus fort la faiblesse de ces peuples n’ayant pas su résister à la montée du fascisme ordinaire, le plus dangereux, celui qui s’insinue dans tous les interstices de la société pour ensuite en prendre le contrôle..

Mes amis , alors qu’il était en fin de vie, il y aura vingt ans dans quelques jours, mon instituteur m’a confié un journal qu’il avait gardé avec l’espoir qu’il me rencontrerait un jour. Le voici.

C’est un exemplaire du Monde Diplomatique de Mai 2002 qui titrait « La Peste » sous la signature d’Ignacio Ramonet. Il m’avait fait promettre de ne jamais renoncer à combattre cette maladie des démocraties qu’en Hussard noir de la République. « Promets-moi… ». Je le lui ai promis. Je tiendrai parole aussi longtemps que je le pourrai.

Ignacio Ramonet concluait en écrivant «  Mais si, surmonté le moment de frayeur, les mêmes partis de toujours poursuivaient leur politique libérale de privatisations, de démantèlement des services publics,…bref, s’ils continuaient de heurter de front les aspirations populaires à une société plus juste, plus fraternelle et plus solidaire, rien ne dit que le néofascisme, alliés à ses collaborateurs de toujours, ne parviendra pas à l’emporter la prochaine fois… » C’était en 2002…

Les martyrs de Blasimon et Mauriac ne méritaient pas que nous n’ayons rien compris en vingt ans et ils ne comprendraient pas le résultat des élections présidentielles sur ce territoire où ils avaient construit des vie simples mais tellement précieuses que les nazis leur ont ôtées.

Nous nous sommes donnés bonne conscience il y une semaine. Est-ce suffisant ? Je ne le crois pas ! Nous verrons si nous avons la capacité à porter le message d’espoir qu’ils attendraient de nous. Nous devons résister pour eux.   “Parce qu’un homme sans mémoire selon Foch est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.”  Puissions nous en persuader le plus grand nombre. Vive la citoyenneté, vive la République.

Publié dans ACTUALITE | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 12 commentaires

Jamais le temps des lilas ne m’a paru aussi précieux

Le printemps donne des couleurs aux paysages. Des couleurs tendres, encore hésitantes comme si elles ne voulaient pas donner trop d’espoir sur des jours meilleurs au promeneur tenté par un rayon de soleil entre les nuages. En fait, ce sont les plus agréables car ce sont celles de la renaissance de la flore partout où l’homme ne s’évertue pas à la raser au plus près ou à la tailler en brosse plus ou moins ordonnée. Le ciel est tombé amoureux du sol et lui a confié ses étoiles lumineuses qui forment des voies lactées alternant la blancheur des pâquerettes et l’or ensoleillé des pissenlits. Les grandes prairies regorgent de ces pluies d’astres minuscules qui refusent de tourner autour du soleil pour seulement lui faire des clins d’œil, afin qu’il accepte de réchauffer leurs pétales.

Dans le fond, ces éruptions sur la peau verte croissante des pelouses préoccupent les propriétaires obsédés par la netteté de leur environnement, reflétant une vaillance et une rigueur louables pour leur image. Comment accepter un samedi après-midi de laisser le printemps s’installer alors que le standing impose un « rasage » parfait de ces herbes réputées folles, alors qu’elles ne font que profiter de la vie , ils tondent… ils détruisent… au nom de l’opinion dominante qui refuse le désordre naturel. Dans une société de l’ordre établi, de la morale impitoyable, de la propreté apparente, les pâquerettes ou les pissenlits ressemblent à des générations anarchiques et contestataires qu’il faut éradiquer avant qu’elles n’envahissent le cadre de vie. On a bien constaté que même « arabe » un printemps ne permettaient justement pas à la liberté de s’épanouir, car la tentation est toujours présente pour les partisans de l’uniformité en tous genres de reprendre la main sur l’émancipation.

Grâce aux arbres fruitiers ou aux haies d’aubépines, avant de voir la vie en rose, les paysages rappellent l’hiver avec cette blancheur éphémère des fleurs soumise aux effets du vent mauvais qui ne vient pas nécessairement de la montagne. Extraordinaire pied de nez aux lendemains meilleurs avec les pommiers et les poiriers qui jonchent le vert de flocons immaculés, alors que tout le monde aspire à oublier les contraintes de la neige.

La nature fait dans le changement progressif, dans le passage de témoin symbolique, car lentement le rose monte aux joues des arbres comme si le vent vif et mordant continuant à agacer le promeneur stimulait les vergers. Ce sont eux qui annoncent la montée en puissance d’une arrivée du printemps que les hirondelles ne peuvent plus annoncer, car elles ont été décimées par les pesticides. En général plus sensibles que les autres au froid, les pêchers ne dévoilent leur chair rose tendre que quand les risques de mort subite sont limités. Le signal de l’explosion de la vie est donné. Partout les fleurs portent l’avenir !

Les glycines dégoulinent de ce mauve tendre ou plus rarement de blanc lumineux, en repoussant à plus tard l’apparition de leurs habits verts très académiques. Ces grappes opulentes et lourdes décorent des tonnelles ou des entrelacs torturés de branches souvent très anciennes et qui, chaque année, s’offrent une éternelle jeunesse flamboyante, ostentatoire, cossue. Baroques, surchargées, ciselées, des panaches de fleurs opulentes marquent la continuité des saisons, puisque durant tout l’hiver leur support s’endort dans une nudité austère avant d’éclater en quelques jours dans un délire floral surchargé. Chaque fois que je les vois, je pense inévitablement à ces bals des cours royales d’antan avec la profusion des robes surchargées. La glycine c’est la noblesse dans ses excès de m’as-tu-vu!

C’est, au printemps, le contraire pour le lilas. Lui redresse la tête et envoie vers le ciel des floraisons populaires car constituées de parcelles individuelles, agglutinées les unes contre les autres anonymement, dont j’apprécie plus que tout autre, la simplicité et la délicatesse. Élégantes, résistantes, tenaces, dans les courants d’air frais, elles dégagent un parfum subtil qui marque véritablement les soirées printanières. Sobre, résistant, discret le lilas au mauve ou au bleuté plus ou moins intenses reste le symbole du peuple des jardins.

Quand il arrive, il est temps de passer à l’action de de préparer les cultures pour le reste de l’année. La hampe du lilas rassemble solidairement des mouches colorées constituant ensuite un collectif solidaire et réussi.
Il y a même un chanson d’après la Commune de Paris dont on peut extraire des passages délicieux, dont je partage tout à fait la délicatesse. le lilas est la fleur de l’amour vrai du printemps :
Quand les lilas refleuriront
Au vent les capuchons de laine
Robes rouges nous revêtirons
Quand les lilas refleuriront
Sur le tapis vert de la plaine
Nous reviendrons danser en rond
Quand les lilas refleuriront
Allez dire au printemps qu’il vienne (…)
Quand les lilas refleuriront
Les filles près de la fontaine
De leurs amoureux jaseront
Quand les lilas refleuriront
Personne alors qui ne comprenne
Les doux mots qu’elles parleront
Quand les lilas refleuriront
Allez dire à l’amour qu’il vienne
Quand les lilas refleuriront
Parfumant l’air de leur haleine
Combien d’amoureux mentiront
Quand les lilas refleuriront
Pour tous ces baisers qui s’égrènent
Que de blessures saigneront
Quand les lilas refleuriront
Allez dire à l’amour qu’il vienne (…)

Allez, promenez-vous dans le printemps, pas celui de la haine et de l’arrogance si vous le pouvez encore, mais celui de la vie simple et tendre qui permet d’oublier les miasmes actuels d’une société ayant perdu les effets des bonheurs simples de la nature. Et cueillez le lilas, fleur de liberté et d’amour, pour que l’espoir entre chez vous !

Publié dans GRAINS DE MEMOIRE | Marqué avec , , , , , , , , | 16 commentaires