Un colloque a été récemment organisé à l’Assemblée nationale pour l’anniversaire de la loi de 1905. J’y ai représenté l’Association des Maires de France. Voici un entretien publié par le Journal Sud Ouest le 13 décembre dernier.
105 ans après la séparation de l’église et de l’Etat la laïcité est-elle d’actualité ?Oui, mais les mots ont changé. Le débat ne porte plus seulement sur les relations entre l’Église et l’État, mais sur l’intrusion des actes de la vie privée, au sens le plus restreint du terme, dans la vie publique. Cela ne concerne plus seulement la religion. Cela touche aussi, par exemple, les milieux économiques. Ce sont tous ces phénomènes qui peuvent porter atteinte à la laïcité.
Le problème s’est-il en quelque sorte banalisé ? La laïcité, c’est un problème du quotidien. Nous avons dépassé le stade de l’instit bouffeur de curés. Nous sommes dans un univers beaucoup plus problématique, dans lequel la sphère publique court le risque d’être privatisée et soumise à des influences extérieures aux valeurs de la République.
Mais pas uniquement religieuses ? Non. C’est l’une des choses que ce colloque veut mettre en évidence. Les influences auxquelles nous faisons allusion ne sont pas uniquement liées à la religion. On voit apparaître des écoles ou des structures éducatives à but strictement politique. On constate aussi l’influence de certaines sectes ou de certains extrémismes dans la sphère de l’éducation. On voit également surgir des problèmes liés à la laïcité dans les hôpitaux. Actuellement, nous assistons à un élargissement du champ de la laïcité, et c’est pour cette raison qu’elle doit devenir vraiment fondatrice de la réflexion que l’on doit mener sur l’avenir du vivre ensemble.
Comment les défenseurs de la laïcité peuvent-ils répondre à ces défis ? Les réponses passent d’abord par le respect strict de la liberté individuelle. En premier lieu, il faut admettre que les gens, quels qu’ils soient, ont la liberté d’exercer leur religion. Mais à une condition : il faut veiller à ce que ces pratiques individuelles n’hypothèquent pas la vie collective des autres. Et c’est ce qui devient très difficile dans une société où l’on cultive de plus en plus l’individualisme au détriment de l’intérêt général.
Cela suppose de faire très attention à des phénomènes qui peuvent paraître anodins. Les enfants peuvent-ils ou pas être munis d’un téléphone portable à l’école ? Peut-on faire sponsoriser des voyages scolaires par des commerçants ou des industriels ? La réponse à ces questions passe par une réflexion sur la laïcité.
Quelle réflexion vous inspirent les récentes déclarations de Marine Le Pen ?
Quand la République ne s’empare pas d’un problème et ne parvient pas à le régler, elle ouvre la place à tous les abus possibles et imaginables. Marine Le Pen a bien compris la faille qui existe dans le système républicain. Elle s’engouffre dedans en stigmatisant une seule religion, alors qu’elle pourrait viser beaucoup d’autres religions.
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Une réponse

  1. sylvie

    Etre très tolérant tout en étant très lucide. Ne pas se laisser envahir par l’individualisme tout en respectant l’individualité.
    La laicité est un fondement, qui perd son sens face à l’intérêt économique, la loi du marché.
    Seule la volonté politique peut la préserver.
    il y a autant de force en ceux qui y croient qu’en ceux qui la négligent. Questions essentielles sur le long terme, qu’a t’on à y perdre, qu’a t’on à y gagner ?
    Pour cette valeur qui devrait être eternelle, nous n’avons que des dirigeants, des humains, éphémères, prêts à tout pour combler le vide inéluctable du sens de la vie.
    En se cherchant, ils nous perdent tous.

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