Alors que le monde craque de partout, que toutes les certitudes s’envolent et que les masques de la société du profit incapable de protéger l’Homme tombent, la France se lance, sous l’impulsion visionnaire de son Chef d’État et de ses affidés, dans un débat capital. Non, surtout pas celui du nucléaire, car il est interdit d’en parler, pour ne pas faire baisser en bourse les actions d’Areva et d’EDF. Pas davantage celui des interventions sur des théâtres d’opérations extérieurs des forces françaises, enlisées en Afghanistan, inutiles en Afrique, mais que l’Elysée était prêt à envoyer en taxi à Tobrouk. Pas non plus sur les réformes à l’emporte pièce, sans aucun effet sur l’amélioration du quotidien du peuple. En fait, les troupes de ce nouveau Messie des sans étiquette de l’UMP ont décidé… de coller aux basques de Marine et de parler de laïcité. S’ils lisaient ces chroniques, ils sauraient que ce thème là n’aura pas attendu une présentation frauduleuse du FN, récupérée par les sous-traitants zélés de l’UMP, pour préoccuper quelques citoyens capables encore de s’indigner.
Il est vrai que le Chanoine de Latran et ses déclarations affligeantes à quelques encablures du Vatican, sur le curé et l’instituteur, a toute la légitimité pour parler de « laïcité ». Lui, le chantre de la privatisation et de l’entrée par le moindre interstice social des forces du profit, a véritablement le profil idéal du républicain laïque. Il ne cesse, d’ailleurs, de défendre l’école qui porte ces valeurs, et de prôner une indépendance totale à l’égard du pouvoir religieux. Il se contente, en fait, de chausser les bottes de cette opinion dominante qui suinte le racisme, et qui confond islam et arabe. Ce débat est voulu par les caciques de l’UMP, avides d’une bonne idée qui masquerait la gravité de la situation économique et sociale, encore plombée par la catastrophe nippone. Ils sont prêts, pour parvenir à masquer leur erreurs et leur impuissance, à faire brûler la maison républicaine afin d’effacer les traces de leurs forfaits.
Dans cette période, on peut considérer que le gouvernement expédie les affaires courantes. Le Président est en campagne, mais pas celle des cantonales (enfin pas tout à fait), mais celle des paysans coupés en deux par la rentabilité de certaines productions (céréales) et par les pertes d’autres (lait, vin). Il va caresser le cul des vaches de Tarn et Garonne avant d’aller ostensiblement manger du porc dans un autre élevage… pour démontrer que, lui, il est laïque et que la religion ne lui impose rien, à part un signe de croix furtif quand les circonstances l’exigent. Il ne tardera pas à aller entendre les voix de Jeanne d’Arc à Domrémy ou à aller remplir une grande vierge en plastique, d’eau de Lourdes. Heureusement, il y a Alain Juppé pour redresser le tir, car lui, le fidèle parmi les moins fidèles à sa ville bordelaise, arpente les quartiers bordelais, pendant que le monde est secoué des spasmes les plus malsains d’une maladie mortelle. Il est sur la longueur d’onde de celui qu’il déteste : la proximité avec le terrain où il fait bon être quand tout explose autour de vous ! Il lui reste Claude Guéant, tout en forces intérieures, qui tente de se persuader que l’Elysée n’a pas fait une connerie supplémentaire en demandant à ses dévoués collaborateurs de lancer cette idée géniale de stigmatiser une religion au nom… de la laïcité ! Le ministre de l’Intérieur a donc tenté de rassurer les musulmans et de cadrer le débat de l’UMP sur la laïcité et l’islam, en excluant l’interdiction de l’arabe dans les prêches, et en répétant que la loi de 1905 ne serait pas touchée. Mon œil ! On attendra simplement une bonne occasion pour en modifier subrepticement le contenu, comme l’a fait le sénateur Carles sur les soutiens financiers aux écoles confessionnelles sous contrat ! Le ministre en charge des cultes a pris ces engagements, alors que de nombreux musulmans se sentent humiliés et stigmatisés par l’annonce de ce débat, voulu par l’UMP, un an après la clôture de celui sur l’identité nationale, et quelques mois après l’adoption d’une loi coercitive sur le voile intégral. Des exploits dont on mettra des années à se relever, car il ne fallait pas que l’État intervienne sur ces sujets, qui ne servent qu’à alimenter la propagande des extrêmes.
« Il est constitutionnellement impossible d’interdire le prône en arabe » car « on n’interdit pas les messes en portugais ou l’hébreu dans les synagogues », a expliqué M. Guéant, alors que le chef de l’État français et Jean-François Copé souhaitaient inclure dans le débat la question du prêche en français. Ils n’avaient rien, tous les deux, contre le latin dans les offices religieux traditionnalistes, ou le tibétain dans les prières des bonzes. Rien ne les gêne dans la prolifération des sectes « officielles » et des sectes parallèles. C’est vrai que, par exemple, à Bordeaux, l’église Saint Éloi dont l’école promotionnelle a eu quelques problèmes avec l’enseignement de l’histoire, est on ne peut plus laïque ! mais c’est probablement pour éviter de pénaliser celles et ceux qui, eux, défendent l’identité française.
« Il n’est pas question de toucher à la loi de 1905 » de séparation des églises et de l’État, a en effet répété le ministre, même si « des coups de pouce publics prévus par la loi » sont possibles pour aider au financement de lieux de culte musulmans. Sur ce sujet, et sur d’autres, le Chef de l’Etat est d’une grande tolérance, puisque, lui, conçoit le débat comme étant le rassemblement de celles et ceux qui sont obligatoirement d’accord avec lui. Il a suscité les critiques à gauche et des réserves à droite, a déjà son « mort au champ d’honneur » pour avoir seulement osé émettre des doutes. La laïcité positive a son « fusillé pour l’exemple » en la personne d’Abderrahmane Dahmane, le conseiller technique chargé de la diversité à l’Élysée. Il a été limogé vendredi, quelques heures après avoir critiqué l’initiative de l’UMP. Dans un communiqué signé mardi, avec le collectif Banlieue Respect, il a demandé au chef de l’État « de faire cesser cette mascarade de débat ». Mais ce gars-là est têtu comme un Auvergnat.. dirait Brice Croidefeu !

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