Egypte, Tunisie, Libye… Trois pays dans lesquels le printemps a libéré les peuples après des luttes plus ou moins sanglantes. Même si le comportement du pays des Droits de l’Homme n’a pas été conforme à ce que l’on pouvait attendre en pareilles circonstances, il a joué un rôle dans ces faits « révolutionnaires ». Il assuré que l’avenir appartiendrait comme en Irak, comme en Afghanistan, aux défenseurs du système démocratique, devant au moins cette promesse à ceux d’entre eux qui avaient perdu la vie dans les combats. Il y a en effet des révoltes justes, puisque portées par des principes occidentaux réputés conformes au bien être des Hommes et d’autres condamnables, puisque non conformes aux mêmes préceptes. Il faut avouer que le résultat a de quoi inquiéter, car très vite on constate qu’il y a loin du rêve démocratique à la réalité culturelle. La géopolitique n’a pas prévu, encore une fois, que l’intégrisme religieux occuperait les espaces libérés, pour y installer sa conception de la vie sociale, ne reposant ni sur l’égalité, ni sur la liberté, ni sur la fraternité. Rien n’arrêtera une fois encore les affrontements liés à la résurgence de ce qu’il y a de pire dans les religions : l’intolérance ! Il ne fallait pas être un analyste hors pair pour s’en inquiéter.
La Tunisie de Bourguiba, historiquement laïque et fiere de l’être, vient d’être secouée par de violents soubresauts qui mettent en péril le fragile équilibre post-révolutionnaire. La tension demeure en effet à Tunis, où des policiers anti-émeutes ont fait usage de gaz lacrymogènes pour tenter de disperser plusieurs centaines d’islamistes qui les attaquaient à coups de pierres, de couteaux et de bâtons. Ils protestaient contre l’interdiction faite aux femmes portant le niqab, ou voile intégral, de s’inscrire à l’université, mais aussi contre la décision d’une chaîne de télévision privée tunisienne de diffuser le film d’animation franco-iranien Persepolis, où figure une représentation d’Allah, ce qu’interdit l’islam. La diffusion était suivie d’un débat sur l’intégrisme religieux. Les islamistes se sont rassemblés devant le principal campus universitaire de la capitale, d’où ils se sont dirigés vers le quartier populaire, où ont eu lieu les échauffourées. Encore une fois, ces faits témoignent de l’importance capitale de la laïcité dans l’établissement de tout régime se voulant démocratique. Il faudra beaucoup de courage aux gouvernants actuels et futurs de la Tunisie pour préserver une valeur qui est devenue fondamentale dans ce monde rongé par des religions castratrices de la liberté.
Comment aussi de ne pas être inquiet des affrontements entre Coptes (chrétiens d’Egypte) et forces de l’ordre, qui ont fait 25 morts et plus de 300 blessés au Caire. Ils ont relancé les craintes d’aggravation des tensions religieuses et politiques dans un pays qui connaît une transition fragile depuis la chute du président Moubarak. Un contexte qui pourrait, dans les prochaines semaines, faire vaciller le pouvoir artificiel qui tente de rompre avec le passé.
L’armée aux commandes du pays a demandé au gouvernement, sur lequel elle a autorité, de « former rapidement une commission d’enquête » pour déterminer les responsabilités des événements qui prennent une signification particulière dans ce pays où les Frères musulmans attendent leur heure.
Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a dénoncé, à l’issue d’une réunion de crise, « les efforts de certains pour détruire les piliers de l’État et semer le chaos ». Qui vise-t-il ? Les manipulations sont en effet avérées. Des versions confuses ont continué de circuler sur ces affrontements, imputés tour à tour aux manifestants coptes –qui constituent la majorité des personnes décédées-,- aux militaires, et aux forces de l’ordre sur place, ou encore aux provocations de « voyous ». Le gouvernement du Premier ministre, qui a estimé dans la nuit que le pays était « en danger », s’est également réuni en urgence.
Des observateurs relevaient en revanche que les heurts n’avaient pas simplement un fondement religieux mais étaient alimentés par le ressentiment contre la police et le pouvoir militaire. L’Egypte connaît pourtant depuis plusieurs mois une montée des tensions confessionnelles, alimentées notamment par des querelles de voisinage et des différends sur la construction d’églises. Les mêmes causes produisent les mêmes maux, mais on n’a encore rien vu dans ce domaine, dans des pays qui passeront par des crises liées aux comportements religieux beaucoup plus graves, ce qui arrangera les militaires et justifiera leur présence à la tête d’un État miné par l’insécurité grandissante pesant sur l’économie touristique.
En Libye, le réduit des forces fidèles à Kadhafi ne tardera pas à tomber à Syrte. La France va crier « victoire », sans savoir comment un pouvoir, même très légèrement démocratique, pourra gérer le pays. En fait là encore, présents sur le terrain des combats actuels, on trouve des fanatiques religieux qui ne tarderont pas à réclamer leur place. Les tribus qui constituent ce qui est loin d’être une nation vont en découdre dès que l’ennemi commun sera abattu. Des luttes intestines pour le pouvoir retardent la formation en Libye d’un gouvernement transitoire. Le Conseil national de transition a en effet la tâche ardue de former un gouvernement représentatif à la fois des… tribus, des… régions et des… courants politiques de la Libye, dans un pays qui n’avait ni véritables forces d’opposition, ni même de réseau associatif. Il reste aussi les infiltrés, proches d’Al-Quaïda, qui ne manqueront pas d’exiger leur part du butin. Là encore, aucune garantie sur une République laïque n’existe, mais peu importe les idées, puisque nous aurons le pétrole !