Le printemps arabe avait fait la une des grands médias. Il était présenté, avant la « libération » sarkoziste intéressée de la Libye, comme un événement bénéfique pour la démocratie à l’occidentale dont rêvaient tous les pays du bassin méditerranéen. Les trémolos dans la voix, les grands de ce monde s’extasiaient sur ces peuples qui avaient mis dehors des tyrans plus ou moins intéressés par le profit personnel et peu passionnés par celui des autres ! La libération était à l’ordre du jour et un avenir radieux s’annonçait pour les Tunisiens et les Égyptiens. D’ampleur et d’intensité très variables, ces « révolutions » se sont produites dans de nombreuses capitales à partir du 17 décembre 2010, avec la révolte dans la petite ville tunisienne de Sidi Bouzid qui allait permettre de chasser Ben Ali, sa famille et ses sbires en criant « dégage ! » Peu à peu, la volonté d’instaurer une démocratie s’empare de l’Égypte, du Bahreïn, du Yémen et de la Syrie ! La répression est dure et les morts s’accumulent. Les manifestants exigent un partage des richesses qui leur assure de meilleures conditions de vie, des emplois, et la dignité. Hosni Moubarak, le Raïs, lâché par l’armée, finit en prison, et partout, plus rien ne s’oppose au remplacement d’une dictature politique par une dictature néo-religieuse !
Toute l’année 2011, la contestation se poursuit dans la quasi-totalité des pays arabes, les différents mouvements s’encourageant les uns les autres : ainsi, la contestation à Bahreïn, assommée par l’intervention saoudienne, reprend dès la fin de l’état d’urgence. Dans tous les pays concernés, les révolutions cimentent l’unité nationale. Ces révoltes pourraient mener à une redistribution des cartes dans cette zone du monde, avec des conséquences géopolitiques, sociales et économiques majeures à l’échelle mondiale, notamment à cause de l’industrie pétrolière, très présente dans ces régions. Bref, tout le monde fait une belle alliance pour installer les Frères musulmans ou leurs homologues. Partout la laïcité vole en éclats pour une mise en œuvre de l’Islam comme référence sociale obligatoire, ou au moins fortement recommandée. Les triomphateurs sont ceux qui, depuis des décennies, avaient été plongés dans l’anonymat… actif. La transition se révèle vite délicate, avec de très longs affrontements parlementaires et dans la rue, au moment de la discussion de la constitution en Égypte et en Tunisie.
Le « camp » religieux plus ou moins « voilé » prend cependant le dessus dans toutes les élections démocratiques, pour finir par imposer sa loi ou, le plus souvent, tenter de l’imposer, provoquant ainsi des affrontements incessants et violents. Le printemps aura duré ce qu’a duré le printemps 2013 ! Ni plus, ni moins, avec de rares plages d’espoirs et surtout beaucoup de tempêtes et de giboulées sociales. Effondrement de l’économie reposant sur l’accueil de millions de touristes déjà touchés par la crise, et plus encore par le climat de ces pays qui plongent dans un intégrisme inquiétant. Les Occidentaux avaient, en Libye, libéré les forces les plus obscurantistes, et mieux, ils avaient permis leur armement massif… Ailleurs, ils n’ont jamais fait mieux et on verra même qu’ils finiront par combattre ce qu’ils ont contribué à mettre en place. En Égypte, c’est déjà fait. En Tunisie, ça viendra. En Syrie, ils se planquent tellement la présence intégriste est forte dans le camp des libérateurs.
Partout, les pouvoirs mis en place ne résistent pas au mécontentement de peuples scindés en deux camps : ceux des réactionnaires idéologiques et ceux des laïques progressistes. Au milieu : l’armée  qui, comme nous le savons toutes et tous, a dans tous les pays, toujours été… le pire ennemi de la démocratie ! Il est encore trop tôt pour préjuger de l’avenir politique des Frères musulmans en Égypte. Ces derniers rejettent la décision qui a été prise par l’armée et ses partenaires politiques. Ils ont appelé à résister à cette décision pacifiquement, et à soutenir le président démocratiquement élu. Morsi est remercié, mais rien n’est encore joué lors des prochaines élections, car le réseau intégriste restera très puissant et très infiltré dans les parties les plus reculées du pays. L’Égypte a terminé son « printemps », n’aura pas eu d’été, mais était entrée dans un automne à la couleur du sang. Le temps pressait, car l’hiver de la dictature religieuse arrivait. On n’a pas encore une idée très précise de ce qui va se passer, mais au moins une part de ce risque est écartée. Pour combien de temps?
Ce mouvement de balancier égyptien va donner des arguments à celles et ceux qui se battent en Tunisie pour le retour de la laïcité ! Ils en mesurent maintenant l’importance, car c’est, beaucoup plus que d’autres principes creux, la véritable clé de la démocratie. Certes, ce n’est pas une idée à la mode, mais comme toutes celles qui sont importantes, on n’en mesure l’impact que quand elle a disparu ! et pas seulement en Égypte et en Tunisie !